Russie - Finlande (Mondiaux 2014, finale)

Qui peut arrêter la Russie, invaincue et dominatrice dans ce tournoi ? La Finlande veut y parvenir : c'est la spécialiste pour briser les rêves russes en élimination directe, et elle l'a encore fait il y a trois mois à Sotchi en plongeant tout un pays dans la désolation. Mais elle n'a encore jamais affronté les Russes à l'occasion d'une finale.
 
140525-409Les Finlandais, qualifiés presque par accident veulent être la première équipe à devenir championne du monde après avoir perdu leurs deux rencontres initiales.
 
Cette finale a encore été pimentée poar la suspension de l'entraîneur russe Oleg Znarok et de l'entraîneur-adjoint suédois Rikard Gronborg pour leurs échanges verbaux et gestuels lors de la demi-finale. Invité à expliquer la signification son geste de "coupe-gorge" du pouce en conférence de presse hier, Znarok a répondu que ça voulait dire qu'il avait mal à la gorge. Il s'est bien sûr indigné de sa suspension avec l'éternel couplet de l'IIHF qui maltraiterait la Russie... Cette suspension est évidemment normale après un geste ausis indigne et lamentable. Un geste que certains supporters russes reprennent - avec humour et sans méchanceté - dans leurs chorégraphies...
 
Harijs Vītoliņš, l'éternel adjoint de Znarok depuis l'équipe de Lettonie, occupe donc la fonction de coach principal de la Russie. Le tacticien est donc là, mais l'humeur de Znarok fait toutefois défaut sur le banc. Présent en tribune, il a été exclu de la cérémonie protocolaire et de tout contact avec l'équipe (mesure facilement détournée par un micro et une oreillette reliés avec l'assistant Nikitin...).
 
Les deux meilleurs gardiens du tournoi, Evgeni Bobrovsky et Pekka Rinne, sont face-à-face. Même si la Finlande avait perdu contre la Russie en poule, Rinne ne jouait pas. Ceci dit, un certain Evgeni Malkin non plus, puisque la star russe est arrivée en joker entre-temps.
 
140525-434Comme tenu des précédents entre Finlandais et Russes, on peut s'attendre à un match tendu. Dès la première minute, Malkin lève sa crosse face à Haula qui venait le mettre en échec. Le geste n'est pas vu des arbitres, mais est rediffusé sur tous les écrans de la patinoire pour mettre tout le monde au parfum. Les Finlandais essaient de charger le "coupable", puis les provocations se multiplient à chaque coup de sifflet. Burmistrov et Salomäki partent en prison, puis Ovechkin accroche Mäntylä en zone neutre. La Finlande ne profite pas du 4 contre 3, et les Russes ne font rien non plus après que la crosse de Mäntylä a atteint Plotnikov au visage.
 
Après sept minutes, ce match extrêmement haché n'a pas vraiment commencé, et les arbitres en ont déjà plein les bras... Ce scénario très nerveux favorise sans doute l'équipe qui a le moins de talent, donc la Finlande, mais on ne peut pas dire qu'elle l'ait cherché car les Russes ont souvent donné les premiers coups.
 
140525-501-ButShirokovLe match est véritablement lancé par une sévère obstruction sifflée contre Miikka Salomäki, qui a poussé Shirokov pour faciliter un lancer ouvert. Le gardien Pekka Rinne subit un véritablement bombardement d'Aleksandr Ovechkin à la pointe, mais il démontre sa vivacité des jambières, y compris face à Evgeni Malkin plus près de lui au rebond. Néanmoins, quand la seconde unité russe de powerplay entre en scène, Rinne s'incline sur un tir croisé à mi-hauteur de Sergei Shirokov (1-0, 10'45", photo de droite).
 
Place au jeu désormais. La Finlande doit se lancer à l'attaque, et la Russie défend avec énergie. Alors que deux de ses coéquipiers ont perdu ses crosses, Evgeni Medvedev réussit une intervention défensive capitale en coupant une passe pour Petri Kontiola au second poteau.
 
140525-468Dans les deux dernières minutes avant la pause, les Finlandais se créent d'abord deux énormes occasions d'égaliser. Le slap puissant en entrée de zone d'Olli Palola frappe la transversale de Bobrovsky, qui était battu. Miikka Salomäki part ensuite à 2 contre 1, et comme le défenseur Medvedev anticipe la passe, il se met en tête de dribbler le gardien russe... qui garde la jambière très ferme. Mais ce n'est pas fini : Iiro Pakarinen signe un une-deux avec Jori Lehterä et tire entre les bottes de Bobrovsky à trois petites secondes de la sirène (1-1, 19'57").
 
Ce score nul promet une belle deuxième période. Une mise en échec de Denis Denisov sur Jormakka permet aux Russes de mettre la pression en zone offensive, mais Danis Zaripov se laisse aller à un vilain croc-en-jambe. Sur la supériorité numérique, Pekka Jormakka quitte la ligne bleue pour l'enclave (passant entre Shirokov et Denisov) afin de reprendre de volée une petite passe de Jori Lehterä, et Olli Palola prend le rebond côté gauche (1-2, 26'51").
 
140525-523La Finlande mène au score, ce qui doit lui permettre de déployer son cadenassage de la zone neutre... Mais la Russie s'installe tout de suite en attaque. Aleksandr Ovechkin, complètement oublié devant le but par une défense regardant le palet, reçoit la passe de Shipachyov et peut égaliser facilement (2-2, 27'34").
 
Les Finlandais cassent alors le rythme du match par une succession de dégagements, souvent interdits, sans se fatiguer le moins du monde car les phases de jeu sont très courtes. Cette séquence morte aboutit à... une obstruction sifflée contre Zaripov. La Finlande reproduit exactement - sans la conclure - la même action que sur le deuxième but, c'est cette fois Palola qui s'avance pour reprendre la passe de Lehterä. Ce n'est pas bon signe sur la capacité d'apprentissage des Russes...
 
M. Brüggemann siffle alors une charge avec la crosse d'Immonen en zone offensive, puis un accrochage de Kontiola (Belov et Shirokov ayant bien embelli les fautes par leurs plongeons). La Russie peut donc jouer à 4 - et bientôt à 5 - contre 3. Pekka Rinne, un temps masqué, effectue un bel arrêt-mitaine devant Ovechkin. Sur la mise au jeu, Lehterä se fait chasser par le juge de ligne, et c'est donc un des deux défenseurs finlandais qui doit s'y coller... Malkin remporte évidemment cet engagement, puis il donne l'avantage à la Russie, dans le cercle droit, grâce à un bon écran de Plotnikov (3-2, 35'36").
 
140525-531Il reste encore un peu de temps à 5 contre 4 : Kulyomin donne une grosse mise en échec de contre la bande pour la conquête du palet, puis va dans le slot et reprend la passe de derrière la cage de Malkin. Rinne détourne de la plaque.
 
Malkin est pénalisé à son tour pour un accrochage au passage de la ligne bleue. La boîte russe laisse maintenant bien moins d'espaces, et Anisimov contre finalement une passe pour sortir le palet de la zone. La Russie rentre donc aux vestiaires avec un avantage d'un but.
 
Au troisième tiers, les Russes exploitent encore une pénalité finlandaise (Tomi Sallinen). Danis Zaripov, dans le cercle droit, reprend une parfaite passe transversale de Kutuzov (4-2, 44'24"). Sur l'engagement, la crosse de Jokinen se lève au visage de Shipachyov sans que les arbitres ne sifflent, ayant sans doute hésité après avoir eu beaucoup d'influence sur les décisions précédentes...
 
140525-414La Finlande a tout de suite l'occasion de répliquer. Lehterä, seul face au but, est frustré par la jambière de Bobrovsky et n'est pas assez précis sur le rebond. Kutuzov dégage dans les tribunes et laisse son équipe en infériorité. Olli Palola frappe alors la barre transversale pour la seconde fois de la soirée !
 
Les deux buts d'écart ne changent rien, les duels restent toujours aussi acharnés. Les Finlandais pressent à deux avec un effort maximal. Les Russes donnent tout eux aussi, à l'instar d'un Sergei Plotnikov qui travaille énormément et fait perdre du temps à l'adversaire. Bobrovsky arrête un tour de cage de Palola et un slap de la bleue de Salomäki.
 
Miikka Salomäki prend une pénalité idiote pour avoir fait trébucher Ovechkin en zone neutre, et la Russie ajoute un autre but : Viktor Tikhonov dévie le lancer de la bleue d'Aleksandr Kutuzov (5-2, 55'53"). À peine sorti de prison, Salomäki déboîte l'épaule de Yegor Yakovlev par une charge dans le dos et prend 2'+10'.
 
140525-621La caméra de la patinoire s'attarde sur Oleg Znarok, qui se laisse aller à un grand sourire et à un pouce levé, un meilleur usage de ce doigt qu'hier... Lehterä commet une faute de frustration et la Russie finit le match tranquillement en avantage numérique.
 
Arrivée ici par son système défensif et son gardien (Pekka Rinne élu MVP du tournoi), la Finlande s'est montrée capable de produire plus d'offensive qu'on ne la croyait capable, et s'est un peu révélée à elle-même dans cette finale. Le meilleur exemple est la révélation Olli Palola, réserviste rappelé de dernière minute avant la compétition et quasi-héros de la finale avec un but et deux barres transversales. Si elle avait réussi à conserver l'avantage plus de deux minutes, elle aurait peut-être pu frustrer les Russes. Mais ceux-ci ont prouvé leur capacité de réaction rapide au bon moment, en égalisant en moins d'une minute, leur seul but à égalité numérique.
 
La Russie l'a donc emporté, surtout grâce à son jeu de puissance, et après des pénalités pas toujours évidentes dans un match difficile à arbitrer. La meilleure équipe du tournoi est logiquement championne, et a cette fois assumé son statut de favori.
 
L'entraîneur qui l'a ramenée à la victoire, Oleg Znarok, contrevenant aux ordres, descend sur la glace et est porté en triomphe par ses joueurs ! Et même s'il ne reçoit donc pas de médaille, le capitaine Aleksandr Ovechkin, après avoir soulevé la coupe, vient la tendre à son coach...
 
Désignés joueurs du match : Yegor Yakovlev (Russie) et Atte Ohtamaa (Finlande).
 
140525-956-CarreCommentaires d'après-match
 
Evgeni Malkin (attaquant de la Russie, à droite sur la photo ci-contre) : "Nous avons dévolu beaucoup d'attention à l'entraînement sur le jeu de puissance, y compris à 5 contre 3. Il y a eu une chance et je l'ai prise."
 
Aleksandr Ovechkin (attaquant de la Russie, à gauche sur la photo ci-contre) : "Vous savez, nous avons beaucoup d'ennemis. Oui, c'est difficile de comparer aux Jeux olympiques. Mais le niveau que nous avons montré est la réponse à tous ceux qui ont parlé en mal de l'entraîneur, de l'équipe et des joueurs. Nous avonbs gagné, Znarok est champion, la Russie est championne, [le manager] Safronov est champion. Jusqu'à l'année prochaine, vous ne pouvez plus parler de nous."
 
Olli Jokinen (attaquant de la Finlande) : "Vous pouvez évaluer le travail des arbitres ce soir. Nous devions éviter les pénalités, mais... La Finlande a bien joué à égalité numérique. Mais la Russie a exploité ses avantages numériques, c'est une bonne équipe."
 
Jarkko Immonen (attaquant de la Finlande) : "La Russie a vraiment une bonne équipe. Il ne peut pas y avoir d'excuses. La Russie a mérité de gagner ce championnat."
 
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Russie - Finlande 5-2 (1-1, 2-1, 2-0)
Dimanche 25 mai 2014 à 21h00 à la Minsk Arena. 15112 spectateurs.
Arbitrage de Lars Brüggemann (ALL) et Keith Kaval (USA) assistés de Chris Carlson (CAN) et Andre Schrader (ALL).
Pénalités : Russie 12' (4', 6', 2'), Finlande 28' (6', 4', 8'+10').
Tirs : Russie 39 (12, 18, 9), Finlande 26 (10, 5, 11).
 
Évolution du score
1-0 à 10'45" : Shirokov assisté de Zaripov (sup. num.)
1-1 à 19'57" : Pakarinen assisté de Lehterä
1-2 à 26'51" : Palola assisté de Jormakka et Lehterä (sup. num.)
2-2 à 27'34" : Ovechkin assisté de Shipachyov
3-2 à 35'36" : Malkin assisté de Zaripov (double sup. num.)
4-2 à 44'24" : Zaripov assisté de Shirokov et Zaripov (sup. num.)
5-2 à 55'53" : Tikhonov assisté de Kutuzov et Kulyomin (sup. num.)
 
 
Russie
 
Attaquants :
Aleksandr Ovechkin (C, 2') - Vadim Shipachyov (+1) - Sergei Plotnikov
Viktor Tikhonov - Evgeni Malkin (-1, 2') - Nikolaï Kulyomin (A)
Sergei Shirokov - Artyom Anisimov - Danis Zaripov (A, 2')
Evgeni Dadonov - Aleksandr Burmistrov (2') - Sergei Kalinin
 
Défenseurs :
Denis Denisov - Maksim Chudinov puis Andrei Zubarev
Aleksandr Kutuzov (+1, 2') - Evgeni Medvedev (+1)
Yegor Yakovlev (-1, 2') - Anton Belov (-1)
 
Gardien :
Sergei Bobrovsky
 
Remplaçants : Andrei Vassilievski (G), Evgeni Kuznetsov.
En tribunes : Anton Khudobin (G). Blessés : Dmitri Orlov (bras cassé), Andrei Loktionov (épaule).
 
Finlande
 
Attaquants : 
Jori Lehterä (A, +1, 4') - Petri Kontiola (+1, 2') - Iiro Pakarinen (+1)
Erik Haula (-1) - Olli Jokinen (C, -1) - Leo Komarov (A, -1)
Pekka Jormakka - Jarkko Immonen (2') - Olli Palola
Miikka Salomäki (6'+10') - Tomi Sallinen (2') - Tommi Huhtala
Jere Sallinen
 
Défenseurs : 
Tuukka Mäntylä (2') - Juuso Hietanen
Atte Ohtamaa (+1) - Jere Karalahti
Tommi Kivisto (-1) - Ville Lajunen
Jyri Marttinen
 
Gardien :
Pekka Rinne
 
Remplaçants : Mikko Koskinen (G).
En tribunes : Juuse Saros (G), Veli-Matti Savinainen, Petteri Wirtanen ("haut du corps").

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