Entretien avec E. Ropert, FFHG (Mondial U18, Division 1A)

Entretien avec Eric Ropert (FFHG)
 
Eric Ropert, directeur général de la FFHG, a eu la gentillesse de répondre à nos questions pendant le début de Lettonie-Norvège, lors de la dernière journée.
 
Bilan du tournoi, enjeux, état des U18... Tous les sujets ont été abordés.
 
1. Quels sont les enjeux de ce tournoi pour la FFHG ?
 
Nous essayons d'organiser tous les ans au moins un événement international sur le territoire (catégories de jeunes, féminines). Les objectifs sont multiples.
 
Du côté fédéral, il s'agit de donner de l'expérience en vue de la candidature de 2017.
 
D'autre part, cela permet de promouvoir le hockey en France. À chaque tournoi, même les catégories de jeunes ou les féminines peuvent remplir une patinoire. L'exemple type, c'est le mondial U20 d'Amiens avec 2000 spectateurs. Ici, il y avait parfois 1000 personnes à Nice pour des U18.
 
Ce type d'événement permet aussi de dynamiser les clubs, en impliquant de nombreux bénévoles. C'est aussi un élément positif auprès des élus locaux, qui aiment bien les événements à portée internationale.
2. Quel bilan du tournoi peut-on faire côté FFHG ?
 
Individuellement, nous sommes en retard sur certaines nations. Ce qui est très positif, c'est que les joueurs ne baissent jamais les bras, même menés au score. Ils se battent jusqu'au bout, c'est un état d'esprit positif. L'écart est physique : on voit par exemple pour la Norvège que la majeure partie de l'équipe dépasse 1m85, avec des qualités de mobilité et de patinage au-dessus.
 
La France a moins de profondeur d'effectif, mais l'objectif reste d'intégrer tous les ans un ou deux jeunes à l'équipe sénior.
 
3. Comment améliorer nos U18, dominés dans ce tournoi ? 
 
Les erreurs individuelles viennent du retard global. Pour être au niveau, les joueurs doivent fournir une grande dépense d'énergie et finissent par manquer de clairvoyance. Ils jouent sous pression, avec moins de temps pour se décider, moins de lucidité.
 
Cela revient au travail de fond qui est mené par la FFHG. Il n'y a pas de recettes miracles, mais un ensemble de petites choses mises en place et qui vont faire évoluer petit à petit la situation.
 
Cela passe par une meilleure formation des entraîneurs, donner des outils de recrutement au club, comme des kits d'accueil pour les enfants. Cela passe par une médiatisation accrue, à l'image des matchs sur L'Equipe 21 cette année.
 
Du côté DTN, nous travaillons sur la structuration des mécanismes de formations dans les clubs, avec un processus de labélisation. Le projet de structuration de la Magnus, avec des centres de formation imposés, va dans le même sens.
 
Plus de visibilité, plus de structuration... Mais aussi de petits détails. Pour ce tournoi à Nice, nous avons ainsi apporté des conseils et une formation aux bénévoles pour la qualité de la glace, la table de marque... Autant de petits détails qui s'ajoutent les uns aux autres.
 
4. Et sur le plan des joueurs U18 ?
 
La principale complexité en France vient du manque de patinoires et de leur éloignement. Les déplacements sont longs. Nous avons opté pour un système de championnat où les meilleurs jouent ensemble. Elite A, B et excellence. L'objectif reste de jouer en sénior. D'où l'obligation du "joueur formé localement" imposé en Magnus, qui vise à contraindre les clubs à utiliser des jeunes joueurs et à leur donner de l'expérience. Avec l'augmentation du nombre de matchs, les clubs vont devoir jouer à quatre lignes et donc utiliser les jeunes.
 
Tous ces petits éléments mis bout à bout vont faire changer les choses. Il n'y a pas de recette miracle.
 
5. On a vu des recruteurs NHL en tribunes. L'étranger, une solution ?
 
Il faut faire attention avec cela. Le succès de nos Bleus à l'étranger vient surtout de joueurs qui sont partis après 20 ans, comme Bellemare, Fleury. Auvitu est parti un peu plus jeune. Cela montre que notre championnat n'est pas si mauvais. Par rapport à il y a dix ans, il y a beaucoup plus de Français en Magnus.
 
On est contents de voir ces Français à l'étranger, mais il faut qu'ils partent dans de bonnes conditions. Il ne faut pas partir trop tôt, ne pas céder à un effet de mode. C'est difficile de déraciner un jeune à 16 ou 18 ans. Il y a la langue, la culture. En Europe, les clubs pratiquent un travail de fond alors qu'en Amérique du Nord, la compétition fait qu'un mauvais match peut vous faire renvoyer.
 
Notre formation intéresse et c'est très bien, mais nous travaillons sur l'accompagnement aux joueurs et aux familles pour ne pas partir n'importe comment. On a vu il y a quelques années la mode des départs en Suisse. La plupart de ces joueurs ont aujourd'hui disparu de la circulation. 
 
Il faut une formation technique, humaine, psychologique et garder ses valeurs avant le départ. 
 
On le voit avec les problèmes des Tchèques ou des Slovaques, où les familles cèdent à l'appel de l'argent avec des départs en masse outre-Atlantique. Peu de joueurs connaissent le succès.
 
6. En équipe de France, plusieurs joueurs évoluent à l'étranger. Est-ce plus difficile de suivre les joueurs partis hors de France, comme Dieude-Fauvel par exemple ?
 
L'équipe de France c'est un mix entre la qualité des joueurs, le niveau physique et mental, mais aussi l'intégration au groupe et aussi le style de jeu du joueur, qui doit se fondre dans la tactique du coach. Je ne peux pas parler à la place du coach sur ce plan.
 
Mais les joueurs français sont suivis à distance. Roussel est un bon exemple, puisqu'il était suivi lorsqu'il était encore au Québec. On sait où les joueurs sont, nous échangeons avec les coachs également.
 
7. Minsk arrive dans trois semaines. Objectif ?
 
Champions du monde ! (rires). Il y aura des absents, mais nous avons toujours eu des joueurs absents, comme Amar ces dernières saisons. Notre chance, c'est le travail de fond réalisé par le staff avec beaucoup d'essais de jeunes au cours de la saison. C'est une mission donnée par la FFHG au staff dès la création de la fédération. Notre objectif avoué était de disposer d'une équipe formée et développée en France. 
 
Comme tous les ans, notre but est avant tout de rester en élite, surtout avec 2017 à l'horizon. Maintenant, le quart de finale... on peut presque le toucher et on aimerait vraiment le vivre.
 
L'équipe de France va jouer tous les matchs avec la même envie. Pendant longtemps, l'envie était de jouer la survie. Il faut garder cette combativité. Maintenant, nous parvenons en plus à construire du jeu.
 
8. Cela débutera par le Canada...
 
Les équipes nord-américaines ont du mal à mobiliser leurs joueurs pendant les années olympiques. Pas simple de demander aux franchises de libérer les joueurs deux fois. Il y aura beaucoup de jeunes chez eux. Le Canada nous réussit plutôt bien d'habitude.
 
Ce qu'il faut surtout retenir, c'est que l'an dernier, les adversaires de l'équipe de France n'ont eu aucun match facile. Exemple, contre la Finlande, nous perdons 3-1 mais avec plusieurs poteaux et des chances réelles. Il y a dix ans, nous prenions des gros scores face au top-7. Maintenant, les équipes doivent jouer sérieux jusqu'au bout. La Russie nous a pris de haut au début de match l'an dernier, et quand elle a réagi, c'était trop tard.
 
Nous allons donc garder cet état d'esprit "de survie", de sacrifice. Laurent Meunier qui se jette pour bloquer des tirs, c'est l'exemple parfait de cette combativité.