Qualification historique pour la France

C'est la dernière marche pour les Bleus. S'ils battent dans le temps réglementaire, ils se qualifieront pour les quarts de finale. Et après leur très bon tournoi, ils abordent ce match décisif dans une position de favori des pronostiqueurs.
 

Mais le Danemark, nanti de sa victoire face aux Tchèques, peut nourrir les mêmes espoirs. S'il gagne, il jouera une "finale" pour la qualification face à la Slovaquie, qui prie pour son succès. Simon Nielsen, le gardien tombeur des Tchèques, a été confirmé dans la cage.
 
S'ils se sont affrontés dans des qualifications olympiques ou mondiales, Français et Danois ne se sont curieusement jamais rencontrés dans un championnat du monde élite ! Mesure du chemin parcouru, ils s'étaient souvent croisés autrefois dans des Mondiaux C, puis B, la dernière fois en 2001 à Grenoble. Côté danois, il reste Staal et le capitaine Green de cette époque. Côté français, il reste Huet, le bientôt retraité Amar, et le duo offensif Treille-Meunier. Autant de générations, dans un pays comme dans l'autre, qui verraient un quart de finale comme un aboutissement d'une grande carrière.
 
Et c'est la ligne des vétérans tricolores qui marque à sa première présence, sur une très belle transition. Laurent Meunier va aider Chakiachvili dans le coin pour récupérer le palet, et Julien Desrosiers sort le palet de la zone défensive avec l'aide de la bande. Yorick Treille passe ensuite joliment dans son dos à Meunier pour l'entrée en zone offensive, et le capitaine centre pour la reprise de Desrosiers, sous le bras droit de Simon Nielsen (0-1, 01'08"). À la huitième minute, ils remettent ça. Meunier centre du revers pour la déviation de Treille qui passe de peu à côté du poteau.
 
Cristobal Huet, lui, a peu de travail. Les quelques tirs qu'il essuie ne sont pas masqués et sont faciles pour un gardien de sa trempe. Il pourrait être plus en danger quand Patrick Bjorkstrand trouve une passe transversale vers Jesper Jensen en bonne position, mais Treille et Amar gênent efficacement le tireur.
 
Jan Karlsson, le coach suédois du Danemark, a cependant un petit tour dans son sac. Alors que sa quatrième ligne n'est apparue sur la glace qu'une fois, Julian Jakobsen, seul centre danois positif aux mises au jeu dans ce tournoi, est envoyé comme "joker" avec le troisième trio sur un engagement en zone offensive. Il le gagne face à Teddy Da Costa, et le tir non cadré de Jesper B. Jensen ricoche sur la hanche de Nicolas Besch et prend la direction des filets (1-1, 15'09").
 
La France ne se laisse pas décontenancer par cette égalisation imméritée. Un duel acharné pour le palet - gratté par Bellemare et Da Costa - occupe plusieurs joueurs derrière la ligne bleue. Antoine Roussel se fait oublier à l'aile opposée, reçoit la passe transversale de Baptise Amar, élimine aisément d'un mouvement du bassin le lourd défenseur d'AHL Oliver Lauridsen et décoche un tir du poignet à mi-hauteur côté plaque (1-2, 19'23").
 
Au début de la deuxième période, Jan Karlsson envoie sa quatrième ligne pour sa seconde présence du match. Morten Poulsen centre devant la cage pour Frederik Storm, accroché par Auvitu : c'est la première pénalité du jour (photo de droite). Les Français ne laissent pas d'espaces en infériorité et se couchent devant les tirs.
 
La première pénalité danoise suit immédiatement après, une obstruction de Jesper Jensen sur le gardien. Il faut faire une pause pour nettoyer la glace de taches de sang : en contrant un dégagement de Bellemare, le malheureux Jannik Hansen a dévié le palet avec sa crosse vers son visage. La supériorité numérique est ensuite gâchée par plusieurs passes imprécises (Bellemare, Da Costa, Auvitu).
 
Au retour à 5 contre 5, Damien Fleury déborde sur l'aile gauche et repique dans le slot en éliminant trois joueurs, Philip Larsen, Markus Lauridsen et Kim Staal, ce dernier étant le plus persévérant de tous puisqu'il met le Français au sol. Le palet arrive alors à Laurent Meunier avec une cage grande ouverte, mais le capitaine bleu tire sur le poteau ! L'action se poursuit avec Teddy Da Costa arrivé frais du banc pour un tir de l'enclave, mais la défense danoise, asphyxiée, finit par ramener le palet à son gardien pour qu'il le gèle.
 
Le Danemark a toujours peu d'occasions, hormis celle de Nicklas Jensen à la mi-match qui est bloquée de justesse par la jambière de Huet. Mais une fois encore, il suffit d'une déviation... Elle est cette fois parfaitement volontaire, par la crosse de Jesper Jensen qui redirige en lucarne un envoi de la ligne bleue de Kim Staal (2-2, 34'41").
 
Ce but faisait suite à une circulation de palet dans les bandes, il change la physionomie du jeu. Le Danemark est plus fort dans les duels dans cette fin de deuxième tiers-temps. Ce n'est peut-être pas un hasard s'il joue maintenant à quatre lignes, avec plus de fraîcheur... Le quatrième bloc passe d'ailleurs près de donner l'avantage à son équipe, sur une bonne passe en retrait de Julian Jakobsen reprise à bout portant par Morten Poulsen.
 
Les Danois restent très en jambes en début de troisième période et partent fort. Pierre-Édouard Bellemare relance la France par une accélération, que personne n'a suivie dans le slot. Antoine Roussel donne néanmoins en retrait à Stéphane Da Costa dont le lancer du haut de l'enclave est détourné par Nielsen. L'intensité monte et les duels se font de plus en plus acharnés, les arbitres maintenant leur ligne de conduite très tolérante.
 
Alors que la France joue ce dernier tiers-temps à trois lignes (avec Ritz à la place de Raux sur le troisième trio), la rotation à quatre lignes a semblé aider le Danemark... sauf quand la quatrième ligne jusqu'ici irréprochable se retrouve face au super-bloc français ! Da Costa va contrer Julian Jakobsen derrière sa cage, et Roussel décale parfaitement Bellemare (2-3, 49'10"). La première ligne tricolore enchaîne sur sa présence suivante : Bellemare gagne l'engagement, Roussel va chercher le palet en retrait derrière la cage et délivre une belle passe dans son dos à Da Costa qui dribble le gardien (2-4, 50'36").
 
Le Danemark accuse le coup et la France est euphorique. Antoine Roussel gagne un duel contre deux adversaires dans la bande en zone neutre, et la passe transversale de Stéphane Da Costa démarque Antonin Manavian monté sans opposition sur le côté droit (2-5, 52'52"). Premier but en championnat du monde pour le défenseur barbu !
 
La ligne fatale n'en a pas fini. L'action suivante part d'une mise en échec de Stéphane Da Costa dans la bande et se termine par un palet traînant (que n'a pas dégagé Stefan Lassen) envoyé au fond par ce même Da Costa (2-6, 55'09", photo de gauche).
 
Le Danemark peut finir le match en avantage numérique après une pénalité de Ritz, mais Roussel se procure une occasion en contre et envoie Green en prison. Les deux frères Lauridsen l'y rejoignent, frustrés et battus dans les duels, pendant que les Bleus lèvent les bras au ciel après cette nouvelle grande performance.
 
Quatre buts en un tiers-temps pour la ligne de Bellemare, qui fait une entrée en force au classement des marqueurs de ce championnat du monde !
 
La France accède donc à son deuxième quart de finale après 1995, avant même son dernier match contre les Tchèques. L'enjeu de cette confrontation sera la troisième place du groupe, qui offrirait aux Bleus le meilleur classement de son histoire. Elle permettrait aussi d'éviter la Russie et de récolter en quart de finale un adversaire qui n'aura pas fait meilleure impression que la France dans ce tournoi...
 
Désignés joueurs du match : Stefan Lassen (Danemark) et Stéphane Da Costa (France).
 
Commentaires d'après-match
 
Jan Karlsson (entraîneur du Danemark) : "Nous avons été chanceux de revenir à 1-1, puis nous avons poussé en fin de deuxième et début de troisième, qui a été très bon. Mais derrière, nous avons perdu la bataille devant le but, et c'est là que nous perdons le match."
 
Laurent Meunier (attaquant de la France) : "La première ligne a été incroyable. Le reste de l'équipe a bien travaillé. Je n'ai pas de mots... quand on voit d'où on vient ! Il y a 19 ans, avec une quinzaine de naturalisés, et maintenant avec un seul et tout les autres formés en France. Le travail du staff et de la nouvelle fédération, et tout ça depuis Dave aussi... À Amiens, nous étions très faibles, et quand on voit ce qu'on a traversé, jouer en Chine dans un trou perdu avec un vestiaire de 3 m²... On progresse, en conservant nos valeurs et en ajoutant le talent, le caractère. Je suis fier des gars. Cristobal nous fait du bien en deuxième et début de troisième, nous n'étions pas dans notre jeu. Il fallait travailler plus et petit à petit la confiance est revenue, on a été solides en défense. On s'est remis à bloquer des tirs, on a corrigé les erreurs."
 
Stéphane Da Costa (attaquant de la France) : "Nous sommes venus un peu lents en première et deuxième, peut être stressés ou trop relâchés. Laurent Meunier a poussé un coup de gueule dans le vestiaire, nous rappelant qu'il y avait un quart en vue et qu'il fallait faire le job. Nous avons joué le troisième avec détermination, avec du cœur. Nous sommes conscients que c'est historique, que c'est énorme pour le hockey français. Cela nous a sans doute un peu écrasés au début... Demain, nous ne prendrons pas le match à la légère, c'est un match comme un autre. On doit encore prouver des choses."
 
Antoine Roussel (attaquant de la France, photo) : "C'est génial ! On s'est relâché au deuxième et on s'est parlé. On voit que quand on se parle, on est capable de rebondir. Nous avons fait un bon troisième tiers, avec du caractère, de l'envie et un gros travail où tout le monde a contribué. C'est vraiment cool de pouvoir faire partie de ce groupe. Maintenant, il faut redescendre sur terre car demain, il y a encore un gros match."
 
Dave Henderson et Pierre Pousse (entraîneur et entraîneur-adjoint de la France) : "C'est un grand moment pour le hockey français. On en a rêvé depuis longtemps. C'est révélateur que cela arrive avec le travail intense de tout ce groupe. Nous avons montré notre jeu, travailleur, physique et discipliné en troisième tiers. Le talent, c'est le jeu en finesse et le travail ingrat. Et nos joueurs font les deux, comme Stéphane Da Costa qui vient gratter un palet, mettre une charge pour créer un but. À 2-1, le quart a peut-être pesé dans les têtes, les joueurs ont eu peur de commettre des erreurs. Et le crédit en revient au Danemark, qui a été intense à ce moment-là et qui a pris le contrôle du jeu. Nous manquions de vitesse, avec du mal à sortir de notre zone, à patiner après eux. La fin du deuxième tiers est arrivée au bon moment. Nous avons beaucoup de leaders dans le groupe et Laurent Meunier a pris la parole. Nous nous sommes dit les vérités, et derrière, nous avons su maîtriser le match, ce qui est nouveau. Nous avons procédé à quelques ajustements et sommes revenus à notre style. Un gros travail dans les bandes, mettre le palet à la cage. Cela a payé, et à 4-2, le Danemark a dû sortir... Mais même à 6-2, il n'y avait rien d'acquis. Nous avions pris deux buts en 21 secondes l'autre jour, donc là, après trois dégagements interdits et des joueurs sur la glace depuis longtemps, j'ai pris le temps mort pour faire souffler les joueurs et on s'est dégagés. Il ne faut pas baisser la garde.
 
Une progression lente mais constante
Quand on se rappelle 2008 à Québec, il y a un monde avec cette équipe. Une progression lente, mais constante. Depuis notre arrivée en 2005, il a fallu reconstruire. Il y a eu un gros travail avec le préparateur physique Adrien Valvo qui est avec nous depuis 2007. Un mois de préparation, pour mettre tout le monde au même niveau. Les années précédentes, il fallait les préparer pour un match décisif pour le maintien, puis pour trois. Maintenant, c'est pour être au top à tous les matchs. Le match de la Russie l'an dernier nous a fait prendre conscience que l'on pouvait battre tout le monde : ils restaient sur treize victoires au Mondial, avec des gars comme Radulov ou Kovalchuk... Ce succès nous a fait mal après l'an dernier, mais nous a aidés pour cette année.
 
La Chine ?
À des milliers de kilomètres, mais après une année catastrophique, cela nous a fait du bien d'être entre nous. Il n'y avait qu'une correspondante locale, qui ne connaissait rien au hockey. Nous avons perdu contre l'Estonie aux tirs au but, puis battu la Pologne 4-0 dans ce qui a été longtemps un match-référence, avec de la discipline, on ne leur a rien laissé. S'il n'y a pas d'historique dans l'équipe, ça ne colle pas bien. Le groupe vit, s'amuse et passe du bon temps. C'est important que cela reste aussi cela. Les joueurs arrivent de l'étranger maintenant, où ils ont parlé une autre langue toute l'année. L'équipe de France, c'est un peu une famille et tous les nouveaux arrivants rentrent dans ce moule, les leaders les accueillent et leurs donnent les règles, qu'ils transmettent à leur tour.
 
1995 ? 
Il y avait une grande génération, autour de Bozon, Pajonkowski... Pousse ! Mais les douze ou treize importés, sans eux, pas de qualification. C'était déjà un pas en avant après Calgary et Albertville. Cette année, on récolte les fruits du travail de tous les éducateurs en France. Nos joueurs sont partis à l'étranger après avoir joué en élite, ils sont formés chez nous.
 
Les Tchèques ? 
Nous aborderons le match avec sérieux car c'est important pour le ranking. Avec douze ou treize points, nous serons devant des équipes de l'autre groupe et ces places au ranking sont importantes. Pour les quarts, peu importe l'adversaire, même si éviter la Russie, pourquoi pas..."
 
 
 
Danemark - France 2-6 (1-2, 1-0, 0-4)
Lundi 19 mai 2014 à 16h45 à la Chizhovka arena de Minsk. 7450 spectateurs.
Arbitrage d'Aleksi Rantala (FIN) et Maksim Sidorenko (BLR) assistés de Nicolas Fluri (SUI) et Joep Leermakers (HOL).
Pénalités : Danemark 8' (0', 2', 6'), France 4' (0', 2', 2').
Tirs : Danemark 33 (8, 10, 15), France 29 (12, 6, 11).
 
Évolution du score
0-1 à 01'08" : Desrosiers assisté de Meunier et Y. Treille
1-1 à 15'09" : J.B. Jensen assisté de Staal et Jakobsen
1-2 à 19'23" : Roussel assisté d'Amar et Bellemare
2-2 à 34'41" : Staal assisté de J. Jensen et Bjorkstrand
2-3 à 49'10" : Bellemare assisté de Roussel et S. Da Costa
2-4 à 50'36" : S. Da Costa assisté de Roussel et Bellemare
2-5 à 52'52" : Manavian assisté de Roussel et S. Da Costa
2-6 à 55'09" : S. Da Costa
 
 
Danemark
 
Attaquants :
Mikkel Bødker (-1) - Morten Green (C, -1, 2') - Mads Christensen (-2)
Nicklas Jensen (-2) - Morten Madsen (A, -2) - Jannik Hansen (-2)
Patrick Bjorkstrand (+1) - Jesper Jensen (-1, 2') - Kim Staal
Frederik Storm (-1) - Julian Jakobsen - Morten Poulsen (-1)
 
Défenseurs :
Stefan Lassen (-4) - Philip Larsen (-5)
Jesper B. Jensen (A, +2) - Markus Lauridsen (2')
Oliver Lauridsen (-1, 2') - Emil L. Kristensen
 
Gardien :
Simon Nielsen
 
Remplaçants : Patrick Galbraith (G), Phillip Bruggisser, Thomas Spelling.
En tribunes : Sebastian Dahm (G), Anders H. Poulsen.
 
France
 
Attaquants :
Stéphane Da Costa (+5) - Pierre-Édouard Bellemare (A, +5) - Antoine Roussel (+5)
Julien Desrosiers - Laurent Meunier (C) - Yorick Treille
Damien Raux (-1) - Teddy Da Costa (-1) - Damien Fleury (-1)
Luc Tardif - Brian Henderson - Nicolas Ritz
Anthony Guttig [2 présences]
 
Défenseurs :
Yohann Auvitu (+1, 2') - Nicolas Besch (+1)
Baptiste Amar (A, +2) - Antonin Manavian (+2)
Jonathan Janil (+1) - Florian Chakiachvili (+1) puis à 15' Benjamin Dieudé-Fauvel
 
Gardien :
Cristobal Huet
 
Remplaçant : Florian Hardy (G).
En tribunes : Ronan Quemener (G), Maxime Moisand, Eliot Berthon.