Slovaquie - France (Mondiaux 2014, groupe A)

Ce match contre la Slovaquie aurait pu paraître comme un duel pour l'accession en quart de finale, mais après la défaite contre l'Italie, l'équipe de France a maintenant surtout un besoin immédiat de points pour assurer son maintien.
 

Dave Henderson et Pierre Pousse ont opéré plusieurs changements. Luc Tardif quitte l'alignement, remplacé par Eliot Berthon qui fait ses débuts en championnat du monde. De plus, l'attaquant de NHL Antoine Roussel remplace Fleury sur la deuxième ligne et forme ainsi un trio de choc avec les deux meilleurs joueurs offensifs Stéphane Da Costa et Pierre-Édouard Bellemare.
 
La France part moins fort que dans ses rencontres précédentes, concédant rapidement une pénalité de Treille, mais celle-ci est tuée par une boîte bien en place qui bloque les lancers. La nouveau super-trio offensif des Bleus est le premier à créer du danger avec le soutien d'Auvitu, mais quand Stéphane Da Costa est mis en échec, la contre-attaque est immédiate et Brian Henderson accroche Marek Daloga qui fait le tour de la cage. C'est déjà la deuxième supériorité numérique pour la Slovaquie, qui s'installe mieux mais manque de précision dans les tirs.
 
Cristobal Huet maintient le score à 0-0, avec également un peu de réussite car il n'aurait pas pu faire grand chose sur un lancer de la bleue de Karol Sloboda dévié face à la cage par Marek Viedensky. La France n'est pas dangereuse et commet quelques erreurs, dont une perte de palet de Desrosiers en zone neutre.
 

On croit à la première opportunité arrive au bout d'un quart d'heure quand la crosse de David Skokan touche Chakiachvili au visage sur un engagement. Au contraire, Anthony Guttig perd le palet en zone offensive, et sur la contre-attaque, Ladislav Nagy utilise Amar comme écran pour battre Huet à mi-hauteur côté plaque (1-0, 15'36"). Martin Marincin fait trébucher Guttig sur l'action suivante, et la France joue donc à 5 contre 3 pour une trentaine de secondes. Et comme hier dans ces situations, un lancer non cadré (Teddy Da Costa) fait sortir la France de la zone d'attaque...
 
Malgré un dernier bon tir de Damien Fleury, sur un palet sorti du coin par Teddy Da Costa, ce premier tiers-temps aura été le plus pauvre de la part de l'équipe de France. Mais alors qu'elle n'arrive pas à se dégager dans les dernières secondes, elle a la chance de voir Tomas Tatar pénalisé pour une charge incorrecte en fond de zone. Il reste toute la pause pour préparer un meilleur avantage numérique...
 
Malheureusement, les nouvelles lignes de jeu de puissance ne se trouvent pas aujourd'hui, et ces deux minutes sont gâcées par des palets rendus à l'adversaire (Amar, Auvitu). Au retour à cinq contre cinq, Marek Hrivik presse Jonathan Janil dont le dégagement dans la bande est récupéré par Miroslav Satan. Le capitaine slovaque signe une passe levée - que Janil ne peut intercepter - vers Ladislav Nagy au second poteau (2-0, 23'31").
 
La quatrième ligne française, très peu utilisée hier, amène de la fraîcheur, et Nicolas Ritz est accroché par Sloboda sur un centre d'Eliot Berthon. Encore faut-il concrétiser en supériorité numérique, où rien ne semble fonctionner à l'instar des deux perdus par Bellemare. Mais Damien Fleury réenclenche la marche avant en perçant toute la défense, et le palet ressort à la bleue par Baptiste Amar qui bénéficie enfin d'un peu de trafic dans le slot pour réduire le score d'un lancer flottant (2-1, 26'23").
 
La France a de plus en plus de dynamique. C'est encore la quatrième ligne qui ramène le jeu dans le camp adverse avec une bonne protection de palet, pour deux mises au jeu en zone offensive du super-trio. La présence d'Antoine Roussel dans le slot provoque une obstruction de Marincin. Tout en technique, Stéphane Da Costa conduit le palet jusqu'à la cage, mais rate la lucarne.
 
On a retrouvé la vraie équipe de France, combative et dominatrice dans les duels, mais Besch est pénalisé pour avoir retenu Viedensky dans la bande. La Slovaquie tente une combinaison déjà vue, une passe transversale entre les cercles, si ce n'est que Satan place cette fois son palet sous le bras de Huet (3-1, 36'11"). Un but contre le cours du jeu qui fait mal. L'élan tricolore est un peu coupé, pourtant Fleury parvient à centrer pour Stéphane Da Costa seul dans l'axe... Poteau ! La France a été bien mal récompensée de sa bonne période.
 
La Slovaquie domine le début de troisième tiers-temps avec plusieurs séquences en zone offensive, dont un festival de Hrivik conclu en tour de cage. Le rythme diminue peu à peu, ce qui rend un retour français encore plus hypothétique.
 
Mais, à onze minutes de la fin, Juraj Valach part en prison, puis Marek Daloga retient Stéphane Da Costa et le rejoint. La France joue à 5 contre 3 pendant plus d'une minute et ne peut plus se permettre de gaspiller ces aubaines, car cela a coûté cher contre l'Italie. Aujourd'hui, c'est le jackpot. Baptiste Amar marque du haut de l'enclave (3-2, 50'30"), puis Antoine Roussel rabat parfaitement le tir du poignet de Nicolas Besch à la ligne bleue (3-3, 50'56").
 
Le destin peut être taquin. Pierre-Édouard Bellemare commet une faute bête en accrochant Satan alors que la France relance le jeu. Antonin Manavian, en perdant son équilibre, perd le contrôle de sa crosse qui touche un casque slovaque : crosse haute évidente. C'est maintenant la Slovaquie qui a un double avantage numérique, et pour la bagatelle de 1'45". Il va maintenant falloir défendre ce score de parité chèrement acquis. Huet fait deux arrêts, Meunier coupe une passe et Auvitu dégage. Changement. Janil bloque deux lancers. Changement et retour du trio Meunier-Besch-Auvitu qui tue les dernières secondes avec l'aide de Bellemare. Les joueurs français sont très fatigués, et les Slovaques restent installés, jusqu'à une passe contrée par Manavian qui part au-dessus du plexi. Ouf !
 
Le plus incroyable reste à venir. La France repasse à l'attaque, et après un forecheck d'Anthony Guttig et Teddy Da Costa en fond de zone, Damien Fleury conclut au rebond, dans le haut du filet (3-4, 56'19").
 
Au sens du sacrifice français de finir de travail. Yorick Treille se couche devant le palet, et même si le dégagement de Laurent Meunier est interdit, Dave Henderson prend son temps mort pour que sa première ligne puisse se reposer avant la mise au jeu. La France se dégage plusieurs fois, jusqu'à un engagement gagné par Stéphane Da Costa et un palet sorti de la bande par Bellemare, que Marincin n'arrive pas à couvrir à la ligne bleue. Antoine Roussel s'en empare et part seul vers la cage laissée vide pour une explosion de joie tricolore (3-5, 59'32").
 
L'équipe de France a battu la Slovaquie en compétition officielle pour la première fois de son histoire et est plus que jamais dans la course aux quarts de finale. Il lui "suffit" maintenant de battre deux nations à sa portée - Norvège et Danemark - pour avoir les 11 points nécessaires. Mais on sait depuis l'an passé combien il faut se méfier de cette notion d'adversaire favorable, qui n'a plus aucun sens depuis la défaite contre l'Italie hier. Il faut jouer chaque match, y compris l'épouvantail suédois qui sera affronté avec deux jours de repos (comme la Russie il y a un an...). Et il faut se souvenir que le maintien n'est pas encore totalement assuré avec 5 points, ce qui était le score des relégués autrichiens en 2013.
 
Désignés joueurs du match : Baptiste Amar pour la France et Ladislav Nagy pour la Slovaquie.
 
Commentaires d'après-match
 
Damien Fleury (attaquant de la France) : "Nous avons fait une grosse deuxième période. Nous savions que nous marquerions. Le jeu de puissance nous a remis dans le match et remis en confiance. Le 3 contre 5 nous a remis dans le match, les gars ont fait un travail incroyable. Cela a libéré l'équipe. Depuis le deuxième tiers, nous étions dans une bonne dynamique, à provoquer des chances, à patiner fort. Hier, les rebonds filaient à côté et on ne les prenait pas. Là, les tirs sont enfin rentrés. Nous avons joué plus simple, une passe, un tir. La défaite d'hier a été un mal pour un bien, cela nous a tous remobilisés. On sait que si on ne joue pas notre style, nous perdons. Il faut jouer avec nos valeurs. Tous les joueurs sont un peu des leaders, il n'y a pas de mec qui sorte du lot. Il fallait prendre des points pour sauver notre peau. Cela montre que l'on sait jouer et marquer contre les meilleurs. Nous avons un gros cœur, pas forcément le talent des grosses écuries. Hier, l'Italie a bien joué et ce n'était pas simple. Nous avons beaucoup pressé, mais avec vingt tirs à côté... Finalement, l'Italie nous a un peu fait ce que nous avons fait au Canada et à la Slovaquie."
 
Pierre-Édouard Bellemare (attaquant de la France) : "La défaite contre l'Italie, nous avons peut-être pensé avoir le match trop tôt et nous avons commis des erreurs. Ces erreurs ont été récupérées ce soir. Le changement de ligne est intéressant, car Stéphane Da Costa a les mains et nous sommes deux gratteurs avec lui. Ce n'est que notre premier match ensemble, il reste quatre matchs pour progresser. Le premier bloc en jeu de puissance a bien fonctionné, ce qui a facilité les choses. Mais surtout, nous avons mieux joué à cinq contre cinq, ce qui nous a permis de ne pas perdre le tempo. Les émotions montent et descendent... C'était bien mieux après la mi-match, le premier tiers n'était pas satisfaisant. Mais le 1-3 n'était pas représentatif, donc nous avons continuer à jouer de la même manière. Les supporters présents en tribune nous ont beaucoup aidé."
 
Dave Henderson (entraîneur de la France) : "Au premier tiers, nous avons eu du mal à suivre la vitesse slovaque. Mais nous n'avons rien lâché à 1-3 et, après les deux buts sur le même jeu de puissance, nous avons continué à pousser. C'était un match de caractère, et nous sommes évidemment très heureux. Nous nous sommes regardés dans le miroir après le match de l'Italie, qui mérite sa victoire, et le caractère fait la différence. Revenir gagner 5-3 après être mené de deux buts, c'est un énorme effort, un grand sacrifice, notamment pendant le trois contre cinq, avec des tirs bloqués par Janil, Roussel, Auvitu, Treille, Manavian... Le jeu de puissance a été plus efficace qu'hier. Nous avons changé les deux blocs de supériorité. Il y a eu une réunion de blocs hier. Nous leur avons expliqué pourquoi ces changements : rééquilibrer finesse et force, équilibrer les temps de jeu. Yorick et Meun's ne sont plus aussi frais qu'avant, donc nous les avons enlevés du jeu de puissance pour les réserver en infériorité. Du coup, ils étaient frais en fin de match, et Manavian a été très fort à la fin. C'est une équipe de caractère, des joueurs que l'on connaît depuis dix ans, que l'on voit tous les étés aux stages. C'est ce que nous cherchons : le talent oui, l'intégration au groupe, mais aussi le caractère. Nous voulons des joueurs qui vont au bout de leurs efforts, qui ne lâchent rien. Les leaders ont parfaitement joué leur rôle dans le vestiaire, pour calmer tout le monde."
 
Pierre Pousse (entraîneur-adjoint de la France) : "Le groupe a bien adhéré au changement de lignes. Il faut rappeler que le format de la compétition change la donne. Avec sept matchs, cela se joue sur la longueur et rien n'était perdu après l'Italie. Même avec cinq points, nous ne sommes pas sauvés. Maintenant, nous savons que nous sommes en position de prendre des points à tout le monde. Nous avons pris le contrôle à la mi-match et fini comme des balles. Le premier et troisième but sont un peu chanceux, avec une déviation sur le premier. Mais la roue a tourné. Le groupe a su provoquer la réussite, bataillé avec le cœur. Les deux points faibles hier, les turnovers et les tirs cadrés, nous les avons montrés à la vidéo : les vingt tirs hors cadre d'hier. Aujourd'hui, nous avons eu des buts avec des lancers de la bleue, des écrans, des rebonds."
 
Vladimir Vůjtek (entraîneur de la Slovaquie) : "C'est difficile à comprendre. Dix minutes avant la fin, tout semblait aller bien. Les Français ont égalisé et nous n'avions plus d'énergie disponible pour une conclusion positive. Si nous n'avions pas été réduits à trois, nous y serions peut-être arrivés, mais nous devons dire ouvertement que nous n'avons pas bien joué pendant 60 minutes. Nous avons douze novices qui manquent d'expérience. C'est le troisième match qui nous échappe sur la fin, il y a toujours une erreur ou une faute. Nous sommes dans une situation critique."
 
Jan Laco (gardien de la Slovaquie) : "On ne peut pas jouer si souuvent en infériorité numérique. C'est du suicide et ce match l'a encore confirmé."
 
 
 
 
Slovaquie - France 3-5 (1-0, 2-1, 0-4)
Lundi 12 mai 2014 à 15h45 à la Chizhovka Arena de Minsk. 5358 spectateurs.
Arbitrage de Keith Kaval et Steve Patafie (USA) assistés d'Ivan Diedoulia (BLR) et Nicolas Fluri (SUI).
Pénalités : Slovaquie 14' (6', 4', 4') ; France 10' (4', 2', 4').
Tirs : Slovaquie 22 (6, 7, 9) ; France 25 (6, 12, 7).
 
Évolution du score :
1-0 à 15'36" : Nagy assisté de Sloboda (inf. num.)
2-0 à 23'31" : Nagy assisté de Satan
2-1 à 26'23" : Amar assisté de Desrosiers et T. Da Costa (sup. num.)
3-1 à 36'11" : Satan assisté de Valach et Miklik (sup. num.)
3-2 à 50'30" : Amar assisté de Guttig (double sup. num.)
3-3 à 50'56" : A. Roussel assisté de Besch (sup. num.)
3-4 à 56'19" : Fleury assisté de T. Da Costa et Guttig
3-5 à 59'32" : A. Roussel (cage vide)
 
 
Slovaquie
 
Attaquants :
Ladislav Nagy (A, +1) - Marek Hrivík - Miroslav Šatan (C, +1)
Richard Pánik (-1) - Marek Viedenský (-1) - Tomáš Tatár (-1, 2')
Martin Réway - Tomáš Marcinko - Michel Miklík (A, -1)
Radoslav Tybor - Juraj Mikúš - Dávid Skokan (2').
 
Défenseurs :
Marek Ďaloga (2') - Karol Sloboda (2')
Martin Marinčin (-1, 4') - Ján Brejčák (-1)
Ivan Švarný (+1) - Juraj Valach (+1, 2').
 
Gardien :
Ján Laco [sorti de 58'48" à 59'32"].
 
Remplaçants : Jaroslav Janus (G), Peter Čerešňák, Andrej Šťastný. Non aligné : Július Hudáček (G).
 
France
 
Attaquants :
Julien Desrosiers (-1) - Laurent Meunier (C) - Yorick Treille (2')
Stéphane Da Costa (+1) - Pierre-Édouard Bellemare (A, +1, 2') - Antoine Roussel (+1)
Anthony Guttig (-1) - Teddy Da Costa (-1) - Damien Fleury (-1)
Damien Raux - Brian Henderson (2') - Nicolas Ritz
Eliot Berthon.
 
Défenseurs :
Baptiste Amar (A, -1) - Antonin Manavian (2')
Yohann Auvitu (+2) - Nicolas Besch (+2, 2')
Florian Chakiachvili - Jonathan Janil (-1)
Benjamin Dieude-Fauvel (-1).
 
Gardien :
Cristobal Huet.
 
Remplaçant : Florian Hardy (G). Non alignés : Ronan Quemener (G), Maxime Moisand, Luc Tardif.