Le Donbass Donetsk, otage politique de la KHL ?

Depuis l'expansion de la KHL, beaucoup lui reprochent de servir les visées impéralistes de la Russie sur des pays qu'elle veut ramener dans sa sphère d'influence. Aujourd'hui, avec le conflit ouvert d'une Ukraine au bord de la guerre civile entre pro-russes et pro-ukrainiens, se présente pour la première fois un cas concret. Très concret.

La crise politique va-t-elle contaminer le Donbass Donetsk ? Le club ukrainien pourra-t-il demeurer dans la ligue russe élargie ? Et pourra-t-il encore seulement être qualifié de club "ukrainien" maintenant que les séparatistes de la "République Populaire de Donetsk" ont organisé un référendum et voté leur indépendance, aussitôt suivie d'une demande de rattachement à la Russie (comme cela a été fait en Crimée dont le retour dans le giron russe est déjà un fait accompli) ?

Lundi soir, le président de la KHL Aleksandr Medvedev a mis les pieds dans le plat en évoquant un projet calendrier sans le Donbass Donetsk dans une interview à Sport Express : "si les Russes de 16 à 60 ans sont interdits d'entrer en Ukraine [NB : mesure prise pour éviter l'entrée de soldats en uniforme anonyme comme ceux qui avaient pris possession de la Crimée], comment une équipe de KHL sera-t-elle capable de rendre visite au Donbass ? Nous préparons plusieurs versions du calendrier. Nous ne voulons certainement pas perdre un club à cause des évènements politiques dans un pays voisin. Mais quelles sont les options ? Leur offrir de jouer sur terrain neutre ? J'avais plaisanté une fois sur le déménagement du Donbass en Crimée. Cela a été mal reçu. Mais dans l'environnement actuel, comment est-il possible de paler de la participation d'une équipe en KHL ?"

Mardi, Boris Kolesnikov, président du Donbass Donetsk, a réagi dans le site ukrainien esti.ua : "La dernière fois que j'ai parlé à Medvedev il y a plusieurs semaines, il n'a pas été question de cette exclusion. Je vais l'appeler. Si nous sommes interdits de jouer à Donetsk, ce sera un coup pour les fans et jouer à l'extérieur ne fait pas sens. Mais j'espère une résolution de la situation dans l'Est de l'Ukraine par des méthodes politiques. Après les élections présidentielles, tout le monde pourra se calmer non seulement à Donetsk, mais dans tout le pays. Il y a trois mois et demi avant le début de saison."

Le fait de faire référence à une élection présidentielle que les séparatistes pro-russes essaient de faire capoter est en soi une déclaration politique. Kolesnikov, député du Parti des Régions de l'ex-président déchu Yanukovich (renié ensuite par ses parlementaires au moment de sa destitution), suit ainsi sa ligne de son mentor Rinat Akhmetov, président du club de football du Shaktiar Donetsk et homme le plus riche du pays. Depuis plusieurs semaines, les oligarques sont soupçonnés de jouer un "double jeu" entre Kiev et Moscou pour préserver dans tous les cas leurs intérêts dans une région où une grande partie du pouvoir économique leur appartient.

Mais mardi, Akhmetov a choisi son camp en appelant ses ouvriers et mineurs à débrayer pendant plusieurs heures pour protester contre les séparatistes et à manifester pour l'unité de l'Ukraine. Un sujet qui était devenu tabou dans l'Est, où ceux qui avaient manifesté ou brandi des drapeaux ukrainiens ces dernières semaines ont été violemment pris à partie. Akhmetov et Kolesnikov, leurs entreprises et leurs clubs sportifs, ont semble-t-il choisi l'Ukraine, tout en continuant certainement à plaider pour une plus grande autonomie du Donbass (qui les arrange vu leur mainmise sur cette région la plus riche du pays) et la défense des droits des russophones. Un choix qui peut être un tournant pour le pouvoir de Kiev, qui ne cessait de subir des déconvenues dans l'Est.