Vengeance russe avec félicitations de Poutine

La Russie n'en a pas fini de sa vengeance. Elle a déjà battu la Finlande qui lui a infligé tant de défaites, mais cela ne lui suffit pas. Elle veut faire payer l'ennemi numéro 1, les États-Unis, l'autre équipe qui l'avait battue à Sotchi, aux tirs au but après un but refusé qui est resté en travers des gorges russes. Et surtout, les Américains avaient infligé un 8-3 en quart de finale des derniers championnats du monde, une humiliation qu'il faut laver.
 
Vadim Shipachyov a été suspendu 3 matches après sa mise en échec qui, qu'on le veuille ou non, a entraîné une commotion de Jormakka. Une punition jugée trop lourde par toute la Russie, qui n'en est que plus motivée. Viktor Tikhonov, qui fête ses 26 ans aujourd'hui, le remplace au centre de la première ligne. Et comme il n'y a que onze attaquants, le capitaine Aleksandr Ovechkin est envoyé faire des doubles présences.
 
La Russie ayant joué hier soir contre la Finlande, Oleg Znarok a changé de gardien et titularise pour la première fois le junior Andrei Vassilievski pour ce match à haute pression. Il est bien soutenu par sa défense qui ne laisse guère les Américains toucher le palet en zone offensive, mais il réussit néanmoins un premier arrêt décisif devant Jacob Trouba très bien placé.
 
Trouba, justement écopé de la première pénalité. Au moment où elle se termine, Evgeni Medvedev lance dans le poitrail de Tim Thomas, puis Nikolaï Kulyomin prend le rebond à ras glace, plus vif que le jeune défenseur-star Seth Jones (1-0). On ne joue que depuis six minutes et Peter Laviolette doit déjà utiliser son temps mort.
 
Il faut dire que les stars russes sont déchaînées, notamment les attaquants qui ont connu la défaite de l'an dernier. Kuznetsov s'amuse ainsi avec le palet en zone offensive. Quant à Ovechkin, dans son style caractéristique, il fonce au but et finit sa course dans les filets, accroché par DeKeyser. Le numéro 8 n'a jamais été un grand tireur de pénalty, pourtant sa tentative est parfaite. Il couche le gardien et conclut du revers (2-0).
 
Le début de deuxième période est sensationnel avec deux buts en une minute. Viktor Tikhonov reprend un centre d'Ovechkin qui a déboulé sur son aile gauche, puis une passe de Jeff Petry dans le slot est déviée par Justin Abdelkader (3-1).
 
Le jeu reste spectaculaire. Une relance ratée de Tim Thomas sous la pression est suivie d'une tentative spectaculaire de passe entre les jambes d'Ovechkin... mais elle est contrée par le patin de DeKeyser et Andy Miele peut partir en contre. Belov part en prison pour une charge avec la crosse à la suite de cette action. La boîte russe emmenée par Anisimov puis par Tikhonov se montre très agressive et tue la pénalité.
 
Autour de la mi-match, les Américains coulent complètement. Burmistrov gagne un engagement en zone offensive face à Wingels, Dadonov fait le tour de la cage, et le malheureux Jacob Trouba, dont la crosse s'est cassée, ne peut empêcher Evgeni Kuznetsov de soulever le palet par-dessus Thomas sur le rebond (4-1). Aleksandr Ovechkin puis Viktor Tikhonov consomment les joueurs américains en fond de zone, et l'attaquant du SKA Saint-Pétersbourg sort le palet du revers pour Sergei Plotnikov qui se retrouve ainsi seul face au but et marque entre les jambières du gardien (5-1).
 
Le calvaire de Tim Thomas, pas toujours rassurant dans ses sorties à sa crosse en plus des 5 buts encaissés en 15 tirs, s'achève ici. David Leggio, qui n'était jamais entré en jeu quand il avait participé au Mondial 2010, connaît ainsi son baptême du feu dans une ambiance très festive... sauf pour son équipe.
 
Les défenseurs russes sont pris en excès d'agressivité dans la protection de leur cage. Yakovlev nettoie le slot du capitaine américain Abdelkader, mais cela lui vaut deux minutes pour obstruction. Quinze secondes plus tard, Denis Denisov décoiffe un attaquant par un coup de poing et rejoint son coéquipier en prison. Les États-Unis bénéficient donc d'un long 5 contre 3, mais se heurtent à un solide Vassilievski dans les cages, qui détourne de la plaque une reprise de Tyler Johnson. Craig Smith donne un coup de crosse au gardien qui provoque de petites échauffourées, et interrompt la situation de double supériorité. L'avantage numérique se renverse ensuite pour la Russie avec une belle déviation du défenseur Yegor Yakovlev, monté recevoir un centre de Tikhonov.
 
Le gardien remplaçant Leggio peut donc se chauffer un peu, mais ne s'attend sans doute pas à devoir affronter... trois joueurs russes seuls face à lui ! Stapleton est tombé tout seul en zone offensive, avec juste un petit cinglage dans ses jambières de la part de Tikhonov. Celui-ci peut donc échanger le palet en une-deux avec Ovechkin pour un but évidemment imparable (6-1).
 
Au cours du dernier tiers-temps, la Russie ne cherche plus à aggraver le score. Cela ne signifie cependant pas qu'elle arrête de se démener pour harceler les attaquants adverses et leur confisquer le palet. Les Américains continuent leur effort en bombardant la cage, au point qu'ils compteront quarante tirs en fin de match. Vassilievsky se met de plus en plus en valeur, notamment par un arrêt de la botte sur déviation à bout portant de Tim Stapleton. Et quand sa mitaine se troue sur un tir du cercle gauche d'Andy Miele, son poteau vient à sa rescousse.
 
Le bilan est parfait pour la Russie, qui compte trois victoires éclatantes alors même qu'elle a rencontré les trois adversaires les plus dangereux. Elle se dirige donc vers une voie royale vers la première place de poule tout en continuant à soigner ses statistiques. Après la passivité reprochée à Bilyaletdinov, le principal apport de Znarok est l'agressivité de tous les instants. C'est peut-être dû à son activité permanente sur le banc qui n'autorise pas ses joueurs à se relâcher, en tout cas ils restent agressifs en zone neutre et en zone défensive. Ils n'ont pas laissé respirer les attaquants américains, pris à leur propre piège avec peu de temps pour développer du jeu.
 
Outre la réhabilitation d'Ovechkin qui se confirme, il faut souligner le nouveau grand match réussi par Viktor Tikhonov. On avait reproché à Bilyaletdinov de l'avoir sous-utilisé aux JO, l'argument se défend quand on voit l'activité inlassable qu'il a déployé et le danger offensif permanent qu'il a apporté. C'est un joueur qui a énormément progressé et pris une autre dimension. Joyeux anniversaire !
 
Pour ceux qui douteraient de l'importance de ce match pour la patrie russe, le service de presse de l'équipe de Russie révèlera que, cinq minutes seulement après la sirène, Vladimir Poutine a téléphoné dans le vestiaire pour féliciter l'équipe de cette victoire et de ce début de Mondial, tout en mentionnant que les principales batailles restent à venir.
 
Désignés joueurs du match : Andrei Vassilievski pour la Russie et Justin Abdelkader pour les États-Unis.
 
Commentaires d'après-match
 
Peter Laviolette (entraîneur des États-Unis) : "Les Russes ont été magnifiques, mais du point de vue américain, ce n'était pas notre jour. J'ai aimé le jeune gardien russe, il a arrêté les tirs les plus difficiles et nous a privé de plusieurs buts."
 
Sergei Plotnikov (attaquant de la Russie) : "Tous les joueurs avaient en mémoire le quart de finale des championnats du monde de l'an dernier. La défaute à Sotchi était également très vexante. Tout cela était dans nos têtes. Chacun savait qu'il fallait tout donner au maximum. C'est ce qui s'est passé."
 
Viktor Tikhonov (attaquant de la Russie) : "Nous les avons fermement poussés dès le début. Je pense qu'ils ne s'attendaient pas une telle performance de notre équipe en début de match. Nous étions vingt heures après un match dur contre les Finlandais et nous étions censés être fatigués. Mais nous avons encore réussi un bon départ. Znarok sait certainement comment analyser l'adversaire et donner les bonnes consignes tactiques. Vous pouvez voir vous-même ce que ça signifie sur la glace."
 
 
 
Russie - États-Unis 6-1 (2-0, 4-1, 0-0)
Lundi 12 mai 2014 à 20h45 à la Minsk Arena. 14124 spectateurs.
Arbitrage d'Antonin Jerabek et Vladimir Sindler (TCH) assistés de Chris Carlson (CAN) et Pierre Dehaen (FRA).
Pénalités : Russie 16' (2', 8', 6'), États-Unis 12' (2', 4', 6').
Tirs : Russie 23 (10, 5+2, 6), États-Unis 40 (9, 17, 14).
 
Évolution du score :
1-0 à 06'06" : Kulyomin assisté de Medvedev et Anisimov
2-0 à 18'47" : Ovechkin (tir de pénalité)
3-0 à 20'20" : Tikhonov assisté d'Ovechkin et Plotnikov
3-1 à 20'57" : Abdelkader assisté de Petry
4-1 à 29'07" : Kuznetsov assisté de Dadonov
5-1 à 31'07" : Plotnikov assisté de Tikhonov
6-1 à 39'14" : Tikhonov assisté d'Ovechkin
 
 
Russie
 
Attaquants :
Aleksandr Ovechkin (C, +2, 2') - Viktor Tikhonov (+3, 2') - Sergei Plotnikov (+3)
Sergei Shirokov (+1) - Artyom Anisimov (+1, 2') - Nikolaï Kulyomin (A)
[Ovechkin] - Sergei Kalinin (-1, 2') - Danis Zaripov (A)
Evgeni Dadonov (+1) - Aleksandr Burmistrov (+1) - Evgeni Kuznetsov (+1, 2')
 
Défenseurs :
Dmitri Orlov (+1) - Denis Denisov (+1, 2')
Evgeni Medvedev - Aleksandr Kutuzov
Yegor Yakovlev (+3, 2') - Anton Belov (+3, 2')
 
Gardien :
Andrei Vasilevsky
 
Remplaçants : Anton Khudobin (G), Maksim Chudinov.
En réserve : Sergei Bobrovsky (G).
Absents : Andrei Loktionov (épaule), Andrei Zubarev (coupure à la main), Vadim Shipachyov (suspendu).
 
États-Unis
 
Attaquants :
Brock Nelson (-1, 4') - Tyler Johnson (-2) - Craig Smith (-1, 4')
Justin Abdelkader (C, -1) - Kevin Hayes - Johnny Gaudreau
Peter Mueller (-2) - Tim Stapleton (-2) - Tommy Wingels (-2)
Colin McDonald - Drew Shore - Jimmy Hayes
Andy Miele
 
Défenseurs
Danny DeKeyser (-3) - Jacob Trouba (-3, 2')
Jake McCabe (-1) - Seth Jones (-1)
Jake Gardiner - Jeff Petry (2')
Connor Murphy (-1)
 
Gardien
Tim Thomas puis David Leggio à 31'07"
 
En réserve : Connor Hellebuyck (G), Matt Donovan, Vince Trocheck.