Démonstration de force de la Russie

Le 9 mai, pour les Russes, c'est le jour de la Victoire, celle contre l'Allemagne nazie. Ce matin, en des temps où le sentiment patriotique russe n'a jamais été aussi fort, un grand défilé militaire a eu lieu à Moscou, avant que Vladimir Poutine ne s'envole pour la Crimée récemment annexée. Mais l'an passé, l'équipe de hockey sur glace avait commis une impardonnable faute de goût en perdant le 9 mai face à la France (1-2).
 
Les hockeyeurs russes sont priés de se racheter. Le match est diffusé entre des hommages patriotiques, et les présentateurs de hockey de la télévision russe portent tous des rubans de Saint-Georges qui commémorent les anciens combattants. Accompagnés du président de la fédération Tretiak, joueurs et staff ont déposé des fleurs ce matin devant le monument aux morts de Minsk. Avant si possible de déposer des palets dans les filets de la Suisse, dont la neutralité ne tient pas en un jour pareil.
 
Une Suisse qui, elle, espérait célébrer Mattias Seger, nouveau recordman des participations aux championnats du monde élite (16) devant Petteri Nummelin (15). Le capitaine Seger devient aussi le quinzième joueur de l'histoire à passer le cap des 100 matches aux Mondiaux. Ce ne sera pas son meilleur souvenir...
 
Les années se suivent et ne se ressemblent pas pour les vice-champions du monde 2013 ? La meilleure preuve est Roman Josi, MVP des derniers Mondiaux, qui laisse trop de champ à Sergei Plotnikov, décalé à l'aile droite par une relance de Denis Denisov génialement déviée en zone neutre par Vadim Shipachyov. L'attaquant du Lokomotiv Yaroslavl, né en Extrême-Orient, ne pouvait pas rêver meilleur entrée en scène dans des championnats du monde : tir croisé parfait à mi-hauteur au bout de treize secondes (1-0).
 
Cela n'augure rien de bon pour la Nati, d'autant que Seger et Grossmann se succèdent en prison. Bonne mise en condition pour le jeu de puissance russe. Aleksandr Ovechkin se place côté gauche pour utiliser son lancer de la droite. Et boum ! Le numéro 8 n'avait pas marqué depuis quatre rencontres qu'il est capitaine, il a attendu le bon moment.
 
Cela sent déjà le roussi pour la Suisse. Certes, Chudinov fait trébucheer Hollenstein, et Ovechkin part lui aussi en prison pour un coup de crosse. Mais soutenus par une Minsk Arena qui crie "Ro-ssi-ya" plus fort qu'une foule de séparatistes à Donetsk dès que l'adversaire s'installe, les Russes tuent ces infériorités numériques. En fin de tiers, le très actif Kuznetsov - qui a déjà frappé une barre transversale - est pris entre deux défenseurs, et Shipachyov ressort alors de derrière la cage le palet... qui vient le frapper dans le slot sur un lancer de Chudinov, retombant au poteau opposé. Déjà 3-0 en vingt minutes.
 
Cette troisième titularisation en championnat du monde est la pire pour le malheureux gardien davosien Leonardo Genoni, qui laisse passer entre les bottes un tir lointain d'Anton Belov. Les Russes dévorent les espaces, Plotnikov s'échappe dans l'axe et Brunner lui inflige un coup de crosse dans les jambières.
 
La Suisse a une phase de réaction au début de la troisième période, mais il n'y a rien à faire. Cela fait maintenant plus de 200 minutes qu'elle n'a pas inscrit le moindre but... Danis Zaripov enfonce le clou à 5-0 en toute fin de match.
 
Une démonstration de la Sbornaïa, qui s'est comportée en patronne. Ovechkin a fait un bon match, buteur, passeur, mais présent également au repli défensif. On reste prudent vu qu'il avait mis deux points à son premier match aux JO de Sotchi, et on connaaît la suite. Néanmoins, le capitaine semble au rendez-vous de la rédemption.
 
Le gardien Sergei Bobrovsky, quant à lui, a connu des débuts idéaux, même sans les deux centimètres coupés hier au niveau du genou dans ses jambières, mesurées non conformes et qui risquaient une disqualification.
 
Tout irait pour le mieux pour la Russie si elle n'avait pas déjà perdu un joueur : le centre Loktionov a été rapidement blessé à l'épaule. Son Mondial est terminé. Il sera remplacé par le réserviste Ilya Zubov, ce qui signifie qu'il n'y a plus qu'une place ouverte dans l'effectif pour un joker... Côté suisse, Sven Bärtschi a aussi dû aller à l'infirmerie pour des examens.
 
Désignés joueurs du match : Damien Brunner pour la Suisse et Sergei Bobrovsky pour la Russie.
 
Commentaires d'après-match
 
Sean Simpson (entraîneur de la Suisse) : "Quand une équipe a un nouveau coach, tous les joueurs ont tendance à se montrer au maximum. Nous nous attendions à quelque chose comme ça de la Russie. Mais une telle attaque, une telle pression, une telle passion, nous ne pouvions pas l'imaginer. Nous avons été détruits. La Russie a vécu des moments douloureux cette saison, je pense aux Jeux olympiques. Il est clair que cette équipe a accumulé de la colère contre le destin et qu'elle rêve de revanche. Nous en avons été les victimes. J'admire non seulement le talent et l'esprit, mais l'organisation de l'équipe russe. Avec le soutien du public, on aurait dit qu'ils étaient à domicile. Sur ce match, on dirait les futurs champions du monde."
 
 
 
Suisse - Russie 0-5 (0-3, 0-1, 0-1)
Vendredi 9 mai 2014 à 16h45 à la Minsk Arena. 13300 spectateurs.
Arbitrage de Lars Brüggemann (ALL) et Antonin Jerabek (TCH) assistés de Chris Carlson (CAN) et Pierre Dehaen (FRA).
Pénalités : Suisse 10' (6', 4', 0'), Russie 8' (6', 0', 2').
Tirs : Suisse 27 (10, 8, 9), Russie 31 (11, 13, 7).
 
Évolution du score :
0-1 à 00'13" : Plotnikov assisté de Shipachyov et Denisov
0-2 à 06'34" : Ovechkin assisté de Zaripov et Belov (sup. num.)
0-3 à 17'15" : Shipachyov assisté de Chudinov
0-4 à 29'06" : Belov assisté de Shirokov et Kulyomin
0-5 à 58'25" : Zaripov assisté d'Ovechkin
 
 
Suisse
 
Attaquants :
Simon Moser (-3) - Kévin Romy (-3) - Damien Brunner (-3, 2')
Reto Suri - Andres Ambühl (A) - Kevin Fiala
Denis Hollenstein - Luca Cunti - Sven Bärtschi
Thomas Rüfenacht (-1) - Reto Schäppi (-1, 2') - Victor Stancescu (-1, 2')
 
Défenseurs :
Dominik Schlumpf (-2) - Roman Josi (A, -3)
Robin Grossmann (2') - Eric Blum (-1)
Yannick Weber (-1) - Mathias Seger (C, 2')
Dean Kukan
 
Gardien :
Leonardo Genoni
 
Remplaçant : Reto Berra (G).
 
Russie
 
Attaquants :
Aleksandr Ovechkin (C, +2, 2') - Vadim Shipachyov (+2, 2') - Sergei Plotnikov (+1)
Sergei Shirokov (+2) - Artyom Anisimov (+1) - Nikolaï Kulyomin (A, +1)
Viktor Tikhonov (+1) - Andrei Loktionov - Danis Zaripov (A, +1)
Evgeni Dadonov - Aleksandr Burmistrov - Evgeni Kuznetsov (+1)
 
Défenseurs :
Denis Denisov (A, +2) - Dmitri Orlov (+2, 2')
Evgeni Medvedev - Aleksandr Kutuzov
Yegor Yakovlev (+1) - Anton Belov (+1)
Andreï Zubarev (+1) - Maksim Chudinov (+1, 2')
 
Gardien :
Sergei Bobrovsky
 
Remplaçant : Andrei Vasilevsky (G). En réserve : Anton Khudobin (G).