Brest - Caen (Ligue Magnus, Play-down, Match 7)

Ascenseur pour la D1

Comble, archi comble même. Le Rïnkla Stadium dégorge de toute part avec « officiellement » 1585 spectateurs. Si la patinoire brestoise pouvait accueillir 3000 personnes, elle serait tout de même pleine, tant le club des Albatros a dû refuser les sollicitations de toutes parts pour tenter d’obtenir de précieuses places pour ce match décisif. 
 
Le service de sécurité veille pour éviter tout problème, ce qui donne lieu à une scène plutôt cocasse : Sami Wikström, coach de la réserve brestoise, se voit un temps refuser l’accès aux vestiaires par un vigile trop zélé ne comprenant manifestement pas l’anglais aux consonances finnoises pratiqué par l’ancien attaquant passé par Brest et … Caen.
 
Sans être aussi nombreux que les supporters brestois lors des déplacements, les partisans normands sont plus nombreux qu’à l’accoutumée et occupent deux gradins de bois à chaque extrémité de la glace. Peu importe où ils attaqueront, les visiteurs auront des encouragements des deux côtés de la glace.
 
Après un mois de combat acharné, l’épilogue de cette série épique sera quoi qu’il arrive dévoilé ce soir. Malheur au vaincu qui tombera en Division 1. Le coup d’envoi fictif de la rencontre est donné par une personnalité qui ne peut que satisfaire les deux équipes : Bruno Grougi, actuel joueur du Stade Brestois mais formé au Stade Malherbe de Caen.
 
Au vu de l’enjeu on aurait put craindre une entame de match aussi crispée que le terne match 5. Le rythme est au contraire immédiatement soutenu. Jérémie Romand, éblouissant au match 6 malgré un tir au but loupé, est le premier à frapper à la porte brestoise (1’10’’). David Croteau, souffrant des adducteurs depuis le début de la série, a suffisamment de jambes pour lui répondre en profitant d’un rebond sur la bande pour déborder l’adversaire. Sa tentative est bien stoppée par Quentin Kello, de nouveau titularisé. L’habituelle doublure caennaise a fait une entrée remarquée dans ces play-down jusqu’à présent.
 
Pour avoir accroché le virevoltant Michal Dian, Jérémie Romand purge la première prison (3’29’’). Vite installé, le jeu de puissance bleu est pressant et bloque quasiment toute tentative de dégagement caennaise. Les combinaisons semblent différentes de celles pratiquées habituellement. Alors que Romand quitte sa geôle, Graham Avenel dévie astucieusement à mi-hauteur le lancer frappé de Thomas Evans (1-0 à 5’33’’).
 
Une ouverture du score méritée pour Brest qui est bien dans son match mais qui a pour effet de réveiller son adversaire. Dès la remise en jeu suivante, Dupont s’emploie à débouter le géant Romand en se couchant. Poudrier cherche à gratter un rebond mais est balancé sur le but de manière irrégulière par Vladimir Holik (5’52’’).
 
Cela fait déjà une prison partout et bientôt un but partout. Dupont est auparavant sauvé par sa transversale sur une reprise de Romand (6’). Sa vigilance est déjouée par une très bonne passe de Thibault Geffroy reprise du coin gauche du cercle d’engagement par Kevin Da Costa qui marque en hauteur (1-1 à 7’48’’). La vue du portier brestois était sans doute voilée par le trafic. Comme au match 3 et 6, les Albatros encaissent dans la foulée un deuxième but. Suite à une percée dans l’axe de l’inarrêtable Romand, le disque est décalé sur l’aile gauche pour Jean-Christophe Gauthier qui place un très beau tir sans opposition dans le haut du but brestois (1-2 à 8’20’’).
 
Deux buts en 32 secondes, la réaction caennaise est fulgurante et spectaculaire dans une rencontre où tout va vite. Brest n’est pas loin d’égaliser peu après par Prosvic débouté par les bottes de Kello (11’50’’).
 
Le bloc caennais Gauthier-Poudrier-Romand fait de l’excellent boulot mais est temporairement privé de son attaquant le plus massif après une charge spectaculaire de Vladimir Holik qui percute Romand alors que le haut du corps de ce dernier est à l’horizontal le long de la bande. L’impact est terrible pour les cervicales et le genou du Caennais complètement groggy par la charge du Tchèque (13’). Le temps de retrouver ses esprits et l’ex-rouennais revient sur la glace avant la fin du tiers.
 
Un fait de jeu qui n’entame pas en tout cas la poussée caennaise qui se confirme dans cette seconde partie de tiers. Une mauvaise prison concédée par Quentin Berthon (15’18’’) accentue la domination visiteuse toute proche d’inscrire le but du break. Brest a chaud mais tient bon jusqu’à la sirène pour éviter le pire.
 
Les Albatros sont décidément plus fringants dans les débuts de période. Après avoir vendangé beaucoup d’occasions au match 6, Michal Dian égalise sur un tir placé en lucarne (2-2 à 21’27’’). Brest fait le jeu mais se heurte à des Caennais combatifs qui défendent bien sans commettre de faute et qui sont de plus très réalistes. Sur leur première occasion du tiers, Thierry Poudrier redonne l’avance aux siens en concluant de près un tour de cage (2-3 à 26’55’’).
 
Une situation plutôt paradoxale, tant Brest semble en apparence avoir par intermittence le match en mains mais peine dans les faits à maintenir la marque à égalité et se retrouve pour la deuxième fois à courir après le score. Sébastien Oprandi sort ses jokers habituels à mi-match en modifiant ses lignes. Pard est aligné aux côtés de Prosvic et Dian, Croteau devient le centre des frères Avenel tandis que Rambelo-Berthon-Pain constituent le dernier bloc (32’ et 33’)
 
Hasard ou non, le changement porte ses fruits. Sur une offensive bretonne, Pard transmet le palet pour son nouveau coéquipier défensif Thomas Evans qui trompe Kello côté bouclier (3-3 à 32’58’’). Le Canado-Danois était déjà l’auteur de l’égalisation lors du match 6, mais son but avait été par mégarde attribué à Prosvic. Pas d’erreur cette fois du corps arbitral qui lui accorde un nouveau point, soit le troisième de la soirée. Des statistiques à l’image de son match où sa prestation impériale fait de lui le MVP brestois sur cette rencontre.
 
 
Revenus à hauteur de l’adversaire, il faut maintenant passer en tête pour les Albatros et Erwan Pain s'y attèle d’un gros slap dévié par l’épaule de Kello (34’50’’). La sérénité ne semble pas de mise pourtant du côté breton avec plusieurs mauvais choix défensifs souvent risqués. Le diabolique bloc caennais Gauthier-Poudrier-Romand ne leur fait pas payer mais il ne leur en faudrait guère plus pour annuler le retour brestois.
 
Les deux équipes abordent l’ultime période à l’image de la série : dos à dos, trois buts partout. La saison des deux équipes peut se jouer sur les vingt prochaines minutes. Un couperet impitoyable et brutal. Le début du troisième tiers-temps est extrêmement haché par plusieurs hors-jeu brestois et des palets injouables. Les arbitres laissent le jeu se dérouler, malgré quelques accrochages qui auraient sans doute amené des prisons dans un match de saison régulière. Il faudrait vraiment une faute flagrante pour qu’une sanction, faisant peut-être basculer le match, soit signifiée. 
 
Ce faux-semblant de domination brestoise se poursuit avec une occupation territoriale toujours aussi stérile. Les tentatives locales se limitent le plus souvent à des tirs non-cadrés du coin droit au niveau de la ligne bleue tout en créant du trafic devant Kello pour une hypothétique déviation. 
 
Les Drakkars sont bien plus précis et tranchants. Ici, pas de multiples tirs mal ajustés, mais un seul pétard de l’aile gauche signé Brice Chauvel. Encore gêné par un trafic l’empêchant d’appréhender la trajectoire du tir, Dupont se met logiquement en papillon. Le palet file dans les airs et le cerbère canadien semble s’en rendre compte au dernier moment d’un bref hochement de casque semblant vouloir aller à contre-courant du reste du corps tombant sur la glace. La rondelle claque le haut du but et fait exploser de joie joueurs et supporters caennais (3-4 à 49’52’’).
 
À peine plus de dix minutes, voilà ce qu’il reste aux bleus et rouges pour survivre en Ligue Magnus. L’espoir manque de peu de tenir tout juste vingt secondes. Sans un double arrêt sur sa ligne de Dupont, le break caennais serait déjà fait (50’09’’). Jusqu’au bout, les Albatros auront eu de mal à se remobiliser après un but encaissé. 
 
Sébastien Oprandi mélange à nouveau ses cartes mais les nouvelles lignes proposées n’obtiennent pas plus de réussite. À coup de cafouillages non conclus, d’occasions trop brouillonnes autour du but caennais, le compte à rebours vers la relégation défile inexorablement pour les bretons. Ultimes encouragements ou hommage appuyé, l’ensemble de la patinoire est debout pour la dernière minute jouée sans gardien du côté brestois. La sirène finale sonne le glas des espoirs de maintien pour Brest. Le banc et les supporters caennais exultent pour ce maintien décroché à l’arrachée.
 
 
La glace a rendu son verdict après un mois de combats, de sueur, de sang entre deux équipes ne lâchant rien. Une nouvelle fois, le promu trépasse et Caen se maintient. Le couperet est toutefois passé très proche de faire chavirer le vaisseau des Drakkars dans une série où paradoxalement ils ont inscrit moins de buts que leurs adversaires mais où ils ont su décrocher quatre victoires sur le plus petit des écarts. Une meilleure gestion et une forte capacité de réaction leur permettent de sortir victorieux de cet ultime match.
 
De quoi alimenter le sempiternel discours sur la combativité et la vaillance caennaises. Certes cette combativité normande s’est vue (avec plus ou moins de régularité) dans cette série. Leur grande force mentale est sans doute une partie des explications du succès normand. Mais les Caennais n’en ont certainement pas le monopole. Quand une série se termine au septième et ultime match décidé par un but d’écart, l’adversaire peut aussi s’en targuer.
 
La combativité brestoise qui leur avait permis de décrocher le titre de Division 1 n’a pas été suffisante pour obtenir le maintien pourtant à leur portée. Les regrets sont bretons, mais les faits sont là. Trois défaites à domicile face à un adversaire qui n’avait pas gagné un seul match à l’extérieur, c’est beaucoup trop. Jaroslav Prosvic ne s’y trompait pas en déclarant dans la presse quotidienne régionale qu’avec une telle statistique les Albatros ne mériteraient pas de rester en Ligue Magnus.
 
La fin est triste mais logique pour les Albatros. Par manque de constance de réussite et d’efficacité devant le but dans cette série, ils devront repasser par la case Division 1. Avec quel effectif ? Nul ne le sait. Une certitude : la retraite de Daniel Carlsson, sorti de la glace sous une haie d’honneur de ses coéquipiers après avoir annoncé au micro qu’il venait de jouer le dernier match de sa carrière.
 
Pour Caen, le contrat est rempli malgré de belles frayeurs. Faute de moyens plus conséquents, la saison prochaine pourrait s’annoncer tout aussi périlleuse. Avec peut-être un éventuel promu lyonnais aux pouvoirs financiers bien plus importants que les champions de D1 précédents, la lutte pour le maintien sera âpre. Mais les Drakkars seront sans nul doute encore prêts au combat.
 
 
Commentaires d’après match (Source : Le Télégramme)
 
David Croteau (attaquant de Brest) : « C’est le sport, on ne peut pas tout le temps gagner. J’estime pourtant que nous avons une meilleure équipe que Caen, mais voilà... C’est une accumulation de choses. Je tire mon chapeau au deuxième gardien de Caen, Kello, car il fait une grosse partie. On pourrait rejouer le match 100 fois, on le gagne 99 ! C’est mon opinion, mais je pense que nous ne méritions pas d’être en play-down. Nous avons perdu des points bêtement. C’est notre propre faute. C’est nul. »
 
Graham Avenel (attaquant de Brest) : « Grosse déception et à chaque fois, nous perdons d’un but, contre un adversaire qui n’a pas gagné un match de la saison, à l’extérieur. Je ne peux même pas dire que, chez eux, la défense soit une qualité. À chaud, je ne sais même pas l’expliquer. Au début du match, on se prend un but, on veut tout de suite en remettre un, on se porte de trop à l’attaque et on encaisse un autre. C’est dur car Caen ne joue que sur deux ou trois individualités. Nous sommes meilleurs qu’eux mais on n’a peut-être pas attaqué le match comme il fallait. C’est dur, très dur. »
 
Michael Dupont (gardien de Brest) : « Quand j’ai signé à Brest, je m’étais mis en tête de les garder en Magnus. J’ai failli à ma tâche. Ça va être dur à digérer. Je pense qu’on apprend dans l’adversité, on apprend dans les échecs. On va sortir plus fort. Je pense que Brest, l’année prochaine, va remonter tout de suite en Magnus. On avait cette année un très bon groupe et un public incroyable. […] Ça a été un drôle de match pour les deux gardiens, de drôles de buts, des déviations. On a fait notre possible. Il faut donner crédit à Caen, ils ont joué en guerriers. Ils n’ont pas volé leur victoire non plus. […] (Sur ce qui a manqué à Brest) Je pense, de la réussite. On a eu des chances. On a manqué des cages vides, ça aurait pu tourner d’un côté comme de l’autre. Malheureusement, ça a penché en leur faveur. »
 
 
 
Brest - Caen 3-4 (1-2, 2-1, 0-1)
Samedi 22 mars 2014 à 18h40 au Rïnkla Stadium. 1585 spectateurs
Arbitrage d'Alexandre Hauchart et Alexandre Bourreau assisté de Matthieu Loos et Yann Furet.
Pénalités : Brest 4' (4’, 0’, 0’), Caen 4' (2’, 2’, 0’).
Tirs : Brest 38 (10, 10, 18), Caen 41 (18, 12, 11)
 
Évolution du score :
1-0 à 05’33’’ : G. Avenel assisté de Evans et Pain
1-1 à 07’48’’ : Da Costa assisté de Geoffroy et Gyesbreghs (sup. num)
1-2 à 08’20’’ : Gauthier assisté de Romand et Dewey
2-2 à 21’27’’ : Dian assisté de Evans
2-3 à 26’55’’ : Poudrier assisté de Metais
3-3 à 32’58’’ : Evans assisté de Pard et Dian
3-4 à 49’52’’ : Chauvel assisté de Da Costa et Gyesbreghs
 
Brest
 
Gardien : Michael Dupont (sorti à 59’).
 
Défenseurs : Daniel Carlsson (C) – David Hennebert (A) ; Vladimir Holik – Thomas Evans ; David Poulin – Aurélien Gréverend. 
 
Attaquants : Jonathan Avenel  – Quentin Berthon (Croteau à partir de 33’ puis Pain à 55’) – Graham Avenel ; Erwan Pain (Dian à partir de 32’) – Jaroslav Prosvic (A) – Michal Dian (Pard à partir de 32’) ; Aïna Rambelo (Pain à 57’) – David Croteau (Berthon de 33’ à 53’) – Nicholas Pard (Pain à partir de 33’, Berthon à 53’ puis G. Avenel à 57’).
 
Remplaçants : Arnaud Goetz (G), Gaëtan Cannizzo, Valentin Dumélié, Jérémy Cormier. Absent : Nicolas Motreff
 
Caen
 
Gardien : Quentin Kello.
 
Défenseurs : Nicolas Deshaies – Alexis Gomane (A) ; Jordan Dewey – Shawn Stuart ; Vadim Gyesbreghs – Alexis Birolini.
 
Attaquants : Udo Marie – Thibault Geffroy (C) – Fabien Métais (alternance avec Alexandre Palis) ; Jean-Christophe Gauthier – Thierry Poudrier (A) – Jérémie Romand ; Brice Chauvel – Kevin Da Costa – Charles Geslain.
 
Remplaçants : Lucas Normandon (G), Damien Grendka, Hugo Damy, Martin Ropert et Yohann Robert.