Le pays organisateur accusé de conspiration

Après la France, un autre pays peut obtenir sa qualification en quart de finale : la Lettonie (4 fois) et le Bélarus (3 fois) ont figuré un peu plus souvent dans le top-8 mondial, mais on ne les y avait plus vus depuis 2009, où ils avaient tous deux participé aux quarts de finale.
 
Cela pourrait encore être le cas cette année : si le Bélarus, avec la Russie comme dernier adversaire, est considéré comme "obligé" de gagner, la Lettonie aura une seconde chance demain face à une Suisse déjà éliminée.
 
Les supporters baltes sont pour la première fois minoritaires, n'ayant évidemment pas pu obtenir tous des places face à la foule biélorusse. La Minsk Arena est donc rouge avec de rares îlots de grenat. On retrouve l'habituel grand maillot n°24 dans le virage au nom de Ruslan Salei, l'ancien capitaine de l'équipe nationale disparu dans l'accident d'avion du Lokomotiv Yaroslavl en 2011.
 

Chacune des deux équipes compte un joueur suspendu : le défenseur Nikolaï Stasenko pour le Bélarus, et l'attaquant Zemgus Girgensons pour la Lettonie.
 
Le Bélarus est poussé à chaque action par son public, et ça lui monte peut-être à la tête. En tout cas, Geoff Platt a un réflexe étonnant en reprenant un rebond en l'air... de la tête. Ce n'est pas cadré. Le Canadien d'origine va reprendre son rôle de chouchou de la Minsk Arena par une action bien plus conventionnelle : Andrei Stas gagne l'engagement, protège son palet de Daugaviņš et passe à Platt dans l'axe à la ligne bleue. Avec du champ, le naturalisé arme un slap surpuissant, au-dessus de la mitaine (0-1, 08'07").
 
Trente-trois secondes plus tard, Mikhaïl Grabovsky reçoit le palet pour entrer de zone à pleine vitesse, met dans le vent Galvins d'un virage dans le slot et loge le palet sous la barre (0-2, 08'40"). Les "Bélarus, Bélarus" scandés par un public aux anges motivent les joueurs locaux dans tous les duels. Andrei Kostitsyn vole ainsi le palet à Ķēniņš dans sa zone et provoque une nouvelle possession dangereuse. Les Lettons paraissent dans les choux.
 
C'est encore sur un travail collectif dans les bandes que l'équipe locale récolte la première supériorité numérique du match. Elle peine cependant à s'installer, et donne l'impression que l'enthousiasme est devenu de la fébrilité. Quand Efimenko vient au contact de Masalskis derrière sa cage et prend deux minutes pour obstruction, la Lettonie ne fait pas mieux pour entrer en zone : Pujacs laisse négligemment échapper le palet et Ņiživijs doit faire demi-tour à la ligne bleue pour éviter le hors-jeu.
 
Le deuxième tiers-temps sera peu spectaculaire, mais plus physique. Grabovsky fait un soleil sur une charge à la hanche de Daugavins en entrée de zone, ce qui donne le ton. Ensuite, Kirill Gotovets, bousculé par Jēkabs Rēdlihs, percute de plein fouet le gardien Masalskis, et Rēdlihs - pourtant pas innocent de ce contact - lui inflige alors une dérouillée dans son dos, ce qui déclenche une échauffourée. Le seul qui garde son calme, c'est Masalskis - pourtant connu pour son fort caractère - qui s'éloigne tranquillement des hostilités et viendra même en écarter son coéquipier au tempérament toujours bagarreur Koba Jass, en lui rappelant sans doute qu'il ne ferait pas bon être suspendu alors qu'il y a un match demain. Une obstruction étant retenue contre Gotovets, la Lettonie s'en sort avec un avantage numérique, mais n'en profite pas.
 
Usenko regarde en l'air un palet qui va retomber derrière la cage et prend en pleine tête l'épaule de Maris Jass lancé à pleine vitesse : 2'+10' pour charge à la tête. Le Bélarus, lui non plus, ne fait toujours rien de ses supériorités numériques.
 
Pour que les unités spéciales fassent la différence, il faut en fait doubler la dose. Efimenko retient Galvins en allant le presser, puis Sergei Kostitsyn le rejoint en prison pour un cinglage. À 5 contre 3, la passe transversale d'Aleksandrs Ņiživijs pour la reprise dans le haut du cercle droit d'Arturs Kulda, sous le bras droit de Lalande (1-2, 33'49").
 
Le gardien canadien naturalisé Kevin Lalande, troisième gardien devenu le premier pour ce match capital, n'est peut-être pas l'assurance tous risques. Sa mitaine relâche le palet après un tir bas, et Stas est obligé d'accrocher Indrasis sur le rebond (39'29"). La Lettonie passe près de concrétiser cet avantage numérique à la reprise : placé dans le cercle droit, Miks Indrašis fait mine de regarder vers la ligne bleue et déclenche une passe-éclair vers Kaspars Daugaviņš laissé seul devant la cage, qui ne conclut pas.
 
Andrei Kostsitsyn conquiert le palet dans le coin et le donne à Andrei Stas, qui passe dans le dos d'un Jēkabs Rēdlihs statique et teste de près Masalskis, qui en perd son casque. Rodrigo Laviņš est pénalisé pour avoir retenu une crosse sur cette action, une pénalité toujours sans conséquence.
 
Le public biélorusse est toujours joyeux et festif, mais la victoire de son équipe ne tient toujours qu'à un fil. À six minutes et demie de la fin, Kitarov est pénalisé pour un "faire trébucher". Les blancs se jettent au combat et dégagent inlassablement le palet. Il ne reste plus grand chose du powerplay balte, qui avait pourtant les meilleures statistiques de ce championnat. Les deux seuls tirs de Cipulis ne sont pas cadrés.
 

Le temps défile et le système de Glen Hanlon semble parfaitement en place. Mais voilà que le dégagement de Vladimir Denisov, son défenseur le plus expérimenté, s'envole en tribune. La pénalité ne pouvait arriver au pire moment : 57'54". Ted Nolan sort son gardien pour jouer à 6 contre 4. Le tir à mi-distance de Kaspars Daugaviņš trompe Lalande, masqué par Gints Meija. Après une discussion entre les arbitres, surprise : le but est refusé parce que Meija, au dernier moment, a mis un patin dans le demi-cercle. Une décision controversée s'il en est. Ce but aurait-il été refusé contre une autre équipe que le pays organisateur ?
 
Pour comprendre cette décision, il faut aussi comprendre le contexte : ce matin, l'équipe tchèque a reçu des excuses de Konstantin Komissarov (secrétaire de la commission d'arbitrage de l'IIHF), qui a jugé que le deuxième but danois samedi dernier aurait dû être annulé pour une obstruction sur le gardien. Les Tchèques s'étaient plaint que la consigne donnée avant la compétition n'avait pas été respectée. Ce soir, elle l'a été avec zèle... par un arbitre tchèque, Antonin Jerabek.
 
Mais pour les Lettons, c'est dur à avaler, d'autant qu'ils ont encaissé un but - accordé - contre les Américains avec un joueur non seulement dans le demi-cercle mais carrément dans le dos du gardien...
 
À la dernière seconde, Sergei Kostsitsyn intercepte une passe du revers de Miķelis Rēdlihs et envoie le palet dans la cage vide pour parachever la victoire controversée (1-3). Kaspars Daugaviņš en fracasse sa crosse sur le banc et est renvoyé aux vestiaires avec une méconduite pour le match. Son coach Ted Nolan, lui, a un petit sourire, comme s'il valait mieux en rire qu'en pleurer...
 
En tout cas, on ne peut pas dire que c'était un beau match. Deux équipes en dessous de vingt tirs (19 à 16), c'est quand même très peu. Les hommes de Glen Hanlon se sont repliés sur leur ligne bleue après avoir pris deux buts d'avance dans un premier tiers dynamique. Cela leur aura réussi puisqu'ils ont obtenu ce qu'ils sont venus chercher.
 
La Lettonie, quant à elle, doit vite oublier la polémique pour battre la Suisse demain : cela lui permettrait de décrocher le dernier billet qualificatif aux dépens de la Finlande.
 
Désignés joueurs du match : Arturs Kulda (Lettonie) et Vladimir Denisov (Bélarus).
 
Commentaires d'après-match
 
Ted Nolan (entraîneur de la Lettonie, photo) : "Je veux revoir le ralenti. Mais ma position est évidente : le but était valable. Si cela se confirme, il faut baptiser une rue de Minsk du nom de l'arbitre."
 
Glen Hanlon (entraîneur du Bélarus) : "Je ne veux pas évaluer la performance des arbitres. Ce n'est pas mon champ de compétences. Je comprends l'énorme déception de nos adversaires, mais c'est difficile de commenter. Je jure que je n'ai pas vu l'action. Des centaines de personnes m'ont déjà demandé ça... D'un point de vue sportif, nous avons gagné. Alleluïa ! [Un journaliste lui demande pourquoi son visage n'est pas joyeux] Vous auriez dû me voir sur le banc. J'ai sauté comme un idiot ! Mais j'ai 57 ans, il est déjà bientôt minuit, donc pas besoin de me demander des émotions excessives."
 
Kirovs Lipmans (président de la fédération de Lettonie) : "Ce championnat du monde est unique ! Depuis que je suis président de la fédération, c'est la première fois que je vois un tel arbitrage. Les arbitres sont des hommes et peuvent faire des erreurs, mais je suis 100% sûr qu'ils auraient au moins pu demander la vidéo. Ce qui s'est passé est une absurdité et une honte. J'ai décidé d'écrire une protestation. Je comprends que ça ne mènera à rien, mais je veux montrer que nous ne sommes pas des idiots, et un petit pays qui ne peut rien faire. Ted Nolan aussi était outragé. Je veux vraiment une explication de la décision. Le résultat a été volé. C'est une pure conspiration."
 
 
 
Lettonie - Bélarus 1-3 (0-2, 1-0, 0-1)
Lundi 19 mai 2014 à 20h45 à la Minsk Arena. 14531 spectateurs.
Arbitrage d'Antonin Jerabek (TCH) et Keith Kaval (USA) assistés de Chris Carlson (CAN) et Masi Puolakka (FIN).
Pénalités : Lettonie 44' (2', 10'+10', 2'+20'), Bélarus 18' (2', 12', 4')
Tirs : Lettonie 19 (4, 9, 6), Bélarus 16 (7, 6, 3)
 
Évolution du score
0-1 à 08'07" : Platt assisté de Graborenko et Stas
0-2 à 08'40" : Grabovski assisté de Kalyuzhny et Korobov
1-2 à 33'49" : Kulda assisté de Nizivijs (double sup. num.)
1-3 à 59'59" : S. Kostitsyn (cage vide)
 
 
Lettonie
 
Attaquants :
Ronalds Ķēniņš (-2) - Kaspars Daugaviņš (A, -2, 2'+20') - Miķelis Rēdlihs (-2)
Miks Indrašis (-1) - Herberts Vasiļjevs (C, -1) - Aleksandrs Ņiživijs
Mārtiņš Cipulis (-1, 2') - Andris Džeriņš (-1) - Gints Meija (-1)
Armands Bērziņš - Juris Štāls (2') - Koba Jass
 
Défenseurs
Artūrs Kulda (-1) - Guntis Galviņš (-1)
Georgijs Pujacs - Kristaps Sotnieks
Rodrigo Laviņš (-1, 4') - Jēkabs Rēdlihs (-1, 2')
Māris Jass (2'+10') [2 présences]
 
Gardien
Edgars Masaļskis [sorti de 58'24" à 59'24" et de 59'29" à 59'59"]
 
Remplaçants : Kristers Gudļevskis (G), Jānis Jaks.
 
En réserve : Ivars Punnenovs (G), Roberts Lipsbergs, Zemgus Girgensons (suspendu).
 
Bélarus
 
Attaquants :
Aleksei Kalyuzhny (C, +1) - Mikhaïl Grabovski (A, +1) - Sergei Kostitsyn (+2, 2')
Geoff Platt (+1) - Andrei Stas (+2, 2') - Andrei Kostitsyn (+1)
Aleksei Ugarov - Aleksandr Kitarov (4') - Andrei Stepanov
Aleksei Yefimenko (4') - Artyom Volkov - Evgeni Kovyrshin
Nikita Osipov [une présence]
 
Défenseurs :
Dmitri Korobov (+2) - Roman Graborenko (+3)
Vladimir Denisov (A, +1, 2') - Kirill Gotovets (4')
Oleg Yevenko (+1) - Ivan Usenko
 
Gardien :
Kevin Lalande
 
Remplaçants : Vitali Koval (G), Andrei Karev.
En tribunes : Andrei Mezin (G), Nikolai Stasenko (suspendu), Konstantin Koltsov.