La Suisse s'est-elle fait voler ?

Les deux équipes ont connu une première journée radicalement opposée. Les Américains ont étrillé le pays organisateur 6-1, avec quatre buts en supériorité numérique. La Suisse a pris l'eau face aux Russes, 5-0. Autant dire que les Helvètes n'arrivent pas vraiment en confiance... D'autant plus que la cascade de blessures qui s'abat sur l'équipe depuis dix jours n'en finit plus. Le jeune talent Sven Bärtschi s'est fracturé une côte dans le match d'ouverture.
 
Reto Berra démarre le match sous les applaudissements du public, qui a choisi son camp : la Suisse. La patinoire est moins remplie que le match précédent, mais il faut dire que les partisans des deux pays sont bien moins nombreux que les Lettons... Les Suisses restent malgré tout nombreux et audibles !
 
Les Américains débutent en posant leur jeu d'attaque à une touche de palet. La première vraie occasion revient à Wingels, lancé par Seth Jones pendant un changement de ligne suisse. Berra sort son tir de la plaque. Les Suisses évoluent en contre et Tim Thomas doit sortir les premiers arrêts. Tyler Johnson concède un retenir. Le box-play ne laisse que peu d'espaces et envoie même Stapleton tester Berra. La pénalité est tuée sans le moindre tir. Les Américains confisquent à nouveau le disque et cherchent la faille. Tir de McDonald à la bleue, essai de Jimmy Hayes au cercle... mais frayeur derrière, Romy s'infiltrant dans la défense et trouvant la botte de Thomas sur une bonne passe de Moser.
 
La possession reste américaine. Mueller protège bien son palet, passe derrière la cage et remise sur McCabe dans l'axe. Le défenseur pivote pour éliminer son marquage et lance du revers. Puis, Johnny Gaudreau s'illustre. Le meilleur joueur universitaire de la saison place un tir précis du cercle droit, et Berra sauve de justesse.
 
Sur l'action, Romy prend deux minutes et le redoutable jeu de puissance américain s'installe. Il y a tout de suite le feu dans l'enclave sur une action de Nelson, avant que la Suisse ne verrouille mieux l'entrée de zone. Il n'y a donc guère d'occasions, et les contacts commencent à pleuvoir. La Suisse ne s'affole pas et exploite la moindre opportunité. Un palet perdu, une crosse tombée dans un contact et c'est un trois-contre-deux. Les échanges manquent de précision mais le palet retombe chanceusement sur Rüfenacht à bout portant. Thomas a bien suivi et bloque le tir. Il n'est pas non plus inquiété par Romy, lancé à la faveur d'un changement de ligne hésitant.
 
Des hésitations américaines de plus en plus nombreuses, qui permettent à la Suisse de finir très fort le tiers. Fiala et Cunti mettent le feu dans la défense, et le gamin teste Thomas à bout portant. Le palet n'est pas gelé et c'est une mêlée générale, avec quelques échanges de claques qui finissent par envoyer Trouba et Fiala en prison. Sur l'engagement, Seger prend une lourde charge dans la neutre et Petry prend deux minutes. Le quatre-contre-trois ne donne rien, avec plusieurs tirs contrés par la défense.
 
Dans les dernières secondes, la Suisse perd un palet à la bleue offensive et Gaudreau est envoyé en deux-contre-un. Il choisit le tir croisé, certes pas très puissant mais qui force Berra au grand écart. La sirène retentit avec quelques échanges d'amabilités...
 
La Suisse répond parfaitement au défi physique. Après une tentative de tour de cage de Brunner, l'occasion suivante est la bonne. Hollenstein est envoyé seul sur l'aile gauche par le junior Fiala, et son tir croisé trompe Thomas (0-1, 21'28"). Sur l'engagement, Mueller protège bien son palet et Grossmann l'accroche.
 
Le jeu de puissance se pose avec Trouba et Jones à la bleue. Berra sauve la volée du premier cité, puis Craig Smith déborde à gauche et ne trouve pas la faille. Gaudreau trouve Smith à l'opposée et ça passe à côté, mais Mueller prend le rebond et frôle l'égalisation. Ce dernier concède une faute dans la foulée et la Suisse part en supériorité. Romy n'est pas loin de marquer le deuxième en profitant d'un tir contré mais échoue à cadrer. Puis, c'est une chaude alerte quand Thomas dégage le rebond sur son défenseur. Le palet est dégagé et envoyé à... Mueller, sorti de prison pour une échappée gagnante (1-1, 26'15").
 
Le match est rythmé et sent le KO des deux côtés. La Suisse en profite : Romy déborde à droite, déshabille Trouba et attaque la cage. Thomas laisse un rebond caviar pour Brunner devant une cage vide (1-2, 29'39", photo de gauche). La partie s'est équilibrée et les fans suisses partent en chenille dans la patinoire !
 
Les États-Unis s'installent et Berra sort un tir lointain de Trouba. Josi démarre un contre, déborde Trocheck en tour de cage et centre. Le palet touche un défenseur et Thomas sauve sur sa ligne. Sur l'engagement, Suri est pris par la patrouille. Nelson du cercle, Trouba de la bleue... Cela ne passe pas. L'équipe suivante s'y met, pas mieux pour Kevin Hayes. À sept secondes de la pause, une montée de palet bien menée revient sur Abdelkader, mis au sol devant la cage ouverte par Grossmann.
 
Les États-Unis commencent donc le troisième tiers-temps en supériorité numérique. Échange à la bleue, Johnson s'avance et trouve Nelson planté entre les deux cercles. La reprise est détournée sur Craig Smith, collé au poteau pour une cage ouverte (2-2, 41'28", photo de droite).
 
Cela chauffe rapidement sur le but suisse avec un contre américain qui fait presque mouche. Le tir de Kevin Hayes est contré, puis Gaudreau cherche un rebond bien collé à la botte de Berra. Peu après, Wingels prend deux minutes. Un contre américain fait passer des frissons dans la défense mais Berra lève bien l'épaule... Poteau !
 
À onze minutes du terme, les Américains échappent à la catastrophe. Alors que Thomas Rüfenacht a trompé Tim Thomas d'un superbe tir en hauteur, les officiels interviennent pour signaler un hors-jeu, à la colère du public. Et cela ne s'arrange pas pour les arbitres, qui envoient Moser en prison pour cinglage. Le jeu de puissance américain s'installe, tourne très bien le palet mais la défense suisse, irréprochable, prive les attaquants de position de tir.
 
La pénalité se termine mais le jeu reste dans le camp suisse, assiégé par le jeu de passes américain. La vitesse, les passes abandons, les écrans... Trop pour la Suisse ! Tyler Johnson remonte le palet à toute vitesse sur la gauche, laisse à Seth Jones lancé, qui stoppe et redonne à Johnson en entrée de cercle. Le tir de sniper de l'attaquant de Tampa Bay trompe Berra (3-2, 53'15").
 
La Suisse est maudite et les arbitres ne se font pas d'amis. Brunner percute dans l'axe, lance violemment au but. Thomas repousse sur le côté et Moser marque en angle fermé... But refusé, encore ! Brunner a légèrement touché le gardien... ou est-ce encore un hors-jeu ? Le public pro-suisse siffle copieusement ce deuxième refus tout aussi litigieux que le premier. La Suisse n'abandonne pas et Josi sonne la charge d'une volée rageuse, stoppée par Thomas. Berra sort pour un attaquant et Brunner tente sa chance de la bleue, le palet file au dessus. Il reste 38 secondes et Sean Simpson pose son temps mort. À dix secondes de la fin, Trouba dégage au-dessus : deux minutes, mais trop tard pour la Suisse, malgré un ultime tir de Josi sauvé par Thomas.
 
Les Américains remportent donc la victoire. Une victoire controversée, tant les deux buts refusés aux Suisses pèsent sur le troisième tiers et le résumé du match. La frustration helvète était tangible auprès des joueurs et de l'entraîneur, qui ont le sentiment d'avoir été volés. Ceci dit, les États-Unis se sont créé de très nombreuses occasions et leur victoire n'est pas un scandale ; ils ne sont pour rien dans la décision des officiels... Mais ils sont sacrément chanceux !
 
Désignés joueurs du match : Tim Thomas (États-Unis), Reto Berra (Suisse)
 
Commentaires d'après-match :
 
Johnny Gaudreau (attaquant des États-Unis) : "C'est un grand changement par rapport aux juniors. Les U20 sont un bon tremplin pour apprendre le jeu international et ce tournoi est une bonne étape pour découvrir le monde professionnel. C'est une bonne aide."
 
Seth Jones (défenseur des États-Unis) : "On savait qu'ils viendraient en costauds après leur défaite hier face à la Russie. Comme prévu, le match a été très physique, ils ont répondu dans ce secteur. Je n'ai pas vu les ralentis des deux buts refusés, mais les arbitres avaient sifflé. Je ne sais pas trop s'il y a hors-jeu ou non. Notre jeu de puissance a été bon, il nous a permis de revenir tout de suite au score. Nous avons pu lancer plus de tirs au but, créer de bonne occasions."
 
Sean Simpson (entraîneur de la Suisse) : "C'était un grand match de hockey, physique, costaud. Ceux qui me connaissent savent que je ne parle habituellement jamais de l'arbitrage. Là, pour la première fois en quatre ans, je dis que je suis déçu de l'arbitrage ce soir. Il n'y avait pas hors-jeu et cela a influé sur le cours du match. Malgré tout, les deux équipes ont très bien joué. C'est mon dernier tournoi et je veux juste finir en beauté. Je ne commente pas les spéculations [NDLR : on évoque Glen Hanlon comme futur sélectionneur], choisir mon successeur n'est pas mon travail. Nous respectons la Biélorussie et leur hockey, ce sera un match difficile, encore un grand match. Après les Jeux olympiques, beaucoup de vétérans ne sont pas là et c'est donc une chance pour les jeunes de montrer ce qu'ils savent faire. J'aime beaucoup entraîner les jeunes, c'est une grande expérience."
 
Peter Laviolette (entraîneur des États-Unis) : "Je suis content de l'effort. Les joueurs se sont rencontrés il y a seulement sept jours, il y a le décalage horaire, peu d'entraînement et deux matchs intenses d'entrée. La Suisse, personne n'aime les jouer : ils sont toujours au top, à batailler, jouer physique. C'est une superbe équipe, bien coachée. Dans ce genre de match où toutes les situations arrivent, c'est un match génial pour les fans, mais aussi pour un coach. Les deux équipes ont su contrôler le jeu tour à tour, c'était physique, combatif, avec une ambiance extraordinaire. C'est le genre de match que vous voulez vivre en tant qu'entraîneur. C'est formidable d'avoir une équipe de jeunes comme celle-ci, cela montre le talent impressionnant qu'il y a chez les jeunes aux États-Unis. Ils vont disputer un tournoi très compétitif, c'est une grande expérience pour les joueurs mais aussi pour un entraîneur. Les buts refusés, nous n'avons eu aucune explication des arbitres. Je suis fier de la prestation des jeunes aujourd'hui, ils ont bataillé dur et progressé."
 
 
 
 
États-Unis - Suisse 3-2 (0-0, 1-2, 2-0)
Samedi 10 mai 2014 à 20h45 à la Minsk Arena. 11000 spectateurs.
Arbitrage de Roman Gofman (RUS) et Jyri Rönn (FIN) assistés de Chris Carlson (CAN) et Stanislav Raming (RUS).
Tirs : États-Unis 38 (11, 18, 9), Suisse 29 (11, 10, 8)
Pénalités : États-Unis 14' (6', 2', 6'), Suisse 12' (4', 6', 2')
 
Évolution du score
0-1 à 21'28" : Hollenstein assisté de Fiala
1-1 à 26'15" : Mueller assisté de Stapleton
1-2 à 29'39" : Brunner assisté de Romy
2-2 à 41'28" : Smith assisté de Nelson et Johnson (sup. num.)
3-2 à 53'15" : Johnson assisté de Jones
 
 
États-Unis
 
Attaquants :
Brock Nelson (+1) - Tyler Johnson (+1, 2') - Craig Smith (A, +1)
Justin Abdelkader (C, -1, 2') - Vince Trocheck (-1) - Johnny Gaudreau (-1)
Peter Mueller (+1, 2') - Tim Stapleton (A, +1) - Tommy Wingels (+1, 2')
Colin McDonald (-1) - Kevin Hayes (-1) - Jimmy Hayes (-1)
Drew Shore
 
Défenseurs :
Dan DeKeyser (-1) - Jacob Trouba (-1, 4')
Jake Gardiner (-1) - Jeff Petry (2')
Jake McCabe (+1) - Seth Jones (+2)
Matt Donovan
 
Gardien :
Tim Thomas
 
Remplaçant : David Leggio (G).
En tribunes : Connor Hellebuyck (G), Connor Murphy (D), Andy Miele (A).
 
Suisse
 
Attaquants :
Kevin Romy (+1, 2') - Simon Moser (+1, 2') - Damien Brunner (+1)
Luca Cunti - Kevin Fiala (+1, 2') - Denis Hollenstein
Benjamin Plüss (-1) - Andres Ambühl (-2) - Reto Suri (-1, 2')
Thomas Rüfenacht - Reto Schäppi - Victor Stancescu (-1)
 
Défenseurs :
Roman Josi (A) - Dominik Schlumpf
Mathias Seger (C) - Yannick Weber
Eric Blum - Robin Grossmann (4')
Dean Kukan
 
Gardien :
Reto Berra
 
Remplaçant : Leonardo Genoni (G).
Blessé : Sven Bärtschi (côtes).