France - Norvège (Mondiaux 2014, groupe A)

C'est le duel décisif pour les quarts de finale. La France, qui compte un point de retard sur la Norvège, doit impérativement battre cet adversaire contre lequel elle n'avait rien pu faire aux Mondiaux 2010 et 2011 (1-5 et 2-5). Les deux pays dont les entraîneurs sont depuis le plus longtemps en poste - et qui ont le plus progressé dans la hiérarchie pendant cet intervalle - se retrouvent face-à-face.
 
France et Norvège présentent leur habituelle "deuxième" ligne en début de match. Un changement de hiérarchie apparent qui n'en est pas vraiment un. Aussi bien le bloc de Bellemare que celui de Bastiansen et des Olimb constituent la principale menace offensive de leurs équipes respectives, et ce sont déjà eux qui ont le plus de temps de jeu.
 
Laurent Meunier, qui souffre de l'épaule, se teste à l'échauffement et est bien présent. Néanmoins, la Norvège attaque mieux le match, avec beaucoup plus de fraîcheur. Elle gagne les duels et est à l'offensive.
 
Les premières pénalités tombent. Après le cinglage d'Olden, le premier bloc français s'installe bien, pas le second. Avec Meunier en prison pour crosse haute, les Norvégiens sont plus dangereux, avec un rebond pour Bastiansen, puis un tir d'Alexander Bonsaksen, servi entre les cercles par une passe du revers de Ken Andre Olimb qui a sorti le palet du coin.
 
Au retour au complet, Roussel gêne - à la limite de la faute - Bonsaksen derrière sa cage qui en lâche le palet et le laisse à Stéphane Da Costa, seul devant le but, qui ne complète pas sa feinte. La Norvège reprend son contrôle du palet en zone offensive. Le travail préparatoire des frères Olimb attire l'attention des Bleus, permettant à Mats Trygg de s'avancer dans le cercle gauche et de reprendre la passe de Mathis par un tir placé sous la barre (0-1).
 
Les affaires se compliquent pour la France quand Yorick Treille - qui avait ralenti son action en voyant que Skrøder se tournait - est pénalisé de 2'+10' pour charge dans le dos. Les Bleus gèrent bien cette infériorité, et Teddy Da Costa les relance par une belle contre-attaque solitaire, mais sans tromper le gardien Lars Haugen. Malheureusement, Pierre-Édouard Bellemare écope d'une pénalité en zone offensive à la fin de cette action. Une fois de plus, les Bleus résistent : Ritz contre une première fois Holøs à la bleue, puis Raux dégage le palet. La pause fait du bien pour souffler après ces longs efforts défensifs...
 
La deuxième période débute... encore plus mal. La France se piéger à un changement, et Mathis Olimb trouve une longue passe le long de la bande opposée pour son frère Ken André qui centre pour Morten Ask lancé dans l'axe. Damien Fleury revient en catastrophe pour empêcher le Norvégien de tirer, mais du coup il contre du patin cette rondelle... qui glisse lentement vers la cage alors que Ask a percuté de plein fouet Cristobal Huet, légitimement furieux ! Les arbitres accordent pourtant directement le but (0-2, photo de droite).
 
L'obstruction sur le gardien est sifflée sur l'action suivante, contre Skrøder. En supériorité numérique, Antoine Roussel tente sa spéciale en virant depuis l'arrière de la cage, mais Lars Haugen bloque ce palet sur la ligne avec son patin.
 
La France joue mieux désormais et se crée de plus en plus d'occasions. Julien Desrosiers passe du revers en retrait à Teddy Da Costa, mais Haugen réussit l'arrêt à bout portant. Ce nouvel élan tricolore est aussi dû à l'absence de pénalités... mais Laurent Meunier repart en prison en donnant un coup de crosse à Mathis Olimb juste après la mi-match. L'infériorité est encore bien tuée malgré les dangereuses passes de derrière la cage d'Anders Bastiansen. Au retour à cinq, Sondre Olden dévie une passe levée de l'excellent Mathis Olimb, juste devant Huet qui repousse.
 
Les Bleus repartent par une grosse séquence dans les bandes en zone offensive, bien que Meunier ait eu sa crosse cassée par un cinglage non sifflé d'Odegaard. Ils gagnent maintenant tous les duels et tirent de plus en plus souvent sur Lars Haugen. Le gardien du Dynamo Minsk se montre très solide, et lorsqu'il laisse un rebond, il l'oriente toujours vers un coéquipier ou vers le coin.
 
La persévérance française paye néanmoins : Stéphane Da Costa abat un gros travail pour ressortir le palet vers le haut de la zone, Antonin Manavian envoie un slap puissant, et Antoine Roussel, que les deux défenseurs norvégiens n'arrivent pas à déstabiliser dans le slot, convertit le rebond (1-2). Que d'efforts pour un but !
 
Mais un but n'arrive jamais seul... Sur l'action suivante, Yorick Treille dévie un tir de la ligne bleue de Yohann Auvitu, juste devant la mitaine de Haugen (2-2, photo de gauche). Crosse trop haute ou non ? Non, après un long appel à la vidéo.
 
Mieux encore, un tir en pivot de Stéphane Da Costa est dévié par Antoine Roussel, le patron du slot (3-2, photo de droite). Ces trois buts consécutifs ne doivent rien au hasard : la France a comptabilisé 18 tirs cadrés dans la deuxième période pour en arriver là !
 
La Norvège pourrait être assommée, mais elle réagit dès le début du troisième tiers-temps. Le vétéran Morten Ask gagne une mise au jeu face à Teddy Da Costa, puis dévie victorieusement le tir de Daniel Sørvik (3-3)
 
La France ne met qu'une minute à réagir. Sur une transition rapide, Bellemare échange avec Roussel sur l'aile gauche, prend de vitesse dans l'axe le défenseur débutant Stefan Espeland et décoche un tir du poignet en pleine lucarne (4-3).
 
Quand un match est fou, il le reste. Les Français sont placés beaucoup trop haut en zone offensive et les Norvégiens en profitent en contre-attaquant à 2 contre 1. L'unique défenseur Janil couvre d'abord la passe, Ken André Olimb fait mine de tirer mais sert ensuite une cage ouverte à son frangin Mathis (4-4).
 
Le jeu va d'un but à l'autre. Un engagement gagné en zone offensive par Bastiansen devant Bellemare provoque un rebond brûlant pour les frères Olimb, puis, sur la contre-attaque, un tir de Stéphane Da Costa passe sous le bras de Haugen et retombe derrière le gardien... avant d'être dégagé par un Mathis Olimb décidément partout.
 
La Norvège a absolument besoin d'une victoire dans le temps réglementaire, car 8 points au compteur ne suffiront sans doute pas avant d'affronter les cadors tchèques et canadiens.
 
Connaissant Roy Johansen, certains signes ne trompent pas : s'il a utilisé le défenseur offensif Espeland pour ce dernier tiers alors qu'il jouait à cinq arrières jusqu'ici, c'est qu'il veut gagner. Son équipe fait le forcing dans les dix dernières minutes avec de longues séquences offensives en contrôle du palet, pourvue en munitions par le roi des mises au jeu Bastiansen.
 
L'équipe de France, échaudée, met moins d'hommes en fond de zone adverse et se replie plus vite. Elle n'a clairement pas envie de revivre le scénario italien... Elle est toute proche d'infliger le même genre de punition à la Norvège, au même moment, à une minute de la fin. De superbes passes de Bellemare puis Stéphane Da Costa décalent Julien Desrosiers qui se présente seul face au but, mais n'arrive pas à glisser le palet entre les bottes de Haugen.
 
La prolongation est à l'avantage des Bleus, avec notamment un tour de cage de Damien Fleury, bloqué entre la botte de Haugen et son poteau, et deux percées de Teddy Da Costa. À vingt secondes de la fin, Morten Ask perd le palet à la bleue face à Antoine Roussel, et les Bleus partent à 3 contre 1 avec Yohann Auvitu, Roussel et Nicolas Besch servi en troisième homme dans l'axe. Et c'est Ask, devant son gardien battu, qui se couche et détourne se tir de sa jambe ! On devra donc en passer par les tirs au but...
 
Ken André Olimb signe une jolie feinte, conclue du revers
Damien Fleury marque d'un tir du poignet, côté mitaine de Haugen
Le tir de Per-Age Skrøder est en revanche paré par le bras de Huet
Celui de Bellemare, trop peu levé, échoue dans le haut de la botte droite
Et celui de Bastiansen, qui visait entre les jambes, dans le patin gauche de Huet
Stéphane Da Costa peut donc exprimer sa maestria technique et donner du revers la victoire à l'équipe de France, le symétrique de celui d'Olimb (puisque celui-ci est gaucher tandis que Da Costa est droitier).
 
La France devance maintenant ses adversaires directs - la Norvège et la Slovaquie - qu'elle a battus dans les confrontations directes. Mais il reste encore une marche à franchir, battre le Danemark lundi après-midi, ce qui la mettrait sans doute à l'abri de se faire doubler.
 
Désignés joueurs du match : Antoine Roussel pour la France et Mats Trygg pour la Norvège.
 
Commentaires d'après-match :
 
Antoine Roussel (attaquant de la France) : "Le deuxième but nous a fait chier (sic). Nous avons bien rebondi, monté notre jeu d'un cran. On s'est parlé, car nous avions pris trop de pénalités et nous perdions notre 'focus' sur le match en étant trop après les arbitres. Il y a alors le risque qu'ils soient encore plus après nous. Nous avons changé cela, et derrière, avons eu le vent en poupe. Nous voulons gagner chaque match et nous avons bien répondu. Il faut se faire plaisir, cela fait longtemps que nous n'avons pas eu autant les cartes en main. Il faudra être intelligent lundi contre le Danemark. La ligne avec Stéphane [Da Costa] et Pi-Ed [Bellemare] fonctionne bien, j'apporte la présence devant le filet et cela leur donne de l'espace en haut de l'enclave. Ils peuvent faire le jeu."
 
Cristobal Huet (gardien de la France) : "C'est une victoire bonne à prendre. Nous n'avons pas fait un très bon début et le deuxième but nous a énervés. Nous avons commencé à jouer plus physique, à attaquer la cage et mis dix minutes de folie. Le troisième tiers était ouvert, ils sont revenus sur un but un peu bête. Les gars ont su répondre de manière incroyable, c'est une victoire d'équipe et de courage. Ils n'ont pas baissé les bras. Je ne sais pas où ils trouvent les ressources... Pour les tirs au but, je ne réfléchis pas trop, j'essaie de faire le boulot. Il y a un truc à faire dans ce tournoi. Nous sommes devenus durs à jouer, en faisant moins d'erreurs individuelles qu'avant, en concédant moins de tirs. Ce soir, il y a eu un grand match de notre première ligne."
 
Stéphane Da Costa (attaquant de la France, photo de droite) : "Un gros match, on l'a fait ! Au moment du tir, je sais que je peux le gagner. Cristobal me sourit, je souris aussi et ça m'a décompressé. Les Norvégiens ont fait beaucoup de petites fautes et nous étions trop sur l'arbitre. Les leaders nous ont calmés. Nous nous sommes encore créé beaucoup d'occasions, et on ne lâche jamais, même avec deux, trois ou quatre buts de retard. Sur notre maillot, il y a écrit 'à porter avec fierté' et nous gardons cela en tête. Antoine [Roussel] a été très bon devant la cage, à chiffonner... Pi-Ed [Bellemare] est rapide, intelligent. Nous avons des styles différents, mais cela fonctionne bien, nous travaillons beaucoup et jouons tous les matchs à fond. Ayez confiance en nous pour la suite !"
 
Dave Henderson (entraîneur de la France) : "Nous nous jouons depuis sept ans et c'est toujours une grosse bataille. La Norvège est forte en possession de palet et dans les balustrades. Au premier, nous avons trop joué en finesse, nous n'avons pas joué notre hockey, mais nous avons travaillé plus dur devant la cage en deuxième. Nous avons un peu trop reculé en troisième. Il faudra jouer les prochains matchs comme le deuxième tiers. De toute façon, si on est cardiaque, il ne faut pas venir nous voir ! Nous avons calmé les joueurs après le premier tiers, en leur disant de se concentrer sur eux et pas sur les arbitres. C'est une très bonne leçon sur la façon de gérer ses émotions, les positives, celles qui n'usent pas l'énergie. Nous nous plaçons pour chercher les quarts, puisque nous sommes devant la Norvège maintenant. Nous avons notre destin en mains. [Au sujet de l'ordre des tireurs] Damien avait de bonnes mains donc je l'ai lancé. Comme à Amiens, j'aime bien alterner, donc contre le Canada c'était droitier, gaucher, droitier, et ce soir l'inverse."
 
Roy Johansen (entraîneur de la Norvège) : "France a bien bataillé, avec un très bon coach. Nous avons contrôlé jusqu'aux cinq dernières minutes du deuxième tiers. Nous avons perdu le match devant notre cage, où la France a été meilleure. Nous avions besoin des points pour les quarts mais, après ce match dur, serré, ils ont été meilleurs aux tirs au but."
 
 
 
France - Norvège 5-4 aux tirs au but (0-1, 3-1, 1-2, 0-0)
Samedi 17 mai 2014 à 12h45 à la Chizhovka Arena de Minsk. 6103 spectateurs.
Arbitrage de Konstantin Olenin (RUS) et Daniel Piechaczek (ALL) assistés d'Andre Schrader (ALL) et Miroslav Valach (SVK).
Pénalités : France 18' (6'+10', 2', 0', 0'), Norvège 4' (2', 2', 0', 0').
Tirs : France 35 (6, 18, 9, 2), Norvège 28 (8, 8, 12, 0).
 
Évolution du score
0-1 à 11'28" : Trygg assisté de K.A. Olimb et M. Olimb
0-2 à 21'47" : Ask assisté de M. Olimb et K.A. Olimb
1-2 à 37'25" : Roussel assisté de Manavian et Bellemare
2-2 à 37'51" : Y. Treille assisté d'Auvitu et Desrosiers
3-2 à 38'16" : Roussel assisté de S. Da Costa et Bellemare
3-3 à 41'30" : Sørvik assisté d'Ask
4-3 à 42'37" : Bellemare assisté de Roussel
4-4 à 45'48" : M. Olimb assisté de K.A. Olimb
 
Tirs au but :
Norvège : K.A. Olimb (réussi), Skrøder (arrêté), Bastiansen (arrêté).
France : Fleury (réussi), Bellemare (arrêté), S. Da Costa (réussi.)
 
 
France
 
Attaquants :
Stéphane Da Costa (+3) - Pierre-Édouard Bellemare (A, +3, 2') - Antoine Roussel (+3)
Julien Desrosiers (-1) - Laurent Meunier (C, 4') - Yorick Treille (2'+10')
Anthony Guttig (-2) - Teddy Da Costa (-3) - Damien Fleury (-3)
Luc Tardif - Brian Henderson - Nicolas Ritz
Damien Raux
 
Défenseurs :
Yohann Auvitu (+2) - Nicolas Besch (+2)
Baptiste Amar (A) - Antonin Manavian
Jonathan Janil (-2) - Florian Chakiachvili (-1)
Benjamin Dieude-Fauvel (-1) [2 présences au 1er tiers]
 
Gardien :
Cristobal Huet
 
Remplaçant : Florian Hardy (G).
Non alignés : Ronan Quemener (G), Maxime Moisand, Eliot Berthon.
 
Norvège
 
Attaquants :
Ken Andre Olimb (+2) - Anders Bastiansen (C, +1) - Mathis Olimb (+2)
Martin Røymark (-3) - Mads Hansen (A, -3) - Kristian Forsberg (-3)
Sondre Olden (+1, 2') - Morten Ask (+2) - Per-Age Skrøder (+1, 2')
Niklas Roest - Andreas Stene - Andreas Martinsen
 
Défenseurs :
Jonas Holøs (A, -1) - Henrik Ødegaard (-1)
Mats Trygg - Alexander Bonsaksen (+1)
Daniel Sørvik (+2)
puis à 40' Stefan Espeland (-1)
 
Gardien :
Lars Haugen
 
Remplaçants : Steffen Søberg (G), Robin Dahlstrøm, Steffen Thoresen.
En tribunes : Lars Volden (G), Nicolas Bryhnisveen, Jonas Djupvik Løvlie.