La KHL trop généreuse envers ses nouveaux venus ?

Troisième partie du bilan de la saison de KHL avec les faits marquants et les histoires saillantes des équipes classées de 11 à 16 à l'issue des play-offs, où elles ont été éliminées au premier tour.


Torpedo Nijni Novgorod (11e) : élimination endeuillée

SALMINEN Sakari-130506-420L'entraîneur lituanien Peteris Skudra a imprimé au Torpedo Nijni Novgorod un style personnel. Il a en particulier bousculé les coutumes russes qui consistent à aligner des paires fixes de défenseurs. Il n'hésite pas à employer un nombre impair d'arrières et donc à les faire tourner à chaque présence. Selon lui, les joueurs doivent simplement prendre garde à ce que leur partenaire du moment est gaucher ou droitier. Pour le reste, le système collectif s'applique à tous, et l'a démontré par des relances sûres.

Porté par l'international finlandais Juuso Hietanen pour l'aspect offensif et par l'international biélorusse Vladimir Denisov pour l'aspect physique, les lignes arrières de Nijni Novgorod ont été solides, pendant que le trio Salminen-Immonen-Wolski menait l'attaque. Les systèmes de Skudra, que les traditionalistes caricaturent parfois en un "banal" dump-and-chase" nord-américain mais qui est simplement plus mixte et plus international, ont sans doute profité aux joueurs étrangers. Tant mieux, car ils devaient absolument prendre le relais après le départ des meilleurs joueurs russes de l'équipe à l'intersaison.

Une vraie opposition de styles attendait Nijni Novgorod au premier tour de play-offs face au style offensif débridé d'Ufa. Toute la série a été extrêmement disputée entre deux équipes qui ravalisaient en vitesse et en combativité. C'est donc l'efficacité qui ferait la différence. Les deux jokers arrivés en janvier ont d'abord excellé : l'attaquant Evgeni Skachkov a marqué 3 points au premier match dont un but spectaculaire en lucarne après avoir éliminé deux adversaires, et le gardien Ivan Kasutin n'a encaissé qu'un but lors des deux premières rencontres (3-1 et 1-0). Ces deux succès à l'extérieur plaçaient le Torpedo sur une voie royale, mais le troisième match perdu après 116 minutes de jeu a compliqué la série. Le lendemain, un Kasutin forcément fatigué a craqué, et la série s'est transformée en marathon.

Sur la route du match décisif, un bus de supporters du Torpedo s'est retourné dans un virage, et un d'eux est mort dans l'accident. Les fans des deux équipes ont alors convenu que les deux premières minutes de la partie se dérouleraient dans un silence respectueux de deuil. C'est dans ce contexte douloureux que Nijni Novgorod a été éliminé au septième match, Skudra regrettant la première pénalité sévère qui aurait influencé le résultat.

 

Dinamo Riga (12e) : sur les deux fronts

OZOLINS Sandis-130210-255Le hockey letton a réussi une saison pleine et montré que la réussite en club n'est pas incompatible avec celle de l'équipe nationale. La Lettonie a en effet atteint les quarts de finale des Jeux olympiques, et le Dinamo Riga, qui lui fournit la majorité des joueurs, a aussi rempli son objectif en allant en play-offs de la KHL.

Malheureusement, cette participation olympique a coûté cher : le quatrième marqueur du club Miks Indrasis s'est fracturé un os du talon lors du quart de finale contre le Canada, et le septième marqueur Vitalijs Pavlovs a été suspendu pour dopage. À ce stade, le Dinamo avait déjà perdu deux défenseurs blessés, Oskars Cibulskis et Arvids Rekis. Pour couronner le tout, le meilleur marqueur Kyle Wilson s'est blessé au dos juste avant la fin de la saison régulière.

Malgré le retour de blessure de Gints Meija et l'arrivée de Lauris Darzins (viré de Kazan), les Baltes avaient trop peu de profondeur de banc pour surmonter autant d'absences. Ils se sont battus avec énergie, mais ont cédé en sept manches en play-offs contre Donetsk. Le bilan sportif reste satisfaisant, pas le bilan financier puisque le club avoue quelques difficultés en la matière.

Cette saison restera celle des adieux pour le capitaine du club Sandis Ozolins. Après une carrière longue et parfois tourmentée à l'époque de ses problèmes d'alcool en NHL, mais bien réhabilitée depuis son retour au pays, la légende du hockey letton a décidé de se lancer en politique. Il se présentera aux prochaines élections législatives pour le nouveau parti fondé par l'ex-premier ministre de droite Einars Repše.

 

Medvescak Zagreb (13e) : détruit-il la réputation de la KHL de l'intérieur ?

MedvescakComme les autres clubs étrangers "recrutés" pour servir les plans d'expansion de la KHL, le Medvescak Zagreb a eu la moitié de son budget fournie par les Russes, notamment via des filiales de Gazprom. Mais en le voyant si bien réussir, certains se sont demandés si la KHL ne se tirait pas une balle de pied par ce financement d'un club qui... écorne indirectement sa réputation.

En effet, le Medvescak a ostensiblement composé son équipe avec des Nord-Américains, essentiellement des joueurs d'AHL, même si certains ont un passé prestigieux comme le meilleur marqueur Jonathan Cheechoo (qui fut meilleur buteur de NHL avant de perdre confiance) ou ont déjà passé cinq ans en Europe tel le deuxième marqueur Matt Murley. En voyant cette formation - dont ils pouvaient facilement évaluer le niveau des joueurs - battre régulièrement les meilleurs clubs de KHL, les Nord-Américains ont eu beau jeu d'y voir la démonstration que les prétentions de la ligue russe de rivaliser avec la NHL étaient surfaites.

La vérité est plus nuancée : le différentiel de styles, quand une équipe est la seule à se démarquer, est clairement à son avantage, car les adversaires ont du mal à s'y ajuster. C'est encore plus vrai dans le cas du Medvescak qui dispose d'une petite glace à laquelle les visiteurs ne sont pas habitués. Même s'ils ont souvent été pris de vitesse, les Croates ont donc su neutraliser la technique russe par leur impact physique. La clé de leur réussite tient aussi en deux statistiques : 7e place de la KHL en supériorité numérique et 4e en infériorité. Et c'est justement parce que les unités spéciales ont été moins efficaces en play-offs que Zagreb a été très vite battu en quatre manches par le Lev Prague.

Cette première saison est avant tout un succès populaire confirmé. Profitant de la faible compétitivité des clubs historiques de football et de basket, le Medvescak continue de tenir le haut du pavé dans le paysage sportif de Zagreb, grâce à son atmosphère festive. Il a placé la saison sous le signe des records et a battu celui des décibels (130,02) et de la ola la plus longue (15 minutes et 3 secondes). Mais surtout, malgré l'élimination expéditive, le public a eu une manifestation plus spontanée en applaudissant son équipe pendant un quart d'heure.

 

CSKA Moscou (14e) : l'armée rouge expulse les Américains

SHIROKOV Sergei-120520-368Depuis qu'il a de l'argent, le CSKA a un organigramme avec plus d'une dizaine de dirigeants, mais il a fait plus parler de lui pour ses dissensions en coulisses que pour ses performances sur la glace. Quelle est la part liée à des médias moscovites en mal de sensation dans ces supposés problèmes ? Difficile à dire. En tout cas, le manager Sergei Fedorov n'a pas vraiment su apaiser la situation. Au contraire, en voulant revenir sur la glace au lieu de s'occuper de sa fonction, il a plutôt fait diversion. L'entraîneur John Torchetti semblait embarrassé par ce retraité de 44 ans et ne l'a fait jouer que pour une exhibition, la Coupe Spengler.

Pendant ce temps-là, les premiers feux s'allumaient en coulisses. Fedorov échangeait le poulain formé au club Sergei Shirokov - que l'on dit fâché contre lui - à Omsk en retour du vieillissant Aleksandr Frolov, et le CSKA n'a vraiment pas gagné au change. L'ex-défenseur de NHL Daniil Markov voyait pour sa part son contrat résilié après s'être répandu en injures sur le préparateur physique Barry Brennan et le staff.

En janvier, le gardien slovaque Rastislav Stana, dont les performances excellentes l'an passé étaient en chute libre, a été renvoyé et remplacé par deux portiers d'un coup, Mikhaïl Biryukov et Jeff Glass. Deux nouveaux jokers étrangers (Deron Quint et Jan Mursak) étaient achetés. Objectif affiché : se renforcer pour les play-offs. Tout ça pour se faire vite sortir en quatre manches par le SKA Saint-Pétersbourg. Encore une fois, dès qu'elle est privée de son joueur-phare Aleksandr Radulov (victime d'une commotion cérébrale), l'offensive du CSKA perd toute crédibilité. Et ce n'est pas la recrue-vedette et nouveau capitaine Aleksei Morozov qui y a changé quoi que ce soit : il était porté disparu dans "son" cercle droit, sa position préférentielle de buteur.

Evidemment, Torchetti et tout son staff ont été débarqués. Beaucoup n'avaient jamais vraiment accepté qu'un Américain puisse s'occuper de l'ancien club de l'armée rouge. Mais tous les problèmes sont-ils résolus pour autant ? La grande satisfaction de la saison est Nikolaï Prokhorkin, 20 ans et déjà meilleur marqueur de l'équipe (du fait bien sûr de la blessure de Radulov). Auteur d'une belle campagne de 20 buts au poste de centre (il a été moins performant en équipe nationale où on l'a testé à l'aile), Prokhorkin a déclaré dans la presse qu'il voulait rester mais que le CSKA ne lui avait rien proposé, prenant les lecteurs à témoin qu'on le forçait à partir contre son gré en Amérique du nord... Les Los Angeles Kings ont alors démenti son arrivée en expliquant qu'il était d'après eux toujours sous contrat pendant un an au CSKA. Cette interview n'était-elle qu'une stratégie de revalorisation salariale ? En tout cas, les médias font toujours leurs choux gras du CSKA...

 

Avtomobilist Ekaterinbourg (15e) : le nouveau Datsyuk ?

AvtomobilistAvec un nouveau manager (Leonid Weisfeld) et un nouveau coach (Anatoly Emelin), l'Avtomobilist Ekaterinbourg a réussi à se qualifier pour les séries avec pourtant seulement l'avant-dernier budget de la Conférence est. En play-offs, il a même neutralisé le premier trio "nord-américain" du Barys Astana, mais sa deuxième ligne s'est fait dominer.

Le joueur-clé de cette belle saison se nomme Fyodor Malikhin, septième marqueur de KHL alors qu'il était presque inconnu. Cette révélation tardive à 23 ans a déclenché un effet de mode, entretenu par des vidéos de ses pénaltys magistraux, inscrit avec une vitesse de mains incroyable. La comparaison avec un autre centre originaire d'Ekaterinbourg, un certain Pavel Datsyuk, qui lui non plus n'avait jamais été international junior.

Certains lui imaginaient un avenir en NHL puisqu'il était en fin de contrat. Weisfeld, lui, indiquait qu'il ferait tout pour garder Malikhin. Mais celui-ci a refusé la proposition de contrat et a préféré signer un contrat à Kazan... comme un certain Datsyuk lorsqu'il avait quitté la ville à 22 ans !

Le plus dur pour l'Avtomobilist sera donc de confirmer ses performances sans sa nouvelle idole. La région de Sverdlovsk a déjà annoncé la réduction de 10% de sa subvention, que le club espère compenser par le merchandising et la hausse du prix des billets, puisque le public l'a tant soutenu cette année.

 

Admiral Vladivostok (16e) : la petite glace comme arme

SCHUTZ Felix-130506-150Ce qui vaut pour Zagreb est également valable pour Vladivostok : jouer sur une surface différente procure un avantage indéniable à domicile. Felix Schütz, premier Allemand sans aucune origine "soviétique" à évoluer en KHL ("pas une si grande aventure que beaucoup croient", selon lui, hormis l'éloignement avec sa copine restée au pays), l'a expliqué à Eishockey News avec un certain amusement : "Sans la petite glace, nous n'aurions sans doute pas atteint les play-offs. Pour être franc, nous avons souvent dû rire quand un adversaire devant sa cage a viré sur le côté, a cherché une relance et s'est soudain arrêté à la bande parce qu'il n'y avait simplement plus de place."

Schütz a fini meilleur marqueur de son équipe, ce qu'il n'avait jamais été dans sa carrière, après le départ fin décembre du précédent "top-scoreur" Enver Lisin, échangé fin décembre au CSKA contre deux joueurs, l'attaquant Ilya Zubov et le défenseur Mikhaïl Naumenkov. L'équipe manquait en effet vraiment de profondeur. Schütz et le Suédois Nicklas Bergfors ont marqué un quart des buts à eux deux.

L'Admiral a eu la présence d'esprit de choisir des entraîneurs ayant déjà travaillé en Extrême-Orient (à Khabarovsk) et connaissant donc les spécificités de l'éloignement géographique. Ce fut d'abord Hannu Jortikka, jusqu'à ce qu'il ne parte, officiellement parce que sa femme était malade en Finlande. Il y avait également une autre raison : les cadres de l'équipe n'appréciaient guère les hurlements et les comparaisons disgracieuses qui ont fait la réputation des discours de Jortikka. Le champion olympique 1988 Sergei Svetlov est ensuite arrivé, et il a qualifié l'équipe en huitième position de Conférence Est, exactement comme il l'avait fait avec l'Atlant à l'Ouest un an plus tôt.

Cette qualification des nouveaux venus est moins surprenante qu'il n'y paraît. Seules deux "équipes d'expansion" de la KHL ont raté les play-offs à leur première saison, le Dynamo Minsk en 2008/09 et le Lev Poprad en 2011/12. Les autres ont toujours bien réussi grâce à une assistance budgétaire voire réglementaire. L'Admiral a ainsi pu aligner sept étrangers contre cinq à ses concurrents, et en a largement profité.