France - Canada (Mondiaux 2014, groupe A)

La France débute par l'un des gros morceaux du groupe : le Canada. Les Bleus ont reçu l'heureux renfort de leurs Nord-Américains, tous trois éliminés de leurs playoffs respectifs. La présence d'Antoine Roussel devrait être décisive pour insuffler à toute l'équipe la mentalité de guerrier. Stéphane Da Costa apportera sa vitesse et sa créativité. Benjamin Dieudé-Fauvel reste l'inconnue, pour son premier grand tournoi. Il sera le septième défenseur sur ce match.
 
En face, les Canadiens alignent une formation très jeune mais qui a déjà beaucoup joué en NHL. Sur le plan international, la plupart ont connu des sélections en U18 ou junior. Le numéro 1 de la draft 2013, Nathan MacKinnon, est l'attraction. Poison permanent contre la Suisse en préparation, sa vitesse risque de gêner la défense française.
 
Cela débute très bien pour la France. Profitant d'un changement de ligne adverse, Damien Fleury se retrouve sur le côté gauche. James Reimer sauve le tir et Stéphane Da Costa prend le rebond pour une nouvelle occasion.
 
À sa première incursion en zone offensive, le Canada concède deux minutes pour un retenir de Tyler Myers. La France se crée une nouvelle situation chaude avec Antoine Roussel planté dans l'enclave. La défense fait le ménage et la pénalité est tuée. En jambes, les Français continuent à porter le danger et Luc Tardif manque de peu le palet juste devant le but, au duel avec un défenseur.
 
Le Canada lance pour la première fois à la cinquième minute, avec un tour de cage de Nathan MacKinnon. Kevin Bieksa récupère le palet dans la continuité et est accroché par Laurent Meunier. Cristobal Huet sort un double arrêt face à Ryan Ellis puis Nazem Kadri au rebond. Laurent Meunier tente sa chance au cercle dès sa sortie de prison.
 
On sent malgré tout que le Canada commence à entrer dans le match. Le palet sort plus difficilement de la zone défensive. Le baptême du feu de Nicolas Ritz, Jonathan Janil ou Florian Chakiachvili n'est pas forcément simple face à de gros gabarits comme Myers !
 
Le petit temps faible ne dure guère. Après une bonne action du duo Treille-Desrosiers, c'est la ligne Fleury qui s'illustre avec un bon tir de l'aile droite de Pierre-Edouard Bellemare. Réplique canadienne avec une passe en retrait d'Erik Gudbranson et un tir de Troy Brouwer sauvé par la barre transversale...
 
La pression monte sur le but de Huet, le Canada s'appuyant sur des défenseurs très offensifs, bien placés pour soutenir leur attaque. Cela permet une bonne chance de Sean Monahan dans le slot, repoussée par le portier français. Kyle Turris et Alexandre Burrows se font à leur tour menaçants et Huet repousse en deux temps.
 
Les Bleus repartent dans l'autre sens et Stéphane Da Costa, en bonne position, est mis au sol par Burrows. Les deux minutes sont évidentes. La patinoire explose pour le but français. Un jeu dans le coin revient au cercle, puis à Yohann Auvitu à la bleue qui lance à travers la foule. Reimer laisse un rebond à cause de l'écran de Roussel, exploité par Stéphane Da Costa en angle fermé (1-0). Le public biélorusse a choisi son camp !
 
Le Canada réagit rapidement et la ligne Burrows-Turris-MacKinnon, dangereuse, tourne et provoque une faute de Meunier à quelques secondes de la pause. Et cela joue très vite : échange le long de la bande, Cody Hogdson remise dans l'axe pour la volée de Brayden Schenn en lucarne (1-1). Les Français ont fait jeu égal avec leur adversaire dans ce premier tiers-temps.
 
La reprise se révèle assez prudente. Les espaces se font peu nombreux. Une pénalité de Stéphane Da Costa place le Canada en position de force. La défense française plie, mais Huet tient bon. Une action de Monahan offre un rebond pour Matt Read, puis Jonathan Huberdeau, et une pile de joueurs se forme sur la ligne. Pas de but ! Les Bleus se montrent très concentrés et très appliqués, veillant à soigner la relance. Desrosiers en profite pour un tir de l'aile, puis Fleury tente sa chance à son tour après avoir esquivé un défenseur au cercle droit.
 
À la mi-match, une nouvelle faute française fait briller Schenn dans l'enclave, servi par MacKinnon. Surtout, Huet vole Morgan Rielly du bout de la mitaine sur une transversale de MacKinnon : l'arrêt du match ! La France n'est pas en reste. Stéphane Da Costa part en contre et décale Fleury, qui patiente, et Reimer sauve les meubles de la botte. Le patinage exceptionnel des Canadiens, tout en vitesse et fluidité, perturbe la défense française. Kadri tourne et virevolte et Huet doit encore s'imposer.
 
La France joue sans complexe. Stéphane et Teddy Da Costa appuient physiquement et la défense française ne lâche rien. Tout juste une longue passe de Gudbranson lance-t-elle Kadri en un-contre-un. Le tir du joueur des Leafs est repoussé et le rebond crée un petit moment chaud devant Huet. Les officiels ne sanctionnent personne. Sur la présence suivante, une faute canadienne est appelée contre Brouwer, qui a donné un coup de crosse à Huet, et les joueurs se frictionnent encore, Huberdeau insistant sur sa mise en échec sur Bellemare après le coup de sifflet. Le jeu de puissance bleu s'installe. Teddy Da Costa protège bien son palet et Bieksa le fait trébucher : cinq-contre-trois pour cette dernière minute. Stéphane Da Costa sert Bellemare à la dernière seconde et Reimer repousse sur la sirène. 
 
1-1 après deux tiers, voila qui plaît beaucoup au public local. Surtout qu'il reste 28 secondes de double supériorité pour les Bleus... Le Canada a accéléré dans le deuxième tiers, pendant que la France jouait en contre. Mais tout reste à faire sur le dernier tiers.
 
Le favori revient au complet, mais pas longtemps puisque Brouwer, à peine sorti, commet un nouveau cinglage sur le gardien. 42 secondes de double avantage... Desrosiers au cercle, Teddy Da Costa à la bleue chauffent Reimer qui s'impose. Le gardien bloque aussi de justesse un centre-tir de Desrosiers, avec Treille planté en écran. Le Canada résiste, revient au complet et frôle le deuxième but avec Burrows au deuxième poteau. MacKinnon, toujours dangereux, teste Huet de près puis cherche un rebond de Myers.
 
Le Canada prend l'ascendant avec des situations de plus en plus chaudes. Mark Scheifele, de loin, voit son tir repoussé et le rebond dégagé sur le fil. La fatigue se fait sentir et les passes sont moins précises. Une relance cafouillée contraint Auvitu au duel avec Kadri, et le défenseur français rentre difficilement au banc. Huet demeure de marbre et supplée sa défense à la moindre petite défaillance. Sur un palet mal dégagé, MacKinnon cherche un joueur à la bleue. Gudbranson récupère dans l'axe et tire sur le poteau. Le disque rebondit sur Huet qui se retourne pour sauver sur sa ligne... trop tard, le ralenti montre bien que le disque a franchi la ligne de quelques centimètres (1-2).
 
Les Bleus ne se découragent pas. Roussel récupère une mauvaise passe canadienne et démarre en trois-contre-deux. Il trouve à l'opposée Teddy Da Costa, dont le tir frôle le cadre. Garrison prend deux minutes sur l'action. Le jeu de puissance ne traîne pas : Coburn perd le disque au fond dans son duel avec Fleury, et le palet ressort vers Stéphane Da Costa, tout seul. La feinte ouvre la cage pour l'égalisation du revers (2-2, photo de droite). Les Bleus croient à l'exploit à cinq minutes de la in.
 
L'application de tous les joueurs français est exemplaire. Meunier, puis Bellemare voient même leurs tirs repoussés par Reimer. Le Canada s'offre la dernière occasion : Hogdson ne surprend pas Huet qui s'est rapidement déplacé au second poteau. Il reste une poignée de secondes et Dave Henderson demande un temps mort pour assurer la défense sur cette dernière mise au jeu. La France ne craque pas : prolongation !
 
Un point dans la besace, les Français veulent plus. Roussel récupère, petite remise de Teddy Da Costa et Guttig s'avance seul devant Reimer... Le tir ras glace est sauvé ! Le Canada presse en fin de prolongation, mais la défense se sacrifie pour contrer les tirs et la séance de fusillade est appelée.
 
Turris prend le premier tir. Il cherche le tir entre les jambières et Huet gagne son duel.
Desrosiers échoue à son tour en tentant un revers entre les jambes de Reimer.
Le petit tir de Monahan de près n'est guère dangereux.
Stéphane Da Costa prend beaucoup d'élan, arrive doucement, fixe d'un mouvement soudain mais laisse échapper le palet.
Read cherche les feintes de tête mais son tir entre les jambes est bloqué.
Bellemare s'avance... Tir en hauteur et but !
 
Victoire de la France en ouverture face au Canada : on n'osait y croire. Mais en jouant avec cette intensité, cette abnégation, ce sens du sacrifice, le rêve des quarts n'a jamais été aussi accessible. Gare cependant à la chute nerveuse face à l'Italie. Ce match face au voisin transalpin conserve l'étiquette "défaite interdite". Il faut savoir enchaîner pour viser plus haut. L'an dernier, le succès émotionnel face aux Russes n'avait pas été exploité...
 
Commentaires d'après-match :
 
Dave Tippett (entraîneur du Canada) : "C'est le premier match du tournoi et les joueurs ne savaient pas trop à quoi s'attendre. Ils ont commencé doucement, se sont améliorés au fil des minutes. Mais la France a joué un match solide, a converti son jeu de puissance. Bravo à eux. Nous avons perdu beaucoup de palets, dans la neutre ou à l'entrée de la zone offensive. Nous avons pris des pénalités stupides, qui nous sont revenues au visage. Nous avons aussi passé trop de temps sur les extérieurs, au lieu d'attaquer la cage. Le mérite revient aussi à la défense française, qui a très bien protégé sa cage. Il va falloir réagir, s'améliorer. C'était le but du tournoi de toute façon, progresser à chaque match. Cela reste une défaite aux tirs au but, et cela montre à quel point le tournoi est difficile avec des équipes qui veulent monter dans la hiérarchie mondiale. Tout le monde veut jouer au top face au Canada et c'est une bonne leçon pour nos jeunes joueurs."
 
Dave Henderson (entraineur de la France) : "C'est la première fois que l'on prend des points au premier match. Nous avons tenu grâce à une défense qui a su jouer simplement, en travaillant très dur. Le Canada reste le pays du hockey, c'est donc un résultat exceptionnel pour nous. Nous avons appris, nous avons de meilleurs joueurs, qui évoluent dans de meilleurs championnats, avec aussi un championnat de France meilleur. C'est un grand plaisir, une grande fierté. Prendre deux points face au Canada, que je n'ai jamais battu de mon temps, c'est la victoire d'une équipe, du staff, de la fédération. Il faut continuer sur ces bases : travail, discipline, solidité. Nous les avons joués alors qu'ils n'étaient peut-être pas prêts, mais avec la confiance, qui nous permet de jouer avec les meilleurs. Quand le Canada a marqué le deuxième but, c'est une situation durant laquelle nous aurions explosé il y a encore trois ans. Là, nous sommes revenus. Cristobal Huet a sorti un énorme match. Stéphane Da Costa aussi, il a progressé par rapport à il y a deux ans : il est plus physique, a plus de maturité. L'an dernier, nous n'avions pas su enchaîner. L'Italie n'est pas une équipe facile, c'est toujours un combat avec eux. Il faut être prêts, les respecter car ils travaillent fort, patinent bien et sont talentueux. Ce n'est qu'un match et ne parlons pas de quarts, il n'y a rien de fait."
 
 
 
 
France - Canada 3-2 t.a.b. (1-1, 0-0, 1-1, 0-0)
Vendredi 9 mai 2014 à 16h45 à la Chizhovka Arena de Minsk. 6780 spectateurs.
Arbitrage de Keith Kaval (USA) et Steve Patafie (USA) assistés de Nicolas Fluri (SUI) et Andre Schrader (ALL).
Pénalités : France 8' (4', 4', 0, 0'), Canada 12' (4', 4', 4', 0').
Tirs : France 29 (10, 6, 10, 2), Canada 36 (11, 13, 9, 3).
 
Évolution du score
1-0 à 17'03" : S. Da Costa assisté d'Auvitu et Bellemare (sup. num.)
1-1 à 19'44" : Schenn assisté de Hogdson et Garrison (sup. num.)
2-1 à 50'42" : Gudbranson assisté de MacKinnon
2-2 à 52'35" : S. Da Costa assisté de A. Roussel et Fleury (sup. num.)
 
Tirs au but :
Canada : Turris (arrêté), Monahan (arrêté), Read (arrêté)
France : Desrosiers (arrêté), S. DaCosta (manqué), Bellemare (but)
 
 
France
 
Attaquants :
Julien Desrosiers (-1) - Laurent Meunier (C, -1, 4') - Yorick Treille (-1)
Damien Fleury - Stéphane Da Costa (2') - Pierre-Édouard Bellemare (A)
Anthony Guttig (2') - Teddy Da Costa - Antoine Roussel
Luc Tardif - Brian Henderson - Nicolas Ritz
Damien Raux
 
Défenseurs :
Baptiste Amar (A) - Antonin Manavian
Yohann Auvitu (-1) - Nicolas Besch (-1)
Florian Chakiachvili - Jonathan Janil
Benjamin Dieudé-Fauvel [3 présences]
 
Gardien :
Cristobal Huet
 
Remplaçant : Florian Hardy (G).
 
Canada
 
Attaquants :
Alex Burrows (2') - Kyle Turris (A, +1) - Nathan MacKinnon (+1)
Nazem Kadri - Cody Hogdson - Troy Brouwer (4')
Jonathan Huberdeau - Brayden Schenn - Matt Read (+1)
Jason Chimera (A) - Mark Scheifele [ou Sean Monahan] - Joel Ward
 
Défenseurs :
Kevin Bieksa (C, 2') - Jason Garrison (2')
Tyler Myers (2') - Braydon Coburn
Ryan Ellis (+1) - Erik Gudbranson (+1)
Morgan Rielly
 
Gardien :
James Reimer
 
Remplaçant : Ben Scrivens (G).