Entretien avec Pierre Pousse (entraîneur-adjoint de l'équipe de France)

Dave Henderson et Pierre Pousse ont été reconduits pour deux ans et une saison en option à la tête de l'équipe de France A. Deux saisons pour préparer au mieux une grosse année 2017 : qualifications pour les Jeux olympiques de Pyeongchang (Corée du sud) en 2018, et bien sûr le championnat du Monde à Paris en 2017. Entretien avec Pierre Pousse, entraineur adjoint de l'équipe de France.

 

fra banc henderson-pousseVous êtes en poste depuis 2004 et donc prolongé pour deux ou trois saisons de plus. Comment s'est déroulée cette prolongation ?

Il y a eu des échanges avec Luc Tardif et Gérald Guennelon dès la fin du Mondial. Nous avons émis le souhait de prolonger. Dave a été reçu par Luc et Gérald, puis j'ai discuté avec Gérald et nous nous sommes entendus sur le pourquoi et le comment. Le contrat porte sur deux saisons donc jusqu'à 2016, avec une saison optionnelle qui dépendra des deux années.

Quels objectifs vous a fixé la fédération, outre la qualification aux Jeux de 2018 ?

2017 est une année charnière avec le championnat du monde à domicile et la qualification aux Jeux olympiques. On cherche cette qualification depuis longtemps. Nous avons commencé l'aventure en décembre 2004 avec un tournoi de pré-qualification à Briançon, qui nous a envoyés au tournoi de qualification à Klagenfurt. Nous sommes passés tout près de la qualification pour les Jeux de Turin. Nous avions besoin d'un nul au dernier match et avons perdu 1-0 face au Kazakhstan... La qualification n'était pas un objectif de la fédération à l'époque, nous n'étions pas favoris, mais il y a eu beaucoup de frustration.

L'objectif a donc été de gravir les échelons car plus on est haut dans la hiérarchie mondiale, plus on a de chances de se qualifier. Nous avons buté dessus à Oslo puis à Riga. Nous avons progressé dans la hiérarchie, mais nous n'avons pas encore pu organiser un tournoi de qualification.

Nous allons continuer ce travail, nous maintenir dans le haut niveau. Les progrès sont réguliers et constants. Nous nous sommes bien rapprochés, mais il faut remettre le couvert chaque année. Pour l'instant, nous n'avons jamais été classés dans le top-12 au moment des tournois de qualification, c'est ce qui sera notre objectif en vue de 2017.

Nous vous avions quittés sur ce quart de finale historique à Minsk. Les attentes sont logiquement fortes pour Prague 2015. Pensez-vous pouvoir faire aussi bien, dans une année non-olympique (donc avec des effectifs adverses comportant moins de jeunes a priori) ?

Il y a des risques chaque année. Il suffit de regarder la Suisse, la Slovaquie ou la Biélorussie, capables de réaliser une grande performance une année et de lutter pour le maintien la suivante. Il faut être performant chaque année et ce n'est pas simple car le niveau se resserre. Réussir quatre victoires dans un mondial est une tâche difficile. Il faut sortir du très bon hockey, comme nous l'avons fait cette année. À Prague, nous serons certainement plus attendus par les autres équipes, le public et les médias.

Nous ne sommes pas sûrs d'aligner le même effectif, mais c'est notre quotidien. En 2013, nous étions privés de Baptiste Amar, cette année de Sacha Treille et Kevin Hecquefeuille.

Dans tous les cas, nous ne sommes jamais à l'abri d'une contre-performance. Cette année, nous réalisons notre meilleure performance, mais perdons contre l'Italie et c'était la première fois que l'on perdait contre une nation moins bien classée que nous. Le niveau se resserre beaucoup.

La rançon du succès, c'est aussi des joueurs internationaux plus demandés. Que vous inspire le départ de Pierre-Edouard Bellemare à Philadelphie ? Le nouveau contrat de 4 ans d'Antoine Roussel ?

bellemare pi-ed 140511 FRAITAC'est une bonne nouvelle car cela donne un coup de projecteur sur ces joueurs formés en France. Ils atteignent leur rêve, et pour cela ils s'en sont donnés les moyens. Pierre-Edouard a été un joueur majeur en France avant de tout remettre à zéro en deuxième division suédoise, puis en élite. Cette arrivée en NHL répond à une certaine logique, une consécration. Antoine a été formé en France, puis au Québec et a travaillé dur pour obtenir ce contrat.

Avoir deux joueurs dans la ligue nationale, ce n'est pas habituel pour la France, mais ce sont des ambassadeurs. Avec Stéphane Da Costa dans un club prestigieux de KHL, cela permettra peut-être de convaincre les recruteurs de voir ce qui se passe chez nous.

Nous avons toujours le souci du manque de compétitivité du championnat, surtout par le manque de matchs, mais cela progresse.

Il y a le risques que ces joueurs ne soient pas au Mondial, mais il y a surtout beaucoup de fierté.

fracan ritzIl y aura aussi de nouveaux Bleus de l'étranger : Stéphane Da Costa au CSKA Moscou, mais aussi Florian Hardy en Allemagne (Red Bull Munich) et Ronan Quémener en Finlande (Jukurit Mikeli, D2). Cela va compliquer le suivi et la préparation ?

Et Nicolas Ritz également. Nous avions seize ou dix-sept joueurs à l'étranger il y a deux ans, un peu moins la saison dernière, peut-être un peu plus cette année. Pour Hardy et Quéméner, c'était le moment, de même que pour Nicolas Ritz. Ils ont été dominants en Ligue Magnus, depuis deux ou trois ans. C'est une difficulté peut-être, mais ce sont des départs dans de bonnes conditions. Cela fait du bien de jouer à l'étranger, c'est une remise en question, d'autres habitudes de travail. C'est tout bénéfice pour l'équipe de France.

C'est un peu dommage que nos gardiens n'aient pas été remplacés par des gardiens français, mais il y a aussi une forme de rééquilibrage en Magnus, après une saison où nous avons compté beaucoup de gardiens français en élite.

Justement, côté relève dans les cages, le stage U23 accueille Antoine Bonvalot, Clément Fouquerel et Sebastian Ylönen...

Oui, ce sont trois jeunes gardiens qui ont été ciblés et seront suivis toute l'année par l'entraîneur des gardiens, Sébastien Beaulieu. Hardy et Quéméner ont bénéficié de ce suivi ces dernières années, ils seront un peu moins suivis, à distance, cette année. Les trois jeunes constituent notre relève. Ce sont des gardiens en devenir, qui se sont plus ou moins imposés dans leurs clubs. Ylönen est titulaire en D1 à Bordeaux, et on espère que Bordeaux montera pour qu'il puisse se confronter à un niveau supérieur. Fouquerel est titulaire à Chamonix... Ce stage d'été va les confronter au jeu international. S'imposer comme gardien de l'équipe de France est long et difficile. Il faut de la patience et de la persévérance, et nous espérons qu'ils puissent saisir leur chance et mettre en avant ces qualités.

L'actualité chaude, c'est donc ce stage du 28 juillet au 9 août en République tchèque, avec cette tournée à Ostrava. Quels sont vos objectifs avec ces six matchs ?

Notre but dans ce stage est de faire le maximum de matchs. Avant, nous avions quatre matchs, cette année six et notre but à terme est d'en faire sept ou huit. Nous affrontons des clubs de l'élite tchèque, slovaque et polonaise.

Les joueurs seront confrontés à une adversité plus forte, mais surtout à l'enchaînement des matchs. C'est surtout l'objectif. Avoir comme aux championnats du monde une série longue, avec la répétition des performances sur sept matchs. Être capable d'apporter à l'équipe tout au long du Mondial est indispensable en A. Ce stage est donc une mise en conditions sur la durée, avec peu de récupération.

Nous avons convoqué des joueurs souvent sortis des U20, mais pas forcément prêts à évoluer en A.

Les quelques joueurs qui ont connu un Mondial devront jouer un rôle de leader ?

Nous n'aurons pas Nicolas Ritz, qui est retenu par son nouveau club. Mais ce sera intéressant de voir comment tous ces joueurs se comportent avec des joueurs de leur âge, qu'ils ont côtoyé en U18 ou U20. Pour certains, cela leur permettra de voir les paliers qu'il leur reste à franchir vers le niveau international A et les poussera au même niveau et au même engagement. Pour les autres, cela leur montrera que rien n'est acquis et que la concurrence existe.

frasvk rousselAvec la retraite internationale de Baptiste Amar et Luc Tardif Jr, il y a des places à prendre. Quels conseils donneriez-vous aux jeunes espoirs français sélectionnés dans cette équipe A' ?

Il y a toujours des places à prendre. Chaque année, un ou deux nouveaux jeunes intègrent l'équipe de France A. Nous avons réuni les joueurs hier [jeudi] à Chamonix pour leur transmettre ce message, ils sont l'avenir du hockey français. Nous avons insisté sur les raisons de notre succès : le travail et le coeur sur la glace, cette capacité à renverser les montagnes. Laurent Meunier et Antoine Roussel sont des joueurs emblématiques dans cet esprit. Roussel n'a jamais été le plus talentueux de son équipe, mais toujours le plus travailleur, celui qui témoignait de la plus grande volonté. Il n'hésite pas à se mettre dans les zones de guerre et c'est cela qui l'a amené à la NHL et à ce contrat de quatre ans. Notre message à ces U23 a donc été : "Regardez comment il joue, comment il se déplace, le travail et l'envie qu'il montre".

Impossible d'évoquer cette tournée sans parler de Tim Bozon...

Il ne figurait pas sur la liste au départ. Nous avons vu qu'il se sentait prêt, et nous avons pris toutes les précautions. Nous avons demandé un avis médical, eu le feu vert du Canadien de Montréal. Une fois ces deux accords pris, nous l'avons fait venir. Nous ne lui mettrons aucune pression. Nous allons voir comment il va se comporter. Je suis sûr qu'il est sur le chemin du retour et sur le chemin de son objectif, qui est de jouer professionnel au Canada. Il vit là une nouvelle étape et c'est une très bonne nouvelle. Sans précipiter les choses, il aura là un stage sans grande pression médiatique pour voir où il en est. C'est un grand espoir du hockey français.

Dix ans à la tête des Bleus, aucune lassitude ?

Non, car le groupe a été beaucoup renouvelé. Il reste quelques leaders qui sont là depuis le début. Mais il n'y a jamais vraiment eu de routine avec ce groupe, qui nous surprend toujours. Tant que nous progressons, il n'y a pas de lassitude. Nous sommes déterminés à voir jusqu'où nous pouvons aller. Et nous ne voulions pas partir avant d'avoir qualifié ce groupe aux Jeux olympiques, qui restent un rêve. L'objectif reste le championnat du Monde, avec l'envie de continuer à progresser. Nous ne ferons peut-être pas le quart de finale tous les ans, mais nous sommes sûrs que ce groupe peut encore nous surprendre.