God Save the Puck #3 : the Steelers steal the light !

(titre : les Steelers volent la lumière)

Le hockey britannique célébré comme il se doit…

5 et 6 avril 2014 : le hockey britannique avait rendez-vous en ce week-end le plus important de la saison. Au terme des 52 matchs de phase régulière et des quarts de finale de play-offs,  avait sonné l’heure du carré final.

Pour rappel, le titre de champion des play-offs en EIHL se joue lors du « playoff weekend ». Ici pas de formule type Continental Cup (mini championnat à quatre), mais bien directement des demi-finales jouées le samedi et déterminées par le rang en saison régulière, puis la finale troisième et la grande finale du dimanche. Le tout joué au National Ice Centre de Nottingham, la plus importante patinoire du royaume.

La surprise émane du fait que justement, de représentants de Nottingham il n’y en ait point ! Au terme d’une saison en demi-teinte, l’équipe prétendument phare du hockey britannique s’est faite surprendre en quarts de finale par la Purple Army du Braehead Clan (0-4 / 1-5). Mais la non-présence des Panthers n’a finalement aucunement pesé dans l’atmosphère de ce week-end, qui fut à nouveau une véritable fête du hockey. Cette formule singulière de compétition offre de nombreux mérites : l’Elite League, qui célèbre ses dix ans d’existence, se voit offrir à pareille époque chaque saison une formidable vitrine, autour de la communication à échelle nationale (présence de nombreux journalistes mais aussi autour du nouveau contrat de médiatisation avec le groupe Premier Sports, qui a proposé pour l’occasion une diffusion spéciale du dimanche consacrée au final-four), mais encore développement croissant des produits dérivés…

Les équipes (concernées, mais pas seulement) ne sont pas en reste et font la publicité de l’évènement à grand renfort d’offres particulières de transports ou de restauration. En somme, absolument tout est mis en place pour que le spectacle ne soit pas uniquement sur la glace. Et les supporters ont répondu présent, en témoigne par exemple l’impressionnante colonie écossaise venue fêter son « Scottingham », avec la présence de deux représentants au chardon.

Sportivement, les acteurs se sont montrés à la hauteur et ont offert des rencontres de très haut niveau. Le programme était il est vrai alléchant, avec à la fois des équipes attendues à ce stade de la compétition (Belfast Giants, champion de saison régulière, mais aussi les Steelers de Sheffield), et deux formations écossaises surprises (les Flyers de Fife, équipe historique mais que l’on retrouve généralement en bas de tableau de saison régulière ces dernières années, et le Clan de Braehead, centre d’activité commerciale et de loisirs de Glasgow, crée il y a 4 ans et qui joue là son premier final-four). Retour sur le festif clap de fin de cette saison.




Au bout du rêve…

Samedi 5 avril : demi-finales

Belfast Giants – Fife Flyers : affiche aussi inattendue qu’intéressante, entre une équipe qui a dominé outrageusement la saison et une autre qui a dû attendre la dernière journée pour se qualifier en play-offs, avant de surprendre les Stars de Dundee en quarts de finale (3-4 / 1-4). Les Giants ont en ligne de mire un doublé « saison régulière / play-offs » qui semble leur tendre les bras, mais attention à cette équipe de Fife, poussée par tout un peuple (Fife est une région de l’est de l’Ecosse) qui s’est prise d’affection pour les exploits du « Chabal local » Matt Nickerson (un Américain quelque peu robuste, au style ZZ-Top, coutumier des gants tombés sur la glace mais très investi dans la vie caritative en dehors), des nombreux joueurs régionaux (huit natifs) et de l’ensemble de cette formation qui n’a rien à perdre.

La rencontre débute sur un long round d’observation, puis la machine des Giants commence à se mettre en marche progressivement. Les opportunités se multiplient mais les Flyers parviennent par moment à porter le danger en contre. Toutefois la domination demeure pour les Nord-Irlandais qui poussent… et poussent leurs adversaires à la faute. C’est alors une série d’assauts menée en supériorité par Belfast, mais la défense écossaise est héroïque. Deux périodes se sont jouées et le score est toujours de 0 à 0 !

Une domination stérile, et un scénario qui pourrait totalement faire déjouer les Giants dans la psychologie de la rencontre. Mais l’équipe est solide, et le prouve en dernier tiers. Et sur un face-off remporté par l’ancien Pingouin Cheverie, Kévin Saurette trouve la faille pour tromper Regan. La tendance s’inverse alors pour la douzaine de minutes restantes et les Flyers tentent le tout pour le tout. Ils s’exposent même en contre mais leur portier fait des petits miracles. Sa sortie pour créer le surnombre en fin de rencontre ne changera rien. Belfast s’impose 1-0 (blanchissage pour Murphy sur 24 lancers) et se qualifie comme prévu pour la finale, devant une équipe de Fife qui n’a pas à rougir de sa performance. 

Belfast Giants – Fife Flyers : 1-0 (0-0, 0-0, 1-0) (Saurette).


Sheffield Steelers – Braehead Clan : bien malin qui pourrait prédire le sort de ce match. Les Steelers sont favoris du fait notamment de l’expérience, mais la fougue du Clan, dans la continuité d’une incroyable qualification devant les Panthers de Nottingham, pourrait bien poser des problèmes au seul représentant anglais du week-end.

L’histoire de ce match débute… parfaitement à l’opposé du match précédent ! Ici pas de cages inviolées pendant de longues minutes, on joue depuis 3 minutes 40 et sur une remise de Kévin Bergin, le déjà décisif au tour précédent Neil Trimm se retrouve seul face à la cage des Steelers. Il dribble Franck Doyle et ouvre la marque pour le Clan. Le ton est donné et quelques minutes plus tard alors que Champagne a été sanctionné, Sheffield se retrouve en power play, Meyer prend un lancer sur lequel Jones intervient mais laisse un coupable rebond et Nate DiCasmirro en profite pour égaliser.

On ne s’ennuie pas dans ce match vivant dans tous les sens du terme, et Spencer s’explique avec Mario Larocque, avant qu’une bataille n’éclate entre Bergin et Fata, puis entre Spencer et Champagne dans le dos des arbitres, entrainant une bagarre générale. Frank côté Clan et Spencer côté Steelers sont expulsés, non sans avoir harangué la foule auparavant. En fin de tiers le « Français » Max Lacroix (voir l’édition précédente de God Save the Puck) réalise un superbe travail et met en position idéale Dustin Kohn qui donne l’avantage à Sheffield en glissant le palet entre les jambières de Jones.

Le tiers médian verra notamment le désormais célèbre Mario Larocque tendre un peu plus encore les débats, mais Braehead n’en perd pas son objectif et sur un départ gauche de l’ancien grenoblois Ed Mc Grane, Ash Goldie associe puissance et précision pour égaliser au meilleur moment. Il reste alors un tiers et tout à faire. La décision émanera d’un gros travail de DiCasmirro excellent dans ce match, il remet devant la cage et si Kyle Jones se jette, Robert Dowd est plus prompt sur le palet et redonne l’avantage aux Anglais. En toute fin de partie Sheffield offrira pourtant à Braehead une occasion en or de revenir sur un surnombre à moins de deux minutes du terme. Un temps mort est demandé et le Clan repart à 6 contre 4 pour les derniers instants, mais les oranges tiendront jusqu’à la sirène.

Une fois encore dans ce match la « logique » fut respectée, mais là aussi Braehead peut être fier de sa performance. Le lendemain est alors attendu avec une finale troisième comme « la finale écossaise », puis la grande finale entre les Giants de Belfast et les Steelers de Sheffield.

Sheffield Steelers – Braehead Clan : 3-2 (2-1, 0-1, 1-0) (DiCasmirro, Kohn, Dowd – Trimm, Goldie)




Le spectacle pour l’Ecosse, le titre pour l’Angleterre

Dimanche 6 avril : finales

Braehead Clan – Fife Flyers : en début de saison, ces deux représentants écossais n’auraient sans doute pas renié une troisième place de play-offs. Sortis par la grande porte de la course à la finale la veille, il leur reste cette « Scottish final » à l’enjeu d’estime. Les finales pour la troisième place sont très souvent l’occasion d’assister à des rencontres libérées et donc impressionnantes, et celle-ci n’a pour le moins pas dérogé à la règle, même si elle fut clairement jouée à un train de sénateur !

Ce sont les Flyers qui donnent le ton dans le premier tiers en faisant plaisir aux jeunes du coin ! Le défenseur écossais Euan Forsyth ouvre la marque, puis Fulton et Wands servent sur un plateau Josh Scoon pour le 2-0, 100% national !

Fife continue de dérouler très tôt en début de deuxième acte par Jamie Wilson puis Scoon pour le doublé, faisant malgré tout passer un bien mauvais moment à Mike Will, le back-up aligné par le Clan pour ce match. Braehead se réveille enfin et réduit considérablement la marque par Tristan Harper, Shane Lust et Kenton Smith.

Dans ce match sans logique, la Purple Army va même prendre les devants dans le dernier tiers grâce à un doublé de Joël Champagne et un but du néo-international Matt Haywood. Cela fait beaucoup… mais ce n’est pas terminé ! Par la suite Will est coupable de s’être jeté bien trop tôt sur un dribble de Derek Roehl pour le cinquième but de Fife, à la célébration en mode « Shotgun ». On ne s’arrête pas en si bon chemin et Ned Lukacevic permet aux Flyers d’égaliser. La « décision » se joue donc en prolongations et à ce jeu c’est finalement Ed McGrane qui trouve la faille et permet à Braehead de monter sur la troisième marche du podium, dans ce match où les joueurs avaient surtout envie de se faire plaisir.

Braehead Clan – Fife Flyers : 7-6 a.p. (0-2, 3-2, 3-2, 1-0) (Harper, Lust, Smith, Champagne (2), Haywood, McGrane – Forsyth, Scoon (2), Wilson, Roehl, Lukacevic)


Belfast Giants – Sheffield Steelers : place donc à la grande finale ! A l’enjeu du doublé « saison régulière / play-offs » pour Belfast s’oppose celui d’un titre pour une équipe de Sheffield toujours placée, mais rarement gagnante.

Changement de registre dans cette rencontre avec deux équipes qui se rendent coup pour coup dès l’entame, mais tout en évitant les affres de pénalités appelées. Le palet circule énormément dans ce premier tiers, et la plus belle opportunité de la période est à mettre à l’actif de Chris Higgins pour les Giants, qui rate la cible sur un départ en contre. 

Le deuxième tiers-temps est un peu plus accroché (même si cela reste tout à fait correct), et libère donc des espaces : suite à une sanction de Spencer (l’exclu de la veille…), le défenseur Cody Brookwell prend un lancer puissant à la bleue et ouvre le score plutôt logiquement pour Belfast. Sheffield n’a guère le temps de douter. Les Steelers reprennent le contrôle du puck et trois minutes après avoir concédé l’ouverture, le Gallois Phil Hill trompe Murphy pour l’égalisation.

oint de momentum pour autant car quelques instants plus tard, l’incontournable Colin Shields redonne l’avantage aux Giants. Le jeu s’équilibre alors en l’état de longues minutes, mais Belfast n’emportera pas le tiers pour autant : à trois minutes de la sirène, un autre joueur phare d’EIHL, l’anglais Robert Dowd, revenu au pays cette année après une saison aboutie en Allsvenskan pour Troja-Ljungby, vient remettre les compteurs à zéro.

Deux buts de chaque côté au moment d’entamer le dernier tiers temps, la pression est à son comble mais les joueurs en font « bon usage » tant le spectacle offert est propre. Il n’y aura plus une seule pénalité appelée dans ce match. On ne peut pas vraiment attribuer de domination puisque les phases de jeu s’enchainent d’un côté comme de l’autre, mais les défenses sont solides et les portiers tout autant. La sirène retentit et le score est inchangé : le champion des play-offs se fera donc connaitre en prolongations. On s’attend alors à une guerre des nerfs mais l’issue est proche. On joue depuis 1 minute 34 quand les Steelers s’installent en zone offensive, et Goertzen trouve Drew Fata. Le frère de Rico est connu pour la puissance de son slap. Il le prouve encore une fois en fusillant littéralement Murphy pour le but le plus important de la saison, celui du titre !

Sheffield Steelers – Belfast Giants : 3-2 a.p. (0-0, 2-2, 0-0, 1-0) (Hill, Dowd, Fata – Brookwell, Shields)




Les Steelers de Sheffield remportent le trophée tant convoité. Une petite surprise malgré tout car si les hommes de Gerad Adams (qui a pris les rênes de l’équipe fin février suite au limogeage de Doug Christiansen et l’intérim de Steven Goertzen en entraineur-joueur) faisaient partie des favoris de la ligue, la domination de Belfast semblait telle que l’on aurait largement pu imaginer un « Grand Slam » pour les Giants. 

Ils doivent finalement « se contenter » du seul titre du championnat, laissant le titre des play-offs aux Steelers de Sheffield et la Challenge Cup aux Panthers de Nottingham. C’est la petite singularité de cette fin d’exercice en EIHL, car il est rarissime que les trois titres viennent couronner trois clubs différents. Mais c’est sans doute révélateur de l’évidente homogénéisation de cette ligue, qui connaît quand même bien moins de différences de niveau que par le passé. Si on met de côté le fait que les Giants de Belfast furent littéralement sur un petit nuage pendant de nombreux mois, et à l’exception des Capitals d’Edimbourg qui n’ont jamais su trouver le rythme de croisière pour rivaliser, on constate que l’imagerie d’opinion qui veut que Nottingham est la seule équipe au niveau prend un sérieux coup au sortir de cette passionnante saison.