Les réactions de l'entraineur et des joueurs français (Mondial U18, Division 1A)

Après France-Kazakhstan, l'entraîneur de l'équipe de France U18 nous présente le bilan du tournoi. Retrouvez aussi les réactions du capitaine Julien Guillaume et du défenseur Hugo Gallet.
 
Entretien avec l'entraîneur de l'équipe de France, Romain Guibet
 
*Le sentiment après ce match contre le Kazakhstan ?
 
Il y a quelques regrets, on tape la barre et à 2-0 ils ne seraient sans doute pas revenus. Nous sommes au niveau mais on ne joue que cinquante minutes. Nos temps faibles se paient cash et on ne bonifie pas nos temps forts. Ce n'est pas qu'une question de chance ou de réussite, mais surtout qu'en face, c'est plus fort techniquement. Il leur faut peu d'occasions pour concrétiser. C'est un super groupe de jeunes et ils méritaient une Marseillaise...
 
*Quel bilan peut-on faire du tournoi ?
 
Il fallait gagner le premier match contre l'Italie. Ce n'est pas facile quand c'est le match d'ouverture. Le plus important arrive d'entrée. Mais les joueurs ont montré du caractère après avoir été menés rapidement.
 
Sur le tournoi, il y a quelques scores sévères car nous n'étions pas si loin. Nos adversaires gagnent car ils sont au dessus de nous, mais on ne leur a pas rendu la tâche facile, on les a accroché un bon moment. Deux matchs se finissent en cage vide par exemple.
 
*L'objectif maintien est atteint...
 
C'était l'objectif fixé par la FFHG. La division comprenait beaucoup d'équipes qui ont déjà joué en Top division, donc ce n'était pas si simple.
 
Le tournoi nous donne des pistes de travail. Nous avions un groupe jeune avec la moitié de 16/17 ans. Aucun n'a sa place d'acquise pour l'an prochain. Tout est remis à plat, ils doivent prouver qu'ils ont compris ce qu'il faut faire pour progresser. Cette 5e place reflète le niveau du hockey français. Elle équivait à un top-16 mondial, comme chez les séniors.
 
*Papillon a sorti un gros match ce soir...
 
Oui, mais nous avions surtout une paire de gardiens avec très peu d'écarts. Raphaël Garnier n'a pas démérité avec des matchs pas simples. Ce qui est bien, c'est que s'il y a un absent, l'autre peut aussi bien performer. C'est une chance d'en avoir deux. Mais les 3e et 4e gardiens ne sont pas loin. La génération 1997 est une bonne année dans les cages.
 
*Justement, beaucoup de pays ont un n°1 établi. L'alternance était un choix qui a intrigué les supporters.
 
Nous avions deux n°1, deux premières années. Ils doivent tous les deux prendre de l'expérience. Mon but c'est de performer dans le tournoi certes, mais aussi de préparer l'avenir pour l'équipe de France. À 16-17 ans, on ne peut pas deviner lequel des deux sera le meilleur dans dix ans. On doit donc développer les deux joueurs tout en ayant des résultats. Si l'on prend par exemple Cristobal Huet, qui a dominé sa classe d'âge (1976), il a d'un certain côté aussi gêné la relève : il n'y a aucun gardien de 1977.
 
Pour Papillon et Garnier, il y avait aussi le manque de rythme. Garnier a été remplaçant en Suisse et ne compte que 6 matchs depuis février. Papillon est revenu de blessure juste avant le tournoi. Les deux ont accumulé la fatigue avec des matchs intenses de 60 minutes, autant alterner. Le choix s'est fait avant chaque match un peu au feeling selon les entrainements.
 
*Vous avez désigné Julien Guillaume meilleur joueur français...
 
C'est sûr, certains vont regarder les stats et ne pas voir beaucoup de points. Mais Julien joue 25 minutes par match, en supériorité et en infériorité. C'est un métronome, un vrai capitaine. Avec Montenoise et Coulombin, ses assistants, il a joué un rôle de vrai leader, pour calmer les joueurs. C'est un relais précieux pour le staff. 
 
Si on accroche la Biélorussie et le Kazakhstan, c'est parce que c'est un groupe volontaire. Ils vont devoir travailler dur pour gagner en physique, en musculation. Le hockey, c'est toute l'année et pas seulement huit mois. Cet été sera important. Mais nous travaillons avec les clubs pour mettre des choses en place.
 
*La qualité de passe est l'une des pistes de travail ? Elle a coûté quelques buts...
 
Effectivement, il y a eu pas mal de déchet technique. Cela vient du fait que ça joue plus vite et plus dur. En ligue, ils ont plus de temps. Du coup ici, ils tombent dans la précipitation. Les clubs travaillent fort là-dessus et la FFHG appuie sur cet aspect. La fédération et les clubs travaillent main dans la main pour améliorer ce secteur.
 
*Entre les débuts de matchs poussifs (Italie, Lettonie) et les fins de matchs difficiles (Norvège, Kazakhstan, Biélorussie), l'équipe a manqué de constance ?
 
Le temps mort est une marge de manoeuvre mais ce n'est pas magique. J'ai eu la chance de le voir fonctionner contre l'Italie. Globalement, notre point faible, c'est la gestion des temps faibles. Contre l'Italie, la réalité c'est la pression d'un match d'ouverture sur des gamins de 16-17 ans, avec une patinoire pleine, la famille, les amis...
 
Il n'y a pas eu spécialement de fatigue en fin de match, mais une mauvaise gestion des bases. Il faut apprendre à rester patient, à gérer le stress. Cela vient aussi du manque d'expérience. Mais les joueurs ont montré du caractère, ils n'ont jamais lâché.
 
*Un point positif dans ce tournoi : le jeu en infériorité.
 
Oui, nous avons un très bon PK, qui a tenu trois matchs. Le power-play a été plus compliqué, même s'il a un peu marqué, contrairement à l'an dernier. Déjà l'an dernier et chez les U16, le PK était un atout. Cela montre que les joueurs sont des guerriers, qui ont le sens du sacrifice et du travail, deux éléments clés en infériorité. Il faut savoir payer le prix et nous avons fait un gros travail avec Edo Terglav sur ce secteur. Progresser en PP sera la clé de l'avenir pour concrétiser nos chances.
 
*C'est donc la fin des 1996 en U18, place aux 1997. Quel avis portez-vous sur cette génération ?
 
L'âge n'est pas important. C'est le potentiel et le travail qui compte. C'est important aussi d'avoir des premières années pour avoir toujours quelques joueurs qui ont l'expérience du tournoi sur l'édition suivante.
 
*La saison a vu la victoire dans un tournoi en Autriche...
 
Oui, nous l'avions gagné car nous n'avions pas eu de temps faible et avions paré le manque de constance. La difficulté ici a été de mettre tout le monde au même niveau physique, car certains ont fini leur saison il y a un mois, notamment ceux qui jouent en Suisse.
 
*Il y avait des recruteurs NHL en tribunes. C'est une pression ?
 
Cela montre surtout le niveau auquel on joue dans ce tournoi. Je sais que certains joueurs du groupe sont sur les tablettes pour partir à l'étranger, comme l'a fait Guillaume Leclerc cette année.
 
L'inconvénient pour l'équipe de France c'est que les joueurs ne sont pas toujours libérés, même lorsqu'ils jouent dans des championnats secondaires aux Etats-Unis. Mais c'est plutôt bien pour le futur. Cela dit, il faut rester prudent. On voit que le succès de joueurs comme Auvitu, Bellemare que j'ai connu à Viry, vient aussi du fait qu'ils sont partis à l'étranger après avoir été dominants en Magnus. Ritz cette année a dominé et a des touches à l'étranger : il a attendu d'être dominant avant de partir. Nos jeunes doivent évoluer dans des postes clés avant de partir : PP, PK. Guillaume Leclerc a fini 2e marqueur de son équipe, là c'est intéressant. Si c'est partir à l'étranger pour jouer en 4e ligne, et ne jamais jouer en équipe spéciale, ce n'est pas un atout pour l'équipe de France.
 
 
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Entretien avec Julien Guillaume, capitaine de l'équipe de France U18
 
*C'est donc une défaite face au Kazakhstan après avoir ouvert le score...
 
Oui, on s'est montrés trop indisciplinés, ce qui nous a enlevé le momentum du match. Nous avons eu des occasions mais pêché dans la finition.
 
Nous avons montré de l'engagement et travaillé fort,  nous avons essayé d'accrocher cette victoire en nous montrant forts dans les duels.
 
Physiquement, nous sommes à peine en dessous. Nous avons rivalisé ce soir, nous avons travaillé plus qu'eux. Malgré cela, ils gagnaient les duels et ont profité de nos erreurs défensives.
 
*Que faut-il faire pour progresser ?
 
Il y a un gros travail à faire pour accrocher une médaille. L'objectif maintien était assuré dès le premier match et nous espérions mieux, mais cela n'a pas payé. 
 
*Un mot sur le vainqueur du tournoi, la Lettonie ?
 
La Lettonie comme la Norvège sont deux grosses équipes, qui travaillent fort dans les deux sens. Les deux pouvaient être champions.
 
*La présence des scouts NHL, vous en pensez-quoi ?
 
Nous regardons cela de loin, ce qui compte c'est la performance collective avant tout.
 
*La moitié de l'équipe revient l'an prochain. Quelles pistes à améliorer ?
 
Nous n'avons marqué qu'un but par match après l'Italie, il faut donc progresser offensivement. Les occasions, nous les avons eues, mais nous ne les avons pas mises au fond. Eux ne les ratent pas...
 
*Vous êtes désigné meilleur joueur du tournoi pour la France, avec un gros travail défensif...
 
Oui, j'ai commencé à jouer en PK l'an dernier et j'ai beaucoup progressé. Nous avons bien joué en PK, montrant presque plus d'engagement à quatre qu'à cinq. Cela nous soudait. Le travail vidéo pour étudier les PP adverses nous a beaucoup aidé.
 
*Maintenant, fin des U18, place aux U20 ?
 
Il y a une grosse génération 1995, donc ce n'est pas gagné. Il va falloir faire un gros travail physique cet été, car nous sommes trop légers. La place en équipe de France se gagne aussi l'été, pas que l'hiver.
 
 
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Entretien avec Hugo Gallet, défenseur de l'équipe de France
 
*Quel bilan de ce match contre le Kazakhstan ?
 
Nous avons travaillé dur et nous méritions d'ouvrir le score. Nous avons joué avec intensité, mais nous n'avons pas été capables de creuser l'écart. Il y a eu un problème de finition. Nous prenons quatre buts, mais si nous avions marqué le 2e, ils ne seraient pas revenus.
 
*La fatigue a joué ?
 
Tout le monde a joué 5 matchs de haut niveau donc eux aussi... Par rapport à l'Italie, tous les autres patinent plus vite, sont plus physiques et jouent trois tiers à la même intensité. 
 
*Objectif atteint : le maintien...
 
Oui, c'était l'objectif. Nous voulions une médaille donc nous sommes déçus. Mais il faut progresser et nous allons travailler pour cela.
 
*La relance a souvent péché dans ce tournoi. De quoi cela vient-il ?
 
Il y a un manque de lucidité et de concentration. La préparation physique est nécessaire à l'intersaison pour réduire l'écart avec les meilleures nations. Cela permettra de gagner en lucidité dans les moments clés.
 
*L'an prochain, la majeure partie de l'équipe sera là. L'expérience aidera ?
 
Oui, nous avons pris de l'expérience et serons plus prêts pour les grosses équipes. Cela sera encore difficile et demandera beaucoup de travail.