Suède - Slovaquie (Mondiaux 2014, groupe A)

La Slovaquie a beau s’être rassurée en obtenant sa première victoire du tournoi contre la Norvège (5-2), son avenir ne s’est pas pour autant éclairci. Dès le lendemain, elle a appris la défection de Zdeno Chára et Andrej Meszároš, les deux meilleurs défenseurs du pays éliminés des play-offs de NHL avec les Boston Bruins. Le premier, visiblement réconcilié avec l’actuel capitaine Miroslav Šatan, a dû malgré lui décliner la sélection à cause d’un doigt cassé lors du quatrième match de la série contre Montréal, qui s’est ensuite infecté. Le second, quant à lui, est à la recherche d’un contrat pour la saison prochaine et ne peut se permettre de risquer une blessure à Minsk.

Quand bien même l’annonce de ces deux absences ne sont pas rédhibitoires, elles interviennent au moment où la Double-Croix est en plein doute et cherche davantage les bons augures que les oiseaux de malheurs. Las ! Le matin du match contre la Suède, championne du Monde, elle apprend qu’elle devra faire sans un trio d’attaquants. Tomáš Marcinko, Marcel Haščák et Marek Hrivík sont tous trois victimes d’un virus qui provoque inflammation des bronches, nausées et mal de gorge. Le défenseur Ivan Švarný, le meilleur buteur de l’équipe Ladislav Nagy et surtout Ján Laco, le solide gardien, se portent eux aussi un peu pâles, mais conservent toutefois leur place sur la feuille de match. Les Slaves évolueront donc avec trois centres et quatre duos d’ailiers en attaque.

La Tre Kronor n’est pas non plus au meilleur de sa forme, même si elle maintient le leadership du groupe A. Beaucoup sont restés dubitatifs devant sa prestation contre la France, la veille, et l’absence de trois défenseurs pour problème de santé ne peut expliquer en totalité son manque d’ardeur relatif. On est donc en droit d’attendre un sursaut des ouailles de Pär Mårts, qui a montré quelques signes d’agacements quant au jeu de ses protégés contre le Coq gaulois, ce qui n’est pas forcément dans ses habitudes. Le staff suédois se montre de fait satisfait lorsque son équipe entame la rencontre contre les Slovaques avec énergie et mouvement.

La pression offensive est immédiate et la Slovaquie doit déjà se retrancher dans son camp. Oscar Möller tate déjà les réflexes de Laco dans le rond droit (1'15), imité dans la foulée par Simon Hjalmarsson qui tricote dans l’enclave (1'32). La Suède est conforte sa domination lorsque la Slovaquie écope d’une pénalité pour surnombre (3'23) mais le jeu de puissance qui suit ne débouche sur aucune menace significative, hormis la bombe envoyée sur la ligne bleue par Magnus Nygren, direct dans le plastron de Laco malgré un bon écran de Mikael Backlund et Jimmie Ericsson sur le portier adverse (3'43).

Les Slováci relèvent la tête sur un contre mené par Marek Ďaloga mais Dávid Skokan ne parvient pas à surprendre Anders Nilsson malgré une position dégagée dans le cercle droit (7'10). La réaction slovaque est toutefois freinée par un cinglage de Nagy sur le gardien des New York Islanders (8'07). Aux vues du ralenti, la sanction semble disproportionnée par rapport au geste, tout comme la réaction des deux défenseurs suédois qui s’empressent de jouer les gros bras sur le meilleur buteur slovaque. Quoi qu’il en soit, la Slovaquie joue en infériorité et elle croit bien être en mesure de la tuer. Mais à deux secondes du retour de Nagy, Gustav Nyquist détourne au poteau gauche la passe de Dick Axelsson adressée en bas du cercle droit (1-0, 10'05).

Laco est toujours mis à rude épreuve après l’ouverture du score et son intervention devant Linus Klasen, à la reprise du centre de Johan Fransson dans le territoire de but, est décisive (26'50). Pour autant, le même Fransson fait obstruction sur le virevoltant Martin Réway au fond de sa zone et les Slovaques disposent de leur premier power-play (13'03). La Double-Croix reste pourtant sans ressources offensives, du fait notamment d’un excellent fore-checking sudéois qui perturbe par deux fois la relance adverse. De retour à cinq, la Suède continue son siège et la Slovaquie doit se contenter de quelques contres ici et là. Comme sur celui de Juraj Mikúš, parti sur la gauche, qui temporise avant de trouver Réway dans l’enclave qui tente un backhend audacieux mais imprécis (15'23).

Pour le reste, on s’en réfère à Laco et ses automatismes. Le portier de Donbass Donetsk contient de la mitaine une frappe de Niclas Burström à l’entrée de l’enclave après une relance depuis sa fond de zone (17'32). Son vis-à-vis n’a pas besoin de se déployer sur une chaude action slovaque. Radoslav Tybor tente sa chance dans le rond droit mais le palet est dévié une première fois par Niclas Andersén. Le puck est toutefois repris instantément par Richard Pánik qui tire en plein sur Nilsson. Le second rebond est récupéré par Juraj Valach qui mine à droite et trouve... le visage d’Andersén, qui s’était jeté une nouvelle fois. Le défenseur de Cherepovets met du temps à sortir de la glace : il n’y remettra plus les pieds ce soir (18'12).

Déjà durement sanctionné sur une première faute, Nagy est encore puni, cette fois-ci pour avoir fait trébucher Niclas Burström après un engagement dans le cercle droit suédois. Le champion de SHL a joué parfaitement le coup en plongeant sur un léger contact de la crosse du Slovaque sur son mollet (19'07). Comme précédemment, Nagy n’effectue pas ses deux minutes complètes, Mikael Backlund concluant dans le slot un beau « une-deux » relayé par Joakim Lindström sur la ligne de but (2-0, 19'49). Sur le gong, Andrej Šťastný a la possibilité de réduire la marque mais il est pris au dernier moment par Mattias Sjögren qui sauve le but mais pas une pénalité à suivre après la pause. La Suède rejoint le vestiaire sur un avantage logique.

Vůjtek veut insuffler une nouvelle dynamique et il change pour cela de gardien, Laco cédant sa place à Jaroslav Janus, sans pour autant avoir une grande responsabilité sur les deux buts encaissés. L’avantage numérique est mal exploité et la Suède repart à l’attaque. Backlund effectue un tour de cage vers la gauche et arme du revers une fois, puis deux et enfin trois, mais Janus est attentif et met finalement la main sur le palet (22'36). Le jeu s’équilibre légèrement et à l’énorme occasion de Nagy qui est à deux doigts de reprendre efficacement le rebond de Šatan au poteau droit (24'51) réplique Calle Järnkrok mais son face-à-face avec Janus puis son propre rebond restent inexploités (25'17).

Assez discret depuis une semaine, Pánik est ce soir très en jambes et il se montre dangereux par deux fois en quelques minutes. D’abord lorsque son one-timer passe de justesse à côté (26'11), puis en ne cadrant pas sa frappe entre les deux cercles (27'58) alors que son équipe joue en supériorité depuis que Fransson a accroché le maillot de Réway (27'08). L’activité slovaque s’intensifie sur le jeu de puissance et cet élan offensif est récompensé au moment où les équipes se retrouvent à forces égales : aidé par l’écran de Mikúš sur Nilsson, Martin Marinčin ouvre son compteur en sélection d’un missile lancé dans l’axe (2-1, 29'12). Le gardien suédois joue de malchance sur le coup puisqu’il dévie le puck de la mitaine avant de le pousser au fond des filets avec son patin gauche. Pánik et Šťastný insistent au corps-à-corps mais ne parviennent pas à égaliser (29'53).

La Tre Kronor repart de plus belle en créant beaucoup de mouvement et en gagnant la plupart des duels dans les coins. Elle se fie au puissant tir de Nygren pour tenter de surprendre Janus, ou tout du moins pour porter le palet devant lui et chercher le rebond. Les Slovaques quittent rarement leur zone mais leurs attaquants trouvent parfois l’espace en maraudeurs. Le revers de Šťastný sur une passe de Réway n’est pas cadré alors que la moitié de la cage suédoise n’est pas couverte (35'26).

La fin du deuxième tiers est clairement en faveur de la Double-Croix qui a passé l’orage suédois sans dégâts. Elle obtient un quatrième power-play après que le capitaine Joel Lundqvist ait fauché Marek Viedenský dans l’enclave scandinave (36'06). On en reste pourtant là à la seconde pause malgré une reprise instantanée de Michel Miklík bloquée in extremis par Nilsson (37'37).

Les espoirs slovaques sont encore permis à la reprise. Seulement pour quelques secondes cependant, le temps à Nygren de placer enfin un slap victorieux depuis la « bleue » (3-1, 41'58). De nouveau apathique, la Slovaquie pêche par manque de vigilance. Möller file ainsi en beakaway, fixe Marinčin avant de frapper ; la tentative du joueur de Skellefteå n’atteint pas sa cible mais aboutit toutefois sur une supériorité numérique, le défenseur d’Edmonton ayant collé sa crosse au visage du Suédois (43'59). Déjà très tendus jusqu’ici, les esprits s’échauffent encore un plus après un sauve-qui-peut dans le territoire de but slovaque : Janus, pressé par Sjögren et Danielsson, intercepte tant bien que mal un palet arrêté dans sa course par... le poteau droit (44'38).

La Double-Croix boit la tasse et elle peut remercier son dernier rempart de ne pas être plus lourdement menée au score, notamment lorsque Lundqvist se retrouve seul dans l’enclave mais déstabilisé par l’avancée du goalie de Slovan Bratislava (46'45).

Les dix dernières minutes de la partie sont pauvres en occasions, la Suède se contentant désormais de gérer son pécule. La Slovaquie y croit encore un peu sur les percées de Pánik (56'31) et Réway (58'16) mais tout cela manque de conviction. Elle doit de nouveau écouter l’hymne de l’adversaire, la quatrième fois sur cinq, et doit continuer d’espérer un faux-pas de ses rivaux directs, dont la France, pour espérer être qualifiée pour les quarts de finale. Ou être maintenue dans l’élite !

Désignés joueurs du match : Calle Järnkrok (Suède) et Marek Ďaloga (Slovaquie).

Commentaires d’après-match

Vladimír Országh (entraîneur-adjoint de la Slovaquie) : « On a connu un début de match difficile et on a encaissé deux buts sur des jeux de puissance de la Suède. Les gars se sont battus mais ne sont pas parvenus à concrétiser leurs occasions. On doit vite oublier la défaite, samedi un match exigeant nous attend contre l’Italie. Nous espérons que les joueurs malades vont se rétablir et seront à disposition. Ján Laco n’était pas non plus au top de sa forme, c’est pour cette raison que nous l’avons remplacé. C’est le cas également d’Ivan Švarný, qu’on a préféré retirer. »

Richard Pánik (attaquant de la Slovaquie) : « De nouveau, nous n’avons pas appris de nos erreurs. Il m’a manqué un peu de chance à la finition de mes occasions, mais j’espère que je vais arriver à marquer bientôt. Ça n’a pas été difficile pour nos ailiers de faire les changements de lignes avec trois centres seulement, on les a bien négociés. »

Miroslav Šatan (attaquant et capitaine de la Slovaquie) : « On a fait une faible entame de match et les Suédois ont profité de leurs supériorités numériques. La rencontre s’est développée en notre défaveur mais nous avons marqué un but qui nous permettait de garder le contact. On a encaissé un troisième but de nouveau sur une de nos erreurs. Les Suédois étaient meilleurs, le troisième but leur a apporté de la tranquillité dans le jeu. C’est une lutte pour trois points qui nous attend samedi, et nous en serons les favoris. On doit retenir les leçons du match contre les Français. »

Martin Réway (attaquant de la Slovaquie) : « Ce fut une rencontre assez exigeante. Par moment les Suédois nous ont bien fait tourner. On n’a pas mal joué mais on peut déplorer notre manque de finition. On n’a pas eu autant de tirs qu’on s’était imaginés. Le gardien de la Suède a vraiment été bon. On doit désormais bien récupérer et presser les Italiens demain, jouer à fond dès la première minute et tenter d’ouvrir rapidement le score. Je suis persuadé qu’on peut le faire. »

Jaroslav Janus (gardien de la Slovaquie) : « Les entraîneurs ont appelé Ján Laco après le premier tiers et ils ont parlé. Monsieur Oremus (ndlr : second entraîneur-adjoint de la Slovaquie) est venu vers moi et m’a annoncé que j’allais dans le but. J’ai fait quelques exercices. Je voulais aider l’équipe à faire quelque chose dans ce match. Malheureusement, ça ne m’a pas réussi. J’ai fait de bons arrêts, les Suédois se sont efforcés de mettre les rebonds. Ça faisait longtemps que je n’avais pas gardé la cage, mais c’était une chance qu’il fallait saisir. »

 

Suède – Slovaquie 3-1 (2-0, 0-1, 1-0)
Vendredri 16 mai à 20h45 à la Chizhovka Arena de Minsk. 7563 spectateurs.
Arbitrage de Jyri Ronn (FIN) et Vladimir Sindler (TCH) assistés de Chris Carlson (CAN) et Joep Leermakers (HOL).
Pénalités : Suède 8' (4', 4', 0') ; Slovaquie 8' (6', 0', 2')
Tirs : Suède 40 (15, 14, 11) ; Slovaquie 21 (6, 11, 4)

Évolution du score :

1-0 à 10'05" : Nyquist assisté de Axelsson (sup. num.)
2-0 à 19'49" : Backlund assisté de Lindström (sup. num.)
2-1 à 29'12" : Marinčin assisté de Réway et Tatar
3-1 à 41'58" : Nygren assisté de Klasen

Suède

Attaquants :
Oscar Möller – Mikael Backlund (A) – Joakim Lindström
Gustav Nyquist (+1) – Calle Järnkrok – Linus Klasen (+1)
Jimmie Ericsson (A, -1) – Mattias Sjögren (2') – Simon Hjalmarsson
Dennis Rasmussen – Joel Lundqvist (C, 2') – Dick Axelsson
Nicklas Danielsson

Défenseurs :
Mattias Ekholm (+1) – Johan Fransson (2'+2', -1)
Niclas Burström (-1) – Niclas Andersén [jusqu'à 18'12"]
Tim Erixon – Magnus Nygren

Gardien :
Anders Nilsson.

Remplaçant : Linus Ullmark (G).
Non utilisés : Joacim Eriksson (G), Erik Gustafsson (D, mal de gorge), Daniel Rahimi (D, saignements au rein), Jonas Ahnelöv (D, épaule).

Slovaquie (2' pour surnombre)

Attaquants :
Ladislav Nagy (A, 2'+2') – Marek Viedenský (-1) – Miroslav Šatan (C)
Michel Miklík (A) – Juraj Mikúš (+1) – Tomáš Tatar (+1)
Richard Pánik (-1) – Andrej Šťastný – Radoslav Tybor (-1)
Dávid Skokan – Martin Réway (+1)

Défenseurs :
Marek Ďaloga – Karol Sloboda (+1)
Ivan Švarný [jusqu'à 20'00"] – Juraj Valach
Martin Marinčin (2') – Ján Brejčák
Vladimír Mihálik (-1) – Peter Čerešňák

Gardien :
Ján Laco puis Jaroslav Janus à 20'00"

Non utilisés : Július Hudáček (G), Marcel Haščák (A, malade), Marek Hrivík (A, malade), Tomáš Marcinko (A, malade).