France - Italie (Mondiaux 2014, groupe A)

L'équipe de France arbore pour la première fois son nouveau maillot en "marinière", avec des rayures bleu marine assez fines pour être discrètes. Le hockey français est cependant moins en crise que l'industrie textile tricolore et n'a pas besoin de ministre-redresseur. Sur un nuage après l'exploit contre le Canada, les Bleus doivent surtout apprendre la "gestion des lendemains" contre l'Italie, l'adversaire direct pour le maintien.
 
Il ne faut pas oublier qu'à deux reprises, en 2008 et en 2010, les Italiens avaient été renvoyés en division inférieure par l'équipe de France, et qu'ils sont donc avides de revanche. Ces confrontations avaient toujours été serrées, et la différence s'était faite principalement sur la performance des gardiens, Cristobal Huet à Québec et Fabrice Lhenry à Mannheim.
 
Comme face au Canada, l'équipe de France attaque d'entrée et se crée plusieurs occasions. Damien Fleury s'infiltre dans l'axe et Bellissimo doit repousser de l'épaule gauche. Les hommes de Dave Henderson finissent leurs charges dans les bandes, et ils font valoir leur supériorité technique individuelle et collective, avec de bonnes séquences de passes. L'Italie est sanctionnée pour un surnombre. Bellemare entre en zone à droite en évitant deux joueurs dans la bande et passe à Stéphane Da Costa qui lui offre une cage ouverte... mais Bellissimo, désormais redevenu chaud après sa longue période sans compétition, réussit une parade de la jambière.
 
La seconde pénalité, une obstruction de Tudin sur Besch en zone offensive, est beaucoup moins bonne pour la France. Soudain techniquement imprécise, elle concède une contre-attaque : la passe de Brian Ihnacak envoie en solitaire Vincent Rocco, mais légèrement gêné par le plongeon d'Auvitu dont la crosse touche sa jambe, l'Italo-Canadien tire au-dessus. La fin de tiers-temps est moins propre de la part des Français, dont les passes ont plus de déchets, et Huet sort plusieurs tirs dangereux. Besch fait obstruction sur Kostner, et cette première infériorité se passe sans encombre : Bellemare se sacrifie devant un lancer, Manavian dégage et gagne de précieuses secondes.
 
La deuxième période reprend sans Anthony Guttig, remplacé par Ritz sur la troisième ligne, tandis que Damien Rauxs intègre l'alignement. La France, qui tue une pénalité contre Stéphane Da Costa, se laisse un peu endormir dans le faux-rythme italien. Elle ne profite pas ensuite d'un second surnombre de ses adversaires.
 
À la mi-match, la deuxième ligne française fait enfin souffrir de nouveau la défense italienne par une grosse séquence. Après une première occasion de Fleury, Stéphane Da Costa intercepte le palet en zone offensive mais tire au-dessus. Alors que l'Italie essaie de sortir la tête de l'eau, Julien Desrosiers trouve une belle longue passe vers Laurent Meunier, qui glisse le palet entre les bottes de Vince Bellissimo. Le gardien italien tourne la tête et se montre extrêmement frustré de comprendre qu'il a ramené cette rondelle dans le but par sa jambière droite (1-0, 30'57", photo ci-contre de Nicolas Leborgne).
 
Antonin Manavian prolonge une mise en échec par un geste de trop et concède une pénalité une minute plus tard. En infériorité, Baptiste Amar n'arrive pas à dégager, et le palet revient dans le patin de Giulio Scandella dans l'enclave. L'attaquant italo-canadien rate son premier contrôle, qui fait se coucher Janil, mais tire ensuite sous le bras droit de Huet (1-1, 32'53", photo en bas d'article).
 
Le jeu devient un peu fou : Bellissimo rate le palet en sortant de sa cage, sans qu'un Français soit sur la trajectoire, et sur la contre-attaque, Marco Insam signe une excellente déviation d'un tir de Borgatello, sauvée du bout de la jambière par Cristobal Huet.
 
La France reprend le contrôle en s'installant à 5 contre 5, jusqu'à provoquer une faute de Borgatello. Six secondes plus tard, Sullivan dégage au-dessus des plexis. Double supériorité numérique ! Comme face au Canada, cette séquence est mal gérée, très mal même : peu de circulation, des tirs forcés et imprécis, puis une passe en retrait ratée... au moment où Borgatello sort de prison ! Celui-ci va chercher le palet au fond et le donne dans l'enclave à DiCasmirro, qui subit un cinglage d'Amar. L'infériorité se renverse, mais pas longtemps. Giulio Scandella brise sa palette sur le poke-check de Huet et ne se rend pas compte qu'il joue quelques secondes avec une crosse cassée. Les arbitres sont impitoyables et l'envoient en prison. La sirène retentit sur une dernière occasion française à 4 contre 4.
 
Il reste vingt minutes pour faire la différence. Pendant un nouvel avantage numérique (Kostner en prison), le trio Fleury - Bellemare - Da Costa déroule encore une bonne séquence avec Roussel dans le slot, mais Bellissimo enchaîne les arrêts, dont une parade importante de la botte droite sur un rebond de Damien Fleury. La France domine de plus en plus et un lancer de Baptiste Amar frappe même le poteau. L'Italie met huit minutes à obtenir ses premiers tirs, des tentatives lointaines de Gander et Larkin.
 
Les Italiens sont de plus en plus à bout de souffle. Ils défendent leur ligne bleue à quatre, mais sans y parvenir. Le jeu se résume à une attaque-défense avec de longues séquences installées, en particulier de la troisième ligne. Les azzurri n'ont plus que leur volonté et leur sens du sacrifice, à l'instar de Dan Sullivan qui fait barrage de son corps devant deux lancers consécutifs.
 
L'Italie se contente de faire le dos rond pour essayer de grappiller la prolongation, ce qui ne lui suffirait pas pour passer devant la France. Il lui faudrait trois points, mais on ne voit pas comment cela pourrait arriver compte tenu de la physionomie de la dernière période. Et pourtant... À une minute la fin, Dan Tudin déboule sur l'aile droite puis contourne Antonin Manavian, pris de vitesse et incapable d'empêcher Markus Gander de prendre le rebond (1-2, 59'04").
 
Cristobal Huet sort évidemment pour créer le surnombre et tout tenter dans les 56 maigres secondes qui restent. Juste avant la sirène, Auvitu n'arrive pas à reprendre une bonne passe du revers de Meunier.
 
Explosion de joie pour les Italiens qui ont gagné le match qu'il fallait. Ils ne sont pas encore sauvés, bien sûr, mais ils ont certainement pris beaucoup de confiance avant d'affronter les Danois, la seule équipe qu'ils avaient battue depuis qu'ils font l'ascenseur.
 
L'équipe de France, elle, est brutalement redescendue sur terre. C'est maintenant elle qui doit se jouer d'un calendrier plus difficile en devant jouer dès demain contre la Slovaquie. Ce match qui pouvait faire rêver de quart de finale prend un enjeu beaucoup plus immédiat pour le maintien, entre deux équipes en quête urgente de points.
 
Désignés joueurs du match : Cristobal Huet pour la France et Daniel Bellissimo pour l'Italie.
 
Commentaires d'après-match :
 
Dave Henderson (entraineur de la France) : "Nous sommes déçus. Cela n'a pas fonctionné comme nous le voulions, avec beaucoup de tirs manqués, notamment des tirs de la bleue qui ressortaient de la zone et nous obligeaient à reculer. Nous avons gaspillé un cinq-contre-trois, avec un bon contrôle du palet mais pas de position de tirs car ils coupaient bien les lignes. Sans doute pas assez de tirs ni de présence devant la cage. Nous sommes plus talentueux offensivement qu'avant, mais il ne faut pas oublier que c'est un combat sur la glace et qu'il faut gagner les duels. Nous en avons gagné, mais avons manqué d'efficacité offensive, avec par exemple un poteau, l'occasion d'Auvitu à la fin... Les joueurs ont tout donné mais ont eu tendance à chercher trop la finesse au lieu de passer en force, comme ils l'ont fait face au Canada. C'est le problème que nous avons contre les équipes de notre niveau. Nous sommes meilleurs dans l'adversité. Ici, nous avons beaucoup pressé à la fin et nous nous sommes brûlé les doigts, avec un contre, un but sur rebond. Demain, l'équipe va se relancer face à une très bonne équipe slovaque, il faudra être prêts. Rester disciplinés. Sur ce match, nous avons fini par devenir nerveux à force de buter sur la défense et cela nous a fait sortir de notre style de jeu."
 
Pierre Pousse (entraîneur-adjoint de la France) : "On a bien débuté mais perdu le rythme après le premier jeu de puissance. Au troisième, nous faisons l'effort qu'il faut, mais c'est le hockey ; on rate une occasion, ils partent en contre et marquent sur leur seule occasion du tiers. Pour le maintien, il nous faudra au moins deux points de plus, donc nous sommes en mauvaise position mais on a l'habitude. La Slovaquie a beaucoup de talent, ils ont été vice-champions du monde il y a deux ans. Mais ils ont deux défaites et ont la pression pour gagner, comme nous. C'est bien de les avoir joués en préparation. Ils auront une journée de repos par rapport à nous, mais on a vu que cela n'avait pas gêné l'Italie. Pas le temps de réfléchir, ce n'est pas plus mal."
 
Tom Pokel (entraîneur de l'Italie) : "Nous avons joué avec du coeur, de la fierté, de l'intensité. Nous étions déçus après la défaite hier, où nous avions bien joué. Hier, nous avons eu beaucoup de chances et n'avons pas marqué. Aujourd'hui, c'est l'inverse. Il y a eu beaucoup de pénalités inutiles, surnombres, un joueur qui n'a pas vu que sa crosse était cassée... La clé du match, c'est le cinq-contre-trois, avec un gros travail de notre gardien et beaucoup d'efforts et de sacrifices, de tirs bloqués. C'est bien pour la confiance."
 
 
 
 
France - Italie 1-2 (0-0, 1-1, 0-1)
Dimanche 11 mai 2014 à 12h45 à la Chizhovka Arena de Minsk. 4600 spectateurs.
Arbitrage de Vyacheslav Bulanov (RUS) et Maksim Sidorenko (RUS) assistés d'Anton Semionov (EST) et Miroslav Valach (SVK).
Pénalités : France 8' (2', 6', 0') ; Italie 14' (4', 8', 2').
Tirs : France 29 (8, 12, 9) ; Italie 17 (5, 7, 5).
 
Évolution du score :
1-0 à 30'57" : Meunier assisté de Desrosiers
1-1 à 32'53" : Scandella assisté de Johnson et Di Casmirro (sup. num.)
1-2 à 59'02" : Gander assisté de Tudin et Larkin
 
 
France
 
Attaquants :
Julien Desrosiers (+1) - Laurent Meunier (C, +1) - Yorick Treille (+1)
Damien Fleury - Pierre-Édouard Bellemare (A) - Stéphane Da Costa (-1, 2')
Anthony Guttig [puis Ritz à 20'] - Teddy Da Costa (-1) - Antoine Roussel
Luc Tardif - Brian Henderson - Nicolas Ritz (-1) puis Damien Raux à 20'00"
 
Défenseurs :
Baptiste Amar (A, 2') - Antonin Manavian (-1, 2')
Yohann Auvitu - Nicolas Besch (+1, 2')
Florian Chakiachvili - Jonathan Janil
 
Gardien :
Cristobal Huet [sorti à 59'19"]
 
Remplaçants : Florian Hardy (G), Benjamin Dieude-Fauvel.
En réserve : Ronan Quemener (G), Maxime Moisand, Eliot Berthon.
 
Italie
 
Attaquants :
David Borrelli - Vincent Rocco - Brian Ihnacak
Diego Kostner (2') - Nathan di Casmirro (A) - Giulio Scandella (2')
Luca Felicetti (+1) - Daniel Tudin (2') - Makus Gander (+1)
Joachim Ramoser (-1) - Nicola Fontanive - Marco Insam (-1)
 
Défenseurs :
Alexander Egger (C) - Davide Nicoletti
Armin Hofer - Christian Borgatello (A, 2')
Thomas Larkin (+1) - Daniel Sullivan (2')
Alex Trivellato (-1) - Trevor Johnson
 
Gardien :
Daniel Bellissimo
 
Remplaçant : Anderas Bernard (G).
En réserve : Alex Caffi (G), Anton Bernard, Patrick Bona.