La blessure la plus idiote de l'histoire du hockey ?

Quatrième volet du bilan de la KHL avec les équipes classées de 6 à 10.

 

Donbass Donetsk (6e) : brûlé par une quasi-guerre civile ?

Le "plus petit hockeyeur de Russie" Mikhaïl Anisin déclenche une sympathie naturelle par sa taille (1m65), par sa voix d'opéra démontrée au All-Star Game 2012, puis par son titre de meilleur marqueur des play-offs la même année. L'entraîneur Andrei Nazarov lui avait tendu la main une première fois à Cherepovets l'an passé il a fait de même à Donetsk en le faisant échanger du Neftekhimik. En vain : après ses problèmes d'ego et ses rodomontades, Anisin a dilapidé ce qui restait de ce capital-sympathie par un incident hors glace dans le mois qui a suivi.

LACO Jan-120515-250Conduit à l'hôpital d'Ufa la veille d'un match après une altercation avec la sécurité d'une boîte de nuit (d'où son coéquipier Serhi Varlamov est sorti la mâchoire fracturée), l'attaquant russe s'en est alors pris aux médecins, un comportement agressif "en état de choc" que tout le pays a vu puisque la vidéo a circulé. Cette fois, Anisin devra renoncer pour de bon à ses deux millions de dollars de salaire annuel. Licencié, il a dit "comprendre que sa vie professionnelle est dans une impasse" mais "tout faire pour s'en sortir". Son cri du cœur "Donnez-moi une chance" trouvera-t-il de l'écho quand on sait que Nazarov lui en a déjà donné deux ?

L'affaire Anisin n'a pas porté préjudice au Donbass Donetsk, qui a remporté huit des dix rencontres suivantes. Les Ukrainiens ont ainsi vite assuré leur place en play-offs, grâce à l'excellente première moitié de saison du gardien canadien Michael Leighton. L'international slovaque Jan Laco est ensuite revenu en fin de championnat en se montrant plus performant que son concurrent. Le club ukrainien a cependant connu des échecs, dont la perte incompréhensible de la Coupe Continentale à Rouen où il espérait se balader.

Ce week-end en Normandie a préfiguré ce qui se passerait en play-offs : déjà, Evgeni Dadonov et Maksim Yakutsenia sont sortis du lot, deux joueurs originaires de l'Oural comme leur coach Andrei Nazarov. Celui-ci a pourtant évoqué une possible naturalisation ukrainienne de Dadonov (qui a représenté la Russie en juniors) lorsqu'il a prolongé son contrat de trois ans. Était-ce du bluff ? Si c'est le cas, il a payé. Comme par hasard, les Russes ont soudain appelé Dadonov (24 ans) en équipe nationale, et il est devenu champion du monde sur la quatrième ligne, n'ayant certainement plus envie de changer de patrie.

Quant à la star véritablement ukrainienne, Ruslan Fedotenko, l'ancien double vainqueur de la Coupe Stanley a eu une contribution offensive limitée. Nazarov l'a même envoyé un match en tribune, par contre il ne l'a jamais critiqué publiquement, en mettant en avant son travail physique et son rôle de capitaine dans le vestiaire et dans les relations publiques.

Cette mission de fédérateur du hockey ukrainien est devenue de plus en plus un sacerdoce dans un pays en crise. Impossible de vivre dans une bulle et d'ignorer la situation politique. La KHL a délocalisé le septième match du premier tour de play-offs à Bratislava (le Donbass y a donc battu Riga sans l'avantage de la glace) avant de donner l'ordre contraire de finir le deuxième tour à Donetsk, au grand désarroi du Lev Prague qui a peu apprécié ce changement de dernière minute, mais qui s'est qualifié quand même.

À ce moment-là, c'est plutôt la capitale Kiev qui était à feu et à sang, et la conservatrice Donetsk était plutôt calme. Mais quand les manifestants de la place Maïdan ont renversé le régimen ce sont les séparatistes pro-russes qui se sont soulevés, d'abord en Crimée, puis dans le Donbass. Pris entre deux feux, le président du club Boris Kolesnikov a promis de reconstruire la patinoire incendiée par des hommes en armes, mais il s'est rendu compte que ce serait impossible dans les temps. Il a donc obtenu un compromis avec la KHL : le Donbass y préservera sa place et ses droits, mais prendra une année sabbatique forcée. Les contrats restent valables, mais seront gelés pendant un an, et les joueurs seront donc libres de s'engager ailleurs dans l'intervalle.

 

Barys Astana (7e) : blessé par ses propres supporters !

YEREMEYEV Vitali-120506-150En l'occurrence, l'entraîneur ainsi libéré Andrei Nazarov a signé au Barys Astana où il remplacera Ari-Pekka Selin. La mise à l'écart du Finlandais peut surprendre, mais il faut prendre en considération que, comme son homologue Nazarov en Ukraine, Selin avait aussi la charge de l'équipe nationale. Et comme le Kazakhstan est une fois de plus redescendu de l'élite mondiale, cela lui a été fatal.

Le bilan en club est pourtant tout à fait positif. Le Barys a même occupé la première place de la Conférence Est à mi-janvier. Il a ensuite reculé, mais le fait d'être champion de sa division lui a permis d'être classé deuxième devant une équipe d'Ufa qui avait marqué plus de points. Cet avantage de la glace n'aura servi à rien.

Le Barys était doublement handicapé pour cette série. Il n'avait plus qu'un seul gardien puisqu'Ari Ahonen devait se faire opérer de la clavicule. Le vétéran Vitali Eremeïev s'est donc un peu fatigué en se retrouvant seul, malgré ses mérites nombreux... et parfois inattendus. En effet, il a même marqué un but cette saison. En fait, il lui a été attribué en tant que dernier joueur à avoir touché le palet, mais c'est un lancer adverse non cadré (du défenseur Igor Ozhiganov du Sibir) qui a doublement rebondi dans les balustrades avant de finir vers la cage laissée vide pour jouer à 6 contre 5.

Le second handicap a été encore plus cruel, car ce sont les supporters du Barys qui l'ont infligé à leur équipe ! Pour fêter la qualification au premier tour contre l'Avtomobilist, ils ont en effet porté en triomphe Talgat Zhailauov, un chouchou en tant qu'unique joueur ethniquement kazakh. Sauf que leur "support" s'est avéré bien fragile, puisqu'ils l'ont lâché ! Bilan : choc au sol et commotion cérébrale. Une blessure qui a sûrement sa place parmi les plus idiotes de l'histoire du hockey.

 

Sibir Novosibirsk (8e) : le chant syllabique de Sibérie

SibirLa patinoire de Novosibisk, construite à la fin des années soixante, renferme certainement une des meilleures atmosphères de la KHL. Elle consrve un indéniable cachet traditionnel avec sa structure en bois, sans que l'absence de confort moderne ne dissuade la foule, puisque les 8000 places sont régulièrement remplies. Les chants du public de Sibérie ne sont pas difficiles à comprendre, ils sont de nature essentiellement syllabiques. "Si-bir". Répétez - très fort - après moi.

"Kos-ki-nen". Il s'agit là du gardien finlandais Mikko Koskinen, dont le mauvais rebond lâché en prolongation du deuxième match de play-offs à Kazan a été vite pardonné. Il a en effet rapidement retrouvé son haut niveau statistique. La délivrance est venue à la deuxième prolongation du sixième match, quand Stepan Sannikov s'est montré le plus efficace dans le slot. Une revanche personnelle pour Sannikov, dont l'occasion a bout portant en prolongation du match 5 avait été le tournant du premier tour contre Omsk un an plus tôt. Arrivé cette fois au deuxième tour, le Sibir a été battu en quatre manches par le futur champion Magnitogorsk, mais en perdant à chaque fois d'un petit but.

"Kvar-tal-nov", a donc scandé le public durant une ovation à son équipe fraîchement éliminée. Il reconnaît ainsi les mérites du jeune entraîneur Dmitri Kvartalnov, qui a transformé le style de jeu sibérien en le rendant plus agressif et en demandant de lancer systématiquement au but. Présent depuis deux ans, il a demandé à rentrer à Moscou pour raisons familiales. Il a vite retrouvé du travail dans la capitale en signant au prestigieux CSKA. C'est le Biélorusse Andrei Skabelka, déjà joueur du Sibir en 2004/05, qui prendra sa suite.

 

Dynamo Moscou (9e) : les sauveurs de la patrie ?

Champion deux fois de suite, le Dynamo Moscou était bien parti pour dominer de nouveau la KHL. Sa suprématie en saison régulière a été impressionnante, par sa capacité à surmonter les pépins. Le 1er octobre, il a perdu trois joueurs sur blessure dans le même match (!) : le Finlandais Janne Jalasvaara (côte cassée), le Slovaque Dominik Granak (adducteurs) et le meilleur buteur de la ligue en septembre Maksim Pestushko (traumatisme crânien et fracture de la mâchoire supérieure).

KOMAROV Leo-140510-328Pourtant, la perte provisoire de ses trois défenseurs étrangers (le Tchèque Filip Novák étant lui aussi à l'infirmerie) n'a pas traumatisé un club qui a alors lancé dans le grand bain Gleb Koryagin : cet arrière jusqu'ici inconnu de 19 ans s'était préparé physiquement en Amérique pendant l'intersaison pour arriver fin prêt au camp de pré-saison de l'entraîneur Oleg Znarok à Pinsk, réputé terriblement dur.

Le Dynamo prouve ainsi qu'il est devenu une référence dans la formation : il a brisé l'hégémonie du CSKA qui durait depuis 37 ans sur le classement général des équipes de jeunes du championnat de Moscou. Ce réservoir explique qu'il ait plaidé pour une réduction de 5 à 3 étrangers, alors que la majorité de ses concurrents veulent augmenter le quota (la KHL a finalement arbitré un statu quo).

Le Dynamo a aussi été consacré par la convocation des deux attaquants défensifs Sergei Soin et Denis Kokarev en équipe de Russie pour les Jeux olympiques à domicile de Sotchi. Malheureusement, ils ont dû tous deux renoncer à ce rêve sur blessure. Le seul qui a joué, c'est le meilleur marqueur bleu et blanc, Leo Komarov, mais c'est pour mieux précipiter le pays-hôte dans le désespoir en le battant en quart de finale avec l'équipe de Finlande.

Après ce drame national, la Russie cherchait un sauveur et s'est tournée toute entière vers Oleg Znarok, candidat unanime comme une évidence. Le président de la fédération Vladislav Tretiak est venu lui faire signer son contrat au premier match de play-offs, avant de s'éclipser pour ne pas paraître interférer. Trop tard. Le Dynamo, qui n'avait pas perdu un match au premier tour depuis deux ans, a été éliminé en sept manches par le Lokomotiv Yaroslavl. Les deux dernières défaites (0-6 et 1-5) ont été particulièrement cruelles pour une formation réputée pour son système défensif.

Le gardien Aleksandr Eremenko, invulnérable depuis deux ans dès qu'il arrivait en play-offs, a cette fois craqué en encaissant de mauvais buts (lancer de la ligne bleue entre les bottes ou tir en angle fermé). Le battage médiatique à l'automne avait conduit à son rappel inespéré en équipe nationale, mais au Dynamo on n'a pas compris qu'on l'amène à Sotchi pour servir uniquement de troisième gardien, une place dévolue d'ordinaire à un jeune. Cette coupure d'un mois a cassé son rythme, et la défaite olympique, même s'il l'a un peu vécue par procuration, l'a fragilisé psychologiquement.

Znarok n'en a eu que plus de temps pour préparer le championnat du monde. Non seulement le Dynamo a mis à disposition son coach, mais aussi tout son staff qui avait ainsi des habitudes de travail communes : l'adjoint Harijs Vitolins, l'entraîneur des gardiens Rashid Davydov et même le manager Andrei Safronov se sont tous occupés également du destin de l'équipe nationale. Les "Dynamistes" ont ainsi ramené la Russie au titre mondial. Mais comment géreront-ils dans la durée ce double travail en club et en sélection ?

 

Ak Bars Kazan (10e) : une punition à la hauteur de la déception

NIKULIN Ilya-130504-331L'échec de Sotchi a été un peu celui d'Ak Bars Kazan, puisque c'est en donnant à ce club deux titres consécutifs que Zinetula Bilyaletdinov avait été désigné sélectionneur de la Russie (l'histoire se répète donc trait pour trait avec Znarok...). Même s'il a été exigé qu'il se consacre exclusivement à l'équipe nationale pour la préparation olympique, le collectif actuel garde son héritage. Quatre joueurs ont d'ailleurs participé aux JO : les défenseurs Evgeni Medvedev et Ilya Nikulin, et les centres Aleksei Tereshchenko et Aleksandr Svitov, même si ce dernier n'était que remplaçant.

Après Vancouver, les nombreux joueurs de Kazan avait surmonté leur déception et gardé leur titre, mais cette fois, le contrecoup a été terrible. L'Ak Bars (panthère blanche en tatar) a été éliminé au premier tour sans même atteindre les quarts de finale, ce qui ne lui était pas arrivé depuis... 1997 ! La punition a été immédiate : les hockeyeurs ont été obligés de rester et de continuer à patiner jusqu'au 30 avril, à la grande colère du syndicat des joueurs. Celui-ci avait en effet négocié depuis deux ans avec la KHL que la préparation d'été pourrait commencer dix jours plus tôt lors de la saison olympique, à condition qu'en contrepartie les joueurs éliminés des play-offs puissent être libérés en vacances dès le 15 avril. Or, deux clubs ont trahi l'accord signé, ceux de Kazan et Chelyabinsk.

Au-delà de cette réaction bêtement punitive, il serait plus pertinent de réfléchir aux raisons de cette élimination inhabituelle. Clairement, tous les clubs avec des participants aux JO ont peiné à se lancer dans les play-offs à peine dix jours plus tard. Mais les internationaux n'ont pas été les plus décevants. La baisse de forme la plus marquée est celle de Konstantin Barulin, meilleur gardien de la ligue en septembre, mais qui a fini avec des statistiques inférieures à sa doublure Emil Garipov et a perdu définitivement sa place en play-offs.

L'autre chute de performance est celle d'Aleksandr Burmistrov, l'enfant du pays parti à 18 ans et revenu quatre ans plus tard avec de l'expérience NHL. Meilleur marqueur en saison régulière, le centre a compté 0 but, 2 assists et une fiche affreuse de -7 en play-offs. Il a cependant été intégré à l'équipe nationale et est devenue champion du monde, sans convaincre sur sa quatrième ligne. Si Barulin ne sera pas conservé, Burmistrov aura droit à une revanche avec Kazan l'an prochain.