Des Tchèques méchamment efficaces

Il y a désormais de l'espoir qui souffle en République Tchèque. Ces dernières années, la sélection ne jouait que les rôles de figurant dans les catégories juniors, bien loin de rivaliser face au Canada, à la Russie ou aux États-Unis. 
 
Mais la semaine dernière, à l'occasion du Mondial U18 en Finlande, la longue monotonie du milieu de tableau a disparu au profit d'une jeune troupe enthousiaste qui a mis dehors la Russie en quart et le Canada en demie. Face aux souverains Américains, champions du monde une cinquième fois en six ans, les Tchèques U18 ont cédé pour leur première finale de leur histoire. Néanmoins, cette performance a évidemment été saluée dans tout le pays, d'autant plus pour une nation de hockey malmenée pour son manque de relève.
 
Parmi les plus enthousiastes, on retrouve bien entendu le sélectionneur des grands, Vladimír Ružicka, qui s'en félicite... même s'il devra attendre avant de faire appel à Jakub Vrána et compagnie. En tout cas, le vieille garde est bel et bien là, elle. En effet, Ružicka dirigera à Minsk son ex-coéquipier Jaromir Jágr avec lequel il avait remporté l'or aux J.O. de Nagano en 1998. Jágr n'a d'ailleurs pas loupé la jeune génération - avec notamment en point de mire les trois espoirs de Tampa Bay - en précisant que "les jeunes étaient aujourd'hui plus intéressés par leur contrat et l'argent" plutôt que de venir aider leur pays. 
 
Outre le vétéran du New Jersey - qui a prolongé son bail en NHL d'une année - on retrouvera quand même le défenseur Jakub Kindl, qui s'est envolé récemment de Detroit. Le renfort Kindl s'ajoute notamment à celui de Jirí Hudler, dont l'absence à Sotchi avait fait jaser. Enfin, nous savons que Roman Polák et Vladimír Sobotka, éliminés avec les Blues de Saint Louis, ont également prononcé le "oui".
 
Essuyer les refus de ses meilleurs représentants, le problème n'est évidemment pas réservé à la seule Tchéquie puisque Pär Mårts et la Suède ont dû faire face à plus d'une vingtaine de forfaits NHL dont beaucoup ont passé depuis longtemps le cap de la vingtaine. Ont toutefois accepté de venir en aide à la Tre Kronor : Joacim Eriksson, Anders Nilsson, Mattias Ekholm, Mikael Backlund et dernièrement le jeune prodige du Michigan Gustav Nyquist.
 
La bonne surprise de la Suède, c'est toutefois d'avoir réussi à convaincre Joakim Lindström. Coéquipier de Pierre-Édouard Bellemare et champion avec Skellefteå, le meilleur joueur des derniers play-offs de la SHL a décidé de ne plus être en froid avec le sélectionneur et s'est donc précipité pour retrouver l'uniforme jaune et bleu. Au grand désarroi de Pär Arlbrandt, de loin le meilleur marqueur du championnat en saison régulière et exclu avant cette dernière étape de l'Euro Hockey Tour.
 
Il s'agit bien sûr de la dernière ligne droite avant le voyage vers Minsk. La République Tchèque reste sur un gain contre la Suisse, mettant ainsi fin à une série de cinq revers de rang chez les Helvètes. Quant à la Suède, elle n'a disputé la semaine dernière contre la Norvège qu'un seul match complet au lieu de deux.
 
À Sundsvall, dans un rond d'engagement, la glace ne s'était pas solidifiée correctement sur un encart publicitaire. La couche trop fine a finalement poussé le corps arbitral à annuler la rencontre après seulement huit minutes de jeu !
 
Si un Canuck (Joacim Eriksson) est venu pallier le forfait d'un autre (Eddie Läck), on retrouve devant la cage suédoise le gardien des Islanders de New York Anders Nilsson. De son côté, Alexander Salák effectue son deuxième départ sous la nouvelle ère de Ružicka.
 
Cependant, c'est Nilsson qui se fera surprendre rapidement. Première mise en jeu, Jaromír Jágr, à droite, passe la ligne bleue et effectue une sublime transversale vers Tomáš Mojžíš qui frappe et bat le portier de Long Island (1-0, 0'15"). L'égalisation ne se fait pas attendre. Le premier avantage numérique scandinave se profile très vite. Joakim Lindström tire de la droite, l'angle est complètement ouvert devant le slot pour le rebond de Mikael Backlund (1-1, 02'21").
 
Face à des Suédois toujours très engagés, la Tchéquie tente de jouer vite. Cela permet notamment un débordement de Rolinek mais l'exécution de son lancer du revers tarde un chouïa. Il échoue de nouveau peu de temps après face à la jambière de Nilsson.
 
Les Tchèques sont certes menaçants en contre mais restent totalement muets face à des Nordiques consciencieux. Cöté suédois, les occasions pleuvent, particulièrement avec le duo désormais complémentaire Klasen / Axelsson mais également par Sjögren et Hersley. Le premier tiers s'achèvera néanmoins sur un contre de Vondrka, son tir du revers touche le petit filet côté droit.
 
Comme en première, les Tchèques repassent en tête rapidement en deuxième période. Longue passe de Jakub Krejcík, Martin Zatovic, réclamant la rondelle à la limite du hors-jeu, s'avance vers le but et délivre un tir parfaitement croisé (2-1, 22'52"). Hjalmarsson tente bien de gratter un puck devant le but juste après, le public stockholmois doit patienter une dizaine de minutes pour voir ses préférés égaliser. Suite à un une-deux Lundqvist / Danielsson, Rolinek se retrouve pénalisé. Très à l'aise dans le rôle de lanceur, Magnus Nygren réussit son tir lointain, Ericsson et Backlund faisant écran devant Salák (2-2, 32'14").
 
Malgré une Suède dans l'ensemble dominante, les Tchèques seront à deux doigts de reprendre les devants avant la pause : deux tirs successifs de Martin Ružicka et deux occasions de Milan Gulaš. Sur la première, la frappe de Gulaš frôle le poteau, sur la seconde, l'ailier de Karlstad prend de vitesse la défense suédoise mais échoue devant Anders Nilsson.
 
Dès le retour des vestiaires et l'engagement remporté, Jágr veut de nouveau surprendre ses adversaires d'entrée. Il dépossède Ekholm du palet, accélère couloir gauche mais le retour du défenseur de Nashville fausse son essai. A la 43e, c'est son collègue Zohorna qui frappe à bout portant mais cela passe à quelques centimètres du poteau droit. Après une béquille de Mozík sur Klasen, les Suédois bénéficieront d'un nouveau jeu de puissance, non exploité face à une rigoureuse défense tchèque qui repousse sans problème le danger.
 
À forces égales, les Slaves se procurent ensuite une occasion nette, un contre de Zamorsky, mais ce sera la suivante qui sera décisive. Une fois de plus, la Suède gère mal une longue transmission, à l'oeuvre Jan Kolár qui envoie vers Jakub Petružálek, l'attaquant de Kazan déborde et glisse le puck sous le gant de Nilsson (3-2, 46'02"). La fin de match sera largement à l'avantage des Suédois : un tir de Thuresson capté par Salák, reprise de volée de Hersley non cadrée, débordement inefficace de Klasen et nouvelle opportunité non cadrée d'Ekholm, la Tchéquie ne cède pas.
 
Même en infériorité numérique dans les deux dernières minutes, le gardien du SKA Saint-Pétersbourg restera vigilant devant un tir de loin de Möller, un rebond d'Ericsson puis un dernier essai de Klasen. 
 
Sans être particulièrement dynamique en zone offensive, la République Tchèque, s'appuyant uniquement sur les contres, s'impose après avoir toujours mené dans cette partie. La Suède, fragile sur le le repli défensif, s'incline sur son glaçon.
 
Commentaires d'après-match
 
Pär Mårts (entraîneur de la Suède) : "Il y a eu trop d'imprécisions à ce niveau. Je pensais que nous étions correctement préparés. Nous avons contribué aux trois buts que nous avons encaissés. Il y a encore beaucoup de travail même s'il y a eu tout de même quelques satisfactions. Mais le jeu défensif doit vraiment s'améliorer. On ne devrait pas se faire déborder comme ce fut le cas."
 
Jaroslav Špaček (entraîneur-assistant de la République Tchèque) : "Je pense que nous n'avons pas joué pendant deux tiers. Nous avons fait de nombreuses erreurs en zone neutre ainsi qu'en défense où nous avons laissé du mouvement au niveau des cercles. Avoir contenu les Suédois, ce fut surtout grâce à Salák. Nous obtenons néanmoins un bon résultat en battant les Suédois, ce qui est important."
 
 
République Tchèque - Suède 3-2 (1-1, 1-1, 1-0) .
Jeudi 1er mai 2014 à 16h00 au Hovet de Stockholm. 5475 spectateurs.
Arbitrage de Evgeni Romasko et Alekseï Anisimov (RUS) assistés de Jimmy Dahmén et Emil Wernström (SUE).
Pénalités : République Tchèque 16' (6', 4', 6'), Suède 8' (6', 2', 0').
Tirs : République Tchèque 12 (4, 3, 5), Suède 28 (11, 9, 8).
 
Évolution du score :
1-0 à 00'15" : Mojžíš assisté de Jágr
1-1 à 02'21" : Backlund assisté de Lindström (sup. num.)
2-1 à 22'52" : Zatovic assisté de Krejcík et Salák
2-2 à 32'14" : Nygren assisté de Möller et Backlund (sup. num.)
3-2 à 46'02" : Petružálek assisté de Kolár 
 
 
République Tchèque
 
Gardien : Alexander Salák.
 
Défenseurs : Jan Kolár (+2) - Tomáš Mojžíš (+1) ; Ondrej Vitásek (4') - Petr Zámorský (+2, 2') ; Lukáš Kovár - Vojtech Mozík (4') ; Jakub Krejcík (+1) - Bohumil Jank.
 
Attaquants : Tomáš Rolinek (C, +1, 2') - Jiří Hudler (+1, 2') - Jaromír Jágr (A, +1) ; Michal Vondrka - Jakub Klepiš - Martin Ružicka ; Milan Gulaš (+1) - Tomáš Nosek (+1) - Jakub Petružálek (+1) ; Martin Zatovic (+1) - Tomáš Zohorna (+1) - Lukáš Kašpar (+1).
 
Remplaçants : Jakub Kovář (G), Jan Buchtele.
 
Suède
 
Gardien : Anders Nilsson [sorti à 58'01"].
 
Défenseurs : Mattias Ekholm (-2) - Magnus Nygren (-2) ; Niclas Burström (-1, 2') - Patrik Hersley (-1) ; Daniel Rahimi - Jonas Ahnelöv ; Johan Fransson.
 
Attaquants : Oscar Möller - William Karlsson (-2) - Joakim Lindström (-2) ; Dick Axelsson (A, -1) - Niklas Olausson (-1) - Linus Klasen (-1) ; Simon Hjalmarsson - Mattias Sjögren - Mikael Backlund ; Jimmie Ericsson (A, 2') - Joel Lundqvist (C, 2') - Nicklas Danielsson (2').   
 
Remplaçants : Joacim Eriksson (G), Dennis Rasmussen, Andreas Thuresson.