Rouen - Angers (Ligue Magnus, demi-finale, match 2)

Le hold-up angevin !
 
Si hier on ne pouvait décemment pas le faire, crier au hold-up angevin ce soir n'est pas autant usurpé.
 
Rouen qui a changé ses alignements offensifs a dominé au total quarante minutes et fait jeu égal pendant dix autres, a priori sans grosses erreurs de coaching cette fois. Le RHE s'est créé plus du double d'occasions par rapport à hier. Angers (toujours sans Mrena) a été moins bien organisé en défense, et Hardy n'était pas aussi bien physiquement que la veille. Cependant, les Dragons sont retombés dans certains travers dans le troisième tiers et ils l'ont payé cash. Mais les Ducs le savent bien, paradoxalement, ils repartent au Haras victorieux (c'est le plus important) mais avec bien plus de questions sur l'avenir que les Dragons. Voici pourquoi et comment.
 
Les Dragons ont encore démarré fort. Déjà, après vingt-six secondes, Brian Henderson doit se sacrifier entre Thinel et Desrosiers sur la première attaque surnuméraire rouennaise (d'une longue série). Florian Hardy ne réalise pas un arrêt complet et cela nécessite qu'un de ses défenseurs remise le palet entre les jambières du gardien (1'26). Puis Anthony Rech est paradé (2'49).
 
Simon Lacroix semble avoir demandé à ses joueurs de se projeter plus intensivement et systématiquement en attaque. Cody Campbell est au rebond de Bahain, mais Girard, le substitut de Lhenry blessé, veille au grain (4'03). Mais Janos Vas inquiète de nouveau Hardy, alors que Stefanka était seul au second poteau (4'09). L'ASGA est entre le marteau et l'enclume et Julien Albert ne maîtrise pas sa crosse (4'55). Hélas, François-Pierre Guénette gâche pour une faute offensive l'avantage numérique (5'27). Un peu plus tard, c'est à Tomas Baluch d'être dépassé par les évènements et pris par la patrouille (7'40). Cette fois pas de gâchis normand. Julien Desrosiers joue au virtuose mais Hardy donne remarquablement du bouclier (8'18). Une fois Tomas Baluch revenu sur la glace, Crowder tente sa chance de loin tout en haut du slot (tiens, tiens) mais ne cadre pas (10'37).
 
Le jeu n'est plus tranchant, néanmoins Florian Hardy est fébrile sur un frappé de Janil (12'29) et Gabriel Girard a perdu de vue la rondelle sur un mouvement angevin (13'33). Heureusement, le portier local a retrouvé la vision sur un envoi d'Albert qui relance la partie (14'19). Et c'est là que Juho Mielonen lance Thinel qui peut faire tout un numéro à deux-contre-deux. Le capitaine rouennais se débarrasse de son défenseur, puis se recentre entre les oreilles et ajuste Hardy à mi-hauteur côté bouclier (1-0 à 15'27). Cependant rien n'est fait face à ces Ducs. Jonathan Bellemare le démontre en contre mais ne cadre pas (16'27). Gabriel Girard est rassurant lorsque sur un tir anodin de Börjesson qui le déséquilibre, le gardien fait un arrêt difficile mais complet (17'33). Bref, Rouen est en place. Angers déjoue. Lorsque Jonathan Bellemare part en prison à cheval sur les deux tiers, Janos Vas servi par Desrosiers a une nouvelle opportunité mais Hardy est solide (19'20).
 
En début de deuxième période, les équipes se répondent du tac au tac. Miloslav Guren dégage une rondelle arrêtée dans le dos de Girard (21'36). Dans la foulée, Rouen ne profite pas d'un trois-contre-deux (21'56). Puis, les deux équipes se neutralisent, jusqu'à ce que Loïc Lampérier ait une chance détournée par Hardy (26'22). En contre, Éric Fortier peut éviter Guren en un-contre-un, mais l'ailier manque son lancer devant un Girard concentré (26'51). Florian Hardy, tout étonné, peut souffler car sur un lancer de Thinel, le gardien, approximatif, attrape la rondelle sans en être persuadé, ouf (27'40). C'est au tour de Gabriel Girard d'assurer un arrêt du gant face à Skinnars (29'50).
 
Les dix prochaines minutes seront sous la main mise des Rouennais. Ce sera là, sans doute, le tournant du match hors faits de jeu. Julien Albert puis Walls (cinglage inadmissible qui valait bien plus que 2 minutes) donnent 47 secondes de double supériorité aux hommes de Rodolphe Garnier. Ce dernier prend même un temps mort pour indiquer la marche à suivre. Mais le trio Campbell-Busto-Fortier est intelligent et ne se livre pas. Il lui suffira du reste à surveiller Thinel et Manavian aux pointes. La méthode normande est trop usée.
 
Frustré et indiscipliné, Antonin Manavian la joue dure, mais n'échappe pas aux regards des patrouilleurs. Classique. Ce qui sera moins coutumier, c'est que les Ducs y sont encore moins que les Dragons. En effet, les hôtes, émoussés, n'ayant jamais autant déjoué, vont concéder quatre vagues offensives adverses en trois minutes de supériorité sans rendre de coup ! D'abord Anthony Rech (tireur) et Gutierrez en deux-contre-un (33'25), puis Janos Vas se saisissant d'un rebond de Mielonen (35'24), ensuite Yannick Riendeau qui rend fou par ses gri-gris (36'01) buteront tous sur Hardy qui maintient là son équipe dans le match. Et ce n'est pas fini car Riendeau part en échappée et perd son duel à cause d'une faute du dernier défenseur revenu de justesse. Les arbitres n'hésitent pas et accorde au Québécois un lancer de pénalité. La feinte de l'ailier bute sur la jambière droite d'Hardy (36'28). On le saura après, Rouen vient de laisser passer sa chance dans ce deuxième tiers.
 
Parce que dans le troisième, Angers changera de chanson. Julien Desrosiers, pas dans son assiette ce soir, commet un crime de lèse-majesté : une faute offensive inutile. Une infériorité jouée avec moins d'intensité et de pression offensive que les précédentes. Tim Crowder peut frapper dans l'axe en entrée de zone et surprend Girard à ras la glace, sur sa droite. Eh pan (1-1 à 44'38) !
 
Les champions de France doutent. Leurs dauphins en profitent. Sur un tir de Cody Campbell, la pagaille s'installe devant Girard, mais sa défensive parvient à se dégager (45'22). Pas longtemps, un contre angevin à trois-contre-trois revient sur lequel Yannick Riendeau est sanctionné d'un cinglage (46'15). Angers s'installe. Sur son premier tir, une déviation, un but (1-2). Cruel, ce rapport but/efforts offensifs angevin, comparé à celui des normands. Presque une escroquerie, un vol, un hold-up ! Nous y voilà.
 
Même si les joueurs du président Chaix mettront plus de sept minutes à se remettre du second but des blancs, où Skinnars aurait pu leur faire boire le calice jusqu'à la lie sans un réflexe de Girard (49'30), ils vont avoir encore trois autres opportunités d'égaliser. Marc-André Thinel, après une bonne passe de Guénette, trouve la jambière d'Hardy (53'07). Romain Gutierrez fonce sur le portier des bords du Maine en breakaway et bénéficie à son tour d'un pénalty. C'est encore la botte d'Hardy qui sauve les visiteurs (53'37). Loïc Lampérier en échappée sur la gauche fait le choix de tirer sans feinte, mais son envoi aboutit sur Hardy imperturbable (57'00).
 
Jonathan Janil a une position favorable, mais son lancer est déroutée par le cerbère d'en face (58'24). Une seconde après le remplacement de Gabriel Girard par un attaquant supplémentaire, la rondelle ne passe pas loin du poteau droit de la cage normande (58'43). Simon Lacroix demande son temps mort. Les Rouennais remportent la remise en jeu, Julien Desrosiers a une chance et toujours Hardy en sauveteur secouriste des Ducs aux abois (59'25). Le palet circule toujours autour de la cage angevine. La cage est enfin ouverte lorsque Yannick Riendeau semble pouvoir égaliser, ça y est. On l'a déjà vécu, ce moment-là à l'île Lacroix. Terminée, la fin de match cauchem(Hardy)esque… Patatras, sous la précipitation, le Québécois manque son contrôle. Encore manqué.
 
Rouen ira donc à Angers mené de deux victoires. À ce rythme, de surmenage, Florian Hardy pourra-t-il tenir ? Après la prestation de ses hommes ce soir, Simon Lacroix ne peut compter presque exclusivement que là-dessus. Car l'entraîneur angevin sait parfaitement que les Dragons seront de nouveau prêts à en découdre chez lui. Surtout la première ligne normande de ce soir, Thinel-Guénette-Desrosiers, qui se doit une revanche. Attention à l'animal blessé. Sur la petite glace du Haras, l'offensive normande ira beaucoup plus vite à la cage et Florian Hardy sera soumis à une pression encore plus dense et plus rapide. Il sera alors impossible de reprendre aussi tard que ce soir toutes les attaques surnuméraires que les Dragons ne manqueront pas de se créer dans la défensive des Ducs ! Encore un choc des titans à vivre, ou à suivre.
 
Joueurs étoiles du match : *** Florian Hardy (Angers) ; ** Tim Crowder (Angers) ; * Julien Albert (Angers).
 
 
 
Rouen - Angers 1-2 (1-0, 0-0, 0-2)
Mercredi 12 mars 2014 à 20h30 au centre sportif Guy Boissière. 2512 spectateurs.
Arbitrage de Nicolas Barbez et Laurent Garbay assisté de Charlotte Girard et David Courgeon.
Pénalités : Rouen 12' (4', 4', 4') ; Angers 12' (8', 4', 0').
Tirs : Rouen 36 (14, 14, 8) ; Angers 18 (8, 5, 5).
Supériorités : Rouen 0/5, Angers 2/5.
Chances : Rouen 17 (6, 6, 5) ; Angers 7 (4, 2, 1).
 
Évolution du score :
1-0 à 15'27" : Thinel assisté de Mielonen
1-1 à 44'38" : Crowder assisté de Börjesson (sup. num.)
1-2 à 46'48" : Albert assisté de Fortier et Busto (sup. num.)
 
 
Rouen
 
Gardien : Gabriel Girard (16 arrêts) sorti de 58'42 à 60'00.
 
Défenseurs : Lauri Lahesalu – Jonathan Janil ; Andrej Tavzelj (A) – Juha Mielonen ; Antonin Manavian – Miloslav Guren.
 
Attaquants : Julien Desrosiers – François-Pierre Guénette (A) – Marc-André Thinel (C) ; Anthony Rech – Romain Gutierrez – Yannick Riendeau ; Loïc Lampérier – Janos Vas – Juraj Stefanka.
 
Remplaçants : Tom Aubrun (G) Léo Guillemain, Raphaël Faure, Anthony Goncalves, Loup Benoit, Johan Saint-André. Absents : Fabrice Lhenry (adducteurs), Dimitri Thillet (surnuméraire), Stanislav Hudec (départ).  
 
Angers
 
Gardien : Florian Hardy (35 arrêts).
 
Défenseurs : Gary Lévèque – Cédric Custosse ; Florent Aubé – Michael Busto (A) ; Paul Bahain – Fredrik Börjesson.
 
Attaquants : Julien Albert (A) – Brian Henderson – Robin Gaborit ; Éric Fortier – Braden Walls – Cody Campbell ; Johan Skinnars – Jonathan Bellemare (C) – Tim Crowder ; Tomas Baluch.
 
Remplaçants : Alexis Neau (G), Alexis Crosnier, Damien Sanchez. Absents : Andrej Mrena (?), Mark Isherwood (mal du pays).