Modeste succès russe avant les quarts bleus

Après avoir survolé son Mondial, le jet russe est arrivé en pleines turbulences. Le match contre l'Allemagne a en effet laissé un goût amer. 
 
Au-delà de la difficulté de déstabiliser une défense allemande héroïque, l'image qui a fait le tour de la sphère hockey, c'est bien évidemment la blessure d'Aleksandr Ovechkin, à la suite d'une collision spectaculaire avec Marcus Kink. La blessure était finalement moins grave que ce qu'elle en avait l'air de prime abord. La star de Washington est logiquement ménagé ce mardi et il n'y a aucune certitude de le revoir sur la glace d'ici la fin du tournoi. Ce seront aux médecins de l'équipe d'en décider même si, selon le manager général Andrei Safronov, il sera de retour même à 5% de son potentiel. Une affirmation que remettrait en cause, à n'en pas douter, son équipe NHL.
 
L'absence d'Ovechkin demeure en tout cas un comble alors que Evgeni Malkin est bien là à Minsk et que le débat sur l'incompatibilité des deux joueurs avait refait surface. Après le coach Znarok qui avait grogné en trouvant ce débat idiot, Malkin a également eu le droit à la question... en répondant qu'il vaudrait mieux éviter au vu du résultat à Sotchi ! Mais nous n'en sommes pas encore là...
 
Alors que la Russie est en phase de transition, le Bélarus a donc le droit au plus beau feu d'artifice pour le dernier match de la phase préliminaire. Le pays-hôte est exactement dans la même position que la France, à savoir déjà qualifiée avant cette dernière partie pour les quarts dont l'adversaire sera déterminé en fonction de ce résultat. Une défaite et ce serait la Suède. Une victoire et ce serait la France ou la République Tchèque.
 
Mais c'est un gros morceau auquel se frotte ce soir les Biélorusses, sans doute la meilleure équipe du tournoi. Il y a cependant une donnée où les deux équipes font jeu égal sur le plan statistique : l'efficacité aux tirs. Le challenger biélorusse a certes lancé au but quasiment deux fois moins que son adversaire mais il totalise également 14% d'efficacité. Sera-ce suffisant ?
 
En tout cas, les péripéties de ces derniers jours forcent Oleg Znarok à revoir ses lignes, surtout qu'Ovechkin avait pris l'habitude d'une double présence sur la première et troisième ligne. Il cède le capitanat à Danis Zaripov tandis que Malkin se greffe à un duo Kulyomin - Tikhonov.
 
Glen Hanlon a pour sa part préféré ménager certains cadres, tel Grabovski ou Kalyuzhny, avant le quart de finale prévu jeudi. Mais dans l'esprit, le jeu est intact face à cette grosse écurie. Les Biélorusses défendent avant tout face à une Russie qui aborde tranquillement la rencontre. Résultat : une douce entrée en matière avec peu de possibilités. Mais après cinq minutes de jeu, la première ligne russe se décide à mettre davantage d'intensité et Kitarov est le premier pénalisé. L'occasion à Evgeni Malkin de montrer l'étendue de sa classe. Il délivre tout d'abord une superbe passe transversale vers Tikhononv dont la reprise passe au-dessus du but. Puis il effectue un centre dangereux pour Kutuzov dont la reprise est repoussée par la jambière de Koval.
 
Obtenant deux jeux de puissance dans ce premier tiers, les Biélorusses ne sont à aucun moment dangereux et le match demeure fermé. La Sbornaïa tente bien d'étirer le bloc adverse en jouant dans la largeur, mais les hommes de Glen Hanlon collent aux orientations de la Russie. Avant le premier intermède, la Russie offre tout de même deux belles actions. Kuznetsov s'infiltre couloir gauche, se débarrasse de toute opposition, fait le tour de la cage mais Koval place sa jambière contre le poteau.
 
Puis Malkin travaille derrière la cage, se saisit du palet et remet devant le slot, Tikhonov et Kulyomin n'ont pas de réussite en balayant devant la porte. Si l'armada d'Oleg Znarok avait abordé timidement cette rencontre, elle va passer la vitesse supérieure en deuxième période.
 
En fin de jeu de puissance au retour des vestiaires, Malkin, derrière la cage, transmet à Tikhonov, à proximité du demi-cercle mais celui-ci fait la passe de trop. Puis Zaripov sert devant l'enclave Anisimov, dos au but, qui se retourne, la couverture de Karev et le bon placement de Koval annihilent l'essai de l'athlétique centre de Colombus. À la 27e minute, alors à 5 contre 5, Tikhonov, totalement déséquilibré, offre un lancer dangereux après un engagement gagné en zone offensive.
 
Le Bélarus est égal à lui-même, solide en défense mais peu dangereux offensivement, y compris à 5 contre 4. Mais ils réussissent pour le moment à tuer les pénalités, c'est déjà ça. Car à la mi-match, nous en sommes toujours à 0-0, bien que la Russie persévère. Après avoir éliminé Yevenko, Artyom Anisimov tente le passage en force. Lancé pleine vitesse, Evgeni Kuznetsov s'essaie avec un puissant tir du revers. Evgeni Dadonov tente de repiquer au centre et lance plein axe. Enfin, Shirokov, posté poteau gauche, bafouille quelque peu une reprise qui aurait pu être fatale.
 
Vitali Koval effectue des miracles mais il finit par céder face à tant d'opposition. Son défenseur Oleg Yevenko prend une pénalité idiote pour retard de jeu après avoir balancé en dehors de la glace. Le jeu en triangle russe est limpide : Viktor Tikhonov, corner gauche, pour Vadim Shypachyov, corner droit, pour Sergei Plotnikov qui conclut devant le but (1-0, 32'46"). 
 
Quelques instants plus tard, le défenseur Yegor Yakovlev est proche de doubler la mise : son lancer de la bleue touche l'épaule de Koval et tape le cadre. Ce n'est que partie remise. Plotnikov est exemplaire sur le pressing offensif, dépossède Gotovets de la rondelle et passe dans le dos à Shypachyov qui profite d'une angle alors totalement ouvert (2-0, 35'47"). Le destin du Bélarus dans ce match se noircit, surtout que Malkin, auteur d'une incroyable accélération qui laisse sur place la défense adverse, percute violemment Koval. Celui-ci peine à se relever et cède finalement sa place au naturalisé Kevin Lalande, qui s'échauffera très rapidement face à une reprise appuyée de Zaripov.
 
Le Bélarus manque certes toujours de réussite sur les avantages numériques, dont un qui déborde en début de troisième tiers. Cela dit, la sélection de Glen Hanlon va toutefois changer d'état d'esprit et mettre - enfin - en difficulté cette équipe russe. Kirill Gotovets réalise une splendide accélération couloir gauche, occasionne un 2 contre 1 mais le joue seul en débordant, Bobrovski repousse alors ce palet flottant . C'est la première occasion nette des Biélorusses tandis que 43 minutes de jeu se sont écoulées.
 
Le portier de la Sbornaïa a de la réussite sur cette action mais il va en avoir beaucoup moins par la suite.
 
Aleksandr Kitarov s'immisce côté droit, freine et transverse vers Vladimir Denisov qui décoche un magnifique lancer lucarne opposée (2-1, 45'49"). Vous l'aurez compris, l'efficacité biélorusse fait encore des ravages puisqu'il s'agissait seulement de leur dixième tir. La réaction russe est éphémère avec une nouvelle accélération impressionnante dans l'axe de Malkin - définitivement très en jambes - mais sa passe ne peut être exploitée.
 
Les dix dernières minutes seront largement à l'avantage du Bélarus qui se démène pour égaliser. Stas hérite du palet à droite, donne à sa gauche à Sergei Kostitsyn qui lui redonne, c'est dégagé par Medevdev. Quelques instants plus tard, alors que Lalande avait clairement gelé le palet, Tikhonov vient se permettre un slashing. À 5 contre 4, les Biélorusses rencontrent encore des difficultés à s'installer durablement même si Stepanov est proche de glisser entre les jambes de Bobrovski.  
 
Toutefois, à 5 contre 5, le Bélarus reste dangereux, la Russie ayant totalement délaissé les phases de construction. Mise en jeu gagnée en zone offensive, Andrei Kostitsyn s'infiltre en prenant de vitesse Zubarev, pas très concentré sur le coup, mais Bobrovski est quant à lui vigilant. Les minutes défilent et la Russie ne voudrait se retrouver dans une position inconfortable. Evgeni Malkin réalise une reprise instantanée avant de gratter un rebond puis le centre de Pittsburgh tente un lob pour marquer dans les filets déserts, intercepté de la main par Vladimir Denisov. 
 
Modeste victoire pour la Russie après un début timide, un temps fort en deuxième période face à une défensive biélorusse qui n'a pas démérité, avant que les rôles ne s'inversent dans le troisième tiers-temps. Avec cette défaite, le Bélarus affrontera en quart de finale la Suède, qui n'a pas oublié son élimination surprise aux J.O. en 2002 au même stade. Retrouvailles également pour la Russie qui garde en mémoire l'exploit de l'équipe de France il y a un an. Après avoir vu les Allemands et les Biélorusses gêner considérablement le plan de jeu de la Russie, la France, avec ou sans Ovechkin sur la glace, saura-t-elle en faire de même ? C'est tout le bien qu'on lui souhaite...
 
Élus joueurs du match : Sergei Bobrovski pour la Russie, Kevin Lalande pour le Bélarus
 
Commentaires d'après-match
 
Evgeni Malkin (attaquant de la Russie) : "Pour être honnête, c'était difficile aujourd'hui. Plus particulièrement la première période, ce fut alors un peu plus simple. J'ai de bons partenaires et nous nous sommes créés des opportunités mais c'est rageant de ne pas avoir marqué davantage. Le palet ne voulait pas rentrer pour moi. Je regarderai quelques vidéos, analyserai le match et tout ira mieux la prochaine fois."
 
Geoff Platt (attaquant du Bélarus) : "Je ne peux pas dire que nous ayons réellement mis en danger Bobrovski, hormis lors de la dernière période. Nous n'avons délivré que très peu de lancers pendant deux tiers et il a effectué des arrêts décisifs dans le troisième. C'est un gardien de classe mondiale et, sans surprise, il l'a montré ce soir."
 
 
Russie - Bélarus 2-1 (0-0, 2-0, 0-1).
Mardi 20 mai 2014 à 20h45 à la Minsk Arena. 14679 spectateurs.
Arbitrage de Mikael Nord (SUE) et Steve Patafie (USA) assistés de Paul Carnathan (USA) et Sakari Suominen (FIN).
Pénalités : Russie 10' (4', 4', 2'), Bélarus 8' (4', 4', 0').
Tirs : Russie 27 (4, 13, 10), Bélarus 20 (5, 3, 12).
 
Évolution du score :
1-0 à 32'46" : Plotnikov assisté de Shypachyov et Tikhonov (sup. num.)
2-0 à 35'47" : Shypachyov assisté de Plotnikov 
2-1 à 45'49" : Denisov assisté de Kitarov et Korobov
 
Russie
 
Attaquants :
Sergei Kalinin (+1) - Vadim Shypachyov (+1) - Sergei Plotnikov (+1)
Viktor Tikhonov - Evgeni Malkin - Nikolaï Kulyomin (A)
Sergei Shirokov (-1) - Artyom Anisimov (-1) - Danis Zaripov (C, -1)
Evgeni Dadonov - Aleksandr Burmistrov (2') - Evgeni Kuznetsov 
 
Défenseurs :
Maksim Chudinov - Denis Denisov (2')
Evgeni Medvedev (A, -1) - Aleksandr Kutuzov (-1)
Yegor Yakovlev (2') - Anton Belov (+1) 
Andrei Zubarev (+1)
 
Gardien :
Sergei Bobrovski
 
Remplaçant : Andrei Vasilevsky (G).
En tribune : Anton Khudobin (G), Dmitri Orlov, Aleksandr Ovechkin, Andrei Loktionov.
 
Bélarus 
 
Attaquants :
Sergei Kostsitsyn (A) - Artyom Volkov - Evgeni Kovyrshin 
Andrei Kostitsyn (A) - Andrei Stas - Geoff Platt (-1)
Aleksandr Kitarov (2') - Aleksei Ugarov - Andrei Stepanov
Aleksei Efimenko (+1) - Nikita Osipov
 
Défenseurs :
Roman Graborenko - Dmitri Korobov (+1, 4') 
Vladimir Denisov (C) - Kirill Gotovets (-1)
Oleg Yevenko  (2') - Ivan Usenko
Andrei Karev
 
Gardien :
Vitali Koval puis Kevin Lalande à 36'14" [sorti à 58'35"]. 
 
Remplaçant :  Kevin Lalande (G). En tribune : Andrei Mezin (G), Nikolai Stasenko, Aleksei Kalyuzhny, Konstantin Koltsov, Mikhail Grabovski.