Suède - France (Mondiaux 2014, groupe A)

Le calendrier étant formé de la même manière, la France joue comme l'an passé son quatrième match, après deux jours de repos, face au champion du monde en titre (c'était la Russie, c'est maintenant la Suède). Et comme l'an passé, c'est le moment où Dave Henderson et Pierre Pousse titularisent Florian Hardy. Le gardien d'Angers devra faire un gros match pour réaliser le même exploit que l'an passé.
 
La Suède est tranquillement installée en première place du groupe, mais a déjà perdu deux défenseurs. Après Rahimi, c'est Jonas Ahnelöv qui s'est blessé à l'épaule contre la Norvège. Il ne reste que six arrières... dont Erik Gustafsson qui a quitté l'entraînement en raison d'un mal de gorge. Plus de temps de tergiverser : le dernier réserviste non déclaré (Thuresson, un attaquant) a été renvoyé dans ses foyers, et un défenseur supplémentaire, Niclas Burström (photo de droite), a été rappelé en urgence pour servir d'ultime joker. C'est le quatrième joueur du champion suédois Skellefteå dans la Tre Kronor... et le cinquième sur la glace ce soir en y ajoutant Pierre-Édouard Bellemare.
 
Hardy a peu d'interventions à faire en début de partie grâce à la bonne solidarité défensive des Bleus, même s'il se fait une frayeur après sept minutes quand un palet bondissant en provenance de Mikael Backlund lui échappe et frôle son poteau.
 
On assiste à duel entre deux équipes très bien organisées, et c'est un compliment à la France qui affronte une référence en la matière. Bien sûr, les Suédois ont un peu plus de fluidité technique, mais pas de quoi faire une différence décisive. Des joueurs capables d'éliminer un défenseur en un contre un, il y en a de part et d'autre, comme le prouvent Teddy Da Costa côté français et Mattias Sjögren côté suédois.
 

La première grosse occasion est donc créée par Antoine Roussel qui déborde le défenseur dans la bande et effectue une passe levée au-dessus de la crosse pour Pierre-Édouard Bellemare seul face au but. Nilsson n'arrive pas à geler tout de suite le palet, et si la Suède le récupère, on apprécie aussi l'effort immédiat de Roussel pour patiner au repli défensif et empêcher le contre.
 
C'est la quatrième ligne suédoise qui met le feu par une petite passe de Danielsson pour Lundqvist dans le slot. Une mêlée bleue se forme devant la cage alors que Hardy a perdu sa crosse, et Meunier écarte le palet de la main, ce qui lui vaut deux minutes de pénalité. La Suède tente de faire valoir sa science des déviations qui l'a sacrée championne du monde, mais la redirection de Jimmie Ericsson échoue à l'extérieur du poteau.
 
Eliot Berthon, à sa première présence, provoque une pénalité de Tim Erixon, par sa vitesse dans les coins. Les Bleus ne réussissent aucun lancer vraiment dangereux, mais en attrapant un rebond dans son gant, Damien Fleury reçoit un coup de crosse d'Andersén, et une seconde supériorité numérique succède donc à la première. Elle s'approche un peu plus du but, avec une reprise de Bellemare dans le cercle droit sur passe transversale d'Auvitu. La sirène retentit sur un 0-0 avec impression favorable... à l'équipe de France.
 
Le début de deuxième période est plus à l'avantage de la Suède, qui met la pression en fond de zone. Mais quand la France se relance, Nicklas Danielsson fait perdre sa crosse à Meunier par un cinglage aussitôt réprimé. Les Bleus n'arrivent toujours pas à déstabiliser la boîte scandinave, ni à faire fructifier les rebonds sur leurs tirs lointains. Ce troisième avantage numérique reste donc inefficace, par contre il a changé la dynamique en faveur de l'équipe de France. Un tir de Damien Fleury est repoussé par le gaut de la botte de Nilsson.
 
On passe la mi-match et la France continue de dominer la Suède. Un lancer d'Antoine Roussel est détourné par la barre transversale. Le banc scandinave commence sérieusement à s'inquiéter et on voit l'entraîneur-adjoint Peter Popovic hurler un message sans doute assez rude à ses joueurs pendant une pause publicitaire.
 
Sur un engagement dans la zone française, Nicolas Besch accroche Joakim Lindström arrivé devant la cage. Florian Hardy est gêné en permanence mais réussit de bons arrêts, et Roussel dégage un rebond hors de la zone. Meunier vient même inquiéter, en infériorité, un Anders Nilsson qui en perd sa crosse.
 
On revient à 5 contre 5, et c'est le moment où la Suède marque. Le besogneux par excellence, le capitaine Joel Lundqvist, charge Jonathan Janil en fond de zone pour gêner son dégagement et le mettre au sol, puis vient se placer pour dévier le tir de la ligne bleue de Rasmussen (1-0). Dur, très dur, d'autant que la Suède joue l'engagement avec une grande vitesse d'exécution : le défenseur réserviste Niclas Andesén s'appuie sur Lindström à l'aile droite, reçoit le centre et prolonge du revers vers Oscar Möller pour un tir en lucarne (2-0). Une fin de période très frustrante : Stéphane Da Costa réagit à une charge avec la crosse de Lindström sur un engagement... et c'est Antoine Roussel, en venant intervertir sa position pour dire ses quatre vérités aux Suédois, qui prend dix minutes de méconduite.
 
L'absence de Roussel complique encore l'approche du troisième tiers-temps pour l'équipe de France, mais la deuxième ligne ne se laisse pas démonter pour autant. Stéphane Da Costa intercepte de la crosse en l'air une relance risquée de Tim Erixon, fait un virage qui l'amène droit au but et marque après avoir éliminé le gardien par sa feinte (2-1). Un exploit individuel qui relance totalement la partie.
 
Le match s'anime : tour de cage de Nicolas Ritz, puis breakaway d'Oscar Möller et pénalité de Fleury. Les Bleus résistent à cette infériorité, tout comme ils tuent la pénalité qui suit, quand la crosse de Manavian touche le visage de Sjögren en se retournant, avec de nouveau un gros effort du capitaine Laurent Meunier.
 
Il reste moins de dix minutes à jouer, et Roussel fait son retour. Sa ligne porte immédiatement le danger jusqu'au but adverse, et Nilsson remporte son face-à-face avec Bellemare. Malheureusement, les vétérans tricolores sont souvent pris de vitesse par les jambes suédoises, notamment Yorick Treille qui ne peut rien faire face à l'accélération de Linus Klasen. Florian Hardy préserve l'essentiel, mais Bellemare concède une pénalité à quatre minutes de la fin. Cette infériorité coûte beaucoup de temps, beaucoup de forces, et aussi beaucoup de douleur à Antoine Roussel qui se sacrifie devant deux lancers.
 
La France sort Florian Hardy à une minute de la fin, Laurent Meunier se bat comme un lion dans les bandes, mais les Suédois pressent bien et ne concèdent aucune occasion. Il reste une poignée de secondes pour un engagement hors de la zone offensive, et pourtant Damien Fleury parvient encore à percer dans l'axe (photo en bas d'article). Il est accroché par Ekholm (pénalité qui ne sert plus à rien alors que les Bleus réclamaient un pénalty) et Antoine Roussel a le temps d'un ultime tir en angle, paré de la mitaine par un arrêt décisif d'Anders Nilsson sur la sirène.
 
L'équipe de France sort battue, mais a peut-être réalisé son meilleur match du tournoi, après avoir joué d'égal à égal avec les champions du monde. Il faut maintenant oublier sa frustration et se remobiliser pour affronter dès samedi midi la Norvège dans un affrontement décisif pour l'accès aux quarts de finale.
 
Désignés joueurs du match : Niclas Burström pour la Suède et Florian Hardy pour la France.
 
Commentaires d'après-match
 
Dave Henderson (entraîneur de la France) et Pierre Pousse (entraîneur-adjoint de la France) : "Nous avons débuté comme nous le voulions, en gardant un score serré. Malheureusement, nous avons eu un trou de quelques secondes qui nous a coûté deux buts. Nous avons une équipe de forts caractères, nous sommes revenus et avons bataillé en troisième. Les dieux du hockey n'étaient pas avec nous. [Au sujet de la méconduite de Roussel] Je suis surpris, il plaisantait avec Stéphane Da Costa et un Suédois est venu le chauffer. C'est un joueur de caractère et je suis surpris qu'il ait reçu une pénalité et pas le Suédois. C'est un joueur important de l'équipe et c'est toujours un handicap de l'avoir sur le banc des punitions, mais les autres joueurs ont haussé leur niveau. C'était le match que nous attendions, intense, rapide, technique, physique. Nous les avons bien neutralisés et Hardy a sorti de beaux arrêts. Nous manquons de chance sur deux ou trois occasions. Demain, journée off, nous la gérerons comme d'habitude. La Norvège a une équipe rugueuse et talentueuse. Par le passé, faire ce genre de score contre un top-6, les joueurs auraient été presque contents. Là non, les joueurs ont faim. Les joueurs sont frustrés, c'est bon signe ! Ils savent qu'ils peuvent prendre des points à chaque match. Nous avons bien tenu leur powerplay, qui est redoutable. [Au sujet des progrès physiques des Bleus en fin de match] C'est l'expérience qui parle, ainsi que la préparation physique travaillée dans le mois précédent le mondial. Nous avons travaillé pour être prêts à jouer tous les matchs."
 
Antoine Roussel (attaquant de la France, photo de gauche) : "Nous avons eu beaucoup d'occasions... Une barre, Pi-Ed en backdoor, la dernière action... Les prochains matchs seront du même style que la Suède."
 
Florian Hardy (gardien de la France) : "Ce n'était pas un match facile, mais nous avons surtout des regrets. Faire un bon match contre la Suède montre à quel point nous avons progressé. C'est dommage qu'il y ait ces trente secondes d'inattention en deuxième tiers. À ce niveau là, cela fait perdre un match. Le premier but est dévié, le second est un beau but... Contre la Norvège et le Danemark, il va falloir élever notre niveau de jeu. On sait le faire contre des équipes du top-8, maintenant il va falloir le faire contre des équipes juste au-dessus de nous."
 
Florian Chakiachvili (défenseur de la France) : "C'est plaisant de jouer du hockey à ce niveau-là. Je n'ai pas le même rôle qu'en club et je prends le temps de glace qu'on me donne. Ce n'est que du plus en expérience. Mon objectif, c'est de partir à l'étranger, même s'il n'y a rien de concret. [Interrogé au sujet de Ligue des Champions par un journaliste tchèque] La sélection de Briançon est une bonne reconnaissance de ce qui est fait en France. C'est du haut niveau, il faudra être bon. Ce type de match devra prouver à l'Europe que la France a le niveau."
 
Gustav Nyquist (attaquant de la Suède) : "La saison a été longue mais on ne refuse pas de jouer pour son pays. Je ne suis pas aussi frais qu'il y a un mois ou deux. Il y a beaucoup de jeunes, qui sont frais et aiment patiner. Le groupe s'entend bien, il y a une bonne alchimie et nous nous amusons bien. Le jeu n'est pas encore au niveau où nous voudrions qu'il soit, mais nous continuons à trouver des moyens de gagner. Ce soir, nous savions que cela serait compliqué. La France a des joueurs rapides et joue bien en contre-attaque. La performance de la France n'est pas vraiment une surprise, car chaque équipe aligne de bons joueurs et il n'y a plus de matchs faciles. Les gens doivent comprendre qu'il faut jouer à 100% et batailler dur pour gagner un match dans ce Mondial. Nilsson sort un gros arrêt en fin de match, sans lui nous n'aurions jamais gagné dans le temps réglementaire. Il est une des raisons majeures de la victoire ce soir."
 
 
 
Suède - France 2-1 (0-0, 2-0, 0-1)
Jeudi 15 mai 2014 à 20h45 à la Chizhovka Arena de Minsk. 7045 spectateurs.
Arbitrage d'Antonin Jerabek (TCH) et Aleksi Rantala (FIN) assistés de Paul Carnathan (USA) et Justin Hall (CAN).
Pénalités : Suède 8' (4', 2', 2') ; France 20' (2', 2'+10', 6').
Tirs : Suède 34 (9, 11, 14) ; France 18 (9, 3, 6).
 
Évolution du score :
1-0 à 35'32" : Lundqvist assisté de Rasmussen et Klasen
2-0 à 35'49" : Möller assisté d'Andersén et J. Lindström
2-1 à 44'52" : S. Da Costa
 
 
Suède
 
Attaquants :
Oscar Möller (+1) - Mikael Backlund (A, +1) - Joakim Lindström (+1)
Jimmie Ericsson (A) - Mattias Sjögren - Simon Hjalmarsson
Gustav Nyquist (-1) - Calle Järnkrok (-1) - Linus Klasen
Dennis Rasmussen (+1) - Joel Lundqvist (C, +1) - Dick Axelsson
Nicklas Danielsson (2')
 
Défenseurs :
Mattias Ekholm (2') - Johan Fransson
Niclas Burström (+2) - Niclas Andersén (+2, 2')
Tim Erixon (-1, 2') - Magnus Nygren (-1)
 
Gardien :
Anders Nilsson
 
Remplaçant : Linus Ullmark (G).
Non alignés : Joacim Eriksson (G), Daniel Rahimi (saignements au rein), Jonas Ahnelöv (épaule), Erik Gustafsson (mal de gorge).
 
France
 
Attaquants :
Julien Desrosiers - Laurent Meunier (C, 2') - Yorick Treille
Stéphane Da Costa - Pierre-Édouard Bellemare (A, 2') - Antoine Roussel (-1, 10')
Anthony Guttig (+1) - Teddy Da Costa - Damien Fleury (2')
Damien Raux - Brian Henderson (-1) - Nicolas Ritz (-1)
Eliot Berthon (-1)
 
Défenseurs :
Baptiste Amar (A) - Antonin Manavian (2')
Yohann Auvitu - Nicolas Besch (2')
Jonathan Janil (-1) - Florian Chakiachvili (-1) ou Benjamin Dieude-Fauvel
 
Gardien :
Florian Hardy [sorti à 59'06"]
 
Remplaçant : Ronan Quemener (G).
Non alignés : Cristobal Huet (G), Maxime Moisand, Luc Tardif.