Russie - Suède (Mondiaux 2014, demi-finale)

Après avoir maîtrisé son quart de finale contre la France, la Russie poursuit son chemin en rencontrant la Suède en demi-finale de ce championnat du monde.
 
Les Suédois ont eux éprouvé davantage de difficulté en quart face au Bélarus, Mattias Ekholm inscrivant le but gagnant (3-2) à moins de sept minutes de la fin. La Tre Kronor a peut-être écarté le pays-organisateur mais Pär Mårts et ses hommes s'attendent à défier une autre foule bruyante et hostile, acquise cette fois-ci à la Russie.
 
Néanmoins, alors que les Tchèques affrontent les Finlandais dans l'autre demi-finale, il s'agit bien ici d'une finale avant l'heure. Suédois et  Russes ont affiché bien plus de solidité et de régularité dans leurs performances. Il s'agit notamment des deux meilleurs jeux de puissance et des deux meilleurs boxplays. En effet, si l'on devait cumuler leurs prestations, ils ont inscrit 21 buts en avantage numérique pour quatre encaissés en infériorité. A fortiori, cette demi-finale s'annonce donc extrêmement indécise, surtout avec deux gardiens, Sergei Bobrovsky et Anders Nilsson, jusqu'ici excellents.
 
Une guerre tactique a démarré, bien avant le match d'ailleurs. L'encadrement de la Sbornaïa a en effet interdit toute photo ou vidéo de la part des journalistes lors des derniers entraînements.
 
Sans information sur leurs adversaires, les Suédois préfèrent se rappeler qu'ils ont battu la Russie 2-0 une semaine avant le début de ces Mondiaux.
 
On se console comme on peut. Car ceux-ci sont embarassés par une série noire : la Suède n'a pas gagné une partie contre la Russie, en Championnat du monde ou aux Jeux olympiques, depuis 10 ans. 
 
Membre de la première ligne suédoise, Joakim Lindström, touché à l'aine face au Canada en phase préliminaire, en a souffert par la suite et restait incertain. Il est toutefois présent. Tout comme Aleksandr Ovechkin qui est revenu au jeu contre la France. Largement moins affûté qu'à l'habitude, la star de Washington assure ne plus ressentir de douleur et n'a pris aucun analgésique. Le manager de la sélection Andrei Safronov assure quant à lui qu'Ovechkin est désormais à 100% de son potentiel.
 
Et on ne perd pas de temps à faire les présentations. Alors que le bloc russe se concentre côté gauche pour s'occuper en zone neutre de Joakim Lindström, celui-ci crée le décalage en envoyant la fusée Oscar Möller qui part seul battre Bobrovsky (0-1, 00'19").
 
Le décor est planté pour la Russie qui concède rapidement une faute maladroite de Medvedev, toutefois sans conséquence. Au tour ensuite aux Russes de s'essayer au jeu de puissance après que Klasen a fait trébucher Malkin. Evgeni Medvedev, avec deux puissantes reprises de volée, est le plus dangereux tandis qu'une transversale de Malkin est habilement coupée par la défense suédoise.
 
Face à ces adversaires à l'énorme puissance de feu, la Suède tente de doubler la mise avec une bonne séquence à la 10e minute, ponctuée d'un tir de Möller dans le petit filet et un lancer en pivot de Backlund. En vain face à des Russes qui vont égaliser... La Sbornaïa remporte un engagement ligne bleue côté droit, le défenseur Medvedev hérite du palet, s'avance couloir gauche, adresse un centre fort dévié de l'autre côté par la jambière de Nilsson, où se trouve Sergei Plotnikov qui marque dans un angle ouvert face au gardien toujours à terre (1-1, 13'25").
 
Et cela ne va pas s'arranger pour la Suède. Sergei Shirokov est à la récupération sur Nyquist en zone neutre, part seul en attaque, certes dans un entonnoir avec notamment Andersén face à lui, mais son tir réussit tout de même à surprendre Anders Nilsson (2-1, 18'00", photo de droite).
 
Avant la pause, Belov fait faute sur Hjalmarsson, c'est un nouvel avantage numérique pour la Suède qui s'illustrera par un tir lointain de Möller, que peine à contrôler Bobrovsky, et une dernière tentative de Danielsson qui passe près du poteau.
 
La Suède est menée après vingt minutes et n'est pas à l'abri d'une erreur d'inattention. Fransson, pas très sûr depuis le début du match, perd un palet dans son camp dont aurait pu profiter Danis Zaripov, placé devant le but.
 
Plus de peur que de mal. 26e minute : c'est peut-être déjà le tournant du match. Les Suédois font le jeu en attaque, Lindström obtient une bonne chance en pivot, l'action se poursuit. Oscar Möller, démarqué, hérite alors de la rondelle face au but, frappe, Bobrovsky effectue soudain une parade improbable mais sublime, gant levé pour contrer le tir. Magistral (photo de gauche).
 
De l'autre côté, Anders Nilsson voit de nouveau davantage d'action suite à deux pénalités successives de Järnkrok et Nyquist. Il fait face notamment à Kulyomin, qui avait éliminé au préalable Gustafsson côté gauche, et à une reprise de Tikhonov. La première pénalité expire, mais à peine le temps que Nyquist revienne sur la glace après la deuxième, Zaripov frappe de la droite, Nilsson repousse de l'autre côté, où se trouve Anton Belov qui ne se pose pas de question, son tir termine lucarne opposée (3-1, 31'02").
 
La Suède est un peu K.O. mais a l'occasion de réagir après une faute de Chudinov. Dans l'idée, le une-deux de Backlund, scotché sur la ligne de but, et Lindström, face à la cage, est bonne mais la défense russe, toujours attentive, stoppe avant même que Bobrovsky n'intervienne. Danielsson n'aura pas plus de réussite. Ultime frayeur pour la Suède : quand Evgeni Malkin récupère, centre... pour Aleksandr Ovechkin qui débarque devant l'enclave, Nilsson a bien failli s'incliner une quatrième fois.
 
L'idéal pour la Tre Kronor aurait été de forcer d'entrée en troisième période. Problème : Ekholm s'est fait pénaliser au buzzer, la Russie revient donc des vestiaires à 5 contre 4. Malkin, planté à droite, cherche encore et toujours la reprise d'Ovechkin à l'opposé. Il y parvient une fois mais l'ailier des Capitals vise sur le gardien. L'autre solution se nomme Aleksandr Kutuzov dont le lancer gêne par deux fois Nilsson, notamment en provoquant un rebond brûlant pour Shirokov.
 
Niveau artilleur, Magnus Nygren n'est pas mal non plus, surtout que Jimmie Ericsson est toujours là pour gratter le rebond. À son tour, Bobrovsky doit s'employer par deux fois face au duo infernal.
 
Le gardien de Colombus est d'autant plus serein que les Suédois, dominés, ne frappent que par intermittence. Ovechkin va en tout cas mieux que contre la France. À la 52e, il sort de son camp, percute à toute vitesse dans l'autre, le palet est alors contré par le patin de Fransson qui le dévie inconsciemment dans l'axe pour Plotnikov, qui ne peut le concrétiser. Zaripov, Anisimov et Kalinin auront également l'opportunité de creuser l'écart.
 
Même si le dribbleur Klasen réussit à perforer la défense à la 57e sans parvenir à obtenir un angle favorable, on ne voit pas comment les Suédois pourront inverser la tendance. Pär Mårts décide tout de même de rappeler Nilsson sur le banc pour un joueur de champ supplémentaire à 2'30" de la fin. Une fois de plus, Nygren tente sa chance de loin, une fois de plus, Jimmie Ericsson essaie de travailler un rebond derrière. Cela ne marche toujours pas. Cependant, sur cette action, Denisov prend une pénalité, jeu de puissance suédois à 1'40" de la fin. Järnkrok marque bien au fond des filets, enfin... mais la cage était désoclée. 
 
L'issue de cette rencontre, si tant est qu'il y avait encore du suspense, sera vite définie puisque Backlund annihile toute chance suédoise en provoquant bêtement Yakovlev. Le match dégénère, les insultes se multiplient, y compris sur le banc entre l'assistant scandinave Rikard Grönborg et Oleg Znarok. Ce dernier aura d'ailleurs des mots durs en prononçant distinctement des menaces de mort et en passant son pouce sur son cou dans une mimique d'égorgement. Chose dont il aura à s'expliquer auprès de la fédération internationale...
 
Malgré tout, la Russie s'impose logiquement dans cette demi-finale, maîtrisant une fois de plus son sujet. La Suède aura certes été un peu plus dangereuse que les Français mais elle n'a pu déstabiliser une équipe qui lui a été dans l'ensemble supérieure. Aux Suédois de sauver l'honneur face à la République Tchèque pour le bronze. La Russie n'est désormais plus qu'à une marche de l'or. Il lui faudra pour cela défier les Lions finlandais pour une finale inédite dans l'histoire des Championnats du monde.
 
Élus joueurs du match : Artyom Anisimov pour la Russie, Oscar Möller pour la Suède.
 
Commentaires d'après-match
 
Anders Nilsson (gardien de la Suède) : "Nous avons obtenu le meilleur départ possible mais c'est dommage de ne pas avoir construit là-dessus. Ils ont pris ensuite le match à leur compte et ils étaient meilleurs sur l'ensemble de la partie. Cela ne fait pas plaisir de perdre mais nous nous sommes inclinés aujourd'hui contre une équipe tout simplement meilleure."
 
Aleksandr Ovechkin (attaquant de la Russie) : "J'ai désormais une nouvelle attelle et je me suis senti mieux. Je ne peux pas dire que je suis à 100% mais dans ce contexte, il faut être prêt à tout. Il nous reste une partie à jouer et nous devons tout faire pour nous assurer la victoire."
 
 
 
Russie - Suède 3-1 (2-1, 1-0, 0-0)
Samedi 24 mai 2014 à 14h45 à la Minsk Arena. 14521 spectateurs.
Arbitrage de Keith Kaval (USA) et Vladimir Sindler (TCH) assistés de Sakari Suominen (FIN) et Miroslav Valach (SVK).
Pénalités : Russie 10' (4', 2', 4'), Suède 37' (4', 6', 2'+5'+20').
Tirs : Russie 34 (11, 13, 10), Suède 23 (6, 8, 9).
 
Évolution du score :
0-1 à 00'19" : Möller assisté de Lindström et Backlund
1-1 à 13'25" : Plotnikov assisté de Medvedev et Shipachyov
2-1 à 18'00" : Shirokov assisté de Zaripov et Medvedev
3-1 à 31'02" : Belov assisté de Zaripov et Ovechkin
 
 
Russie
 
Attaquants :
Aleksandr Ovechkin (C, +1) - Vadim Shipachyov - Sergei Plotnikov 
Viktor Tikhonov - Evgeni Malkin - Nikolaï Kulyomin (A)
Sergei Shirokov (+1) - Artyom Anisimov (+2) - Danis Zaripov (A, +2)
Evgeni Dadonov - Aleksandr Burmistrov - Sergei Kalinin 
Evgeni Kuznetsov
 
Défenseurs :
Denis Denisov (-1, 2') - Maksim Chudinov (-1, 2')
Aleksandr Kutuzov (+2) - Evgeni Medvedev (+2, 2')
Yegor Yakovlev (+1) - Anton Belov (+1, 2')
Andrei Zubarev
 
Gardien :
Sergei Bobrovsky
 
Remplaçant : Andrei Vassilievski (G).
En tribune : Anton Khudobin (G). Blessés : Dmitri Orlov (bras cassé), Andrei Loktionov (épaule).
 
Suède
 
Attaquants :
Oscar Möller - Mikael Backlund (A, -1, 5'+20') - Joakim Lindström
Gustav Nyquist (-2, 2') - Calle Järnkrok (-1, 2') - Linus Klasen (-1, 2')
Jimmie Ericsson (A, 2') - Mattias Sjögren - Simon Hjalmarsson (-1)
Dennis Rasmussen - Joel Lundqvist (C, 2') - Dick Axelsson
Nicklas Danielsson
 
Défenseurs :
Mattias Ekholm (+1, 2') - Johan Fransson (+1)
Niclas Burström (-1) - Niclas Andersén (-1)
Tim Erixon (-2) - Erik Gustafsson (-2)
Magnus Nygren
 
Gardien :
Anders Nilsson [sorti de 57'22" à 59'49"]
 
Remplaçant : Joacim Eriksson (G).
En tribune : Linus Ullmark (G). Blessés : Daniel Rahimi (saignements au rein), Jonas Ahnelöv (épaule).