Finlande - Russie (Mondiaux 2014, groupe B)

Après sa démonstration de puissance du 9 mai (5-0 contre la Suisse), la Russie fonce maintenant sur sa bête noire, la Finlande, qui l'a privée de son rêve olympique, et a remporté les six dernières confrontations. Mais aujourd'hui, c'est une équipe en plein doute que les Russes affrontent, une équipe qui a perdu hier contre la Lettonie (2-3) et qui va se sentir comme hier "à l'extérieur" dans une Minsk Arena remplie de supporters adverses.
 
La Russie a dû remplacer son centre Loktionov blessé. Alors que le nom de Zubov avait été suggéré dans un premier temps, c'est finalement Sergei Kalinin qui a été choisi, parce qu'il peut jouer à la fois au centre et à l'aile. Une polyvalence partagée par Viktor Tikhonov, qui passe du coup au centre de la troisième ligne, avec Kalinin en ailier.
 
La Finlande, quant à elle, aligne deux nouveaux joueurs, par choix du coach Erkka Westerlund. Olli Palola, rappelé de dernière minute après le refus de Keränen de servir de réserviste, intègre la deuxième ligne où il est censé amener un peu de technique. Le gardien de deux mètres Mikko Koskinen est titularisé à la place de Pekka Rinne : une petite surprise car l'adversaire est difficile pour un "baptême du feu". N'est pas Florian Hardy qui veut...
 
Cela se passe beaucoup moins bien pour Koskinen que pour le gardien français l'an passé. Dès la deuxième minute, il relâche un lancer de Belov qui file derrière lui. Il se couche sur le dos, le défenseur Lajunen remet la rondelle sous lui, mais elle reste jouable. Viktor Tikhonov plonge crosse en avant pour la mettre au fond (0-1, 01'39", photo ci-dessus).
 
La Finlande creuse sa propre tombe : le débutant Olli Palola retient la crosse de Shirokov, et douze secondes plus tard, Tommi Kivistö commet une crosse haute sur Ovechkin. Après un travail de Plotnikov et Zaripov dans le slot pour attirer la défense, Evgeni Orlov peut décaler son coéquipier des Washington Capitals, Aleksandr Ovechkin, qui a du champ pour un lancer surpuissant (0-2, 04'38", photo de gauche). Deux buts en deux rencontres pour le numéro 8, à chaque fois au même endroit : sa position de lancer préférentielle dans le cercle gauche.
 
Le premier buteur Tikhonov prend aussi la première pénalité russe. La phase de supériorité numérique est spectaculaire avec une haute qualité technique de la Finlande, préservant le jeu installé malgré l'acharnement de la défense. Le palet ressort à la ligne bleue vers Juuso Hietanen qui lance dans la lucarne de Bobrovsky, masqué par Komarov (1-2, 09'13"). Plotnikov est sanctionné à son tour dans la foulée, mais cette fois la boîte agressive de la Russie prend le meilleur sur la technique finlandaise. Les deux équipes sont maintenant dans un match qui prend toute sa dimension, avec une intensité de tous les instants et un engagement physique sans compromis.
 
Par rapport à la confrontation de l'an passé à Helsinki, où tous les coups semblaient permis, on a l'impression que les arbitres tiennent les équipes en mains. Après une friction entre Kuznetsov et Kontiola, les deux joueurs vont en prison et le Finlandais prend même dix minutes supplémentaires.
 
Mais cette bonne tenue survivra-t-elle à la blessure d'un joueur ? En début de deuxième période, alors que Shirokov est en prison pour un accrochage, Pekka Jormakka effectue une passe en retrait à sa ligne bleue et ne voit pas du tout venir la mise en échec de Vadim Shipachyov. Le Finlandais retombe lourdement sur la glace et reste KO. On l'évacue sur civière. Les arbitres n'infligent pourtant aucune pénalité pour cette charge initialement légale, même si Shipachyov a levé le bras au contact.
 
La Finlande est sonnée. Alors que l'avantage numérique n'est pas terminé, le jeune Olli Palola perd le palet face à Artyom Anisimov en zone neutre. Nikolaï Kulyomin part aussitôt en contre-attaque et bat Mikko Koskinen au premier poteau d'un tir du revers à mi-hauteur (1-3, 22'42"). La frustration finlandaise s'exprime par une faute en zone offensive de Jere Sallinen. Ovechkin mène encore la charge en powerplay, mais cette fois Koskinen tient bon.
 
Menée de deux buts, la Finlande n'arrive plus à construire son jeu face au pressing russe. Et l'écart s'aggrave encore. Après un travail dans les bandes de Belov et Tikhonov, Danis Zaripov remet en retrait dans le slot à Sergei Kalinin qui marque côté mitaine (1-4, 34'40").
 
La dernière planche de salut des Finlandais, c'est leur jeu de puissance. Il est à court d'idées pendant la pénalité de Zaripov, mais quand Plotnikov part à son tour remplacer son équipier en prison, les blancs marquent dès l'engagement. Jere Karalahti s'avance à l'orée du cercle droit et propulse un slap puissant à mi-hauteur, côté plaque de Bobrovsky (2-4, 39'08").
 
Les arbitres suédois continuent de beaucoup siffler en troisième période, sans autre effet de part et d'autre. Tuukka Mantylä est bien placé au rebond d'un énième tir axial de Hietanen, mais n'arrive pas à se saisir de ce palet qui retombe devant lui, et qui est dégagé.
 
Obligée de se découvrir, la Finlande domine cette dernière période, mais laisse quelques espaces dans son système très défensif. Parfaitement libéré par Plotnikov à 2 contre 1, Aleksandr Ovechkin perd le contrôle du palet dans sa feinte face au gardien, mais il se rattrape en retournant défendre sur la contre-attaque et en récupérant le rebond après un bon tir de Kontiola.
 
Le jeu s'emballe un peu à trois minutes de la fin : Hietanen charge à la hanche Ovechkin qui essaye de le passer en 1 contre 1, puis sur le renversement de jeu, la déviation du revers au second poteau de Jere Sallinen n'est pas cadrée. Oleg Znarok demande alors son temps mort pour resserrer les boulons, d'autant que son équipe a concédé un dégagement interdit.
 
Westerlund demandera son propre temps mort sur la mise au jeu suivante. L'expert en mises au jeu Jarkko Immonen se charge de gagner le palet, Olli Jokinen tire de l'enclave, mais Petri Kontiola manque la cage ouverte au rebond. Sergei Kalinin, quant à lui, rate carrément les filets déserts. La pénalité de Jokinen, qui accroche Orlov, met fin au suspense de toute manière.
 
La Finlande commence son championnat du monde par deux défaites, ce qui ne lui était pas arrivé depuis... 24 ans ! Elle a raté son début de match, puis a subi le contrecoup de la commotion de Jormakka, ce qui fait trop de temps faibles pour un tel match. Les malheureux Mikko Koskinen et Olli Palola, directement coupables sur les buts encaissés, ont raté leur entrée en championnat du monde.
 
Désignés joueurs du match : Juuso Hietanen pour la Finlande et Nikolaï Kulyomin (photo de droite) pour la Russie.
 
Commentaires d'après-match
 
Sergei Shirokov (attaquant de la Russie) : "Nous nous attendions à un match physique contre les Finlandais. Ce fut le cas. C'est un avantage de marquer deux buts rapides. Nous voulons vraiment démarrer agressivement dès le départ, et cela fonctionne bien jusqu'ici."
 
Erkka Westerlund (entraîneur de la Finlande) : "Sur le premier but, Viktor Tikhonov aurait dû prendre deux minutes. Le palet était sous le gardien, je ne comprends pas comment il est possible de compter ce but. Jormakka a été conduit à l'hôpital, son tournoi est fini."
 
Jere Karalahti (défenseur de la Finlande) : "Shipachyov a réalisé une bonne mise en échec, mais elle a atteint la tête. Donc il aurait dû avoir cinq minutes de pénalité, et cela aurait pu changer le match. Mais le plus important maintenant est que tout aille bien pour Jormakka. La Russie méritait de gagner. Nous sommes en situation difficile après deux défaites, mais c'est un bon challenge pour nous. Je pense que nous nous sommes améliorés par rapport au premier match."
 
Oleg Znarok (entraîneur de la Russie) : "Bon match. Les gars ont faut preuve de courage. [...] Je pense que la charge était propre. Le Finlandais s'est juste tourné. Si l'IIHF disqualifie Shipachyov, nous allons nous trouver dans l'embarras, cela ferait encore un centre en moins."
 
 
 
 
Finlande - Russie 2-4 (1-2, 1-2, 0-0)
Dimanche 11 mai 2014 à 21h00 à la Minsk Arena. 13934 spectateurs.
Arbitrage de Mikael Nord et Marcus Vinnerborg (SUE) assistés de Justin Hall (CAN) et Vit Lederer (TCH).
Pénalités : Finlande 22' (6'+10', 2', 4'), Russie 14' (6', 6', 2').
Tirs : Finlande 36 (7, 11, 18), Russie 26 (13, 11, 2).
 
Évolution du score :
0-1 à 01'39" : Tikhonov assisté de Belov et S. Kalinin
0-2 à 04'38" : Ovechkin assisté de Zaripov et Orlov (double sup. num.)
1-2 à 09'13" : Hietanen assisté de Kontiola et Lehterä (sup. num.)
1-3 à 22'42" : Kulyomin
1-4 à 34'40" : S. Kalinin assisté de Zaripov et Tikhonov
2-4 à 39'08" : Karalahti assisté de O. Jokinen et V. Lajunen
 
 
Finlande
 
Attaquants :
Jori Lehterä (A) - Petri Kontiola (2'+10') - Leo Komarov (A)
Iiro Pakarinen (-1) - Olli Jokinen (C, -1, 2') - Olli Palola (-1, 2')
Tommi Huhtala (-1) - Jarkko Immonen (-1) - Pekka Jormakka (-1)
Jere Sallinen (-1, 2') - Petteri Wirtanen (-1) - Veli-Matti Savinainen (-1)
Miikka Salomäki
 
Défenseurs :
Juuso Hietanen - Tuukka Mäntylä
Jere Karalahti (-2) - Atte Ohtamaa (-1)
Tommi Kivistö (2') - Jyri Marttinen (-1, 2')
Ville Lajunen (-2)
 
Gardien :
Mikko Koskinen [sorti de 57'22" à 59'10"]
 
Remplaçant : Juuse Saros (G).
En réserve : Pekka Rinne (G).
 
Russie
 
Attaquants :
Aleksandr Ovechkin (C) - Vadim Shipachyov - Sergei Plotnikov (4')
Sergei Shirokov (2') - Artyom Anisimov (+1) - Nikolaï Kulyomin (A, +1)
Sergei Kalinin (+2) - Viktor Tikhonov (+2, 2') - Danis Zaripov (A, +2, 2')
Evgeni Dadonov - Aleksandr Burmistrov - Evgeni Kuznetsov (2')
 
Défenseurs :
Dmitri Orlov - Denis Denisov
Evgeni Medvedev (+1) - Aleksandr Kutuzov (+1)
Yegor Yakovlev (+2) - Anton Belov (+2, 2')
Andreï Zubarev - Maksim Chudinov
 
Gardien :
Sergei Bobrovsky
 
Remplaçant : Anton Khudobin (G).
En réserve : Andrei Vasilevsky (G), Andrei Loktionov (épaule).