Faillite de banque = mort d'un club ?

Les principaux évènements et les étonnants à-côtés du hockey en Russie et autour : c'est le premier volet du bilan de la KHL 2013/2014 avec les équipes classées de la 23e à la 28e place.

 

 

Spartak Moscou (23e) : disparition d'un club pour faillite bancaire ?

Vendredi 13. La date restera comme maudite dans le souvenir des partisans du Spartak Moscou. Peut-être la fin du "club du peuple" au glorieux passé. Le vendredi 13 décembre 2013, la Banque Centrale de Russie a retiré leur licence à trois banques soupçonnées de malversations, pour assainir un système bancaire en crise. Parmi elles, Investbank, le sponsor principal du Spartak. À cette époque, déjà, les salaires de novembre n'avaient pas été versés, et certains semblaient se douter que quelque chose se tramait...

Le conseil sybillin glissé à l'entraînement par le vétéran Vyacheslav Kozlov ("ne pas garder l'argent à la banque"...) n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd. Le gardien Jeff Glass a aussitôt retiré toutes ses économies, ce que tous ses coéquipiers n'ont pas pu faire à temps. En effet, la plupart des salaires des hockeyeurs spartakistes étaient versés sur des comptes à la Investbank : avec cette faillite forcée soudaine, ces comptes étaient gelés. La loi russe prévoit certes une garantie pour les comptes de dépôt, mais elle est plafonnée à hauteur de 16 000 euros, ce qui ne représente pas grand chose pour un joueur professionnel.

Pour ce qui est des salaires, la KHL a versé au cours des premières semaines la rémunération minimale prévue par la ligue (l'équivalent de 60 000 euros annuels) pour éviter que les joueurs aient motif à révoquer leur contrat et garder le Spartak dans son calendrier. Les premières autorisations de ruptures contractuelles ont été décidées en mars, une fois la saison régulière terminée. Dans l'intervalle, c'est la KHL qui a dû payer elle-même les déplacements, les hôtels, les repas, tout en reprochant au club de conserver une masse salariale élevée et ses joueurs étrangers (le meilleur d'entre eux, le défenseur américain de 38 ans Deron Quint, a finalement été échangé au CSKA en janvier).

Mais pendant ces deux mois et demi sous perfusion, le Spartak a vécu un cauchemar. Le vendredi 13, il était encore en pleine bataille pour l'accès aux play-offs après deux ans de disette. Mais dès que les vivres ont été coupés, il a enchaîné 20 défaites d'affilée. Et l'entraîneur Fyodor Kanareïkin de pointer du doigt les Wandell, Spirko ou Anderson : "Les paiements ont cessé, et ils ont méprisé leurs devoirs professionnels. Et pendant ce temps, on dit qu'il faut de plus en plus d'étrangers en KHL. Je pense qu'il est clair que les légionnaires viennent surtout pour l'argent. C'est pourquoi les étrangers du Spartak sont l'ombre d'eux-mêmes par rapport au début de saison. Le peuple russe a l'habitude d'être dans des situations difficiles. C'est notre mentalité."

Après avoir battu tous les records de défaites et sans un sou en poche, le Spartak a évidemment renoncé à participer à la "Coupe de l'espoir" pour les équipes non qualifiées en play-offs. Le seul espoir qui vaille, celui d'être au départ de la prochaine saison, paraît bien mince...

 

Vityaz Podolsk (24e) : des dribbleurs à la place des voyous

AFINOGENOV Maxim-100516-679Totalement débarrassés de sa réputation de club de voyous, le Vityaz Podolsk est redevenu un club comme un autre. Le nouveau symbole en a finalement été Maksim Afinogenov, promu capitaine après l'échange à Nijnekamsk de la transparente recrue Masim Rybin. Le premier capitanat de sa carrière adulte, Afinogenov l'a assumé en devenant le meilleur marqueur de sa nouvelle équipe. Il partage avec le deuxième compteur Aleksandr Korolyuk ce don du 1-contre-1 développé dans sa prime jeunesse soviétique.

Cette technicité a permis au Vityaz d'être capable de battre des adversaires du haut du tableau, mais parallèlement, cette même équipe commettait aussi des erreurs techniques lourdes de conséquences contre ses opposants directs.

Le mince espoir de se qualifier, le Vityaz le devait aux six blanchissages engrangés par le gardien Ivan Lisutin jusqu'au 12 décembre. Des performances qui n'ont pas duré. Un mois plus tard, l'entraîneur Yuri Leonov, en poste depuis près de deux ans, se faisait limoger parce que le retard sur la zone des play-offs s'élevait à 13 points. Retard irrémédiable alors qu'on avait joué 80% de la saison régulière.

La suite a révélé la vacuité de ce renvoi du coach (l'adjoint Oleg Orekhovsky a pris le relais). Le retard a carrément doublé dans les 20% restants du championnat : le Vityaz a été distancé de 26 points au classement final !

 

Neftekhimik Nijnekamsk (25e) : impossible à contredire... mais pas à renvoyer

RADIVOJEVIC Branko-130503-108Vladimir Krikunov avait fait le choix de quitter le Kazakhstan pendant l'été pour retourner à Nijnekamsk, où il avait déjà passé deux fois 3 ans. Il n'avait pas cependant pas calculé que l'équipe avait bien changé en son absence et n'était plus habituée à son style dictatorial. Du Slovaque Branko Radivojevic, réputé rétif dans les vestiaires russes, à Mikhaïl Anisin, artiste de poche au tempérament rebelle, ils ne paraissaient guère adaptés à ses exigences physiques et mentales. Anisin a d'ailleurs vite été échangé à Donetsk.

Le troisième séjour de Krikunov dans la ville tatare n'aura donc pas duré 3 ans... mais à peine plus de 3 mois. Le glas a sonné au lendemain d'une gifle chez son ancien club du Barys Astana (1-5), la onzième défaite sur une série de douze matches. Le patron de l'usine pétrochimique locale, Vladimir Bulgakov, qui était l'initiateur du rappel de Krikunov, l'a convoqué dans son bureau pour déterminer comment sortir par le haut de cette mauvaise passe. Mais Krikunov, qui ne supporte la contradiction ni de ses joueurs ni de ses adjoints, ne s'est montré guère plus ouvert aux idées émises par le puissant sponsor. L'entretien n'a donc pas abouti à une solution de consensus, mais à son limogeage pur et simple.

L'entraîneur-assistant Dmitri Balmin a pris le relais, mais Nijnekamsk a définitivement renoncé à la qualification en cédant ses deux joueurs-phares, le défenseur vu en équipe nationale Nikolaï Belov et le combatif attaquant Yegor Milovzorov, à l'autre club tatar Kazan. De loin le meilleur marqueur du Neftekhimik, Milovzorov n'a guère aidé sa nouvelle équipe en play-offs puisqu'il a perdu sa place de titulaire.

La saison s'est donc finie en roue libre, et l'entraîneur finlandais Kari Heikkilä n'est arrivé que tardivement, début mars, avant la coupe de consolation. L'objectif était déjà de préparer le championnat 2014/15.

 

Dynamo Minsk (26e) : la priorité est ailleurs

KALYUZHNY Alexei-100516-716Le Dynamo Minsk peinait déjà à atteindre les play-offs lorsqu'il faisait appel à de la main-d'oeuvre importée. Il ne faut donc pas s'étonner de ce que sa compétitivité soit limitée maintenant qu'il s'est plié à la consigne de jouer avec un maximum de 6 étrangers en plus du gardien, avec 5 millions de dollars de dotations en moins de la part de l'Etat. Celui-ci en avait bien besoin pour finir ses nombreuses patinoires, sûrement plus utiles au développement du hockey que la centaine d'étrangers passée en quelques années sans laisser de fondations.

L'entraîneur Aleksandr Andrievsky a fait les frais d'une série de six défaites à l'automne et a dû céder sa place à son adjoint Lubomir Pokovic. Le Slovaque, connu depuis longtemps à Minsk, a commencé par trois victoires, mais le soufflé est très vite retombé. Et Pokovic de regretter de manière récurrente un manque de concentration.

On espérait que les hockeyeurs biélorusses profiteraient de la moindre concurrence interne pour se mettre en valeur dans la perspective des championnats du monde à Minsk. Malheureusement, ils ont tous éprouvé des difficultés à marquer des buts. Tous sauf un, le naturalisé de fraîche date Geoff Platt, qui a fait ses débuts pour le Bélarus à l'automne. Platt est le joueur qui tire le plus dans toute la KHL, avec 4,5 lancers cadrés par match. Il est donc logique qu'il mette fréquemment le palet au fond. Il compense son manque de gabarit et de patinage par un grand coeur, et son dévouement en fait depuis cinq ans le chouchou des fans du Dynamo.

Certains supporters ont même annoncé qu'ils ne viendraient plus quand Geoff Platt a été transféré au Nouvel An au Lokomotiv Yaroslavl, où il a évolué au centre et non plus à l'aile. Platt a conservé son appartement à Minsk et est resté à disposition de l'équipe nationale, mais son départ signifiait que le club tirait une croix sur les play-offs. Le capitaine Aleksei Kalyuzhny exprimait lui-même dans Pressball le moment où le vestiaire a cessé d'y croire : "probablement quand il est devenu clair que l'échange de Platt était finalisé. Clairement, quand le club cède un leader, il renonce en conséquence à des ambitions élevées pour cette saison."

Peu importe après tout. La pleine réussite des Mondiaux 2014 à domicile, qui a mis tout un pays en transe, a convaincu le Bélarus que les performances du Dynamo Minsk n'étaient pas la priorité.

 

Metallurg Novokuznetsk (27e) : un nid pour les juniors

La plus petite masse salariale de KHL (2,6 millions d'euros) n'a pas changé ses habitudes de se déliter au fil de la saison. Le Metallurg Novokuznetsk s'est débarrassé en novembre de deux joueurs finlandais, le grand centre Marko Anttila, envoyé en ligue inférieure (VHL) jusqu'à ce qu'il signe en Suède, et le gardien Niko Hovinen, envoyé à Vladivostok. Puis en janvier, il a obtenu des compensations financières pour deux défenseurs, Egor Martynov (Sibir) et l'espoir local Zakhar Arzamastsev (CSKA).

Dès qu'un joueur sort du lot, il est donc vite revendu. Mais d'autres se révèlent dans une équipe qui fait tourner quatre lignes de façon homogène. C'est même un terrain de développement idéal pour des juniors qui, ailleurs en KHL, ont trop rarement leur chance.

Damir Zhafyarov a ainsi beaucoup joué pour un junior (14 minutes) et a été la bonne surprise de l'équipe de Russie des moins de 20 ans. Si l'on prend en compte son absence légitime pendant les Mondiaux juniors, ce petit ailier à la bonne technique est le meilleur buteur du club rapporté à sa présence, un but toutes les soixante minutes effectives sur la glace. Son contrat a été prolongé de trois ans.

L'enjeu pour le Neftekhimik sera de parvenir à garder ce talent-ci (formé au club moscovite du Rous), contrairement aux jeunes pousses locales Sergei Bobrovsky et Dmitri Orlov, parties depuis longtemps en NHL et devenues championnes du monde en mai (Bobrovsky a été élu meilleur gardien, mais Orlov s'est blessé au bras en cours de tournoi et sa médaille d'or est plus symbolique).

 

Amur Khabarovsk (28e) : l'autre Extrême

PETRUZALEK Jakub-140509-603Pendant que le nouveau venu Vladivostok connaissait du succès, le club historique de l'Extrême-Orient, l'Amur Khabarovsk, a été plongé dans une détresse sportive et financière insoluble.

Le versement des salaires a très rapidement eu deux mois de retard. L'international tchèque Jakub Petruzalek, la star du club depuis trois ans, a écrit deux lettres à la KHL pour demander la résiliation de son contrat. Fin décembre, il a eu gain de cause et a été libéré en même temps que l'autre vedette offensive, le Slovène Jan Mursak.

L'Amur a fini la saison avec 2 étrangers au lieu de 5. Dans ces cas, c'est à ceux qui le peuvent d'en profiter pour se mettre en valeur. Aleksandr Yunkov, 31 ans, a battu son record de carrière en marquant 29 points, dont 18 buts.

Le plus impressionnant est que Yunkov a aussi obtenu une fiche positive (+1) pendant ses présences sur la glace, quand son collègue Andrei Stepanov (un Moscovite passé par le championnat du Bélarus et naturalisé pour cette équipe nationale depuis cette époque) a pointé à -29...