Russie - France (Mondiaux 2014, quart de finale)

Voici le jour historique qui concrétise tout le travail accompli par le hockey français : un quart de finale de championnat du monde, et avec un seul naturalisé et non une dizaine comme en 1995.
 
Face à l'équipe de France se présente le grand favori du tournoi, la Russie. Elle joue pour la première fois du tournoi avec ses deux superstars Aleksandr Ovechkin et Evgeni Malkin, bien évidemment sur deux lignes différentes après l'ultime démonstration de leur incompatibilité olympique, malgré les dénégations du sélectionneur Znarok.
 
Le capitaine Ovechkin rejoue après un repos d'un match après sa blessure contre l'Allemagne, et dans l'intervalle, le joker Malkin a pu s'habituer, en retrouvant avec plaisir Kulyomin, son vieux complice de Magnitogorsk, et le meilleur marqueur du tournoi Viktor Tikhonov. Les deux autres lignes russes ne manquent pas non plus de talent, avec le vétéran Zaripov et le grand espoir Kuznetsov...
 
Dave Henderson et Pierre Pousse ont procédé à un petit changement dans leur alignement : Nicolas Ritz, clairement le joueur-phare du quatrième trio, est promu en troisième ligne à la place de l'autre joueur formé à Dijon, Anthony Guttig.
 

Les Russes n'ont pas pardonné la défaite de l'an passé face aux Français le jour commémoratif du 9 mai, et ils veulent effacer cette anomalie. Ils démarrent très fort, avec une démonstration de leur technique et de leur vitesse. Les Bleus font le dos rond, mais Fleury perd le palet en sortie de zone face à Yegor Yakovlev, qui sert Artyom Anisimov seul dans le cercle droit. Celui-ci repique dans l'axe pour éviter le retour de Ritz et bat Huet côté plaque (1-0, 04'21").
 
Yorick Treille est sanctionné pour une charge sur le défenseur Evgeni Medvedev. Le fait de tuer cette pénalité lance véritablement le match de l'équipe de France. Elle commence à créer les premières actions offensives, toujours par sa ligne forte Bellemare - Roussel - Da Costa. Shipachyov retient la crosse de Pierre-Édouard Bellemare pour l'empêcher de reprendre la passe d'Antoine Roussel dans l'enclave. La seconde unité de powerplay doit donc enchaîner puisque la première vient d'être consommée. Anthony Guttig masque un tir de la bleue de Teddy Da Costa, mais Bobrovsky a la jambière ferme sur le rebond.
 
La Russie n'est plus aussi souveraine techniquement, à l'instar de Denis Denisov qui rate son dégagement et offre le palet à Teddy Da Costa, pour un tir lointain sans grand danger pour un solide Bobrovsky.
 
La France domine donc la fin du premier tiers-temps, mais elle concède malheureusement une pénalité juste avant la pause quand Meunier fait trébucher Zaripov en zone neutre...
 
Une faute qui coûte très cher. Nikolaï Kulyomin sert de relais dans l'enclave pour prolonger le centre de Tikhonov en direction d'Evgeni Malkin seul au poteau droit. La star de Pittsburgh glisse le palet dans le dos de Cristobal Huet (2-0, 20'52").
 
Les Bleus réagissent tout de suite en s'installant en zone offensive, et Sergei Plotnikov accroche Yohann Auvitu monté entre les cercles. La France multiplie les palets perdus pendant cette supériorité numérique, et Sergei Shirokov part même en breakaway face à Huet, qui gagne son duel.
 
L'infériorité se renverse de nouveau par une nouvelle faute de Meunier. Quand Roussel se laisse aller à une charge avec la crosse, les Français sont même réduits à trois, sans l'habituel pilier en ces circonstances Meunier. Le puissant lancer d'Ovechkin frappe alors... un de ses coéquipiers, et Yorick Treille dégage le palet au loin. Les belles passes de Malkin ne sont pas converties par la suite.
 
On ne revient pas longtemps à 5 contre 5. Treille part à son tour en prison, Bellemare se plaint aux arbitres de fautes russes non sifflées, et sur l'engagement, Plotnikov est sanctionné pour avoir fait trébucher Manavian.
 
Le 4 contre 4 est ouvert, et l'on va d'une cage à l'autre. Un peu avant que les joueurs ne quittent le banc des punitions, Kulyomin inflige un net coup de crosse à Meunier. L'engagement à 4 contre 3 est perdu par Stéphane Da Costa, et les Russes garderont le palet durant presque toute l'infériorité. Evgeni Dadonov part en contre-attaque et élimine Teddy Da Costa en un contre un, mais Cristobal Huet signe un arrêt magnifique en grand écart complet.
 
Huet pare également de la mitaine un tir dangereux d'Aleksandr Ovechkin, qui fut brièvement son coéquipier à Washington. La France aura surtout passé la deuxième période à défendre, et a pu compter sur son excellent gardien.
 
Les espoirs d'une résurgence au troisième tiers-temps sont encore décalés par une faute de Teddy Da Costa, mais Nicolas Besch coupe deux passes dangereuses de Kulyomin au cours de cette infériorité numérique.
 
Si le coeur n'a jamais été en question, les Bleus ont-ils encore les jambes pour revenir ? Privés de palet, ils n'ont jamais été aussi peu à l'offensive durant ce tournoi.
 
On se demande s'ils pourront ou devront prendre tous les risques à un moment, mais le slap du cercle droit d'Aleksandr Kutuzov met un terme à toutes ces questions (3-0, 47'36"). Le match est fini et Ovechkin ne rentre plus, préservé pour la suite de la compétition.
 
Les pénalités s'accumulent sans effet. Celle de Besch est tuée, tout comme celle de Kalinin qui fait trébucher Bellemare. Da Costa donne un coup de crosse de frustration à Dadonov après s'être pris une mise en échec, et sur l'engagement, Tikhonov est sanctionné pour une crosse haute sur Manavian... qui était en fait celle de Meunier. Comme le ralenti est montré sur les écrans, tous les joueurs et tout le public le voit, ce qui fait râler Tikhonov, mais la faute a déjà été sifflée et les arbitres ne peuvent plus en tenir compte...
 
En entrant dans la dernière minute, Stéphane Da Costa intercepte un palet en zone offensive, et Baptiste Amar peut tenter un tir du revers qui aurait donné un beau point final à sa carrière. Dave Henderson prend son temps mort et sort son gardien pour la mise au jeu. Roussel se rend coupable d'un accrochage sur le rebond, et on en reste donc là.
 
Hormis les dix dernières minutes de la première période, les Bleus n'ont jamais pu rivaliser, contrairement à toutes les rencontres précédentes. On a eu l'impression que la France est tombée dans ce quart de finale sur le seul adversaire hors de sa portée. Cela laisse des regrets de ne pas avoir gagné la prolongation contre les Tchèques, ce qui aurait permis d'affronter des Américains "prenables".
 
Désignés joueurs du match : Evgeni Malkin pour la Russie et Cristobal Huet pour la France.
 
Commentaires d'après-match (recueillis par Nicolas Leborgne)
 
Oleg Znarok (entraîneur de la Russie) : "C'était difficile comme prévu. La France a réussi une très bonne première phase. Elle a changé de niveau. Le match était bon, nous avons fait un bon match défensivement et je suis content du travail. Le jeu de puissance n'a pas trop marché, j'ai donc changé les lignes en cours de match."
 
Laurent Meunier (attaquant de la France) : "Ils ont été meilleurs, et en plus ils sont très bien coachés. Ce n'est pas comme l'an dernier, là c'est solide, propre et avec le talent en plus. Nous avons tout donné, Cristobal nous a donné une chance. Nous avons pris trop de pénalités car ils étaient plus forts que nous. Là, nous sommes tous morts, on a mal partout, tous à moitié blessés... Il aurait fallu prendre moins de pénalités, pour tourner plus à quatre lignes, mais bon, cela aurait été compliqué quand même. Ils étaient en place, prêts, intelligents. Ils ne nous ont pas pris de haut et ne nous ont donné aucune chance. Nous avons montré que nous étions capables de jouer à ce niveau mais le plus dur sera de confirmer. Il suffit de regarder la Suisse pour s'en rendre compte. Notre dispositif, notre confiance nous ont permis d'accrocher tout le monde. C'est bon pour le hockey et cela fait plaisir. Nous avons mis notre sport en vue, au moins quelques jours. Le danger, c'est de se monter la tête et de ne voir que le quart. Il faut déjà faire le travail pour le maintien, puis on verra. Les médias moins connaisseurs se diront ils l'ont fait une fois et risquent de ne pas comprendre, mais on sait que c'est un tournoi difficile."
 
Stéphane Da Costa (attaquant de la France) : "On n'aime pas perdre ! Oui, perdre contre les Tchèques, c'était dommage, mais avec des si... On a perdu l'Italie et gagné après, l'inverse aurait-il été vrai ? Nous n'aurions pas forcément battu les États-Unis non plus. Nous avons manqué de jus dans ce match. Je prends par exemple une pénalité stupide à la fin, c'est une pénalité mentale... Toute l'équipe a fait un gros tournoi, je suis très fier. On a le niveau et le talent pour les quarts, on a fait huit gros matchs. Nous avons reçu beaucoup de messages, de médias... C'est énorme pour le hockey français."
 
Baptiste Amar (défenseur de la France, photo de gauche) : "J'ai beaucoup de fierté sur ce championnat du monde. Il va falloir digérer la déception. Nous avons affronté une très grosse équipe et avons manqué d'énergie pour rivaliser. La Russie a eu une grande maîtrise technique. Ils sont très bons défensivement, plus que les années précédentes, et ne nous ont rien donné. C'est un bon cap pour l'équipe de France, maintenant il va falloir confirmer. J'ai tout donné sur ce dernier tir du revers en fin de match, on ne sait jamais ! Mais après, je n'avais plus de jus pour aller chasser le palet dans le coin... La haie d'honneur à la fin, un grand merci à tous ces gars-là. C'est extraordinaire. J'avais déjà réalisé que c'était la fin en club, et avoir la chance de finir sur un quart de finale..."
 
Cristobal Huet (gardien de la France) : "On y a cru et on a essayé jusqu'au bout. Je suis surtout déçu que le tournoi soit fini. On a quand même subi aujourd'hui, nous manquions de jus... Il fallait jouer au maximum pour rivaliser. Nous prenons un but un peu vite et le public rentre dans le match. Les gars ont tout donné... Les Tchèques étaient forts aussi, cela reste des belles équipes. Les Russes jouent très bien défensivement. Malkin ? Il n'est pas stressé, il est bon technicien et il fait ce qu'il veut ! Nous allons nous parler et tirer le bilan. Mais ces résultats ont fait parler de nous, c'est bien."
 
Dave Henderson (entraîneur de la France) : "C'était le premier quart de finale en vingt ans... Je suis content de la performance. Le niveau de jeu était relevé ce soir. Nous pouvons être fiers d'avoir lutté pendant soixante minutes. Je suis déçu que nous n'ayons pas marqué, mais la Russie n'a pris que sept buts dans le tournoi et c'est compliqué. Nous avons mis tout en œuvre et toutes nos forces dans la bataille, face à la meilleure équipe du Mondial. Le meilleur a gagné et tout ce que nous avions dans le réservoir n'a pas suffi. Eux non plus n'ont pas levé le pied, ce qui est bon signe pour notre équipe finalement. Ils sont plus rigoureux que l'an dernier, ils font plus l'effort du repli défensif. Pour marquer contre eux, il faut être très affûté et avoir un peu de chance. Ils ont de très bonnes individualités, qui se mettent cette fois au service de l'équipe.
 
La progression de l'équipe de France est sensible...
C'est un travail de longue haleine, après quelques années de résultats probants. Maintenant, nous contrôlons mieux le palet et développons plus de jeu offensif, contrairement à notre remontée en 2008 où nous prenions quarante tirs à douze... Nous avons des joueurs plus habiles depuis deux-trois ans. Cela s'ajoute à l'accent défensif, toujours nécessaire.
 
C'est un cap pour le hockey français ?
On peut dire qu'on entre dans une adolescence. Il faut croire en nos chances, ce qui vient avec la confiance et la maturité des joueurs. Nous avons montré de la constance dans ce tournoi, alors que l'an dernier, la victoire contre la Russie nous avait perturbés. Ce soir, nous étions encore dans le match à 1-0 ou 2-0. Nous n'avons jamais baissé les bras et avons essayé jusqu'au bout. Nous devons encore progresser, et dans tout. Par exemple, le jeu de puissance, où nous avons eu du temps offensif mais où ils ne nous ont pas laissé créer le moindre décalage.
 
Ce tournoi, c'est aussi le fruit du travail de plusieurs années...
Oui, et les jeunes arrivent, pour pousser les anciens dehors, et ceux-là ne vont pas lâcher comme ça. C'est une rivalité saine pour le hockey français. Il y a eu un élan de sympathie médiatique, les gens ont aimé notre jeu dans ce tournoi et sont finalement moins surpris que l'an dernier. C'est gratifiant pour la fédération.
 
La suite, avec cette fin de contrat ?
Je n'en parlerai pas. Je vais rentrer, jouer au golf... Nous ferons une réunion de sortie avec la direction et le président. L'équipe sera toujours là, en progression. Mon souhait personnel, c'est de rester, mais entraîneur, ce n'est jamais un poste à vie ! Nous avions resigné pour quatre ans, le contrat se termine. On verra.
 
La retraite de Baptiste Amar va laisser un vide ?
Oui, c'est incontestable, on ne remplace par un Baptiste Amar comme cela. Cela fait quinze ans qu'il est avec nous, il a atteint un niveau technique et un leadership impressionnants. Sur le plan humain également il est difficile à remplacer. Même pour son dernier match, il a encore 26 minutes de jeu.
 
La relève en défense, c'est aussi Florian Chakiachvili et Benjamin Dieudé-Fauvel. Quel bilan de leur tournoi ?
Auparavant, les joueurs débutaient en division en dessous. C'est difficile pour un débutant à ce niveau. Nous les avons vus l'été, pour les évaluer pendant les stages. Quand un joueur perce, on lui donne l'opportunité. Ils nous ont convaincu dans les stages. Sur ce tournoi, il y a eu un peu de nervosité sur la fin mais c'est une bonne expérience. Il ne faut pas oublier que des joueurs comme Bellemare ou Hecquefeuille ont débuté aux qualifications olympiques à Klagenfurt avec trois-quatre minutes de temps de jeu, et on voit où ils en sont maintenant. Il faut être patients, ils ont de beaux jours devant eux.
 
Il y aura sûrement des demandes de grands championnats pour les joueurs après un tel tournoi ?
Sûrement, oui. Pendant la saison, nous effectuons plusieurs stages, et lorsque ces joueurs qui évoluent dans de grandes ligues ne sont pas disponibles, cela laisse la place à des jeunes. Et c'est tant mieux, car ils sont confrontés au haut niveau et apprennent, ce qui bénéficie à la ligue Magnus et aussi à leurs adversaires. À terme, ils sont prêts quand ils arrivent en équipe de France."
 
 
 
Russie - France 3-0 (1-0, 1-0, 1-0)
Jeudi 22 mai 2014 à 17h00 à la Minsk Arena. 14011 spectateurs.
Arbitrage d'Antonin Jerabek (TCH) et Keith Kaval (USA) assistés de Chris Carlson (CAN) et Vit Lederer (TCH).
Pénalités : Russie 12' (2', 6', 4'), France 18' (4', 6', 8').
Tirs : Russie 28 (11, 9, 8), France 16 (8, 4, 4).
 
Évolution du score
1-0 à 04'21" : Anisimov assisté de Yakovlev
2-0 à 20'52" : Malkin assisté de Kulyomin et Tikhonov (sup. num.)
3-0 à 47'36" : Kutuzov assisté de Kulyomin et Malkin
 
 
Russie
 
Attaquants :
Aleksandr Ovechkin (C) - Vadim Shipachyov (2') - Sergei Plotnikov (4')
Viktor Tikhonov (+1, 2') - Evgeni Malkin (+1) - Nikolaï Kulyomin (A, +1, 2')
Sergei Shirokov (+1) - Artyom Anisimov (+1) - Danis Zaripov (A, +1)
Evgeni Dadonov - Aleksandr Burmistrov - Sergei Kalinin (2')
Evgeni Kuznetsov [1 présence]
 
Défenseurs :
Denis Denisov - Maksim Chudinov
Aleksandr Kutuzov (+1) - Evgeni Medvedev (+1)
Yegor Yakovlev (+1) - Anton Belov (+1)
Andrei Zubarev
 
Gardien :
Sergei Bobrovsky
 
Remplaçant : Andrei Vassilievski (G).
En tribunes : Anton Khudobin (G). Blessés : Dmitri Orlov (bras cassé), Andrei Loktionov (épaule).
 
France
 
Attaquants :
Antoine Roussel (-1, 4') - Pierre-Édouard Bellemare (A, -1) - Stéphane Da Costa (-1, 2')
Julien Desrosiers - Laurent Meunier (C, 4') - Yorick Treille (4')
Nicolas Ritz (-1) - Teddy Da Costa (-1, 2') - Damien Fleury (-1)
Luc Tardif - Damien Raux - Brian Henderson
Anthony Guttig
 
Défenseurs :
Yohann Auvitu (-1) - Nicolas Besch (-1, 2')
Baptiste Amar (A, -1) - Antonin Manavian
Jonathan Janil - Benjamin Dieudé-Fauvel (-1)
 
Gardien :
Cristobal Huet [sorti de 59'09" à 59'27"]
 
Remplaçants : Florian Hardy (G), Florian Chakiachvili.
En tribunes : Ronan Quemener (G), Maxime Moisand, Eliot Berthon.