De l'alcool et de la bile ont coulé sous les ponts

De l'eau a coulé sous les ponts depuis que l'Autriche et la Slovénie se sont affrontées à Sotchi pour une place en quart de finale olympique. Pas que de l'eau, d'ailleurs. De l'alcool, peut-être ? De la bile, surtout.
 
La "cuite" de plusieurs joueurs le samedi soir avant le match décisif du lundi a engendré une gueule de bois de... plusieurs mois. La décision de taire les noms des "coupables" n'a rien fait pour arranger les choses. Trois défenseurs (Thomas Pöck, André Lakos et Robert Lukas) avaient déjà annoncé l'arrêt de leur carrière internationale après les JO, Lukas faisant très explicitement référence à l'incident comme déclencheur de sa décision.
 
Début avril, Unterluggauer a aussi annoncé sa retraite (attendue à 37 ans), et juste avant, son collègue Matthias Trattnig en a remis une couche dans une interview télé (Laola.tv) : "Cette action n'est pas excusable. L'image est détruite pour dix ans. C'est simplement effrayant pour le hockey autrichien. Il faut se rendre compte quelle chance a été gâchée. L'Autriche a eu la possibilité d'aller en quart de finale des Jeux olympiques. Cela aurait été comme une médaille d'or. Cela aurait pu déclencher un boom du hockey en Autriche. Avec un tel succès, nous aurions enfin eu un motif de construire les nouvelles patinoires dont nous avons grandement besoin, car l'Autriche est en retard dans ce domaine en Europe. Une telle chance ne se représentera sans doute plus. [...] Ce n'est pas possible que des joueurs se soient soûlés trois fois en dix jours. Au final on avait trois joueurs ivres en powerplay."
 
Cette énième déclaration publique sur le sujet a fait réagir le président de la fédération Dieter Kalt, qui a finalement révélé tous les noms des joueurs concernés, histoire de renvoyer dans les cordes certains des critiques : "Des joueurs comme Vanek, Grabner, Michael Raffl se sont dévoilés via le manager de Vanek. De même que Florian Iberer. Altmann s'est tout de suite excusé et a profondément regretté son comportement. Stefan Ulmer (actuellement blessé) et Swette (troisième gardien à Sotchi) étaient aussi là. Mais Pöck et Trattnig (!) sont également arrivés en retard et n'ont pas pris le bus jusqu'au village olympique."
 
Le petit point d'exclamation entre parenthèses est dans le communiqué officiel... Et pour ceux qui n'auraient pas compris, Kalt a continué : "Ceux qui étaient en première ligne responsables de la défaite doivent se reconnaître eux-mêmes dans le miroir [NB : Trattnig a été critiqué pour ses performances sur la glace]. Je ne peux qu'espérer qu'ils ont appris de leurs erreurs. À Sotchi, nous ne pouvions pas nous exprimer publiquement par solidarité pour les athlètes encore en compétition. Plus tard, si... Moi aussi, je suis passé par un processus d'apprentissage ! [...] Le plus facile est bien sûr de rechercher toujours la faute chez les autres."
 
Un communiqué aussi dirigé a évidemment suscité des contre-réactions. Pöck a expliqué qu'il avait raté le bus parce qu'il pensait qu'il partait à 23h30 et non 23h, et s'est irrité que Kalt cite son nom et celui de Trattnig, et pas ceux des quatre-cinq autres joueurs qui ont pris le train. Trattnig s'est contenté de répliquer qu'il n'avait pas passé la nuit en boîte et a ajouté : "Vous pouvez demander à [l'entraîneur] Manny Viveiros."
 
C'est donc dans ce sympathique contexte de grande camaraderie, où chacun ne cesse de jeter de la vodka sur le feu, que la grande famille du hockey autrichien a pris le chemin du championnat du monde... Sans les "fêtards de NHL" (deux en play-offs et Grabner blessé)... mais avec Altmann dont le nom a pourtant été dévoilé par le président Kalt lui-même. En même temps, sans les cinq retraités, il ne reste plus que trois défenseurs de Sotchi : Ulmer (indisponible sur blessure), Altmann et Iberer, tous présents lors de la fameuse nuit.
 
Il aurait par conséquent été très difficile de se passer aussi des "coupables", après avoir déjà dû renoncer aux "innocents mécontents" (Lukas et Trattnig)... Néanmoins, avec une équipe aussi inexpérimentée, l'Autriche craignait de ne plus pouvoir faire l'ascenseur. Logiquement, l'effectif rajeuni s'est montré irrégulier, de manière la plus criante contre la Corée du sud : menés 0-3 en un peu plus de huit minutes, les Autrichiens avaient repris l'avantage sept minutes plus tard !
 
Et pourtant, grâce à la défaite "providentielle" du Japon contre les Hongrois, les Autrichiens retourneront dans l'élite l'an prochain. Ils peuvent remercier l'Austro-Canadien Brian Lebler, auteur de deux buts en prolongation contre l'Ukraine et la Hongrie, et plus généralement toute la première ligne Hundertpfund-Koch-Lebler qui les a portés tout au long du tournoi. Une belle réhabilitation pour Thomas Koch après les critiques reçues lors des deux dernières compétitions. Son expérience est très précieuse dans le nouveau contexte. L'autre joueur-clé est le défenseur de poche Dominique Heinrich, jugé trop petit pour les JO, mais immense dans ce tournoi par son apport en supériorité numérique.
 
L'Autriche est donc promue, mais pas encore la Slovénie, qui traîne toujours comme un boulet sa défaite d'entrée contre le Japon. Ce tournoi est un défi pour prouver qu'elle a enfin un réservoir. Si l'absence d'Anze Kopitar pour cause de play-offs NHL était anticipée depuis longtemps, le petit pays n'imaginait pas que tous ses autres cadres iraient en finale de leurs championnats respectifs, qui se terminent tous pendant ce Mondial de D1A. Quatre de ses cinq joueurs de DEL (la première ligne Jeglic-Ticar-Sabolic et le défenseur Kranjc) se retrouvent en finale, tout comme le solide arrière Sabahudin Kovacevic (VHL) et le gardien numéro 1 Robert Kristan (Slovaquie).
 
La finale slovaque s'est achevée mardi, mais on n'a le droit qu'à deux gardiens en D1A, et la Slovénie avait donc déjà commencé le tournoi avec Luka Gracnar et Andrej Hocevar. Le gardien d'Épinal a eu sa chance au premier match... et l'a encore laissée passer. Même si les deux buts encaissés n'étaient pas mauvais, il n'a pas sauvé son camp face aux Japonais (1-2), et Gracnar tient donc le filet depuis ce temps. Il a commencé par deux blanchissages (4-0 contre la Corée et 2-0 sur la Hongrie) puis un 5-3 contre l'Ukraine.
 
La fraîcheur physique pourrait cependant jouer en défaveur des Slovènes, qui jouent essentiellement à trois lignes alors que les adversaires du jour ont fait tourner tout leur banc à chaque match. La Slovénie a absolument besoin de cette victoire, contre une Autriche déjà promue depuis une heure et donc forcément moins motivée.
 
En théorie, du moins. Les Autrichiens ne sont pas là pour faire de cadeau, et ils se montrent plus incisifs et agressifs que leurs adversaires, pour qui ce match est pourtant "à la vie à la mort". Le match est compétitif, il ne manque que les buts.
 
Même s'ils sont plutôt dominés dans le jeu, les Slovènes se créent les meilleures occasions à partir de la deuxième période. Tomaz Razingar est lancé par une longue relance et prend de vitesse les défenseurs, mais n'arrive pas à conclure. Le match bascule finalement sur une boulette autrichienne : le gardien Bernhard Starkbaum, sorti derrière sa cage, laisse le palet à Matthias Iberer qui semble pris au dépourvu et donne le palet à l'attaquant slovène Marcel Rodman, qui pique aussitôt à la cage. Starkbaum est revenu en position, mais Jan Urbas a suivi et propulse le palet au fond.
 
La joie des Slovènes éclate, mais pour deux minutes seulement. La troisième ligne autrichienne s'installe en zone offensive, et un lancer balayé de Benjamin Petrik nettoie à distance la lucarne de Luka Gracnar. Les joueurs japonais jubilent également depuis la tribune : ce but préserve leurs chances de monter dans l'élite.
 
Ils auraient pu exulter quand Petrik, servi face à la cage, a eu le palet de la victoire, mais il tire dans la botte de Gracnar. Mais c'est finalement Jan Urbas qui inscrit son deuxième but de la soirée, au nez à la barbe de Koch, sur une passe en retrait de Marcel Rodman pas gêné par Altmann (1-2). La Slovénie tremble encore quand Tavzelj prend une pénalité à sept minutes de la fin, mais les progrès autrichiens en jeu de puissance ne se confirment pas. À l'avant-dernière minute, Martin Schuming, gêné par une crosse qui traîne sur la glace, perd le palet face à l'homme du jour Jan Urbas, qui sert le défenseur débutant Miha Stebih pour le point final, au-dessus de la mitaine de Starkbaum (1-3).
 
Il n'y aura pas de miracle japonais : la Slovénie retournera dans l'élite, et elle le mérite. L'Autriche retrouvera également le plus haut niveau, mais aura besoin d'être plus forte pour y être compétitive : disposera-t-elle à la fois de joueurs d'expérience et d'une nécessaire solidarité collective ? C'est plus compliqué, tant les derniers mois ont laissé des traces.
 
Désignés joueurs du match : Brian Lebler pour l'Autriche et Luka Gracnar pour la Slovénie.
 
Commentaires d'après-match
 
Manny Viveiros (entraîneur de l'Autriche) : "C'était un match de bon niveau. La pression de devoir gagner n'était pas là, mais chacun veut marquer des points. Cette jeune équipe a travaillé si dur ces dernières semaines et mérite vraiment sa promotion. Je comparerais presque cette performance à la qualification pour les Jeux olympiques. Je suis fier de cette équipe, ce fut très positif de travailler avec ces jeunes. Cela donne de la joie à chaque jour, il faut construire là-dessus. Je voudrais continuer à m'occuper de cette équipe..."
 
Matjaz Kopitar (entraîneur de la Slovénie) : "C'était un match difficile. Nous avons joué contre une bonne équipe autrichienne. Ils étaient plus relâchés au début. Nous nous connaissons bien, c'est dur pour les deux équipes. Il leur manque beaucoup de joueurs, comme à nous. Espérons que nous aurons des équipes fortes pour être performants en République tchèque l'an prochain."
 
 
 
Autriche - Slovénie 1-3 (0-0, 1-1, 0-2)
Samedi 26 avril 2014 à 16h00 à Goyang, Corée du sud. 1923 spectateurs.
Arbitrage d'Aleksei Anisimov (RUS) et Jari Leppaalho (FIN) assistés de Johannes Käck (SUE) et Judson Ritter (USA).
Pénalités : Autriche 6' (2', 2', 2'), Slovénie 8' (4', 0', 4').
Tirs : Autriche 20 (6, 4, 10), Slovénie 22 (7, 6, 9).
 
Évolution du score :
0-1 à 33'44" : Urbas
1-1 à 35'20" : B. Petrik assisté de Bacher et Schiechl
1-2 à 48'49" : Urbas assisté de D. Rodman et Podlipnik
1-3 à 58'28" : Stebih assisté d'Urbas
 
 
Autriche
 
Gardien : Bernhard Starkbaum.
 
Défenseurs : Mario Altmann (-3) - Martin Schumnig (-3) ; Dominique Heinrich - Markus Schlacher ; Florian Mühlstein (+1) - Stefan Bacher (+1) ; Patrick Peter - Daniel Mitterdorfer.
 
Attaquants : Thomas Hundertpfund (A) - Thomas Koch (C, -1, 2') - Brian Lebler (-1) ; Matthias Iberer (-2) - Daniel Oberkofler (A, -2, 2') - Konstantin Komarek (-3, 2') ; Benjamin Petrik (+1) - Michael Schiechl (+1) - Nicolas Petrik (+1) ; Stefan Geier - Mario Fischer - Manuel Geier.
 
Remplaçant : René Swette (G).
 
Slovénie
 
Gardien : Luka Gracnar.
 
Défenseurs : Blaž Gregorc - Mitja Robar ; Matic Podlipnik (+1) - Žiga Pavlin (+1) ; Andrej Tavželj (+1, 2') - Miha Stebih (+1) ; Luka Tosic.
 
Attaquants : Žiga Pance - Aleš Mušic - Jan Muršak (A) ; David Rodman (+2, 2') - Marcel Rodman (A, +2, 2') - Jan Urbas (+2, 2') ; Anže Kuralt - Boštjan Golicic - Tomaž Razingar (C) ; Miha Verlic - Rok Leber - Gal Koren.
 
Remplaçants : Andrej Hocevar (G), Jaka Ankerst.