Nathan Walker, curiosité de la Draft NHL venue d'Australie

Ce week-end, Nathan Walker est rentré dans l'histoire en devenant le premier hockeyeur australien repêché par une franchise NHL. Retour sur un parcours atypique.

L'Australie a vibré au son de la Draft. Celle de la NBA jeudi dernier, sans surprise, lorsque Dante Exum fut le cinquième choix de la ligue de basket, appelé par Utah. Mais, plus surprenant, l'Australie fut également à l'honneur lors du repêchage NHL quarante-huit heures plus tard. Détenteurs du 89e choix, les Capitals de Washington choisirent un ailier de 20 ans de l'hémisphère sud qui a fait d'un rêve une réalité.

NHL Kangourou corrigéTout est parti d'un film. En 1992, sort "Les Petits Champions" dont le titre original est en fait "The Mighty Ducks", un long-métrage de Disney qui narre les aventures d'une jeune équipe d'ados inexpérimentée vers le sommet. Le succès du film surprend avec plus de 50 millions de dollars de recettes aux États-Unis et incite les studios Walt Disney à faire une requête pour obtenir une franchise auprès de la NHL, ce sera Anaheim. Le film, sans être un chef d'œuvre du cinéma et plutôt destiné aux enfants, séduit au-delà des USA et même dans des contrées peu familiarisées avec le hockey.

Devenu un inconditionnel de ce film avec son grand frère Ryan, le tout jeune Nathan Walker y voit une révélation. Réussir en partant de loin, c'est ce qui l'a inspiré, c'est ce qui définit son parcours aujourd'hui.

Né le 7 février 1994 à Cardiff au pays de Galles, Nathan accompagna à l'âge de 2 ans sa famille vers d'autres Galles, celles-ci situées à des milliers de kilomètres, les Nouvelles-Galles du Sud. La famille Walker pose en effet ses valises à Grays Point, banlieue-ouest de Sydney, en Australie. Peu à l'aise au football, s'adonnant au rugby, son film fétiche le pousse néanmoins à 8 ans à s'inscrire dans l'une des rares écoles de hockey du pays. Son talent sur la glace se déclare très vite et s'améliore rapidement. A 12 ans, Nathan, particulièrement précoce, se retrouve même à jouer contre des joueurs qui en ont 20. Mais les limites du hockey sur glace australien ne permettent pas de faire de ce sport une vie. Son entraîneur de l'époque, tchèque, lui conseille alors de plier bagage s'il veut prendre davantage au sérieux sa passion. Âgé de 13 ans, il atterrit alors à Ostrava, en République Tchèque, après avoir convaincu le populaire HC Vítkovice, une place-forte du pays, de lui ouvrir ses portes. La transition est difficile.

Le rythme n'est bien sûr pas le même, lui qui avait pour habitude de chausser les patins qu'une fois par semaine. Sa mère avait accompagné son arrivée mais ne peut rester bien longtemps avec lui, repartie en Australie évidemment pour raisons professionnelles. Seul, le mal du pays est terrible. A plusieurs reprises, Nathan est à deux doigts de craquer mais sa famille, malgré la distance, l'encourage à persévérer. Pour qu'il ne regrette pas. Et cela aurait été bien dommage.

Ses éducateurs prennent le temps avec lui, de polir cette pépite exotique venue d'ailleurs. L'explosion a lieu lors de la saison 2008/2009... à 14 ans. Dans la catégorie U16, Nathan se classe à la 7e place des meilleurs marqueurs avec 26 buts et 41 points des championnats régionaux. Lors de la finale nationale, son équipe obtient finalement la médaille de bronze, le kangourou amassant 6 points (4+2) en 4 matches. Son talent se confirme dans les catégories supérieures.

Deux titres de champion U18 avec 81 points en 82 parties avec cette section, une performance de 6 buts inscrits durant le même match le 6 décembre 2010, 97 points en 91 parties en U20, il devient inéluctablement le premier Australien à participer à l'Extraliga tchèque. Nathan réalise cet exploit à seulement 17 ans le 9 octobre 2011 durant un match au cours duquel il obtiendra également son premier point avec une assistance.

Nathan WalkerLes promesses ne s'essoufflent pas, notamment à l'occasion de la Coupe Spengler à laquelle est invitée le HC Vítkovice en fin d'année 2011.

Walker est l'un des meilleurs joueurs de son équipe avec 3 points en quatre matches dont un but en demi-finale contre Davos mais il s'en faut de peu pour qu'il réalise un doublé et une égalisation à 10 secondes de la fin, Leonardo Genoni sauvera de justesse son équipe et la place en finale. Des blessures dans l'équipe première lui permettent du temps de jeu et des coups d'éclat.

Sans avoir la prétention de rivaliser avec le talent exceptionnel Tomáš Hertl, Nathan demeure un des juniors les plus prometteurs de Tchéquie. Et très vite, ce qui pouvait s'apparenter à un rêve devient davantage réalité : la NHL. A l'amorce de la saison 2012/2013, il reste deux ans d'éligibilité à Nathan Walker pour être repêché par une franchise du circuit Bettman alors qu'il était classé 25e hockeyeur "européen" par les recruteurs avant la Draft 2012. Goran Stub, Directeur du Scouting européen pour la NHL, disait de lui d'ailleurs qu'il s'agissait "d'un excellent patineur travaillant dur à chaque présence de jeu." S'il commence l'exercice avec Vítkovice, il va franchir une étape supplémentaire dans sa carrière après le jour de l'An 2013, traversant l'océan Atlantique après six ans d'exercice en République Tchèque.

Il convainc les Phantoms de Youngstown, dans l'état de l'Ohio et se joint donc au fameux programme junior américain USHL. Ses premières sensations sur le sol du nouveau continent sont encourageantes avec quasiment 1 point par match, sa combativité est frappante et il acquiert un surnom : "Stormy". L'Australien plait au public et à son entraîneur, Anthony Noreen, qui voit en lui un futur leader. Nathan Walker gagne encore plus en notoriété aux États-Unis et se voit courtiser au plus haut sommet de l'échelle. Les Capitals de Washington l'invitèrent en effet à leur camp d'été en juillet 2013.

Très en vue durant les exercices proposés parmi la quarantaine de joueurs réunis, Nathan se retrouve même titulaire pour deux matches de préparation, à la faveur d'une blessure de Brooks Laich. Aligné aux côtés de Troy Brouwer et Chandler Stephenson, Walker continue d'impressionner, se retrouvant notamment à l'origine de deux buts. Les "Caps" souhaitant garder dans sa poche le jeune kangourou, ce dernier signa en septembre 2013 avec les Bears de Hershey en Ligue Américaine, filiale de Washington.

Tweet WASH KangourouIl finira la saison avec 11 points en 43 joutes pour sa première année en AHL. 178 cm, c'est peut-être juste pour l'exigeante NHL.

Mais Nathan Walker a de bonnes mains, des qualités de patinage, de vitesse, d'intensité, d'abnégation qui le gardent en course pour la Draft.

Sans doute il y eut dans sa tête un soupçon d'angoisse à l'approche de ce repêchage 2014 de la NHL pour sa troisième et dernière année d'éligibilité.

Mike Haviland, son coach à Hershey, n'avait aucun doute sur sa sélection mais pas avant le cinquième tour. Ce fut finalement au troisième, à l'avant dernier rang, réclamé par Washington qui avait au préalable échanger ses 104e et 118e choix pour intervenir plus tôt et finalement le choisir. Comme une évidence.

Voilà donc un "hockeyroo" de la glace drafté en NHL pour la première fois de l'histoire, qui revient de loin, au sens propre comme au figuré. Une vingtaine de patinoires permanentes et quelques milliers de licenciés, le hockey demeure un sport mineur en Australie, nation classée aux alentours de la trentième place mondiale. Cela dit, cette discipline poursuit son développement et a même créé l'évènement il y a un an.

En juin 2013, une série d'exhibition de trois matches entre une sélection américaine et canadienne, avec pour capitaines Zenon Konopka (alors encore au Minnesota) et Kyle Quincey (Détroit), a été organisée à Melbourne et Sydney. Ce sont 40.000 tickets qui se sont vendus dont 20.338 pour la seule représentation à l'Allphones Arena de Sydney.

Les nombreux natifs d'Amérique du Nord présents dans la ville la plus peuplée d'Australie ont certes rempli abondamment les gradins mais le hockey plait de plus en plus grâce à des valeurs proches du rugby. Pour l'édition 2014, alors que Perth et Brisbane accueilleront également un match, la nouvelle et jeune star du sport australien a promis d'y être, peu regardant à se ranger dans le clan américain pour y participer. Relayé par les médias nationaux, le repêchage de Walker en NHL est un sacré coup de pub pour le hockey en Australie alors que l'ovation qu'il va connaître dès le 11 juillet à Perth, puis dans les autres villes et surtout à Sydney lors de cette tournée estivale, risque bien de le marquer particulièrement.

Lui qui, par le passé, n'a pas hésité à renforcer plusieurs fois l'équipe des Ice Dogs de Sydney le temps des vacances d'été et bien évidemment la sélection nationale. Si Steven Bradbury est devenu champion olympique de short-track par un concours de circonstance, il n'en est rien pour Nathan Walker qui s'est acharné à arpenter, avec une détermination folle, un chemin qui semblait inaccessible.

Bien sûr, repêché en NHL ne signifie pas forcément y jouer. Mais, jusqu'à présent, personne n'aurait pu imaginer un tel destin. Ce ne sont donc pas ces dernières marches à franchir avant de jouer parmi les meilleurs qui annihileront ses rêves. Nathan Walker est une curiosité, son itinéraire hors norme et impensable, celui d'un hockeyeur du bout du monde.