Rouen - Chamonix (Ligue Magnus, quarts de finale, match 2)

Acte 2, à Chamonix la frustration, à Rouen la victoire comptable !

Rouen, à l’opposé d’hier à tout point de vue, s’est fait peur, très peur. Lents, indisciplinés, dispersés aux quatre coins de la glace, les trois quarts du temps dans un silence de cathédrale, les Dragons (sans Lhenry) ont donné des verges à Chamonix pour se faire battre. Des visiteurs parfois naïfs, qui n’ont jamais fermé le jeu et qui se sont montrés très opportunistes avant de craquer en prolongation dans un match qui n’aurait jamais dû leur échapper s'ils avaient su être disciplinés, en évitant aussi de manquer de rigueur aux moments clés d'une rencontre de play-offs.

Pourtant tout avait (trop) bien commencé pour champions de France. On jouait à peine la deuxième minute de jeu que sur une très bonne percée de Marc-André Thinel, le RHE76 obtenait une supériorité qu’il faisait fructifier facilement grâce à Stefanka que Desrosiers trouvait remarquablement (1-0 à 1’34). Des débuts confortables et Rodolphe Garnier faisait déjà entrer sa quatrième ligne. Mais comme souvent vu cette saison, les débuts aisés des Rouennais qui facilitent le relâchement ne préconisent pas grand-chose de bon ensuite.

Le CHC n’a pas mis longtemps à utiliser la faille normande. Sur leur premier avantage numérique, les hommes de Stéphane Gros répondent présents. Ils éparpillent le box-play adverse. Un lancer de Kyle Hardy frappe le poteau, Masson saute sur le rebond et égalise. Une technique que les Haut-Savoyards avaient déjà utilisés en finale de coupe de la ligue (1-1 à 7’09). Rebelote, toujours un lancer de Kyle Hardy que dévie Girard en s’employant de la jambière. Le ricochet est gagné par l’attaque des blancs dont Kévin Gadoury se distingue en marquant le deuxième but des conquérants d’Epinal (1-2 à 7’57).

Les noirs n’y sont pas. Julien Desrosiers est contraint de s’assoir sur le banc de la geôle pour 12 minutes (2+10’) après un coup à la tête sur Masson. Mais cette fois, l’attaque à cinq de Chamonix n’est pas très valeureuse (10’28). Elle fera mieux un peu plus tard quand Miloslav Guren est à son tour puni. Toujours sous la pression d’un lancer de Kyle Hardy, les Chamois poussent mais les Dragons leur résistent enfin (12’45). Le jeu ne sera guère tranchant par la suite. Il faut une faute offensive de Jérémy Arès sur Mielonen pour que les Rouennais passent à l’assaut (16’24). Marc-André Thinel a une occasion mais Fouquerel, très peu inquiété jusque-là, concentré, sort la parade du bouclier à (très) bon escient (17’29). En toute fin de tiers, Fabien Veydarier est sanctionné par un arbitre pointilleux d’une charge avec la crosse sur Riendeau.

Les coéquipiers de Marc-André Thinel en profiteront au début du deuxième vingt pour cueillir de nouveau à froid la boîte chamoniarde qui a incroyablement oublié Guren seul devant la cage. Loïc Lampérier délivre une bonne passe à l’arrière tchèque qui n’aura aucun mal à crucifier Fouquerel abandonné par ses partenaires (2-2 à 20’17). Les Rouennais vont ensuite se montrer incapables de profiter d’une double supériorité longue d’une minute et 19 secondes pendant laquelle Hardy sera présent d’un bout à l’autre sur la glace ! Gras, Patry, Gadoury et Veydarier seront les autres glorieux comparses du Canadien (23’46).

À quatre contre quatre (indice), un bon jeu rouennais fera briller Clément Fouquerel. Le gardien chamoniard sort une rapide mitaine efficace et spectaculaire sur un lancer frappé de Tavzelj qui prend la direction de la lucarne (24’00). Cela aurait pu marquer l’éveil des Dragons, mais ces derniers sont de nouveau verbalisés. Antonin Manavian puis Benoit sont en cellule présentement ! Ce qu’ont gâché les locaux, les visiteurs ne le louperont pas. Laurent Gras provoque Girard à droite et passe au second poteau, lorsque Janil malheureux qui, voulant empêcher la transversale ramollie du vétéran, contre le palet dans ses propres filets (2-3 à 27’37). Si Antonin Manavian sort du cachot, il y subsiste toujours Benoit. Les Chamois seront céans de véritables conquistadors. Pan ! Kyle Hardy envoie du cercle gauche un tir cogné coté gant d’un Girard médusé (et masqué ?). Premier break pour Chamonix (2-4 à 29’03).

Les joueurs des bords de Seine réagissent mais ne peuvent guère faire mieux que de se remuer et mettre un peu de pression sur ceux des rives de l’Arve. Un peu bousculés, les Chamois partent en contre-attaque. Laurent Gras paraît pouvoir tuer le match mais Girard sort un réflexe qui maintient le RHE76 dans le match (34’33). Et comme Julien Desrosiers et Guénette sont obstinés devant le but, aux forceps ils enfoncent la rondelle sous Fouquerel et réduisent le score (3-4 à 35’50). Moins de trente secondes plus tard, Marc-André Thinel peut égaliser mais Fouquerel manœuvre bien (36’13). Rouen ne profite pas de cette bonne période car un Dragon retourne en prison quasiment jusqu’à la deuxième pause sans que Chamonix n’en profite.

Au retour sur le glaçon de l’île Lacroix, les hommes de Rodolphe Garnier retombent dans leurs travers. Antonin Manavian retourne en pénitence pour avoir voulu serrer le cou d'un Chamois à l’arrière pendant que le reste de son équipe s’était projetée à l’avant ! Comme à chaque fois que l’ex-Angevin passe dans la loge du châtiment, Chamonix marque. Laurent Gras provoque une grosse parade de Girard, dont Hardy hérite du rebond et frappe dans le patin de Patry faisant écran dans l’enclave. Ce dernier pivote et ajuste Girard impuissant (3-5 à 43’07). Second break pour Chamonix.

La réaction rouennaise est quasi-immédiate. Le temps à Jonathan Janil d’user la botte de Fouquerel (43’50) et Riendeau trouve un trou de souris d’un tir frappé en bas du cercle droit après une belle passe adressée par Desrosiers de derrière le but (4-5 à 44’13). Puis Loïc Lampérier, bien servi par Thinel, bute sur un Fouquerel rationnel (44’51). Une fois de plus, les Dragons ne sont pas denses. Miloslav Guren ira gouter de la geôle pour une faute peu utile. Gabriel Girard sera inquiété par Silvennoinen tirant fort de loin, mais cette fois-ci le rebond n’échappe pas à la vigilance des Normands (48’11). La pénalité sera tuée mais le portier local aura encore un énorme travail à faire. Il faudra tout un mouvement de la botte du Québécois pour nuire à Alexandre Audibert, qui opérait sorti en contre (48’37).

Le RHE76 n’y est toujours pas même pendant deux nouveaux power-play, pendant lequel il manque terriblement d’inspiration à l’exception d’une bonne position de Loïc Lampérier que Fouquerel déjoue remarquablement (54’54). Le temps passe et Jonathan Janil est condamné pour avoir cinglé Masson à un séjour au club des bagnards, bientôt rejoint dans l’officine d’à-côté par Audibert pour une faute offensive jouée avec du métier par Tavzelj. C’est le moment que choisi Juho Mielonen pour se déchaîner. Déjà au four et au moulin comme un chien fou lors de la prison de Janil, le Finlandais dans un style à la Dave Randall (les plus anciens se souviendront), plein axe, remonte la rondelle de sa zone, dépasse la rouge et, moins collectif que l’ex-arrière gauche de Larry Huras, frappe un missile empli de rage, deux ou trois mètres avant de franchir la ligne bleue. Boum ! Lucarne au-dessus de la mitaine de Fouquerel. Tout le déchet et les égarements rouennais passent aux oubliettes. Un but exceptionnel, à vous provoquer une belle sciatique (clin d’œil), et que l’on voit rarement sauf à chaque page de manga. Les Dragons sont décidément toujours là (5-5 à 58’47).

Il y aura donc une prolongation. Elle se joue à vitesse contrôlée. Les remontées sont majoritairement individuelles, il y a peu de passes. Rouen se rend beaucoup plus facilement en zone offensive. Les Dragons ont de bonnes positions mais ils se trouvent souvent sur leur revers dans le dernier geste comme Julien Desrosiers qui ne cadre pas (67’01). Sur une des rares incursions chamoniardes, Julien Tremblay lance sur une cage ouverte et fait trembler toute la patinoire, sauf Girard qui se montre rapide et solide de la jambière (66’40). Enfin, Antonin Manavian joue juste en pressant son joueur en zone offensive et passe à Riendeau. Yannick Riendeau est patient entre les oreilles lorsqu’il se saisit de son propre rebond sur un adversaire. L’ailier contrôle le puck, ajuste Fouquerel et Hardy qui se jette et, d’un tir des poignets, trouve le filet à mi-hauteur (6-5 à 68’21).

Rouen a certes mal joué, c’était le jour et la nuit avec l’équipe et le jeu de la veille, mais le RHE76 n’a pas volé sa victoire. Chamonix n’a pas su gagner. Les Chamois ont eu deux breaks. Ils ne se sont pas présentés dès les premières secondes des deux premiers tiers. Ils mènent lorsqu’ils obtiennent une supériorité à trois minutes et vingt secondes de la fin de la rencontre… Bref, on peut comprendre leur frustration ce soir (seuls trois joueurs dont Kyle Hardy au très bon esprit sont restés sur la ligne bleue pour assister au cérémonial de remise des lots de MVP de chaque équipe) car les Dragons étaient prenables. Peut-être que Clément Fouquerel aurait dû être ménagé hier afin qu’il sorte un ou plusieurs palets victorieux ce soir ? Cela s’est joué sur la ténacité, la rage et peut-être la fraîcheur dans un scenario digne d’une cour d’école et de ses compétitions scolaires. Formidable pour le public, sans doute moins pour les coaches parce que source d’incertitude. Si Chamonix a retenu la leçon de ce soir et si Rouen continue en dilettante, Richard-Bozon ne sera pas fermé mercredi.

Joueurs étoiles du match : *** Yannick Riendeau (Rouen), ** Laurent Gras (Chamonix), * Julien Desrosiers (Rouen).

 

Rouen - Chamonix 6-5 après prolongation (1-2, 2-2, 2-1, 1-0)
Samedi 1er mars 2013 à 20h30 au centre sportif Guy Boissière. 2747 spectateurs.
Arbitrage de Jimmy Bergamelli et Laurent Garbay assistés de Jérémy Métais et Pierre Dehaen.
Pénalités : Rouen 30’ (6+10’, 8’, 6’, 0’) ; Chamonix 18’ (6’, 6’, 6’, 0’)
Tirs : Rouen 40 (4, 16, 11, 9) ; Chamonix 23 (11, 3, 7, 2)
Supériorités : Rouen 3/8, Chamonix 4/9
Chances : Rouen 8 (2, 2, 3, 1) ; Chamonix 4 (0, 1, 2, 1)
 
Évolution du score :
1-0 à 01'34" : Stefanka assisté de Desrosiers et Riendeau (sup. num.)
1-1 à 07'09" : Masson assisté de Hardy et Gras (sup. num)
1-2 à 07'57" : Gadoury assisté de Tremblay et Kara
2-2 à 20'17" : Guren assisté de Lampérier et Vas (sup. num.)
2-3 à 27'37" : Gras (double sup. num.)
2-4 à 29'03" : Hardy assisté de Patry et Gras (sup. num.)
3-4 à 35'50" : Guénette assisté de Desrosiers
3-5 à 43'07" : Patry assisté de Hardy et Gras (sup. num.)
4-5 à 44'13" : Riendeau assisté de Desrosiers et Vas
5-5 à 58'47" : Mielonen assisté de Riendeau et Janil (sup. num.)
6-5 à 68'21" : Riendeau assisté de Desrosiers et Manavian

 

Rouen

Gardien : Gabriel Girard (18 arrêts)

Arrières: Lauri Lahesalu puis Raphael Faure à 24’52" – Jonathan Janil ; Antonin Manavian – Miloslav Guren ; Andrej Tavzelj (A) – Juho Mielonen ; puis Léo Guillemain [en infériorité à 27’37]

Attaquants: Julien Desrosiers – François-Pierre Guénette (A) – Yannick Riendeau ; Loïc Lampérier – Janos Vas – Marc-André Thinel (C) ; Anthony Rech – Loup Benoit ou Romain Gutierrez – Juraj Stefanka ; Anthony Goncalves – Dimitri Thillet [une seule présence à 5’54].

Remplaçant : Tom Aubrun (G). Absents : Fabrice Lhenry (adducteurs), Stanislav Hudec (départ).

Chamonix

Gardien : Clément Fouquerel (34 arrêts).

Défenseurs : Brent Patry – Arthur Cocar ; Damien Torfou – Riku Silvennoinen ; Kyle Shearer-Hardy – Fabien Veydarier.  

Attaquants : Laurent Gras (A) – Clément Masson (A) – Alexandre Audibert (C) ; Jérémy Arès – Mathias Terrier – Arnaud Hascoet ; Julien Tremblay – Kévin Gadoury – Vincent Kara.                                                                                           

Remplaçants : Victor Goy (G), Benjamin Rubin, Patxi Biscard, Clément Colombin. Absent : Lou Bogdanoff (?).