Roller Hockey: sport en pleine crise d’adolescence.

Si la saison de glace est belle et bien finie depuis la victoire des Texas Stars en AHL, la saison de roller hockey continue avec en conclusion les championnats du monde qui se tiennent cette année à Toulouse du 30 juin au 13 juillet. Ces Mondiaux sont donc la bonne occasion pour faire un point sur la situation de ce cousin du hockey sur glace en France et dans le monde.

 

 Un sport, deux fédérations

Apparu aux débuts des années 90, le roller hockey voit ses premiers championnats du monde organisés en 1995 à Chicago. Depuis cette date, un mondial est organisé chaque année par la Fédération Internationale de Roller Sport (FIRS) qui gère plusieurs disciplines comme le rink-hockey ou bien le roller de vitesse. Si plusieurs "couacs" sont apparus au fil des ans, la FIRS a toujours réussi à organiser un tournoi à un rythme anuel et à développer la discipline dans des pays où le hockey n'est clairement pas le sport roi (Amérique du sud et Asie notamment). Surfant sur la vague de la FIRS et de l'explosion du roller au milieu des années 90 comme nouveau sport à la mode, l'IIHF s'est dit: "Pourquoi pas nous ?". La fédération internationale de hockey sur glace décide dès 1996 d'organiser ses propres championnats du monde (le premier aura lieu à Minneapolis aux USA) qui se tiendront eux aussi tous les ans (sauf en 1999 où il n'y a pas eu de tournoi). Les mondiaux IIHF regroupent principalement les grandes nations du hockey sur glace (Finlande, Suède, Canada, Allemagne...).

On se retrouve donc depuis 20 ans avec une situation pour le moins ubuesque avec deux fédérations internationales pour un même sport. Si les règles sont différentes d'un tournoi à l'autre (durée de match différente, dimension du terrain, présence de hors-jeu et pénalités de 1'30'' aux mondiaux IIHF...) on a bien affaire au même sport, une version du hockey à 4 contre 4 sur des rollers. Cette situation est bien évidemment un frein au développement de la discipline avec deux fédérations qui ne lâchent rien de leur côté. Pour beaucoup et dans un souci de rêver un jour aux Jeux Olympiques, il serait préférable que la discipline ne soit gérée que par la FIRS, seule instance reconnue par le CIO (le roller hockey est d'ailleurs présent aux World Games, anti-chambre des JO). La FIRS a l'avantage également de disposer de championnats du monde juniors et féminins, chose que n'a pas l'IIHF qui organise plus un "after" de la saison de glace avec la présence de purs joueurs de roller mais aussi de professionnels du hockey sur glace (citons Ales Hemsky et Dick Axelsson).

 

Pourquoi ça coince ?

Si tout le monde rêve d'un seul et même mondial, la chose est bien plus complexe qu'il n'y paraît et plusieurs points sont à mettre à l'avantage de l'IIHF.

Tout d'abord d'un point de vue pratique, où pour certaines nations le roller hockey est rattaché au hockey sur glace de manière naturelle avec un championnat national en été pour garder la forme pour beaucoup de pros qui débuteront leurs saison de glace dès août. S'il y a bien dans ces pays une instance rattachée à la FIRS, c'est surtout pour le roller de vitesse qui est d'ailleurs souvent couplé au patinage de vitesse. On voit mal le roller hockey être rattaché à ces sports alors qu'il est clairement plus proche de son cousin de la glace que du roller et patinage de vitesse.

L'autre point à mettre à l'avantage de l'IIHF c'est qu'elle organise des mondiaux de bonne qualité. Chaque année la compétition se passe dans des enceintes de très bonne facture comme ce fut le cas cette année à Padunice. On note également la présence d'un live vidéo et de retransmissions sur les chaînes nationales, de même qu'un format de compétition clair et établi. l'IIHF dispose de moyens en marketing et communication bien supérieurs et on retrouve les grands sponsors habituels de la fédération internationale lors des mondiaux de roller hockey, à savoir Skoda et Tissot. De plus le récent partenariat avec Mission-Bauer qui devient le sponsor principal du tournoi ne fait que renforcer l'attrait pour ce mondial.

Et c'est là que le bât blesse, car du côté de la FIRS rien de tout cela. D'un point de vue sponsoring, le comité international de roller hockey (CIRILH) ne dispose d'aucun sponsor, seul Mission-Bauer les soutient mais dans une proportion beaucoup plus faible, histoire d'avoir la meilleure exposition possible sur l'ensemble de la discipline. La compétition est également très mal gérée, on se retrouve actuellement avec pas moins de 24 nations inscrites rien que pour les hommes et il faut finir la compétition en moins d'une semaine parfois sur un seul terrain. On se retrouvera par exemple à Toulouse avec des journées de compétition non stop de 8h à 23h sur deux terrains dont un gymnase avec seulement 205 places assises... La participation étant annuelle, si les frais de participation sont trop élevés, une nation peut décider de ne pas y aller et revenir sans problème l'année suivante sans aucune pénalité. Ce fut le cas de la France avec les féminines l'an passé ou bien l'Espagne qui compte tenu de la grave crise économique n'a pas envoyé d'équipes plusieurs années de suite. Ce manque de gestion montre qu'aujourd'hui ces mondiaux FIRS ressemble plus a un tournoi "open" qu'autre chose, mais la situation devrait selon Gilbert Portier - président du CIRILH - évoluer dès l'année prochaine avec un changement de format.

La gestion catastrophique ne se fait pas que sur le calendrier ou le format, on a en effet souvent affaire à des enceintes vétustes (exemple de Varese en 2009 ou Ratingen en 2008) et parfois sans douches (l'année dernière à Anaheim). De plus le niveau des mondiaux de la FIRS est bien plus faible que ceux de l'IIHF (la sélection IIHF américaine ou canadienne est bien plus forte que leurs homologues FIRS).

Cependant notons un très bel effort de l'organisation française cette année avec une communication enfin digne de ce nom (site internet de bonne qualité et présence sur les réseaux sociaux). Un live vidéo multi-caméra sera enfin de la partie et fera vite oublier le live payant de l'an passé avec une seule caméra.

On est donc arrivé à un point où les nations choisissent leur camp. D'autres envoient des sélections aux deux compétitions (République Tchèque, USA, Canada), soit sous l'égide d'une même instance nationale soit parce que plusieurs fédérations gèrent le sport à l'intérieur du pays.

La situation n'est donc pas près de s'améliorer et chacun devrait organiser son mondial dans son coin dans les prochaines années. Dernier point important: l'IIHF se lance enfin dans le développement du sport dans les pays où le hockey sur glace n'est pas implanté, ainsi une réunion a eu lieu en marge des derniers mondiaux IIHF entre nations émergentes. C'est un signal très fort envoyé à ces pays, l'IIHF est en train de marcher sur les plates-bandes de sa rivale qui était très en avance sur cette la question du développement.

 

La France, un modèle à suivre ?

S'il y a un bien un pays où ce sport est globalement bien développé, c'est bien la France. En effet, l'Hexagone peut se targuer d'être l'un des rares pays où on y joue toute l'année avec pas moins de 14000 licenciés. Géré via le Comité National de Roller Hockey (CNRH) qui est sous l'égide de la FFRS, le roller hockey est reconnu par le ministère des sports comme discipline de haut niveau. Avec 5 divisions nationales chez les hommes, 2 chez les femmes et de nombreuses catégories jeunesses, la France est l'un des pays les plus développés de cette jeune discipline. L'Hexagone dispose également de l'un des meilleurs championnats au monde avec la Ligue Élite qui regroupe 10 clubs avec les meilleurs joueurs français ainsi que de véritables stars de la discipline venues en France pour jouer dans le championnat le mieux structuré de la planète. On retrouve ainsi des internationaux américains, canadiens, tchèques qui ont pour certains le statut de joueur professionnel, ce qui n'est pas le cas pour les joueurs français dont la quasi-totalité doivent exercer un travail à coté du hockey.

Si la vitrine est alléchante, l'intérieur du magasin l'est beaucoup moins avec un nombre de points qui doivent être soulignés. Tout d'abord le conflit qui règne au sein de la FFRS avec un roller hockey qui manque de pouvoir face aux "anciens" du rink, pourtant le roller hockey est devenu l'une des premières disciplines en termes de licenciés. Le cas des féminines est également inquiétant : s'il est bien compliqué de recruter de jeunes filles, le traitement est encore pire qu'en glace avec baisse de budgets, championnat sportivement limité et en point d'orgue la non-participation aux derniers championnats du monde en 2013. La mixité dans les catégories séniors et juniors fut la solution trouvée par le comité. On notera également un manque de moyens pour former et trouver plus d'arbitres et des soucis d'organisation dans les catégories jeunesse.

Mais le gros point noir du roller hockey français tient dans les résultats décevants des derniers championnats du monde, surtout chez les hommes. L'une des raisons évoquées serait la présence de plus en plus importante de joueurs étrangers en Ligue Élite limitant ainsi le temps de jeu des fFançais. Si cette raison facile à trouver n'est pas forcement justifiée, le roller hockey français ne doit pas suivre la même route que son cousin de la glace à une certaine époque. Instaurer rapidement une règle de type "JFL" serra nécessaire un moment ou un autre.

Si le roller hockey français est certes l'un des mieux développé au monde en termes de structure, plusieurs défauts sont donc à souligner. Ces défauts bien que pardonnables à un sport qui n'a qu'une vingtaine d'années d'existence en France doivent être corrigés si on veut développer encore plus la discipline.

Le roller hockey est donc en pleine crise d'adolescence au niveau français et mondial, et ceci devrait malheureusement durer encore plusieurs années. Il est d'ailleurs intéressant de se poser la question de savoir jusqu'où on peut développer cette discipline ? Le "inline" restera t-il toujours dans l'ombre du hockey sur glace, comme une discipline estivale sans prise de tête, ou bien peut-il devenir un vrai sport à part entière au statut olympique ? Telle est la question à laquelle le roller hockey devra répondre par lui-même dans les années à venir.

 

Les championnats du monde qui se tiendront à Toulouse seront à suivre sur Hockey Archives avec présentation du mondial et résumés pour chaque semaine de compétition.