Suède - Bélarus (Mondiaux 2014, quart de finale)

C'est le quart de finale de tout un pays. La Biélorussie a déjà réussi un excellent tournoi à domicile, mais ce quart de finale est évidemment une chance de faire de "son" mondial sa meilleure performance de tous les temps.
 
Et pourquoi pas, égaler le record, une quatrième place aux Jeux olympiques 2002, obtenue face à... la Suède bien sûr ! Le but encaissé par Tommy Salo donne encore des cauchemars aux Suédois...
 
Évidemment, on est loin de cette époque. La Suède a réussi un très bon tournoi jusque là, ne perdant que face au Canada à l'issue d'un match accroché. La vitesse et la technique de joueurs comme Linus Klasen, Oscar Möller ou encore Gustav Nyquist ont fait merveille au premier tour.
 
En face, les Biélorusses confirment Kevin Lalande dans les cages. Le Québécois naturalisé a débuté comme troisième gardien mais ses prestations très solides lui donnent désormais la chance de prouver son talent dans un match crucial. Il a aussi profité de la blessure de Vitali Koval, touché au genou dans un contact avec Evgeni Malkin. L'autre naturalisé, Geoff Platt, a commencé à produire aux matchs précédents. Et tant mieux, car l'icône de tout un peuple, Mikhail Grabovski, est forfait pour ce match, suite à un mauvais coup pris contre la Lettonie...
 
Le match permet par ailleurs à la Biélorussie de battre le record tchèque de 2004 avec 582 032 spectateurs cumulés. Et il reste quatre matchs à disputer !
 
Côté français, Pierre Dehaen arbitre là son dernier match du Mondial. Une belle récompense que ce quart de finale de l'équipe locale, devant une patinoire comble.
 
La Suède prend d'entrée possession du palet et porte le jeu dans le camp adverse. Cela commence par un tir sur le poteau droit, puis une percée de Nyquist, à la lutte avec Graborenko. Le revers du joueur de Detroit file à côté. Jimmie Ericsson tente de donner de l'impulsion, mais sa charge dans le dos sur un joueur sans palet est complètement inutile.
 
Les locaux mettent le feu dans l'enclave de Nilsson dès les premières secondes de supériorité. C'est un feu de paille car Sergei Kostitsyn contrôle mal le disque à la bleue et empêche son adversaire de partir en échappée. C'est un 4 contre 4, puis une supériorité suédoise ponctuée par un lancer de Möller bien sorti par la jambière de Lalande. La défense gère bien le reste du temps et la partie d'échecs continue.
 
Möller, bien servi au second poteau après le travail de Fransson dans le coin, envoie une nouvelle volée à mi-période, qui force Lalande à un grand écart spectaculaire.
 
Une obstruction de Stasenko place la Biélorussie en situation périlleuse. Ericsson se place en écran pour les tirs de la bleue, qui ne passent pas. Sjogren fait de même pour le deuxième groupe, qui n'a pas plus de réussite. Mais cela finit par payer. Le bon jeu de passe suédois rend le public silencieux. Klasen échange avec Ekholm à la bleue. Le tir d'Ekholm trouve Lalande derrière deux écrans suédois de Danielsson et Sjogren, avec une déviation d'un défenseur. Danielsson saute sur le rebond (1-0).
 
La Suède survole le match grâce à un jeu collectif bien huilé. Il y a toujours un joueur en soutien, une transversale pour découper la défense... La Biélorussie n'a que des exploits individuels et des contres à opposer.
 
Klasen et Nyquist combinent superbement bien en une-deux, après une interception en début de zone neutre. L'attaquant des Red Wings se retrouve tout seul devant Lalande, qui sauve son équipe à une minute de la pause.
 
Menés au score et dominés dans le jeu (10 tirs à 3), les Biélorusses bénéficient d'un avantage numérique consécutif à une faute d'Ekholm dès le début du deuxième tiers. Les jaunes maintiennent l'action loin de leur but grâce à un bon pressing. Les locaux n'arrivent même pas à rester en zone offensive. Au retour à égalité numérique, Kalyuzhny tente un premier tir, puis son équipe met le feu dans la défense. Malheureusement pour le public surexcité, les joueurs de Glen Hanlon gaspillent de bonnes positions de tirs.
 
Mais ce n'est que partie remise. Le point fort de la Biélorussie, ce sont ses contre-attaques. Un dégagement de Stas et Kalyuzhny déboule à gauche en deux-contre-un. Il fixe gardien et défenseur et sert Platt : lucarne opposée (1-1). Le public explose de "Belarus, Belarus !" que l'on entend sûrement à plusieurs kilomètres à la ronde.
 
Un but qui concrétise un temps fort des joueurs de Glen Hanlon, qui exploitent bien mieux les espaces. Nilsson doit s'employer à plusieurs reprises pour tenir le score. Il sort par exemple une superbe mitaine devant Kitarov qui partait en un-contre-un avec un défenseur.
 
Il faut attendre la mi-match pour qu'un retard de jeu de Yevenko change un peu la physionomie de la partie. Lalande se montre très concentré et bloque un tir d'Ekholm à la bleue, qui avait été servi par une passe dans le dos de Nyquist. La supériorité se termine puis Kalyuzhny perd un palet à, la bleue suédoise. Axelsson s'échappe et feinte Lalande. Son petit tir flottant s'écrase sur le poteau ! Et quelques secondes plus tard, la Biélorussie passe devant lorsque le tir excentré de Platt depuis la bande est dévié juste devant Nilsson par Yefimenko (1-2). Un match tourne vite...
 
Kitarov prend deux minutes de pénalité. La Suède joue sur son point fort, le jeu de puissance. Nygren reçoit le palet à la bleue et envoie un missile qui profite de la déviation d'Ericsson pour éteindre le public (2-2). Dans les dernières secondes, Gustafsson sauve la Suède en coupant la passe de Sergei Kostitsyn sur un 2-contre-1 biélorusse. Score nul à la pause dans ce match toujours aussi indécis, malgré un ultime tir de la bleue pour les rouges, péniblement contrôlé par Nilsson.
 
Tout reste à faire dans le dernier tiers. Le bras de fer est intense et les deux gardiens résistent, à l'image de Lalande devant Hjalmarsson à bout portant, puis de Nilsson sur un tir de Sergei Kostitsyn de la bleue lors d'un contre biélorusse. Les deux équipes paraissent à la limite de la rupture, se créant des quasi-échappées sauvées de justesse par la défense avant le tir, comme celle de Möller.
 
À onze minutes de la fin, Niclas Andersen commet l'irréparable dans sa zone avec un faire trébucher. La défense suédoise brille et ne concède aucune occasion. De retour au complet, la Suède envoie Nyquist en un-contre-un et Lalande gagne son duel de l'épaule. La présence suivante est terrible pour la défense mais le Québécois tient le fort, sauvant devant Möller à deux reprises, sur deux passes de Lindström.
 
À 7'19" de la fin, Ekholm tente de sortir de le palet de sa zone. Il le perd bêtement devant Kalyuzhny, qui se retrouve seul devant Nilsson. Il ne peut convenablement tirer car il a été accroché : tir de pénalité ! Kalyuzhny s'avance et tente de glisser le palet entre les jambières du gardien. Le grand gabarit de Nilsson ferme la porte (photo de gauche) et la Biélorussie a peut-être manqué le coche...
 
Impression confirmée une minute plus tard lorsque ce même Ekholm est servi à droite. Le défenseur de Nashville déborde Graborenko, contourne la cage et glisse le palet au fond des filets du revers face à un Lalande trop lent au déplacement (3-2). Ekholm aurait pu être le bouc-émissaire d'une défaite suédoise, et le voilà héros du jour en une minute !
 
La Suède a le vent en poupe. Les Scandinaves confisquent le palet et gèrent leur avance. La Biélorussie bataille devant son public et cherche des solutions. Korobov teste ainsi la plaque de Nilsson sur un contre de Sergei Kostitsyn. Lalande sort de sa cage à une minute de la fin. Mais le jeu de passe manque de précision et les secondes défilent à toute vitesse, sans arriver à entrer en zone.
 
À huit secondes de la sirène, Glen Hanlon prend un temps mort pour une mise au jeu offensive. La Suède gagne la mise au jeu et dégage : victoire !
 
L'équipe la plus talentueuse s'impose donc dans la douleur. Les équipes spéciales auront fait la différence avec deux buts en supériorité pour la Suède, alors que la Biélorussie n'a pas capitalisé sur son jeu de puissance. La Suède jouera à nouveau "à l'extérieur" en demi-finale face à l'ogre russe...
 
Désignés joueurs du match : Gustav Nyquist (Suède) et Geoff Platt (Biélorussie).
 
Commentaires d'après-match
 
Linus Klasen (attaquant de la Suède) : "C'était un match difficile. Nous avons bien joué au premier tiers puis nous leur avons laissé trop d'occasions. En demi-finale, ce sera un peu la même ambiance, nous avons l'habitude. Le match sera compliqué, il faudra se montrer réaliste."
 
Oscar Möller (attaquant de la Suède) : "Le pénalty puis le but... C'est le hockey ! Nous avions King Kong dans les buts, il a fait un grand match. Ekholm n'est pas le plus spectaculaire de nos joueurs mais pour le coup, il a marqué un très joli but. Notre jeu de puissance s'est montré agressif, avec de grands gabarits comme Ericsson devant le gardien. C'était important. Los Angeles ? J'ai eu quelques légers contacts mais je suis encore sous contrat avec Skellefteå. Je me concentre sur le tournoi."
 
Gustav Nyquist (attaquant de la Suède) : "La foule leur a donné de l'énergie et il a fallu faire preuve de caractère pour revenir à 2-2. Anders Nilsson fait un gros arrêt. Et une minute plus tard, Ekholm marque et nous fait une Gretzky... C'est vraiment le tournant dans un match serré qui aurait pu basculer des deux côtés. Nilsson fait un grand tournoi, il a beaucoup progressé. [Interrogé sur les Detroit Red Wings] Ils prennent leur temps avec leurs espoirs, avec du temps en AHL avant de les lancer au haut niveau. C'est une grande organisation, qui fait les playoffs tous les ans depuis quoi, 23 ans ? Je suis fier d'en faire partie. Cette année, il y a eu beaucoup de blessures mais cela a donné la chance à de nombreux jeunes de percer. [Sur sa formation en NCAA] Il y a beaucoup d'universitaires en NHL, même si peu sont suédois ! Cela m'a apporté une éducation et un diplôme, au cas où cela ne fonctionne pas dans le hockey, ou s'il y avait eu une grave blessure... J'y suis arrivé à 18 ans et j'ai beaucoup appris, mûri dans ce championnat. [Sur le mondial] Nous visons l'or mais prenons match par match. La Russie sera un test difficile. Mais il y a beaucoup de grandes équipes et très peu d'écart entre elles. N'importe qui peut aller au bout."
 
Pär Mårts (entraîneur de la Suède) : "Je suis content de gagner ce match un peu étrange. J'ai vraiment adoré le public et tout ce qu'il y avait autour de la rencontre. En première période, nous avons très bien joué, avec beaucoup de possession de palet, en attaquant la cage. En deuxième, nous avons plus joué pour ne pas perdre que pour gagner. Le tir de pénalité stoppé par Anders Nilsson est bien sûr le tournant du match. Les équipes spéciales ont fait la différence, avec un bon jeu de puissance et un bon box-play. La Russie est favorite de ce match excitant. Nous l'avons battue il y a peu à Stockholm. Il faudra ne pas reculer et jouer vers l'avant. Quatre Européens en demi-finales, je ne sais pas si c'était attendu mais ce sont les quatre premiers du classement IIHF."
 
Kevin Lalande (gardien de la Biélorussie) : "Nous croyons fort aux demi-finales. La Suède a été excellente, nous n'avons rien à regretter car nous avons tout donné. J'étais prêt à saisir ma chance quand ils m'ont lancé dans les cages et c'est vraiment spécial de vivre ça, devant un tel public. Sur le but d'Ekholm, il a été très patient et a fait le tour, bien joué. Bravo à la France aussi, très beau tournoi."
 
Geoff Platt (attaquant de la Biélorussie) : "60 minutes à fond, difficiles... Il y avait beaucoup d'émotion. Le tournoi a été exceptionnel. En première période, nous leur avons témoigné trop de respect. Dans le vestiaire, nous nous sommes bien calmés et repris et avons bien réagi en deuxième période."
 
Glen Hanlon (entraîneur de la Biélorussie) : "Nous avons dû élever la voix dans le vestiaire après le premier tiers, expliquer que l'on respectait trop l'adversaire. Apparemment, l'enjeu paralysait un peu les joueurs. J'ai essayé de les choquer un peu, et ça a fonctionné. La Suède joue un hockey rapide et plaisant, c'était formidable de vivre un tel match. Depuis des années, je mets l'accent sur le fait que l'équipe ne doit pas reculer et défendre mais pratiquer un jeu offensif. Je suis fier qu'elle ait suivi cette ligne. Notre équipe nationale a franchi un cap en étant capable de faire cela contre un tel adversaire."
 
 
 
Suède - Bélarus 3-2 (1-0, 1-2, 1-0)
Jeudi 22 mai 2014 à 21h00 à la Minsk Arena. 14598 spectateurs.
Arbitrage de Viacheslav Bulanov (RUS) et Jyri Ronn (FIN) assistés de Pierre Dehaen (FRA) et Anton Semjonov (EST).
Pénalités : Suède 6' (2', 2', 2'), Bélarus 8' (4', 4', 0').
Tirs : Suède 25 (10, 6, 9), Bélarus 23 (3, 9, 11).
 
Évolution du score
1-0 à 13'41" : Danielsson assisté d'Ekholm et Klasen (sup. num.)
1-1 à 25'39" : Platt assisté de Kalyuzhny et A. Stas
1-2 à 34'14" : Yefimenko assisté de Platt
2-2 à 37'27" : Nygren assisté de Backlund et J. Lindström (sup. num.)
3-2 à 53'38" : Ekholm
 
 
Suède
  
Attaquants : 
Oscar Möller (-1) - Mikael Backlund (A, -1) - Joakim Lindström (-1)
Gustav Nyquist - Calle Järnkrok (+1) - Linus Klasen
Jimmie Ericsson (A, 2') - Mattias Sjögren (-1) - Simon Hjalmarsson
Niklas Olausson - Joel Lundqvist (C) - Dick Axelsson
Denis Rasmussen
 
Défenseurs : 
Mattias Ekholm (2') - Johan Fransson (+1)
Niclas Burström (-1) - Niclas Andersen (-1, 2')
Tim Erixon - Erik Gustafsson
Magnus Nygren (-1)
 
Gardien :
Anders Nilsson
 
Remplaçant : Joacim Eriksson (G).
Non alignés : Linus Ullmark (G), Daniel Rahimi (saignements au rein), Jonas Ahnelöv (épaule).
 
Bélarus
 
Attaquants :
Aleksei Kalyuzhny (C, +1) - Andrei Stas (+1) - Geoff Platt (+2)
Sergei Kostitsyn (-1, 2') - Andrei Kostitsyn (-1) - Evgeni Kovyrshin (-1)
Andrei Stepanov - Nikita Osipov - Aleksei Ugarov
Aleksei Yefimenko (+1) - Aleksandr Kitarov (+1, 2') - Artyom Volkov
 
Défenseurs :
Dmitri Korobov - Roman Graborenko
Vladimir Denisov (A) - Oleg Yevenko (2')
Nikolai Stasenko (2') - Kirill Gotovets
 
Gardien :
Kevin Lalande
 
Remplaçants : Andrei Mezin (G), Andrei Karev.
En tribunes : Ivan Usenko. Blessés : Vitali Koval (G), Mikhaïl Grabovski, Konstantin Koltsov.