États-Unis - République Tchèque (Mondiaux 2014, quart de finale)

Le coach tchèque Vladimir Růžička n'a guère été satisfait du dernier match contre la France et de la fin de la première phase, mais il s'est bien gardé de pointer du doigt tel ou tel ou de tirer des conclusions trop vite. Il ne se souvient que trop de sa dernière année de service en 2010, quand son équipe enterrée par tous était devenue championne du monde avec une grosse combativité.
 
Il a envoyé un signal en changeant totalement sa première ligne : Jaromír Jágr fait maintenant équipe avec son vieux copain Roman Červenka, alors que Jiří Novotný aura la charge de travailler dans l'enclave, ce que devront "aussi faire tous les autres joueurs".
 
Ce nouvel esprit semble se traduire dès le début du quart de finale contre les Américains. En plus d'une domination territoriale, les Tchèques font aussi preuve d'une meilleure solidarité quand ils sont dans leur zone. Quand Michal Jordán se fait prendre le palet par Tim Stapleton au pressing, Jan Kovář vient aussitôt l'aider en venant serrer à son tour le joueur américain dans la bande.
 
Il manque cependant un ingrédient : la discipline. Sobotka prend une pénalité idiote en zone offensive en propulsant le défenseur Murphy dans sa cage. Cette première supériorité numérique accordée aux États-Unis est immédiatement transformée après un engagement remporté par Craig Smith : Brock Nelson, sans que Jordán ne le gêne, dévie le lancer de la bleue de Peter Mueller (1-0).
 
Le salut tchèque vient de la quatrième ligne, celle où joue silencieusement Jan Kovář, le centre de la super-ligne de Magnitogorsk. Sa vitesse avec le palet lui permet d'arriver jusqu'au but, Tim Thomas laisse un rebond derrière lui que tente de sauver Donovan, mais le capitaine Tomáš Rolinek parvient à pousser le palet.
 
Après les polémiques de ces derniers jours, les gardiens sont plus protégés que jamais dans ce championnat du monde. Les arbitres sifflent au moindre patin dans la zone, et le capitaine Justin Abdelkader se fait même pénaliser pour ne pas s'être arrêté dans son action et avoir chargé le gardien. Le powerplay tchèque est un ratage. Les Américains grattent le palet, et en essayant une interception ratée dans la zone neutre, Hudler les laissent carrément partir à 2 contre 0 ! Tyler Johnson, le meilleur buteur en infériorité numérique de la saison NHL, hésite un peu et donne finalement le palet à Brock Nelson, pas forcément mieux placé pour battre Salák.
 
Meilleure équipe à 5 contre 5 à défaut de l'être dans les autres situations, la République Tchèque se crée encore une grosse occasion juste avant la pause. Jiří Novotný gagne la mise au jeu en zone offensive et Tim Thomas, parti un peu à l'abordage, se retrouve au sol face au déménageur Jágr, qui a sa crosse coincée par les défenseurs et ne peut viser la cage grande ouverte.
 
La République Tchèque accentue sa pression en début de deuxième période. La quatrième ligne donne la première impulsion Michal Vondrka gagne le palet en fond de zone face à deux Américains, Rolinek fait se coucher Thomas en tour de cage, et Kovář n'arrive pas à viser la cage ouverte au rebond car le palet capricieux sautille un peu. Le défenseur Jan Kolář, auteur du but en prolongation contre la France, monte encore se joindre à l'offensive, mais son revers est paré par Tim Thomas.
 
Les Américains perdent d'abord pour dix minutes un premier joueur, Brock Nelson, qui prend une méconduite pour avoir déclenché un jet de neige sur le gardien, d'un mouvement intentionnel du patin alors qu'il n'avait pas d'élan. Mais le pire reste à venir. Alors qu'il vient de décocher un tir du poignet, Vladimír Sobotka ne voit pas venir sur le côté la charge à retardement de Justin Abdelkader qui le frappe en pleine tête. Déjà suspendu une fois dans ce tournoi, le rugueux attaquant de Detroit prend logiquement 5'+20' pour cette faute.
 
Les conséquences ne mettent que dix secondes à se faire sentir : Jiří Novotný gagne l'engagement, Jágr envoie le palet à la cage, Novotný tire et Hertl prend le rebond (1-2, 26'51"). Lors de l'attaque suivante, Červenka a une cage ouverte mais le gardien américain Tim Thomas le contre de la crosse. Le patin de l'attaquant tchèque remet le palet de derrière la ligne de fond vers le devant du but, où Thomas n'est pas loin de le pousser contre son camp de la plaque avant le rattaper de son autre main, juste après qu'il ne franchisse entièrement la ligne. Le refus du but par le juge vidéo provgoque donc la bronca des supporters tchèques, mais il a en fait sanctionné le mouvement du patin qui a indirectement provoqué le but...
 
Tim Thomas retarde encore l'échéance par un superbe arrêt-mitaine sur un revers de Tomas Hertl, mais il ne peut plus rien faire sur l'action qui suit pour empêcher le rebond en cage ouverte de Roman Cervenka (1-3, 28'06"). La frustration commence à gagner les rangs américains, car Tyler Johnson donne un coup à Cervenka après son but. Mais c'est Novotný qui est pénalisé dès l'engagement pour une crosse haute sur Jones, et c'est un immense soulagement pour les Américains. Ils avaient en effet déjà encaissé 2 buts et presque 3, et il restait encore trois minutes et demie à tenir en infériorité ! Il n'en restera plus aucune puisque Jágr accumule les petits cinglages sur Jake Gardiner en zone neutre jusqu'à se faire pénaliser à son tour...
 
Cette fin prématurée des cinq minutes de supériorité numérique maintient le suspense. Mais le répit est de courte durée car Brock Nelson est sanctionné pour une charge avec la crosse. L'avantage numérique est de nouveau transformé par les Tchèques, par un tir axial de la bleue d'Ondrej Nemec (1-4, 36'19").
 
Juste avant le retour aux vestiaires, Jakub Kindl prend une pénalité idiote pour une crosse au visage de McDonald après le coup de sifflet. Les Américains ne doivent pas laisser passer l'occasion de marquer à la reprise, mais Salák réalise un arrêt capital en détournant du gant un tir de Johnny Gaudreau.
 
La suite est écrite : les Américains poussent mais subissent des contre-attaques tchèques. Ce qui semble être leur dernière chance survient à dix minutes de la fin quand Hertl part en prison. Johnny Gaudreau trouve la déviation de Tim Stapleton, mais au rebond, Jimmy Hayes bute dans la botte gauche de Salák.
 
Mais comme toujours avec les Américains, ils ne s'avouent jamais vaincus avant la fin. Comme Jakub Klepiš est pénalisé à un peu plus de trois minutes du terme, Peter Laviolette en profite pour sortir Tim Thomas et tout tenter. La reprise de Tyler Johnson dans le cercle gauche fait mouche au moment où Klepiš revient sur la glace (2-4, 58'50"). Sitôt l'engagement gagné, Thomas ressort, et Johnson marque un nouveau but, dans le slot, quinze secondes plus tard (3-4, 59'05").
 
Le scénario se répète : les États-Unis remportent la mise au jeu, sortent leur gardien et envoient le palet au fond. Ondřej Vitásek, qui le récupère, prend immédiatement deux adversaires sur le râble. Une véitable bataille de chiffonniers pour la possession de la rondelle s'engage alors dans la zone tchèque, cette fois sans autre résultat juusqu'à la sirène.
 
Les Américains avaient opté pour une tactique minimisant les erreurs, en optant toujours pour la solution de relance la plus prudente, consistant à envoyer le palet vers l'avant contre la bande. Cela élimine les risques, mais cela ne permet pas de construire beaucoup de jeu, par manque de possession. Cette stratégie aurait pu fonctionner avec des unités spéciales plus efficaces, ce qui semblait le cas en première période. Mais après l'expulsion d'Abdelkader, les hommes de Peter Laviolette ont été dévorés par le jeu de puissance tchèque.
 
Le risque peut payer, les États-Unis l'ont prouvé sur la fin, en conservant le même style traditionnel de dump and chase, qu'ils avaient un peu abandonné au niveau international.
 
Désignés joueurs du match : Roman Červenka (République Tchèque) et Peter Mueller (États-Unis).
 
Désignés meilleurs Américains du tournoi : Seth Jones, Tyler Johnson et Craig Smith.
 
Commentaires d'après-match
 
Vladimir Růžička (entraîneur de la République Tchèque) : "Les joueurs se rendent compte que c'est le championnat du monde. Pas une compétition de clubs ou un autre évènement. Nous avons bien défendu la zone neutre. Notre performance s'améliore. Quand on joue les Canadiens ou les Américains, on doit s'attendre à quelque chose comme ça [la charge d'Abdelkader]. Sobotka a été secoué, mais je crois qu'on pourra compter sur lui la prochaine fois. Durant cette longue pénalité, nous avons mis deux buts, mais nous aurions pu en ajouter plus. Nous avons alors commis deux fautes, certaines étaient un peu stupides, nous en parlons tout le temps."
 
Jaromír Jágr (attaquant de la République Tchèque) : "On ne joue pas encore un hockey parfait, quelle qu'en soit la raison. Les powerplays nous ont aidés, même s'ils font partie du jeu. C'est une charge à la tête, c'est toujours sifflé, la NHL aussi commence déjà à le faire. Il y a eu beaucoup de commotions, il commence à y avoir des suspensions. Le jeu est bien plus rapide qu'autrefois avec les nouvelles règles, on n'accroche et on ne retient plus. D'un côté, c'est super, mais les joueurs arrivent à grande vitesse, et quand il y a une charge, cela sent la blessure. Nous avons connu deux dernières minutes compliquées, mais c'est une leçon pour les jeunes, ce n'est pas fini tant que la sirène n'a pas retenti. Avec tout le respect dû, je ne pense pas que les Américains avaient l'équipe la plus forte. Nous devions gagner ce match. La demi-finale sera plus dure."
 
 
 
États-Unis - République Tchèque 3-4 (1-1, 0-3, 2-0)
Jeudi 22 mai 2014 à 16h00 à la Chizhovka Arena. 8234 spectateurs.
Arbitrage de Mikael Nord (SUE) et Marcus Vinnerborg (SUE) assistés de Justin Hull (CAN) et Sakari Suominen (FIN).
Pénalités : États-Unis 41' (2', 2'+10'+5'+20', 2'), République Tchèque 14' (2', 6', 6').
Tirs : États-Unis 34 (11, 6, 17), République Tchèque 33 (8, 19, 6).
 
Évolution du score :
1-0 à 06'54" : Nelson assisté de Mueller et Jones (sup. num.)
1-1 à 09'15" : Rolinek
1-2 à 26'51" : Hertl assisté de Novotny (sup. num.)
1-3 à 28'06" : Červenka assisté de Zámorský et Kolář (sup. num.)
1-4 à 36'19" : Nemec assisté de Novotný et Jágr (sup. num.)
2-4 à 58'50" : Johnson assisté de Mueller et Jones
3-4 à 59'03" : Johnson assisté de Mueller et Smith
 
 
États-Unis
 
Attaquants :
Brock Nelson (+2, 2'+10') - Tyler Johnson (+2) - Craig Smith (A, +2)
Justin Abdelkader (C, 2'+5'+20') - Tim Stapleton (A) - Johnny Gaudreau (+2, 2')
Peter Mueller (+2) - Vince Trocheck - Tommy Wingels
Kevin Hayes (-1) - Drew Shore (-1) - Jimmy Hayes (-1)
Colin McDonald
 
Défenseurs :
Dan DeKeyser - Seth Jones (+2)
Jake Gardiner - Connor Murphy
Matt Donovan (-1) - Jeff Petry (-1)
Jake McCabe [2 présences]
 
Gardien :
Tim Thomas [sorti de 58'15" à 58'50", de 58'55" à 59'03" et de 59'07" à 60'00"]
 
Remplaçant : David Leggio (G)
En tribunes : Connor Hellebuyck (G), Jacob Trouba (muscles du cou), Andy Miele.
 
République Tchèque
 
Attaquants :
Roman Červenka - Jiří Novotný (2') - Jaromír Jágr (A, 2')
Tomáš Hertl (-1, 2') - Vladimír Sobotka (2') [blessé à 26'41"] - Jakub Klepiš (-1, 2')
Jiří Sekáč (-1) - Jiří Hudler (-1) - Martin Zaťovič (-1)
Tomáš Rolinek (C) - Jan Kovář (+1) - Michal Vondrka (+1)
Martin Růžička [entré à 34']
 
Défenseurs :
Ondřej Vitásek - Ondřej Němec (A, +1)
Jakub Kindl (-1, 2') - Michal Jordán (-1)
Jan Kolář (-1) - Petr Zámorský (2')
 
Gardien :
Alexander Salák
 
Remplaçants : Jakub Kovář (G), Martin Ševc.
Non alignés : Pavel Francouz (G), Roman Polák (épaule), Jakub Petružálek.