Un compatriote... dans les rangs adverses !

C'est le match décisif pour la relégation entre l'Italie, à sa place, et la Slovaquie, que personne n'imaginait être avant-dernière de son groupe après cinq rencontres. Les Slovaques peuvent-ils tomber plus bas ? Déjà affaiblis par un virus (même si les trois malades ont réintégré l'effectif), ils se méfient particulièrement d'un compatriote échoué dans les rangs adverses...
 
Peter Ihnacak était international pour la Tchécoslovaquie avant de fgaire défection aux Mondiaux de Helsinki en 1982 pour filer en NHL. Né au Canada, son fils Brian aurait logiquement dû représenter la Slovaquie, le pays de sa famille, dont il a porté le maillot en équipes de jeunes hors compétitions officielles. Il a joué deux saisons en Extraliga slovaque, mais n'a pas été payé pendant plusieurs mois et est reparti à chaque fois en ECHL ou CHL.
 
Brian Ihnacak n'a donc jamais passé en Slovaquie les deux saisons consécutives nécessaires pour jouer en équipe nationale. En revanche, il a trouvé une terre d'accueil en Italie, dont il a pris la nationalité et peut porter le maillot. Ihnacak est un vrai cosmopolite, il parle mieux tchèque (il rendait visite tous les étés à sa grand-mère à Prague) que slovaque, mais mieux slovaque qu'italien...
 
Comme prévu, l'Italie se recroqueville en défense, mais cette tactique prend des proportions insoupçonnées. En dix minutes, le compteur de tirs affiche, tenez-vous bien, 14 à 1. Le gardien Daniel Bellissimo tient son équipe à bout de bras, en parant la déviation à bout portant de Nagy, ou encore par un arrêt-réflexe de la mitaine face à Miroslav Satan, qui avait un rebond en cage ouverte en supériorité numérique. Le palet ainsi repoussé ricoche contre le poteau et flirte avec le but avant d'être dégagé par un plongeon d'Egger... Il faut aussi un peu de chance et de soutien.
 
Le protagoniste décisif est effectivement Brian Ihnacak, mais pas de façon positive. En sortie de zone, il se fait coincé contre la bande par Hrivik (le banc italien réclame une faute), ce qui permet à Marek Daloga de partir à 2 contre 1 et de négocier parfaitement son une-deux avec Karol Sloboda autour du dernier défenseur Egger pour ouvrir le score (1-0, 10'08").
 
Lorsque l'Italie se retrouve en supériorité numérique, Brian Ihnacak se fait voler le palet dans la crosse par Tomas Tatar, qui s'échappe en solitaire sans parvenir à tirer. Le malheureux Ihnacak prend deux minutes pour coup de coude et renverse la pénalité. Dans ces conditions, la Slovaquie lui pardonnera volontiers d'avoir revêtu le maillot adverse...
 
Malgré la domination sans partage aux tirs (22 à 3), la Slovaquie n'est toujours pas à l'abri en rentrant aux vestiaires. Mais si elle veut gagner, l'Italie doit déjà commencer par attaquer... Et c'est en venant s'installer en zone offensive qu'elle se fait prendre en contre-attaque. Un palet bondissant arrive à Marek Viedensky parti dans le dos de la défense, et il le loge entre les bottes du gardien (2-0, 23'05")
 
C'est dur à vivre l'Italie. Non que le score soit immérité, bien sûr, mais la manière est peu encourageante. Quand la Squadra Azzurra s'est contentée d'un pur catenaccio, elle n'a encaissé qu'un but, et dès qu'elle a commencé à sortir de sa coquille, elle a subi l'art slovaque de la contre-attaque. Cela ne va pas lui donner envie d'attaquer. Elle attend en fait un avantage numérique. Jan Laco signe alors un double-arrêt face à David Borrelli : d'abord de la jambière sur une déviation à bout portant, puis un magnifique arrêt-réflexe de la main sur le rebond.
 
Pour la Slovaquie, cela doit être aussi frustrant de ne jamais arriver à marquer sur action placée, alors qu'elle fait le siège de la zone offensive. Il y a comme un problème de cible : la déviation de Marcinko va droit... dans le visage de Marcel Hascak. Le malheureux part se faire recoudre et assistera au troisième tiers en survêtement avec un gros pansement sur la joue. Andrej Stastny prend sa place.
 
L'écart se creuse enfin quand Tomas Tatar passe côté droit à Michel Miklik et va sans opposition jusqu'au but pour reprendre le centre face au gardien (3-0, 34'13"). Mais l'Italie réplique par un lancer à mi-distance d'Alexander Egger (3-1, 38'26"). Un score encore flatteur quand on sait que la Slovaquie a tiré 40 fois contre 11...
 
Le début de troisième période est marqué par un échange de pénalités. Egger écope d'une obstruction pendant une supériorité numérique, et Sullivan le rejoint en prison. Le 5 contre 3 vire à la démonstration slovaque. Le jeu de passes en carré Valach-Nagy-Satan-Tatar désoriente totalement la défense, et le cinquième joueur au milieu - Michel Miklik - prend le rebond face au but (4-1, 48'07").
 
L'Italie se retrouve en supériorité numérique à sept minutes de la fin, mais cela ne lui réussit pas. Une passe lobée de Nagy envoie en échapée Tomas Tatar, qui est accroché par Thomas Larkin. Tir de pénalité (54'40") : Tatar fait se coucher le gardien et n'a plus qu'à lever le palet... sauf qu'il rate ledit palet et tire dans le vide. Le public slovaque est mi-déçu, mi-chambreur.
 
À l'avant-dernière minute, Tatar réagit vivement en voyant Kostner lever le patin en arrière devant lui, et les arbitres l'envoient en prison où se trouve déjà Sloboda. Tom Pokel appelle son temps mort et sort son gardien pour jouer à 6 contre 3 pendant trente secondes ! Idéal pour au moins sauver l'honneur... C'est sans compter sur Jan Laco : le meilleur gardien du Mondial 2012 enchaîne un déplacement avec parade de la botte face à Ihnacak (servi par une parfaite passe transversale) puis un fantastique arrêt-mitaine sur le rebond dans le slot.
 
L'Italie est reléguée, sauf miracle qu'elle n'espère même plus. La Slovaquie, elle, peut encore accéder aux quarts de finale, mais elle n'a plus son destin en mains : elle doit d'abord espérer que le Danemark batte la France, puis à son tour défaire ces mêmes Danois.
 
Désignés joueurs du match : Miroslav Šatan (Slovaquie) et Christian Borgatello (Italie).
 
Commentaires d'après-match
 
Tomas Marcinko (attaquant de la Slovaque) : "Je suis très content, mais crevé. Les deux jours de pause vont nous faire du bien. Je ne sais pas ce que c'était comme virus. Je n'avais de la fièvre et je ne pouvais pratiquement rien digérer. Je suis encore en sueur et j'ai des vagues de frissons. Je n'en savoure que plus cette victoire. Je dois avouer que quand j'ai vu les 22 tirs au premier tiers, je suis resté surpris et je ne savais pas si c'était les tirs totaux ou les tirs cadrés. Nous avons été plus actifs durant tout le match, et s'ils ont eu quelques occasions, Jan Laco les a arrêtés par des interventions incroyables."
 
 
 
Slovaquie - Italie 4-1 (1-0, 2-1, 1-0)
Samedi 17 mai 2014 à 20h45 à la Chizhovka Arena de Minsk. 5929 spectateurs.
Arbitrage de Vyacheslav Bulanov (RUS) et Mikael Nord (SUE) assistés de Justin Hull (CAN) et Masi Puolakka (FIN).
Pénalités : Slovaquie 14' (2', 4', 8'), Italie 10' (4', 0', 6').
Tirs : Slovaquie 53 (22, 18, 13), Italie 20 (3, 8, 9).
 
Évolution du score
1-0 à 10'08" : Ďaloga assisté de Sloboda
2-0 à 23'05" : Viedensky assisté de Daloga et Reway
3-0 à 34'13" : Tatar assisté de Miklík
3-1 à 38'26" : Egger assisté de Rocco
4-1 à 48'07" : Miklík assisté de Tatar et Šatan (double sup. num.)
 
 
Slovaquie
 
Attaquants :
Ladislav Nagy (A, +1) - Marek Hrivík (+1) - Miroslav Šatan (C, +1)
Tomáš Tatar (2') - Juraj Mikúš - Michel Miklík (A)
Richard Pánik - Tomáš Marcinko (2') - Marcel Haščák (2') puis à 32' Andrej Štastný (2')
David Skokan (+1) - Marek Viedenský (+1, 2') - Martin Réway (+1)
 
Défenseurs :
Marek Ďaloga (+2) - Karol Sloboda (+2, 2')
Ivan Švarný (+1) - Juraj Valach (+1)
Martin Marinčin (-1, 2') - Vladimir Mihalík (-1)
 
Gardien :
Ján Laco
 
Remplaçants : Július Hudáček (G), Peter Čerešňák.
Non alignés : Jaroslav Janus (G), Ján Brejčák, Radoslav Tybor.
 
Italie
 
Attaquants :
Giulio Scandella - Nathan DiCasmirro (A) - Diego Kostner
David Borrelli (-1, 2') - Vincent Rocco (-1) - Brian Ihnačák (-1, 4')
Nicola Fontanive (-1) - Daniel Tudin (-1) - Markus Gander (-1)
Luca Felicetti - Anton Bernard - Marco Insam
 
Défenseurs :
Alexander Egger (C, -1, 2') - Christian Borgatello (A)
Davide Nicoletti - Thomas Larkin (-1)
Daniel Sullivan (2') - Trevor Johnson (-1)
Armin Hofer (-1)
 
Gardien :
Daniel Bellissimo [sorti à 58'35"]
 
Remplaçants : Andreas Bernard (G), Patrick Bona.
En tribunes : Alex Caffi (G), Alex Trivellato, Joachim Ramoser (suspendu).