Neuilly-sur-Marne - Lyon (Division 1, demi-finale, match 1)

La magie des play-offs
 
Pour le favori désigné de la division 1 Lyon, la demi-finale en "deux de trois" est peut-être plus dangereuse qu'une finale au meilleur des cinq manches.
 
Elle s'ouvre en effet par un match à l'extérieur sur la petite glace de Neuilly-sur-Marne, où les Bisons restent sur une série de 12 victoires consécutives. En saison régulière, seuls deux clubs sont venus gagner ici : Anglet et... Lyon. Or, l'Hormadi a ensuite mordu la poussière ici lors des quarts de finale, sur un but-gag à l'avant-dernière minute, un dégagement lointain de David Vsetecka sur lequel le gardien finlandais Aku Maikola s'est troué. Il ne reste donc plus que les Lions.
 
Un degré de souffrance sépare cependant les deux équipes. Lyon est la seule équipe à s'être qualifiée en deux manches, face à Cholet. Neuilly-sur-Marne, au contraire, a joué deux fois ce week-end pour remporter au bout du suspense, aux tirs au but, sa série tendue face aux Basques. Le capitaine Yven Sadoun, qui arrive à peine à marcher et ne devait même plus jouer cette saison, est même revenu au jeu dimanche pour pallier le déficit au centre après la blessure de Léo Cuzin.
 
Neuilly applique la seule stratégie qui vaille : partir très fort et prendre tout de suite à la gorge l'adversaire. Zach Hervato, qui avait connu une soirée miraculeuse lors du dernier match ici contre Anglet (5 buts dont 4 en supériorité numérique), se rend vite compte que ce sera plus difficile face à ces solides Lyonnais. Le capitaine Martin Millerioux lui bloque deux fois l'accès au but, d'abord sur une belle mise en échec puis en contrant son tour de cage.
 
Le match est équilibré, avec des poussées alternées de chaque équipe. Dans ces cas-là, les unités spéciales emportent souvent la décision. La première pénalité de Raibon est vite convertie par Neuilly-sur-Marne : slap de Josef Wagenhoffer pour la déviation à bout portant de Julius Sinkovic qui couche le gardien, et rebond côté gauche de Stanislav Polodna (1-0, 07'43"). Au contraire, pendant que Pek est en prison, Lyon n'arrive pas à s'installer durablement. On recense juste un lancer excentré de Julien Lebey et un tir rasant dans le trafic d'Aymeric Gillet à la ligne bleue.
 
La partie rebascule cependant à la quatorzième minute. Après un tir en position ouverte à deux mètres de Clément Rey, repoussé par Matej Kristin, la deuxième ligne lyonnaise lance une contre-attaque immédiate. Un tir non cadré de Nicolas Biniek ricoche sur une jambe locale et arrive sur Lebey idéalement placé pour conclure face au but (1-1, 13'16"). Les dernières pénalités du premier tiers-temps n'y changent rien. La meilleure occasion de la supériorité numérique rhodanienne est pour Neuilly-sur-Marne avec un centre de Gabriel Da Costa pour Zach Hervato dont la reprise frôle la cage. Quant au second jeu de puissance des Bisons, il est annulé par un cinglage de Hervato après une perte de palet en zone offensive.
 
En revenant sur la glace en deuxième période, les Nocéens se montrent toujours aussi explosifs dans leur approche. Denis Kadic prend néanmoins dix minutes de méconduite pour avoir lancé après le coup de sifflet de l'arbitre. Il faut donc modifier les lignes, et le réserviste Kevin Guimbard signe un bon intérim, concentré et engagé, avec une grosse mise en échec et même une mise au jeu gagnée en tant que suppléant en zone défensive. Mais les occasions lyonnaises se font de plus en plus franches. À 21'30", Kevin Beech a déjç sorti un double arrêt face à Nicolas Biniek qui n'a pas su lever le palet sur le rebond. À 27'20", la défense locale sous pression n'arrive plus à sortir de sa zone, le gardien Beech est très avancé en anticipant un lancer de la bleue de Gillet, qui décale intelligemment Figon avec un grand angle. Mais l'ailier écrase sa reprise en si bonne position.
 
Néanmoins, deux pénalités de Biniek accordent des moments de répit aux Bisons. Mieux même, ils en profitent pour prendre l'avantage alors qu'ils commençaient à être dominés, grâce à un beau lancer du cercle gauche de Maxime Dubuc (2-1, 31'23"). Sitôt mené, Lyon accentue encore la pression. Julius Sinkovic retient alors Julien Lebey qui travaille en fond de zone. En avantage numérique, la passe de derrière la cage de Nicolas Biniek trouve la reprise au second poteau de Vikhaël To-Landry (2-2, 33'36").
 
Une phase de 4 contre 4 ouvre des espaces. Matej Kristin arrête de la mitaine un tir de Sinkovic, et Lyon repart en contre-attaque sur la mise au jeu. Beech se couche alors devant To-Landry qui se présente seul. Mais quand les deux équipes reviennent au complet, le gardien canadien concède un mauvais but sur un lancer à ras glace d'Aymeric Gillet (2-3, 38'36").
 
Le retournement de situation paraît sacrément difficile contre cet adversaire, plus solide et mieux organisé que tous les autres battus ici. Les Bisons ne trouvent aucune solution en troisième période : ils peinent à sortir de la zone, ne passent jamais avec le palet le filtre de la ligne bleue offensive et sont ensuite coincés dans les bandes. Neuilly-sur-Marne est une équipe qui vit d'émotions, alors Frank Spinozzi utilise son temps mort pour les réveiller (49'21"), car sinon, on s'achemine gentiment vers une défaite.
 
L'effet du temps mort semble pourtant gâché, une minute plus tard, par une pénalité en zone offensive de Denis Kadic. Olsson centre pour Laberge qui double l'écart (2-4, 51'02"). Déjà que Neuilly n'arrivait pas à remonter un but de retard, tout le monde se dit alors que les carottes sont cuites.
 
Pourtant, les Bisons foncent toujours. Matej Kristin arrête de la mitaine un tir de Sinkovic (51'58"). Le gardien lyonnais s'avance ensuite pour un nouvel arrêt devant Kadic, et il y a un angle de tir ouvert au rebond. Hervato ne le trouve d'abord pas, son tir échouant du mauvais côté du poteau, mais il poursuit son chemin et rentre le palet du patin dans son mouvement. Involontaire ? M. Rousselin accorde immédiatement le but sans hésiter (3-4, 52'47").
 
Kevin Beech signe un arrêt spectaculaire sur un 2 contre 1, il subit alors un coup de crosse de Biniek, mais Wagenhoffer est également pénalisé en voulant faire justice (55'17"). Miroslav Kristin charge ensuite Gaby Da Costa contre la bande, M. Rousselin porte le sifflet à sa bouche mais semble réticent à provoquer une situation de 4 contre 3 si influente à ce moment du match. Qu'importe, Da Costa se relève et se fait justice sans influence de l'arbitre, dans la continuité de la séquence de jeu. Après un mouvement technique magistral en entrée de zone, il tire dans le haut du filet (4-4, 57'13").
 
À quarante secondes de la fin, To-Landry a la balle de match au rebond d'un lancer de Gillet, mais Beech se couche face à lui. Kadic part alors en breakaway et feinte le gardien, mais son tir échoue près du poteau. Les Lyonnais se sont regroupés, mais le palet ressort vers Jozef Wagenhoffer qui a du champ. L'artilleur slovaque - qui a passé une grande partie de la troisième période à se faire soigner la cuisse qui a heurté le haut de la balustrade - envoie sa spécialité, le missile à longue portée, qui fait toujours du dégât même si le guidage fait parfois défaut. Cette fois, la cible est toute trouvée, les filets, côté mitaine (5-4, 59'37").
 
Groggy après cette incroyable fin de match, Lyon rentre aux vestiaires avec une vitesse-record pour décréter l'état d'urgence. La sortie de Neuilly-sur-Marne, dans une ambiance enthousiaste de communion générale, est bien plus lente et savoureuse. Chaque joueur reçoit tour à tour sur le chemin l'accolade de son coach. 
 
Ces huit minutes complètement folles ne changent rien au potentiel de Lyon. Cela reste une très bonne équipe, avec beaucoup de vitesse en attaque et deux très bons cadres français en défense : Martin Millerioux a été excellent, et Aymeric Gillet apporte une expérience extrêmement précieuse à la jeune troisième ligne. Les Lions sont toujours les favoris de cette série, ils doivent normalement gagner deux fois chez eux. Le boulevard Charlemagne risque de paraître un peu vaste à une équipe de Neuilly habituée aux pistes étroites (et qualifiée sur une autre petite glace à Anglet). Mais les Lyonnais ont désormais la pression, car ils savent que la magie des playoffs peut frapper à tout moment, comme dans ces huit dernières minutes, alors que tout paraissait sous contrôle...
 
Commentaires d'après-match
 
Frank Spinozzi (entraîneur de Neuilly-sur-Marne) : "On a joué une grosse première période pour une équipe qui jouait son troisième match en cinq jours. De la 28e à la 50e minute, Lyon nous a donné une leçon de hockey : patient, systématique, à la Lyon. Le message au temps mort était clair : on démissionne ou on donne un dernier coup. Vous avez vu la suite. Les play-offs, c'est magique, il y a toujours des revirements, des histoires qui s'écrivent. Cette victoire est dans la continuité depuis qu'on a trouvé notre rythme en novembre/décembre. Le jour de congé va faire du bien. On a embarqué des joueurs qui n'avaient pas le droit de jouer. Loïc Sadoun n'était pas en état, il a passé douze minutes sur la glace. Léo Cuzin ne marchait plus hier, il a fait trois présences."
 
Loïc Sadoun (capitaine de Neuilly-sur-Marne) : "Dimanche, Frank m'a dit que je devais jouer, alors que je ne m'étais pas entraîné de la semaine et que je devais couper complètement pour reposer les adducteurs. Ce troisième match à Anglet était à l'ancienne, avec des coups de crosse, je me suis retrouvé quinze ans en arrière. Là, c'était un match tranquille. Je ne peux pas pousser sur ma jambe droite, je ne peux pas patiner. Je ne me projette pas en avant, je joue uniquement sur mon expérience. J'ai déjà joué avec une luxation de l'épaule, mais le bas, c'est le pire. Au troisième tiers, il n'y avait rien, ça peut partir comme ça jusqu'à la fin. Frank a des paroles assez dures au temps mort, et hop, c'est reparti. On a fait le maximum qu'on pouvait, on va à Lyon sans pression. Cette formule n'est pas bonne : notre cinquième place est finalement la meilleure, car on commence le quart de finale et la demi-finale à domicile."
 
François Dusseau (entraîneur de Lyon) : "Jusqu'aux dix dernières minutes, ils accusaient un peu le coup physiquement. Mais on s'est mis à faire beaucoup d'erreurs individuelles, notamment de placement, et on n'a pas sorti correctement le palet. C'est un peu dommage, on ne peut s'en prendre qu'à nous-mêmes. Nous avons des joueurs qui contrôlent le palet, mais ils ne l'ont peut-être pas assez bien contrôlé ce soir. On va voir la réaction du groupe, c'est la première fois qu'on est mis en difficulté. On aura besoin de nos 3000 personnes, c'est là qu'on va voir si on est des guerriers. Tous mes joueurs ne sont pas encore rentrés dans les play-offs. Mon deuxième bloc l'a fait, pas mon premier bloc."
 
 
 
Neuilly-sur-Marne - Lyon 5-4 (1-1, 1-2, 3-1)
Mercredi 19 mars 2014 à 18h30 à la patinoire municipale de Neuilly-sur-Marne. 538 spectateurs.
Arbitrage de Stéphane Rousselin assistés de Joffrey Yssembourg et Jérémie Douchy.
Pénalités : Neuilly 26' (6', 6'+10', 4') ; Lyon 12' (4', 6', 2').
Tirs : Neuilly 31 (10, 8, 13) ; Lyon 38 (12, 15, 11).
 
Évolution du score :
1-0 à 07'43" : Polodna assisté de Sinkovic et Wagenhoffer (sup. num.)
1-1 à 13'16" : Lebey assisté de Biniek et To-Landry
2-1 à 31'23" : Dubuc assisté de Sadoun et Da Costa (sup. num.)
2-2 à 33'36" : To-Landry assisté de Biniek et Styf (sup. num.)
2-3 à 38'36" : Gillet assisté de Lebey et A. Olsson 
2-4 à 51'02" : Laberge assisté de A. Olsson et Mi. Kristin (sup. num.)
3-4 à 52'47" : Hervato assisté de Kadic et Dubuc
4-4 à 57'13" : Da Costa assisté de Dubuc et Vsetecka
5-4 à 59'37" : Wagenhoffer assisté de Kadic et Hervato
 
 
Neuilly-sur-Marne
 
Gardien : Kevin Beech.
 
Défenseurs : Jozef Wagenhoffer - Jonathan Lafrance ; David Vsetecka - Maxime Dubuc ; Arthur Cuzin.
 
Attaquants : Stanislav Polodna - Julius Sinkovic - Lukas Pek ; Marc Slupski - Zach Hervato - Denis Kadic ; Gabriel Da Costa - Loïc Sadoun (C) - Clément Rey ; Kevin Guimbard, Léo Cuzin.
 
Remplaçants : Rémi Husson (G), Jérémy Fritsch, Leyland Plaire.
 
Lyon
 
Gardien : Matej Kristin [sorti à 59'37"].
 
Défenseurs : Martin Dufek - Radovan Trefny ; Oliver Styf - Martin Millerioux (C) ; Jules Breton - Aymeric Gillet.
 
Attaquants : Alexander Olsson - Jonathan Laberge - Miroslav Kristin ; Julien Lebey - Nicolas Biniek - Vikhael To-Landry ; Elie Raibon - Timothée Franck - Frédéric Figon.
 
Remplaçants : Adrien Morel-Hervillard (G), Thomas Lapointe, Mathieu Touveron, Charly Cirgues, Léo Girod, Arnaud Magallon.