Entraîneur, un métier par intérim ?

Vicissitudes du métier d'entraîneur dans la seconde partie des petites histoires de la saison de KHL.

 

 

Atlant Mytishchi (17e) : le succès uniquement par intérim

ATYUSHOV Vitali-110515-116Après le licenciement-éclair de Sergei Svetlov au bout de 5 rencontres, Aleksei Kudashov a été nommé entraîneur par intérim de l'Atlant Mytishchi. Il a alors gagné 11 des 16 matches suivants, et semblait avoir sorti le club de la crise. Au soir d'une victoire de prestige sur la glace du CSKA fin octobre, Kudashov a donc été nommé entraîneur de plein droit, perdant son statut de simple intérimaire.

Et comme par malédiction, c'est ce jour-là que la dynamique s'est brisée. Comme si cette officialisation de sa mission avait soudain enlevé tout pouvoir au coach ! Sur les 7 rencontres suivantes, dont 5 à domicile, l'Atlant n'en a plus remporté qu'une seule. Il s'est éloigné de sa feuille de route, et n'a jamais pu s'y ramener : il a raté les play-offs pour la première fois de son histoire.

Son choix de coach ayant peu fonctionné, le manager Aleksei Zhamnov doit assumer un recrutement manqué. Evgeni Artyukhin, censé amener le hockey physique que Zhamnov avait mis en place jusqu'à la caricature au sein du Vityaz, a été surtout bon à blesser l'adversaire. L'ex-défenseur international Vitali Atyushov est très loin à 34 ans de son niveau d'antan. Yuri Trubachev, dont le but donna le titre mondial junior 2003 à la Russie, a semblé perdre toute volonté sur la glace. Parmi les recrues, seul Igor Radulov, le grand frère de qui vous savez, a tenu sa réputation en terminant premier buteur (15 buts) et deuxième marqueur (21 points).

Le premier et le troisième au classement interne des marqueurs (23 et 21 points) sont des "rookies" qui n'étaient apparus que brièvement l'année précédente : le centre Aleksandr Kadeikin et l'ailier Sergei Shmelyov, formés respectivement à Elektrostal au Tatarstan, sont arrivés dans la banlieue moscovite à 17 ans via la draft KHL (qui sert donc pour une fois à quelque chose) et ont passé trois ans en juniors (MHL) avant de percer cette saison en équipe première, maintenant qu'ils ont dépassé les 20 ans. Ces deux jeunes joueurs représentent donc un chatoyant rayon de soleil.

 

Severstal Cherepovets (18e) : le cimetière des éléphants

ZHERDEV Nikolai-120520-398Le Severstal Cherepovets parviendrait-il à digérer le départ au SKA de son meneur de jeu formé au club Vadim Shipachyov ? La réponse est malheureusement négative. Après trois années de présence en play-offs, les nordistes se sont fait éliminer, pour 7 points, dans une conférence ouest devenue difficile.

Autrefois berceau des jeunes, le club a fait plutôt office de cimetière des éléphants cette année. L'ex-international Vladimir Antipov, jadis reconnu comme un joueur d'équipe, a connu un triste fin de carrière en se faisant virer le 1er janvier avec une fiche de -18. Le défenseur de 37 ans Aleksandr Guskov, arrivé en octobre avec pour objectif de battre le record de buts de Fetisov (153) dans le championnat national soviétique/russe, n'a pas augmenté de la moindre unité son total (144) et n'a pas non plus dépassé le Nouvel An.

Le cas le plus pénible est sans doute celui de Nikolaï Zherdev. Comme avec Anisin l'an passé, le Severstal s'est dit qu'il allait relancer un joueur à problèmes. Renvoyé du Lev Prague en août pour un problème d'alcool puis du Spartak Moscou en novembre, Zherdev a même récupéré le numéro 87 de Shipachyov... mais pas son héritage. Il a été de nouveau écarté de son troisième club de la saison, le 1er février, sans que son sort n'intéresse plus personne. Dire que ce joueur était le quatrième de sa génération si l'on en croit la draft NHL, et qu'il était encore champion du monde en 2012...

Face à ces échecs russes, ce sont en fait les joueurs étrangers qui ont porté le Severstal cette saison. Le meilleur marqueur est suédois, Linus Videll. Avec 93,1% d'arrêts, le gardien tchèque Jakub Stepanek a relancé sa carrière dans un "petit club", même si sa tentative de retour en équipe nationale a viré au cauchemar.

 

Traktor Chelyabinsk (19e) : frustrations et adieux du prodige Evgeni Kuznetsov

Finaliste 2013, le Traktor Chelyabinsk a vécu ensuite une saison douloureuse. L'entraîneur Valeri Belousov, qui avait pourtant toujours eu le dernier mot sur le recrutement, a étonné ses dirigeants en se montrant mécontent dès le premier camp d'entraînement d'Aleksandr Guskov et Renat Mamashev. Les deux défenseurs réputés pour leur slap ont été écartés après seulement deux rencontres, quasiment sans avoir eu leur chance. Semaine après semaine, Belousov a continué de se débarrasser des recrues de l'intersaison : Anton Kuryanov (1 but en 13 parties) ou encore l'international letton Lauris Darzins. Quant à la star biélorusse Andrei Kostsitsyn, elle est restée jusqu'à la fin mais a terminé certaines rencontres sur le banc, sanction de son manque de lancers.

KOSTITSYN Andrei-110505-023La déchéance la plus étonnante est encore celle de Konstantin Panov : le capitaine, en qui Belousov louait le combattant-modèle quelques mois plus tôt, a été renvoyé dans l'équipe-ferme, le Chelmet Chelyabinsk, où il a également porté le "C", un double capitanat unique dans le hockey russe. Sa disgrâce n'était toutefois pas irréversible, puisqu'il a été rappelé par le Traktor pendant une des blessures de Kuznetsov.

La frustration d'Evgeni Kuznetsov a en effet été le fait marquant de la saison. L'attaquant de 21 ans était resté dans sa ville natale pour pouvoir assister à tous les regroupements de l'équipe nationale et se donner toutes les chances de participer aux JO de Sotchi. Mais, blessé à l'épaule puis au pied, il n'a jamais été dans la course. Il voulait donc au plus vite changer d'air pour oublier cette déception.

Se sachant sur le départ vers la NHL, Kuznetsov avait invité par avance tous ses amis au dernier match de saison régulière pour en faire celui des adieux, car chacun tenait à une fête chaleureuse de départ. Elle aurait pu être plus belle encore avec une qualification en play-offs, que le Traktor pouvait encore obtenir en remportant ses deux derniers matchs à domicile. Mais il a perdu l'avant-dernier (0-1 contre le Torpedo) et ce dernier match comptait alors pour du beurre. Le seul enjeu devenait la cérémonie en l'honneur de Kuznetsov. Le successeur de Panov avec le "C", Dmitri Ryabykin, lui a donné son titre de capitaine en cadeau, pour qu'il puisse ainsi réaliser son rêve d'enfance. Quant à Evgeni, avec quatre partenaires, il a lui aussi offert un cadeau lors de ce pot de départ, en finançant une surfaceuse pour la patinoire de l'école de hockey.

Du fait de l'élimination précoce du Traktor, il restait quelques jours avant la limite des transferts en NHL. Kuznetsov a donc anticipé son départ à Washington, et a vite été adopté par les Capitals. Le nouveau sélectionneur Oleg Znarok l'a alors sélectionné pour le championnat du monde, qu'il a commencé en quatrième ligne et fini... sur le banc. C'est sa deuxième médaille d'or, mais sa contribution réelle y a été minime.

Le Traktor, pour sa part, a perdu son enfant chéri et devra tout reconstruire. Il a remercié Belousov - légende du hockey à Chelyabinsk - pour tout le travail accompli et s'est séparé par la même occasion de tous ses adjoints.

 

Avangard Omsk (20e) : impossible à sauver du désastre

PEREZHOGIN Alexander-30504-382Quand une saison commence mal, il est souvent difficile de la sauver. Un des dix plus gros budgets de la KHL, l'Avangard Omsk, s'en est rendu compte. Il aura tout tenté. Après le changement d'entraîneur puis de gardien, il a poursuivi en échangeant le vétéran Aleksandr Frolov (fiche de -12 en 22 parties) au CSKA contre un international russe plus actuel, Sergei Shirokov (qui excellera dans la conquête du titre mondial 2014).

Juste avant la trêve de décembre, l'Avangard est revenu dans la course avec une série de 6 victoires en 7 rencontres. La sensation du moment était alors Maksim Kazakov, attaquant de 20 ans intégré sur la ligne avec Popov et Perezhogin.

La blessure grave du gardien Mathieu Garon a cependant encore compliqué les choses. Pour trouver un partenaire au vieillissant Andrei Mezin, l'Avangard a dû payer le prix fort pour acheter Henrik Karlsson à Skellefteå (que le départ de son portier n'a pas empêché de conserver son titre de champion de Suède).

Avant la longue trêve olympique, Omsk comptait 7 points de retard sur la qualification avec 4 déplacements pour boucler son calendrier. L'entraîneur tchèque Milos Riha a alors préparé son équipe en commando avec deux entraînements par jour. Il n'y avait donc pas le temps de penser à Sotchi pour un Aleksandr Perezhogin déçu de sa non-sélection. Mais son collègue Aleksandr Popov est revenu encore plus démoralisé d'y être allé, il a même songé à arrêter sa carrière à seulement 33 ans après l'échec olympique. Pour l'ultime chance de qualification, Riha a envoyé son équipe se jeter à l'offensive, mais le miracle n'a pas eu lieu.

Pour les équipes éliminées des play-offs en KHL, la saison n'est pas encore finie : elles jouent la "coupe de l'espoir". Pas de quoi motiver Riha, qui savait que le club lui cherchait un successeur. Il ne s'est pas présenté à un entraînement du matin, fournissant un prétexte idéal à mettre un terme prématuré à son contrat de deux ans, signé en septembre. Son adjoint Evgeni Kornukhov l'a remplacé et a conduit Omsk a remporté cette "coupe de l'espoir". Mais pour les supporters, l'espoir n'a qu'un nom : Raimo Summanen, le bouillant entraîneur finaliste en 2012, dont tout le monde attendait le grand retour vite officialisé.

 

Slovan Bratislava (21e) : les derniers feux de Šatan

SATAN Miroslav-130506-035Pas deux fois. Le Slovan Bratislava a déployé le même effort que la saison précédente, suivant les instructions égrénées avec le même enthousiasme par son entraîneur Rastislav Cada. Mais cela n'a pas suffi à accéder aux play-offs ce coup-ci. Dans l'escalade financière qui s'est emparée de la conférence ouest de KHL, le club slovaque est avant tout victime des limites de son budget.

Miroslav Šatan s'est sans doute décidé trop tard à revenir au jeu, début décembre. Trop tard pour une équipe qui aurait eu besoin d'un tel leader en continu. Trop tard surtout pour lui-même, puisque sa non-sélection olympique - vécue par une partie du pays comme un affront envers un joueur si légendaire - a été motivée principalement par sa forme encore incertaine eu égard à son manque de compétition. Šatan s'est rattrapé en participant à son douzième championnat du monde élite, le huitième en tant que capitaine. Un ultime adieu puisqu'il a décidé d'arrêter sa carrière : le meilleur joueur du Mondial 2002, inoubliable année du sacre pour la Slovaquie, aura été le symbole du maillot à la Double-Croix pendant vingt ans.

Entre l'équipe de Slovaquie et le Slovan Bratislava, on aura surtout remarqué les différences d'appréciation entre les entraîneurs. Parmi les sept joueurs en commun, le sélectionneur national Vladimir Vujtek a ainsi retenu Jan Brejcak, que Cada ne considère que comme huitième défenseur au Slovan. Même s'il s'est principalement servi de Brejcak comme remplaçant, Vujtek l'a quand même plus fait jouer que le géant Vladimir Mihalik, pleinement titulaire en club mais vite dépassé au niveau international.

Une constante néanmoins entre les deux formations : meilleur marqueur du Slovan, Michel Miklik l'a aussi été avec la Slovaquie et a ainsi réussi une saison pleine.

Le moment le plus sympathique de sa saison, Bratislava l'aura vécu lors du All-Star Game, que la KHL continue d'organiser surtout hors de Russie comme outil de promotion de son expansion. Alors que Komarov venait de battre le record lors de l'épreuve de vitesse, le représentant local Milan Bartovic l'a surpassé à son tour et récolté une ovation...

 

Yugra Khanty-Mansiysk (22e) : les experts sont soudain devenus des incapables

SAVINAINEN Veli-Matti-130506-328L'arrivée d'un nouveau directeur général ambitieux venu du volleyball, Andreï Belmach, n'a pas tardé à bouleverser la vie du Yugra Khanty-Mansiysk. Depuis son inclusion en KHL, le club de la capitale du pétrole russe avait dû sa réussite à un hockey "soviétique", adjectif éminemment laudatif qui signifie "collectif", "offensif", "attractif". Le travail du trio d'entraîneurs d'expérience Soloviev-Shepelev-Ketov avec des joueurs pourtant inconnus avait récolté des hommages dans tout le pays.

Dès le début de saison, le message propagé au sein du club a changé. Les dirigeants ont créé toutes les conditions pour une équipe de haut niveau, indiquait-on, et la responsabilité de résultats moyens incombait aux entraîneurs. Subitement ceux-ci étaient décrits comme "coincés dans le passé", mais en faisant cette fois référence à une période paradoxalement plus récente, les années 90 : en Russie, cette décennie maudite évoque l'écroulement du pays et ne déclenche que des souvenirs négatifs. Tous les maux de la Terre étaient donc reprochés à Soloviev : le "champion des excuses" aurait mal préparé physiquement ses troupes à l'intersaison, il n'emploierait pas d'outils modernes, il ne pratiquerait pas les unités spéciales...

Le trio d'experts, devenu du jour au lendemain un trio d'incapables, a donc été viré. Oleg Davydov, recruté par le manager Potaïchuk comme coach des défenseurs en début de saison, a été nommé entraîneur par intérim. Et comme le trio "incompétent" avait aussi été accusé de n'avoir jamais embauché d'entraîneur des gardiens, on en a aussitôt recruté un, le Tchèque Rudolf Pejchar.

N'était-ce pas un peu facile de se servir de boucs émissaires ? Les résultats n'ont fait qu'empirer. Un entraîneur célèbre, Hannu Jortikka, a été engagé comme consultant, mais il ne voulait pas s'installer durablement à Khanty Mansiysk pour raisons familiales.

La vérité est que le Yugra est à sa juste place au vu de son effectif. Avec un seul marqueur de plus de dix buts (Veli-Matti Savinainen, 13), la pauvreté de son attaque a été criante.