République Tchèque - France (Mondiaux 2014, groupe A)

Sans pression, mais avec beaucoup de motivation, l'équipe de France affronte les Tchèques avec pour enjeu la troisième place de poule, son meilleur classement de l'histoire. Elle a moins de repos que son adversaire, mais maintenant, tout est du bonus pour elle.
 
Ce n'est pas le cas des Tchèques, qui n'ont certainement pas envie de croiser les Russes en quarts de finale et ont donc besoin de gagner pour affronter a priori les Américains.
 
Le gardien Florian Hardy joue son troisième match de championnat du monde, après ses belles prestations contre la Russie l'an passé (2-1) et la Suède jeudi dernier (1-2). Pour le reste, la formation qui a battu le Danemark est reconduite.
 
La France est dans son match, elle gagne même toutes ses premières mises au jeu. Peu à peu, les Bleus gagnent les palets dans les bandes, ils s'installent doucement, mine de rien... et ouvrent le score par surprise. Julien Desrosiers dévie une passe de la ligne bleue de Jonathan Janil (0-1). Un début idéal qui aurait pu être gâché par un breakaway de Tomas Hertl, servi dans le dos de Baptiste Amar, mais Florian Hardy reste parfaitement positionné et bloque de la jambière gauche le revers du grand espoir tchèque.
 
La crosse de Hudler touche le visage de Besch. À la fin de la prison, Rolinek teste Hardy d'un tour de cage. Le gardien d'Angers est solide, et il le prouve encore sur une nouvelle échappée de Roman Cervenka, dont la crosse a été gênée juste à temps par le retour défensif de Stéphane Da Costa.
 
Pendant le séjour de Sobotka en prison, le jeu de puissance tricolore met le feu sur la cage pendant deux minutes, et le gardien Alexander Salak finit par faire trébucher Antoine Roussel (qui est dans son demi-cercle). Julien Desrosiers et Teddy Da Costa s'échangent le palet d'un cercle à l'autre sans que les défenseurs ne coupent cette ligne de passe, et le double déplacement est fatal à Salak (0-2).
 
Pour reposer Desrosiers qui vient de participer au jeu de puissance, le treizième attaquant Damien Raux le remplace et effectue la deuxième de ses quatre présences du match, aussitôt concrétisée par une mention d'assistance : il passe en retrait à Laurent Meunier qui reprend à mi-distance (0-3).
 
La France mène de trois buts face aux Tchèques, qu'ils n'ont jamais battus. On se pince. Les dieux sont-ils bleus ? Malheureusement non...
 
Alors qu'il est accroché par Martin Sevc (que son coach ne remettra plus sur la glace après cette faute) en tentant un tour de cage, Antonin Manavian est percuté par un second joueur tchèque et reste au sol. La pénalité est rapidement annulée car Antoine Roussel retient une crosse dans un duel en fond de zone. On engage à 4 contre 4, Vladimir Sobotka gagne la mise au jeu face à Meunier, et pendant que Jagr bloque Auvitu, le centre de Saint Louis vient se saisir du palet face au but et le propulser sous la barre (1-3).
 
Le moral est de ce fait moins euphorique à la pause, surtout parce que Manavian est sonné. Il ne rejouera plus après un bref test à la reprise. Florian Chakiachvili, qui avait perdu sa place au profit de Benjamin Dieudé-Fauvel depuis hier, revient donc dans l'alignement.
 
Au début de la deuxième période, Damien Fleury écope d'une pénalité en zone offensive en faisant trébucher Jan Kolar. En infériorité, Florian Hardy pare du gant une reprise à bout portant de Jagr sur passe de derrière la cage de Sobotka. Mais au moment où la France revient au complet, Jiri Sekac prend de la vitesse en zone neutre, déborde Chakiachvili et prend, par principe, un tir du revers en angle vers la cage... Le palet passe malheureusement entre les bottes de Hardy (2-3).
 
Les Tchèques accélèrent nettement le jeu et monopolisent le palet. Les Français courent après la rondelle et concèdent des pénalités par Treille puis par Amar. Pendant ces infériorités numériques, il y a plusieurs fois le feu devant la cage française. Mais sur un engagement remporté par Nicolas Ritz en zone défensive, il est parti en contre-attaque et a décalé Brian Henderson seul face au but, qui a raté le palet en essayant de conclure son mouvement du revers (photo ci-dessous).
 
Hormis cette rare occasion, la domination tchèque est nette et aboutit au quatorzième tir de la période. Desrosiers n'arrive pas à sortir le palet de la zone défensive, et le lancer de Michal Jordan est dévié par le fessier de Jagr (3-3). La France sort la tête brièvement hors de l'eau quand Teddy Da Costa sert Damien Fleury à 2 contre 1, mais Salak réussit son déplacement latéral.
 
Les Tchèques remettent la pression. Jan Kovar gagne un engagement en zone tricolore face à Guttig, le capitaine Rolinek récupère un palet envoyé au fond et fait le tour de la cage. Hardy bloque alors le palet sous sa jambière, mais Zatovic le pousse au fond (4-3).
 
La République Tchèque fait une pause maintenant qu'elle mène au score, puis elle appuie de nouveau sur le champignon. Jaromir Jagr déshabille Auvitu, qui l'accroche : tir de pénalité ! Jagr en paraît le premier surpris, et ne paraît pas très motivé pour y aller avec ses vieilles jambes. Il tire sous les jambes de Hardy... mais le palet est dévié vers le poteau.
 
La France trouve un second souffle en fin de deuxième tiers-temps. Damien Fleury reçoit une longue passe de Janil, élimine d'une feinte de corps le défenseur Nemec et tire... sur le montant. Bing, bing, un poteau partout.
 
La troisième période s'ouvre par une faute de Kolar sur Fleury. Pendant la supériorité numérique, deux joueurs tchèques viennent presser Desrosiers puis Da Costa qui sortent très proprement le palet contre la bande. Le résultat est un 3 contre 2 parfaitement concrétisé avec un centre de Damien Fleury convertie par un revers de Stéphane Da Costa entre les jambières du gardien (4-4).
 
Tout est à refaire pour les Tchèques qui n'arrivent pas à se débarrasser de cet adversaire plus coriace que prévu. Leur entraîneur Vladimir Ruzicka fait les cent pas sur son pas, entre deux gorgées d'eau à demi bues, à demi recrachées. Au centre de la glace, Jiri Sekac trouve une géniale passe levée à destination de Jiri Hudler parti seul au but, mais le numéro 24 tchèque, gêné par son homologue français Desrosiers dans son dos, perd le palet dans sa feinte. Hertl, lui, n'arrive pas à reprendre au second poteau un caviar de Jagr.
 
Vladimir Sobotka commet une faute idiote sur Brian Henderson, mais la pénalité ne donne rien et Desrosiers se fait ensuite une frayeur en perdant un palet dans sa zone. Laurent Meunier fait trébucher Hudler en zone neutre, sans plus de conséquence. Les deux équipes défendent maintenant becs et ongles.
 
Yorick Treille reçoit une passe derrière la cage de Desrosiers alors que le gardien Salak est bizarrement placé, en grand écart sur sa ligne de but. Le défenseur Petr Zamorsky l'accroche. Supériorité numérique importante dans le "money time". Le lancer de Stéphane Da Costa échoue dans le petit filet, celui de Bellemare, décalé en cage ouverte, est détourné du gant par le capitaine tchèque Tomas Rolinek dans un plongeon héroïque.
 
C'est une prolongation et la France prend déjà un point, qui lui permet de passer devant la Finlande si les deux équipes sont éliminées en quart de finale. Il reste deux autres places à gagner avec un petit but supplémentaire...
 
Jaromir Jagr met une grosse pression sur Julien Desrosiers dans sa zone et les Tchèques connaissent une très forte séquence offensive. Les Bleus concèdent un dégagement interdit avec des joueurs utilisés, et Dave Henderson peut se servir de son temps mort. Sur l'engagement, Desrosiers perd sa crosse au duel avec Sobotka et ne peut l'empêcher de lancer au but. Jan Kolar prend le rebond entre les jambières du gardien (5-4). Immense soulagement pour les Tchèques qui évitent les Russes.
 
L'équipe de France, elle, affrontera donc la grande Russie, favorite du tournoi, si revancharde de l'humiliation infligée le Jour de la Victoire (9 mai) il y a un an...
 
Commentaires d'après-match (recueillis par Nicolas Leborgne)
 
Laurent Meunier (capitaine de la France) : "Au premier tiers, nous avons un maximum de réussite, nous marquons presque sur toutes nos occasions et Florian Hardy sort de bons arrêts. Mais en deuxième, nous étions statiques, pas de jambes... Nous les avons sans doute trop respectés et leur avons donné trop d'espaces. Ils ont du talent, de la vitesse, ce sont quand même des joueurs de NHL ou KHL... Le troisième, nous avons à nouveau joué sur l'homme, en étant plus agressifs. Le but en prolongation est vraiment dommage, Julien Desrosiers casse sa crosse sur l'engagement. Nous devons travailler les mises au jeu, pas seulement le centre mais les cinq joueurs. Nous ne sommes pas assez réactifs, trop passifs, et les Tchèques se sont créé beaucoup d'occasions comme cela. Jouer la Russie, ce sera exceptionnel ! Ils sont presque chez eux. Je suis allé voir un match de la Russie et il y avait des drapeaux partout. Ils sont archi-favoris, ce sera un match incroyable. Nous allons bien récupérer et élever notre niveau, garder le match serré. C'est la leçon du match d'aujourd'hui, il faut que l'on soit plus agressifs. Ce quart, c'est le genre de match que l'on veut jouer."
 
Dave Henderson (entraîneur de la France) : "Nous avons eu une très bonne première période, les joueurs étaient prêts. Puis, l'indiscipline nous a fait perdre le momentum en deuxième. Nous n'étions plus en mouvement et avons commencé à accrocher, retenir, de bonnes décisions des arbitres. Nous avons reculé et les avons laissé revenir dans la partie. Le troisième, nous avons retrouvé notre jeu. Il y a encore deux ans, un 5-4 en prolongation contre les Tchèques nous aurait paru énorme. Mais aujourd'hui, nous voulions gagner. Il faut rester positif. Il y a un gros match dans deux jours, face à l'équipe la plus performante du tournoi. Ils ont tout gagné, assez largement. Nous allons tout mettre en œuvre pour les embêter. C'est un défi qui correspond bien à l'équipe. Un défi énorme et ils aiment ça. En face, ce sont des joueurs de très haut niveau, des stars mondiales. Ce sera un gros combat et surtout une bonne indication sur notre niveau. [Manavian] a pris un coup à la tête et n'était plus en état de jouer. C'est la procédure, de toute façon, il est en observation."
 
Pierre Pousse (entraîneur-adjoint de la France) : "Nous entrons dans l'inconnu. C'est la première fois que nous gérons sept matchs sans souci physique. Sur ce match, nous avons hésité. Mener 3-0 contre une équipe comme cela, ce doit être une première et les gars ont hésité entre attaquer et reculer. Le premier but encaissé à changé la donne. Mais au troisième, nous nous sommes bien repris et chacune de nos récupérations allait jusqu'au but adverse."
 
Vladimir Růžička (entraîneur de la République Tchèque) : "Nous n'avons pas bien joué en première période, avec trois buts encaissés. Le deuxième tiers a sans doute été notre meilleur tiers du tournoi, jusqu'à présent. En troisième période, nous avons fait une erreur et concédé l'égalisation. Nous avons un peu de chance en prolongation. Nous avons été cinq fois seuls face au but, sans marquer. Avec de telles occasions, nous devrions gagner 8-4. Si nous pratiquons le même hockey, nous ne battrons pas les Américains. La défense concerne aussi les attaquants. Regardez les Français... Tout le monde doit se rendre compte que nous avons une chance. Nous avons deux jours pour nous préparer."
 
 
 
République Tchèque - France 5-4 après prolongation (1-3, 3-0, 0-1, 1-0)
Mardi 20 mai 2014 à 20h45 à la Chizhovka Arena de Minsk. 8214 spectateurs.
Arbitrage d'Igor Dremelj (SLO) et Roman Gofman (RUS) assistés de Justin Hall (CAN) et Masi Puolakka (FIN).
Pénalités : République Tchèque 14' (8', 0', 6', 0'), France 10' (2', 6', 2', 0').
Tirs : République Tchèque 39 (10, 18, 7, 4), France 24 (8, 5, 11, 0).
 
Évolution du score
0-1 à 06'48" : Desrosiers assisté de Janil et Y. Treille
0-2 à 17'48" : Desrosiers assisté de T. Da Costa (sup. num.)
0-3 à 18'22" : Meunier assisté de Raux
1-3 à 19'18" : Sobotka
2-3 à 24'30" : Sekac assisté de Zamorsky et Kolar
3-3 à 31'29" : Jagr assisté de Jordan et Sobotka
4-3 à 32'42" : Zatovic assisté de Kindl et Rolinek
4-4 à 42'36" : Roussel assisté de Fleury (sup. num.)
5-4 à 62'19" : Kolar assisté de Zamorsky et Sobotka
 
 
République Tchèque
 
Attaquants :
Tomáš Hertl - Vladimír Sobotka (+3, 4') - Jaromír Jágr (A, -1)
Jakub Klepiš - Roman Červenka - Michal Vondrka (+1)
Jiří Sekáč (+1) - Jiří Novotný (+1) - Jiří Hudler (-1, 2')
Tomáš Rolinek (C) - Jan Kovář (+1) - Martin Zaťovič (+2)
 
Défenseurs :
Ondřej Vitásek - Ondřej Němec (A)
Jakub Kindl (+1) - Michal Jordán (+1)
Jan Kolář (+2, 2') - Petr Zámorský (+2, 2')
Martin Ševc (2')
 
Gardien :
Alexander Salák
 
Remplaçant : Jakub Kovář (G), Jakub Petružálek.
Non alignés : Pavel Francouz (G), Roman Polák (épaule).
 
France
 
Attaquants :
Stéphane Da Costa - Pierre-Édouard Bellemare (A, -2) - Antoine Roussel (-1, 2')
Julien Desrosiers - Laurent Meunier (C, 2') - Yorick Treille (2')
Anthony Guttig (-1) - Teddy Da Costa - Damien Fleury (-3, 2')
Luc Tardif - Brian Henderson - Nicolas Ritz
Damien Raux (+1)
 
Défenseurs :
Yohann Auvitu (-3) - Nicolas Besch (-3)
Baptiste Amar (A, -2, 2') - Antonin Manavian (+1)
Jonathan Janil - Benjamin Dieudé-Fauvel (+1)
Florian Chakiachvili (-1)
 
Gardien :
Florian Hardy
 
Remplaçant : Cristobal Huet (G).
En tribunes : Ronan Quemener (G), Maxime Moisand, Eliot Berthon.