Une victoire à la Pyrrhus pour la Russie

La patinoire est comble et bruyante pour ce sixième match de la Russie. Le public est bien sûr complètement acquis à sa cause, avec des milliers de drapeaux dans les tribunes. L'annonce du nom d'Aleksandr Ovechkin plonge immédiatement le public dans un état second...
 
La première place est acquise pour les Russes, qui ont écrasé toute concurrence dans la première semaine. On peut se demander si l'arrivée d'Evgeny Malkin - demain - ne va pas détruire la belle alchimie qui s'est installée dans l'équipe, où Ovechkin et Tikhonov paraissent s'entendre comme larrons en foire.
 
Pat Cortina déclarait au dernier match qu'il espérait limiter la Russie à vingt tirs. Une mission difficile au vu des prestations russes jusque là. Quoi qu'il en soit, l'Allemagne est assurée du maintien après la déroute du Kazakhstan face aux Suisses. Chercher les quarts paraît impossible. Il s'agit donc surtout de faire bonne figure. Rob Zepp n'ayant pas trop convaincu, Philip Grubauer prend sa place dans les cages. Le jeune et déjà brillant Andrei Vassilievsky débute côté russe.
 
L'Allemagne résiste bien dans les premières minutes, durant lesquelles il n'y a pas grand chose à signaler. À la cinquième, Denisov est pris par la patrouille et c'est une supériorité allemande. La première chance du match revient à Oppenheimer après une grossière erreur de relance d'Anisimov. Le gardien repousse son tir dans le filet protecteur. La Russie revient au complet, portée par ses supporters. Tikhonov déborde à gauche et cherche le tir du revers au premier poteau. Grubauer ferme l'angle, mais c'est surtout le métal qui résonne. Un tir de Medvedev suit peu après et une déviation manque de surprendre le portier germanique.
 
La Russie prend l'ascendant et les chances se succèdent. Belov vole le palet à Draisaitl et lance au but, Grubauer dégage proprement le rebond hors de danger. La pression de l'équipe "presque locale" finit par pousser Kink à la faute. Son plaquage en zone défensive n'est pas du goût des arbitres. Comme Müller a commis une faute sur la même séquence, la Russie dispose de deux minutes de cinq-contre-trois...
 
Medvedev plante la première banderille sur la botte de Grubauer. L'Allemagne défend brillamment, coupant les lignes de passe et bloquant les tirs. Grubauer n'a aucun arrêt à faire, et lorsque les deux punis sortent, ils déboulent en échappée. Müller trouve la botte de Vassilievski, pendant que Kink est accroché dans la neutre. Le jeu de puissance change de camp. L'Allemagne se crée une bonne chance en attaque lancée, avec un tir de Barta. Rieder manque le rebond et les Russes partent en contre, avec un tir de Shipashyov du cercle, bien capté par Grubauer. Puis, alors que les deux formations jouent à nouveau au complet, Burmistrov se positionne bien entre les deux cercles et son tir manque le cadre.
 
À quelques encablures de la pause, Shirokov s'effondre dans la neutre. Le petit ailier semble avoir été touché à la jambe dans un contact avec Weiss, qui prend deux minutes. La Russie pose son jeu et teste Grubauer avec un tir d'Anisimov, excentré. L'attaquant de Columbus produit un deuxième tir de l'autre côté, puis Denisov s'y met depuis la bleue. Grubauer ne laisse rien passer. L'Allemagne rentre au vestiaire en ayant accompli sa mission : 0-0 et une attaque russe qui reste sur sa faim.
 
Au retour des vestiaires, le scénario se poursuit. L'Allemagne, très concentrée et rigoureuse, ne laisse jamais la Russie s'installer durablement en attaque.
 
Il faut donc arriver lancé. Kulyomin s'y efforce et son tir de l'aile gauche pousse Grubauer à plonger pour contrôler le palet juste avant l'arrivée d'Anisimov. L'Allemagne obtient à son tour une superbe chance lorsque Barta parvient à s'échapper. Il élimine un défenseur d'une feinte technique magnifique et Vasilevski doit sortir le grand jeu.
 
Grubauer reste tout aussi décisif en s'imposant devant Shirokov en débordement à gauche. Il bloque le rebond de la botte et empêche Kulyomin de se saisir d'une troisième chance.
 
Malgré tout, globalement, l'Allemagne domine en possession du palet. Les joueurs de Pat Cortina réussissent de longues séquences offensives, qui agacent un peu le public, prompt à s'enflammer au moindre démarrage des Blancs... Un nouveau lancer de la bleue permet à Grubauer de montrer sa souplesse avec un arrêt en grand écart spectaculaire.
 
La partie reste indécise, les deux équipes multipliant les erreurs. Passes imprécises, palets perdus occasionnent des accélérations très brèves et des changements de sens incessants. À moins de trois minutes de la pause, ces aller-retours finissent par épuiser. Battu dans un duel, Frank Hördler se rend coupable d'un cinglage. La pression monte sur le but de Grubauer avec un combat féroce dans la zone offensive. Plotnikov en fait trop au duel et sa charge dans le dos sur Krueger n'échappe pas aux arbitres. À quelques secondes de la fin, Hordler sort une deuxième fois de suite après une crosse haute en zone offensive.
 
Toujours aucun but à la pause et l'Allemagne fait jeu égal avec le favori...
 
La Russie change ses lignes et Shipachyov retourne en première ligne à la place de Tikhonov. Zaripov et Kulyomin intervertissent aussi leurs postes.
 
À quatre-contre-quatre, Oppenheimer devance Vasilevski derrière la cage et sert Akdag en retrait. Le portier russe est revenu à temps. Plotnikov revient au jeu et c'est un bref avantage numérique russe, assez mal géré avec de mauvaises passes. Rieder part même en contre sur la droite et force Vassilievski à bloquer le palet en papillon. Grubauer lui donne la parfaite réplique avec deux arrêts de la jambière sur des lancers de loin.
 
La défense allemande ne laisse pas un millimètre d'espace à Ovechkin. Le capitaine de Washington tente de reprendre une passe en retrait et la crosse de Kink intervient en opposition : cinglage peu évident et deux minutes. Six secondes plus tard, l'attaque russe trouve enfin la faille. Passage de Plotnikov derrière la cage et centre en retrait premier poteau. Yakovlev tire au but et fixe tout le monde. Shipachyov prend le rebond dans une cage ouverte (1-0). Le public scande "Rossiya ! Rossiya !" dans une explosion sonore, pendant que Kink se plaint auprès des arbitres pour cette pénalité litigieuse.
 
À dix minutes de la fin, le public retient son souffle lorsque Ovechkin reste étendu sur la glace après une charge à la hanche de Kink. Tous les coéquipiers viennent l'aider à rentrer au banc et il part au vestiaire en boitant, avec l'aide des soigneurs. La jambe droite ne paraît plus vraiment répondre...
 
Sur l'engagement, la vengeance est immédiate. Shirokov entre en zone, repique au centre, feinte un défenseur et s'approche du but pour un lancer en pleine lucarne (2-0).
 
La Russie déroule et prend possession de la zone allemande. Le palet tourne à toute vitesse et l'Allemagne peine à le récupérer. Sur un tour de cage de Burmistrov, Belov expédie un slap violent plein axe et Grubauer tient son équipe avec un bel arrêt du gant.
 
À trois minutes de la fin, Grubauer laisse sa place à un attaquant pour une pénalité différée, suite à une bonne présence de la ligne Draisaitl. Le junior a été sévèrement mis au sol par Denisov, qui prend deux minutes. Pat Cortina décide de rester à six joueurs de champ pour la supériorité. Barta tente un premier tir du cercle, arrêté. L'Allemagne peine à rester en zone offensive et Shirokov finit le travail en cage vide (3-0).
 
La victoire russe était certes prévue, mais elle aura été longue à se dessiner. L'Allemagne aurait mérité mieux tant elle a brillamment défendu pendant quarante minutes, en se créant aussi quelques situations offensives. 
 
Malgré tout, le score reste anecdotique. La question sur toutes les lèvres concernait l'état de santé de la star Aleksandr Ovechkin, évacué à l'hôpital en ambulance. Suspendus au moindre communiqué, les fans ont été soulagés d'apprendre que la blessure était apparemment moins grave qu'attendu. Le capitaine russe est rentré à l'hôtel de l'équipe, postant une photo positive sur les réseaux sociaux tard dans la nuit. Un match de repos suffira-t-il avant les quarts de finale ?
 
Désignés joueurs du match : Aleksandr Ovechkin (Russie) et Philip Grubauer (Allemagne).
 
Commentaires d'après-match
 
Tobias Rieder (attaquant de l'Allemagne) : "Nous avons très bien joué quarante minutes. Puis, nous avons pris trop de pénalités et la Russie a su concrétiser ces occasions. Leur gardien a fait un très bon match, mais nous devons lancer plus au but."
 
Pat Cortina (entraîneur de l'Allemagne) : "Je suis content de notre manière de jouer pendant quarante minutes. Nous avons très bien défendu, eu de bonnes occasions, malheureusement notre jeu de puissance n'a pas marqué. Nous savions qu'ils finiraient par trouver la faille à un moment, mais cela reste une belle performance de notre part. Je ne sais pas trop s'il y a faute ou pas avant le premier but, mais nous avons de toute façon concédé trop de pénalités et cela ne pardonne pas face à leur jeu de puissance. [Au sujet de la blessure d'Ovechkin] On ne peut pas résumer notre équipe à cette faute, qui est un accident malheureux. J'espère qu'il va bien, car c'est un grand joueur, un formidable ambassadeur pour notre sport, qui a besoin de joueurs comme lui."
 
Viktor Tikhonov (attaquant de la Russie) : "L'Allemagne avait une très bonne défense. Nous n'avons pas su marquer rapidement, malgré un long powerplay. Finalement, nous avons changé nos lignes de supériorité et cela a marché. Chaque match est une bonne préparation pour la suite, en conservant ce style de jeu. Notre jeune gardien a été bon, mais de toute façon, nous avons trois gardiens extraordinaires."
 
Oleg Znarok (entraîneur de la Russie) : "Je suis satisfait de la victoire. Nous avons changé les lignes pour cela. Pour la première fois du tournoi, nous n'avons pas marqué rapidement, et nous avons été confrontés à l'adversité. Ce sera utile pour la suite. Je n'ai aucune information à donner sur l'état de santé d'Ovechkin."
 
 
 
Russie - Allemagne 3-0 (0-0, 0-0, 3-0)
Dimanche 18 mai 2014 à 20h45 à la Minsk Arena. 14021 spectateurs.
Arbitrage d'Igor Dremelj (SLO) et Vladimir Sindler (TCH) assistés de Vit Lederer (TCH) et Joep Leermakers (HOL).
Pénalités : Russie 8' (4', 2' , 2'), Allemagne 12' (6', 4', 2').
Tirs : Russie 31 (10, 10, 11), Allemagne 27 (9, 9, 9).
 
Évolution du score :
1-0 à 43'58" : Shipachyov assisté de Yakovlev et Plotnikov (sup. num.)
2-0 à 50'10" : Shirokov assisté de Zaripov et Anisimov
3-0 à 59'15" : Tikhonov assisté d'Anisimov (cage vide)
 
 
Russie
 
Attaquants :
Aleksandr Ovechkin (C) - Viktor Tikhonov (+1) - Sergei Plotnikov (2')
Sergei Shirokov (+1) - Artyom Anisimov (+2) - Nikolaï Kulyomin (A)
Danis Zaripov (A, +1) - Vadim Shipachyov - Sergei Kalinin
Evgeni Dadonov - Aleksandr Burmistrov - Evgeni Kuznetsov
 
Défenseurs :
Denis Denisov (+1, 4') - Maksim Chudinov
Aleksandr Kutuzov (+2) - Evgeni Medvedev (+2, 2')
Yegor Yakovlev - Anton Belov
 
Gardien :
Andrei Vassilievski
 
Remplaçant : Sergei Bobrovsky (G).
En tribunes : Anton Khudobin (G). Blessés : Andrei Zubarev (bras lacéré), Dmitri Orlov (bras cassé), Andrei Loktionov (épaule). 
 
Allemagne
 
Attaquants :
Frank Mauer (-1) - Alexander Barta - Yasin Ehliz (-1)
Thomas Oppenheimer (-2) - Kai Hospelt (A, -1) - Marcel Noebels
Yannic Seidenberg - Marcus Kink (-1, 4') - Leon Draisaitl (-2)
Tobias Rieder - Alexander Weiss (2') - Daniel Pietta
Matthias Plachta (-1)
 
Défenseurs : 
Denis Reul (-1) - Constantin Braun (A, -1)
Frank Hördler (C, 4') - Moritz Müller (2')
Justin Krueger - Sinan Akdag
Benedikt Kohl
 
Gardien :
Philipp Grubauer [sorti de sa cage de 57'13" à 59'15"]
 
Remplaçant : Danny aus den Birken (G).
En tribunes : Rob Zepp (G), Torsten Ankert (D), Felix Schütz (A).