Opportunité historique pour le Japon

C'est peut-être une journée historique qui s'annonce puisque le Japon peut monter dans l'élite mondiale. Jamais ils ne s'y étaient qualifiés par leur propre mérite.
 
Leur dernier passage au plus haut niveau, au tournant du siècle, était dû à une règle de sinistre mémoire qui attribuait automatiquement une place à la "meilleure nation d'Extrême-Orient". Depuis dix ans que ce privilège a été aboli, le Japon poursuit son parcours en silence dans l'antichambre, sous la houlette de l'entraîneur canadien Mark Mahon, toujours présent depuis une décennie malgré les rumeurs récurrentes d'engagement en Allemagne. Il fait moins parler de lui, mais est toujours remarquable de régularité.
 
Pourtant, la semaine dernière, la plupart des pronostiqueurs imaginaient le Japon descendre ! Ils misaient plutôt sur la poursuite de la progression spectaculaire de la Corée du sud. Renforcé de quelques Canadiens naturalisés, le pays-hôte des prochains Jeux olympiques paraissait "mûr" pour prendre la suprématie asiatique en organisant à domicile ce Mondial de Division IA. Mais la sélection locale a accumulé les défaites et n'a jamais été au niveau.
 
Le Japon, au contraire, a étonné d'entrée en battant la Slovénie et s'est mêlé pour la première fois à la lutte pour la montée. Très stables, les Asiatiques ont profité des difficultés des équipes européennes. La Slovénie est privée de sa première ligne impliquée en finale de DEL, l'Autriche n'a pas digéré sa cuite olympique, l'Ukraine est au bord de la guerre civile (même si cela ne se ressent pas car elle a amené un effectif usuel) et la Hongrie affronte sa transition générationnelle.
 
C'est la première année en effet que les Magyars se présentent sans Viktor Szélig, désormais en retraite internationale après 21 championnats du monde consécutifs. Ce record ne sera pas battu par Balázs Ladányi, qui en restera à 19 Mondiaux de suite : le meilleur marqueur de la ligue hongroise, âgé comme Szélig de 38 ans, n'a pas été retenu - à la surprise générale - par le sélectionneur Rich Chernomaz.
 
Adversaire du Japon pour ce match si décisif, la Hongrie, elle, n'a plus rien à gagner. Elle finira certainement cinquième du tournoi. Elle se présente néanmoins au complet, avec Janos Vas (le Rouennais avait été menagé contre l'Autriche). Elle a la volonté de plaire à son public toujours fervent : c'est la nation qui a déplacé le plus de supporters pour ce lointain voyage. Elle tient aussi à maintenir leur tradition de succès face aux Asiatiques, qu'elle a battus ces deux dernières années. Elle s'empare donc tout de suite du palet pour prendre le contrôle du jeu.
 
Le Japon convertit cependant sa première occasion. Takuro Yamashita sort le palet de la bande face à Janos Hari avec beaucoup d'habileté, et Takeshi Saito, dans un angle impossible, réussit à surprendre Zoltan Hetenyi par un ricochet sur son épaule. Déjà menée au score, la Hongrie reste à la merci des contre-attaques rapides à la moindre erreur : la mauvaise passe de Koger provoque ainsi un 2 contre 1 d'Obara et Takahashi, qui tire dans les bottes du gardien. Mais en fin de tiers-temps, Marton Vas trouve une superbe passe en profondeur en zone neutre vers Istvan Sofron qui tire entre les jambières de Yutaka Fukufuji.
 
La première période s'est achevée par une faute de Hiroshi Sato, et cette anicroche à la discipline japonaise se paye cher. Au retour sur la glace, Istvan Bartalis, plus incisif sur un rebond, donne l'avantage à la Hongrie. Mais les Japonais ne vont pas abandonner si facilement l'opportunité historique qui se présente à eux. Ils lancent une offensive à trois, avec fort patinage vertical et passes horizontales, pour Nishiwaki à la conclusion, côté mitaine. Puis ils mettent la pression pendant une pénalité de Magosi, et marquent au moment où elle expire, par Shuhei Kuji au bénéfice d'un écran de Kawai.
 
Le Japon est repassé devant, mais encore une fois, la Hongrie égalise juste avant de rentrer aux vestiaires. Istavn Sofron, l'attaquant de Krefeld, conclut face au but un jeu en triangle d'Istvan Bartalis et Janos Hari.
 
Choc en troisième période quand Yutaka Fukufuji se blesse au genou : le gardien-vedette du Japon, brièvement passé par la NHL (et surtout par l'ECHL), n'a pas manqué un seul match depuis l'an dernier. Sans lui, son équipe serait-elle en position de monter ? Son remplaçant Yuta Narisawa avait débuté en 2012 quand Fukufuji était absent, mais depuis que celui-ci est revenu, il fait banquette. Il a perdu sa place de titulaire en club cette saison, et le voilà qui entre sur la glace pour le match le plus important de l'histoire du hockey japonais...
 
Une minute après ce revers de fortune, le Japon se voit accorder un tir de pénalité quand Tamas Gröschl accroche Seiji Takahashi passé entre les défenseurs, mais sa tentative échoue sur la jambière gauche de Hetenyi. En revanche, quand Hiroki Ueno hérite du palet après un duel dans les bandes gagné par Saito contre Poszagi, il ne ne tremble pas et vise entre les bottes du gardien. Le Japon est à quelques minutes de l'élite ! Mark Mahon sent bien que ces joueurs n'ont pas l'habitude de jouer avec une telle pression et demande un temps mort à 56'24".
 
La domination est plus hongroise que jamais, quitte à laisser des espaces aux contres japonais. Zoltan Hetenyi sort de sa cage pour laisser place à un sixième joueur de champ. Il reste 66 petites secondes avant l'exploit quand un tir de la ligne bleue de Marton Vas - arrivé à la veille du tournoi après avoir fait monter Francfort en deuxième division allemande - touche le malheureux Narisawa puis glisse lentement dans les filets.
 
Tout n'est pas perdu pour les Japonais. S'ils gagnent après le temps réglementaire, ils rejoindront quand même l'élite. Mais la séance de tirs au but trahit l'inexpérience de Narisawa, battu trois fois par les tirs de Marton Vas. L'ancien attaquant (notamment à Briançon) n'a rien perdu de ses anciens instincts même s'il s'est reconverti en défense pour des vieux jours. L'aîné Vas s'est donc dressé en travers d'un jour historique pour le Japon. La défaite est consommée de façon cruelle, puisque Shuhei Kuji perd carrément l'équilibre sur la dernière tentative, comme si ces jambes flageolaient sous la pression !
 
Ce résultat a pour effet de qualifier la bienheureuse Autriche, qui a joué son meilleur match du tournoi contre le Japon et reste donc classée devant les Asiatiques. Ceux-ci ont maintenant besoin d'un coup de pouce de ces Autrichiens rassurés pour empêcher que la Slovénie leur passe à son tour devant.
 
Désignés joueurs du match : Janos Hari pour la Hongrie et Takafumi Yamashita pour le Japon.
 

 
Commentaires d'après-match
 
Mark Mahon (entraîneur du Japon) : "Je suis très fier de mon équipe de hockey. Ils ont  fait un tournoi fantastique et ont joué avec coeur et âme et avec la discipline japonaise. Que nous soyons promus ou pas n'est plus en notre contrôle. En tout cas, ce fut un bon tournoi pour nous. [Narisawa] n'avait pas joué depuis un bail et les gars devant lui ont bien joué. C'est dommage qu'il ait concédé ce dernier but, mais c'est le sport."
 
Rich Chernomaz (entraîneur de l'Autriche) : "Ce match n'avait pas d'enjeu pour nous, mais je demande à mes joueurs de jouer aussi fort qu'ils le peuvent, même si nous avons commis quelques erreurs coûteuses avant le quatrième but. Le Japon a joué un tournoi très discipliné, ce qui leur a donné l'opportunité d'être dans la course pour monter. Un match n'est jamais terminé avant la fin."
 
 
 
Hongrie - Japon 4-4 (1-1, 2-2, 1-1, 0-0) / 3-2 aux tirs au but
Samedi 26 avril 2014 à 12h30 à Goyang, Corée du sud. 1878 spectateurs.
Arbitrage de Robert Mullner (SVK) et Jean-Philippe Sylvain (CAN) assistés de Youngjin Chae (COR) et Roman Kaderli (SUI).
Pénalités : Hongrie 20' (4', 4'+10', 0', 2'), Japon 4' (2', 2', 0', 0').
Tirs : Hongrie 30 (9, 12, 3+4, 2), Japon 24 (11, 5, 4, 4).
 
Évolution du score :
0-1 à 02'58" Saito assisté de Taku. Yamashita
1-1 à 17'29" Sofron assisté de M. Vas et Tokaji
2-1 à 20'49" Bartalis assisté de J. Vas et M. Vas (sup. num.)
2-2 à 26'50" Nishiwaki assisté de Takahashi et Obara
2-3 à 30'39" Kuji assisté de Keller et Tanaka
3-3 à 38'53" Sofron assisté de Hari et Bartalis
3-4 à 54'30" Ueno assisté de Saito
4-4 à 58'54" M. Vas assisté de J. Vas et Hari
 
 
Hongrie
 
Gardien : Zoltan Hetényi.
 
Défenseurs : Viktor Tokaji (C, +1) - Marton Vas (+1, 2') ; Tamas Gröschl (-1) - Bence Szirányi (-1) ; Adrian Hüffner (-1) - Tamas Pozsgai (-1) ; Attila Orbán (2'+10') - Arnold Varga.
 
Attaquants : Istvan Bartalis (A) - Janos Hári (+1) - Istvan Sofron (+1) ; Andras Benk - Balazs Sebok (-1) - Zsolt Azari (-1) ; Csaba Kovács (A, -1) - Krisztian Nagy (-1) - Balint Magosi (2') ; Daniel Kóger (2') - Janos Vas (+1) - Árpad Mihály.
 
Remplaçant : Peter Sevela (G).
 
Japon
 
Gardien : Yutuka Fukufuji puis à 48'42" Narisawa Yuta.
 
Défenseurs : Denis Akimoto (-1) - Takafumi Yamashita (-1) ; Kazumasa Sasaki - Shinya Yanadori ; Aaron Keller (A, +2) - Ryo Hashimoto ; Shun Sakata (+1, 2').
 
Attaquants : Seiji Takahashi - Daisuke Obara - Masahito Nishiwaki ; Hiroki Ueno (+2) - Takuro Yamashita (+2) - Takeshi Saito (+3) ; Takuma Kawai - Go Tanaka (C) - Shuhei Kuji (A) ; Kohei Mitamura (-1) - Yuto Osawa (-1) - Kenta Takagi (-1) ; Hiroshi Sato (2').