Briançon - Villach (CHL 2014/15, groupe C, 1re journée)

Après plusieurs années de palabres, une Ligue des Champions a enfin été re-créée en Europe. Mieux encore, la France a été conviée à la table des grands. Mais l'évènement survient au moment où l'habituel club dynastique Rouen a cédé son titre, et où un champion inédit a été sacré avec les Diables rouges de Briançon. Cela n'est pas sans rappeler ce qui s'était passé en 1997/98 : alors que le hockey français avait été habitué à être représenté sur la scène continentale par les exploits des Dragons, le harakiri du champion Brest avait envoyé en EHL le vice-champion Amiens, qui avait subi de douloureuses humiliations.

VSVLes Briançonnais partagent avec les Gothiques de l'époque leur complète virginité en compétitions européennes. Et des Diables vierges, c'est un peu comme des anges débauchés : une espèce tellement rare qu'on ne sait pas quoi en attendre. Il est important de bien négocier ce match, car le premier adversaire est aussi le plus prenable. Villach n'a plus leur prolifique duo de la saison passée (Derek Ryan a été repéré par le club suédois d'Örebro et Ryan Hughes avait été viré dès les play-offs en arrivant bourré à l'entraînement) mais compte quand même six attaquants canadiens dont cinq passés par l'AHL.

Rentrer aussi tôt en août prend tout le monde de court, même le public qui ne remplit pas encore la patinoire. Briançon ne compte qu'un seul match de préparation contre Lyon, et sans faire injure au promu de Ligue Magnus, il ne constitue pas une référence européenne. Villach a joué deux rencontres (une victoire et une défaite) contre le club de deuxième division allemande de Rosenheim. La coïncidence est amusante car la ville bavaroise de Rosenheim est jumelée avec... Briançon.

Ce lancement officiel de la saison est aussi le premier match avec les nouvelles règles internationales. On découvre donc la zone neutre rétrécie et les zones offensives agrandies. Conséquence prévue et prévisible, les équipes en infériorité numérique ne vont plus presser car la distance à parcourir est plus grande. On le constate sur la première pénalité autrichienne, un coup de coude de Brock McBride. Dave Labrecque a tout le temps de décocher un tir en haut du cercle droit pendant que ses coéquipiers font des écrans (1-0). Labrecque fait ainsi son honneur à son maillot spécial de "top-scorer" de l'équipe (établi bien sûr sur les stats de l'an dernier), un petit gadget de cette CHL.

La seconde occasion offensive de Briançon provoque un rebond chaud et une seconde pénalité. Elle est gâchée par une obstruction de Bernier trop lent dans la transmission du palet derrière sa cage : l'avantage numérique se renverse et les Briançonnais sont réduits à 4, voire trois et demi car Kevin Igier a perdu sa crosse et doit attendre trente secondes avant qu'un attaquant lui cède la sienne. En fin de tiers, les Diables rouges vont vraiment jouer à trois après une sévère sanction contre Tarantino qui a touché le gardien, puis une faute de Szelig, mais le danger est vite écarté par une faute autrichienne en zone offensive, déjà la seconde dans ce cas.

Dans l'ensemble, le champion de France a donc contrôlé la situation dans cette première période hachée. Prudent et bien replié, il n'a aucune raison de jouer très haut après avoir vite ouvert le score. C'est aux Autrichiens de réagir, mais ils n'arrivent pas vraiment à passer la vitesse supérieure.

Après avoir jaugé leurs adversaires et constaté qu'ils n'avaient rien d'exceptionnel, les Briançonnais rentrent des vestiaires avec plus d'allant offensif. Ils se montrent même supérieurs techniquement : Labrecque dribble Waugh, puis Ankerst déshabille Santorelli. Il ne manque que la finition. Pierre-Antoine Devin part à deux contre un, choisit le tir mais le croise un peu trop. Le jeu s'est accéléré des deux côtés et les Autrichiens ont aussi leurs occasions après la mi-match. On croit bien Briançon récompensé d'un deuxième but. Le pokecheck de Jean-Philippe Lamoureux contre Ian McDonald qui se présentait seul face à lui, Dave Labrecque pousse alors la rondelle au fond des filets par un contre favorable sur le corps dans une action confuse : l'arbitre fait appel à la vidéo et refuse le but pour un palet joué à la main. Le 1-0 est gentil pour Villach...

JensenJimmyLa dynamique reste briançonnaise au troisième tiers-temps. La deuxième ligne amène une action chaude, mais Kévin Igier est sanctionné en allant venger Ankerst qui a pris une charge douteuse dans le dos en jouant le rebond. Jimmy Jensen s'échappe cependant pendant l'infériorité numérique et se fait accrocher par le défenseur slovène Klemen Pretnar : tir de pénalité. Le lancer à bout portant du Suédois est néanmoins repoussé par le gardien américain Jean-Philippe Lamoureux (46'57"). Sur sa présence suivante, Jensen reste remuant et provoque une nouvelle faute du défenseur canado-croate Geoff Waugh. Pendant les deux minutes de pénalité, Lamoureux multiplie les arrêts de qualité.

Le jeu de Briançon est propre et discipline, mais la première grosse erreur est fatale : Jaka Ankerst rend le palet à l'adversaire en zone défensive, et la sanction est immédiate avec l'égalisation de John Lammers (1-1, 51'56"). À moins de trois minutes de la fin, Villach profite d'un changement de lignes : Mark Santorelli cherche le palet en fond de zone et remet en retrait dans l'enclave pour la conclusion de Brook McBride (1-2, 57'27").

Cruel, très cruel dénouement, pour une équipe briançonnaise qui aurait mérité bien mieux. Cette première soirée de Ligue des Champions est dure envers les "petits" qui ont frôlé la victoire. Les Danois de SønderjyskE ont mené 3-0 en première période contre le HIFK mais ont été finalements battus aux tirs au but par les Finlandais. Eux, au moins, ont un point au compteur. Les Diables rouges ne sont pas abri du zéro, même si ils n'ont vraiment pas à rougir de la comparaison face aux Autrichiens.

Dans un match qui a mis du temps à démarrer, reflétant des équipes encore en rodage en cette période estivale, on a vu un champion de France solide, et c'est peut-être l'essentiel. Cette Ligue des Champions permet à Briançon de grandir, structurellement tout d'abord puisqu'il a fallu s'adapter aux exigences d'une organisation de haut niveau (il faudra penser à des numéros de maillot visibles à la télévision, ce qui n'est pas le cas du noir sur rouge), sportivement ensuite.

Cette première journée a prouvé que, comme aux championnats du monde, le niveau s'est aussi resserré d'un pays à l'autre dans le hockey de clubs, depuis l'époque où Amiens encaissait des cartons en EHL, la dernière compétition européenne à la participation aussi ouverte. Les grandes nations ne peuvent plus snober les petites, mais elles veulent faire valoir leur rang. Frölunda, battu ce soir à Genève (4-3), débarque samedi dans les Hautes-Alpes, et il faudra que les hommes d'Edo Terglav élèvent encore leur niveau pour rivaliser.

 

Briançon - Villach 1-2 (1-0, 0-0, 0-2)
Jeudi 21 août 2014 à 19h45 à la patinoire René-Froger.
Pénalités : Briançon 12' (8', 0', 4'), Villach 16' (8', 4', 4').

Évolution du score :
1-0 à 04'15" : Labrecque assisté de Raux et Gagnon (sup. num.)
1-1 à 51'56" : Lammers assisté de Waugh et Hunter
1-2 à 57'27" : McBride assisté de Santorelli et Fortier


Briançon

Gardien : Shane Madolora.

Défenseurs : Florian Chakiachvili - Mathieu Gagnon ; Kevin Igier (-2, 2') - Cory Pritz (-2) ; Viktor Szelig (2') - Cédric Custosse.

Attaquants : Ian McDonald - Dave Labrecque - Marc-André Bernier (2') ; Jimmy Jensen (-2) - Damien Raux (-2) - Jaka Ankerst (-2) ; Lionel Tarantino (4') - Norbert Abramov - Pierre-Antoine Devin (2') ; Cédric Di Dio Balsamo.

Remplaçants : Antoine Bonvalot (G), Thibaut Farina, Guillaume Michelon, Gasper Cerkovnik, Kevin Hamon.

Villach

Gardien : Jean-Philippe Lamoureux.

Défenseurs : Cole Jarrett (+1) - Gerhard Unterluggauer (+1, 2') ; Mario Altmann (+1) - Klemen Pretnar ; Geoff Waugh (4') - Stefan Bacher (+1, 2').

Attaquants : François Fortier (+1) - Brock McBride (+1, 4') - John Santorelli (+1) ; John Lammers (+1, 2') - Eric Hunter (+1) - Benjamin Petrik (+1, 2') ; Daniel Nageler - Sean Ringrose - Patrick Platzer.

Remplaçants : Thomas Honeckl (G), Nico Brunner, Philip Siutz, Adis Alagic, Ruslan Gelfanov, Valentin Leiler.