Un palet dans la mare (4) : Martel

(Les questions de la ligue Magnus 2014/2015) 

Qui sera le premier habillé pour l'hiver par Richard Martel ? 

MARTELrichard-rdsRien, vraiment rien ne prédisposait Richard Martel à venir entraîner en France, lui le Grand Manitou de la brûlante LHJMQ. Lorsque son avisé dépisteur, Pierre Parent, lui a conseillé Antoine Roussel, sa réplique a été sans équivoque : « un Français dans la LHJMQ, on n'a jamais vu ça ». (Depuis, grâce à la ténacité de Pierre Parent, Antoine Roussel a convaincu Martel, et ce dernier admet l'existence du hockey français.) Martel est présenté comme ça, émotif, emporté dans le désaccord et la game, nature et manichéen. Il se présentait lui-même comme « explosif » !

L'habile gesticulateur dégingandé, Richard Martel, est tout un personnage, toute une figure du hockey junior québécois. Très compétent, le nouveau coach grenoblois a passé 17 saisons quasiment [il ne s'est arrêté que 7 mois] de suite en tant que Head, dans cinq formations différentes. Dans chacune d'entre elles, il a allongé son bail, jusqu'à diriger pendant 8 années les « Sags ». Sa réputation sulfureuse, qui n'a pas fait peur aux Brûleurs de Loups, naît lorsqu'il entraîne le Drakkar de La Baie-Comeau (de 1998 à 2003). Lors d'un match contre Halifax, il y a eu trois bagarres générales, (au terme desquelles une douzaine de joueurs seront exclus) et où Martel a encouragé son gardien titulaire à se joindre à la première mêlée. Celui-ci a refusé, mais a perdu sa place lorsque le jeu a repris. Puis, son remplaçant s'est fait démonter par le gardien adverse lors des suivantes rixes collectives. O'Keefe et Darier sont prévenus...

Sa renommée, il la doit aussi parce que tout au long de sa carrière, il a poli entre ses mains des diamants bruts comme Félix Potvin, Marc-André Bergeron, Steve Begin, Roberto Luongo, David Desharnais et donc Antoine Roussel. C'est tout bon pour Jordann Perret, ça ?

Là où il passe, il créait des rivalités telles que les patinoires se remplissaient de spectateurs. Des affluences très importantes financièrement dans une LHJMQ exsangue de mannes financières. Cela n'a pas dû échapper à Madame la présidente de la SASP GMH38.

Richard Martel devient un DG dominant. 17 ans de (très) bons services, alors il use son politiquement correct, parle franc et s'autorise des écarts de langage. Il critique ouvertement l'arbitrage. Il souffle sur la braise avec des déclarations parfois n'ont dénuées d'humour corrosif. « La punition pour le gardien remplaçant [adverse], ce n'était pas de le suspendre mais de l'obliger à jouer !». Agacé, parce qu'il préfère s'occuper de ses équipes plutôt que d'autre chose, et impertinent, à propos de Sidney Crosby : « C'est qui ce gars-là, c'est qui ? Je ne sais même pas quel numéro il a ! »

Pour le Dauphiné libéré, il sera un bon client, car il s'est forgé une image haute en couleur, très expressive, le jeu dans le sang. Il fait le show, monté en équilibre sur la bande pour vociférer contre tout ce qui se met sur le passage de son équipe. Il attire les projecteurs de la très observée LHJMQ. Inconvenant, après un match raté de son équipe, il ouvre les vestiaires de ces joueurs, sous leurs douches, aux caméras de télévision – L'Équipe21 va en raffoler – pour que ses poulains s'expliquent aussi dans la défaite et pas seulement quand ça rigole. C'est un spectacle à lui tout seul. Mais chacun pourrait en prendre pour son grade à Grenoble, ou pas.

C'est là que s'amène Patrick Roy pour coacher les Remparts, ennemis traditionnels des Saguenéens de Chicoutimi, pour empiéter sur tout ou partie de la scène junior québécoise et qui déchaîne les passions. Les deux hommes, par l'intermédiaire de leurs équipes, se livrent une lutte sans merci. Tout dégénère en 2008 pendant un match de série éliminatoire. Après une bagarre générale, les suspensions pleuvent et la ministre des sports met en œuvre un comité pour que les bagarres cessent en junior. En 2009, rebelote, la tension est palpable entre Roy et Martel après une bagarre controversée.

En 2010, si Richard Martel bat le record du nombre de matches gagnés en tant que coach dans la ligue junior majeur du Québec (570), il est encore au centre d'un fait de bagarre. Beaucoup demandent sa suspension. Il est considéré parfois comme un « sale mec ». Et son contradicteur, le dieu vivant de la belle province, le rabaisse assez puérilement. Roy lui demande de coacher pendant le match et non après. Lui demande de montrer ses bagues de vainqueur de la coupe Stanley... Écouté au Québec comme un gourou, ces gamineries font que Richard Martel est critiqué. Parce qu'il n'a jamais gagné de trophée collectif (Il y en a d'autre(s) à Grenoble qui vont se tenir debout à côté de lui, non ?) malgré son record de victoires qui augmente (589 au total). Malgré trois demi-finales disputées et deux titres de meilleur entraîneur, la coupe Mémorial lui échappe. Pour des motifs tactiques, diront certains de ses détracteurs. Il tutoie parfois le ridicule car beaucoup de ses arrogantes déclarations lui reviennent à la figure. En 2011, c'est un tremblement de terre pour la LHJMQ lorsqu'il est congédié en pleine saison, victime d'un « coup d'état » de la part de Guy Carbonneau.

Toujours capable d'auto-critique, il indiquera qu'il n'était pas au sommet de son art lors de son éviction et ne réglera pas ses comptes.

Aujourd'hui encore, trois ans après, lorsqu'il faut choisir un DG ou un entraîneur en LHJMQ, Richard Martel est toujours sur en haut de la liste des prédicteurs. Mais il se sent bien en Suède à Visby Roma où il se ressource et s'apaise. Il apprécie d'apercevoir la mer Baltique de la fenêtre de son logement (il aura de quoi faire avec La Chartreuse, le Vercors...), et il conduit l'équipe deux fois de suite en finale des play-offs de Division 1 (3e niveau national). Sans la remporter et sans accéder au tour de promotion/relégation.

Il y a beaucoup de retours élogieux sur Richard Martel, notamment quasiment de tous les joueurs ayant évolué en NHL après l'avoir côtoyé. Antoine Roussel le premier. « C'est sûr que Richard a eu une empreinte dominante sur ma façon de jouer et sur ma façon de penser le hockey ». Ou d'autres échanges de joueurs moins illustres : « C'est un excellent entraîneur aux méthodes peu orthodoxes. C'est un coach très intense. Il est très respectueux des arbitres. Il pose les bonnes questions et veut les bonnes réponses lors de ses têtes à têtes. Lors d'un match ordinaire, il peut brasser les joueurs, c'est normal, il veut gagner », dit de lui l'ancien Spinalien Boisclair. « Les équipes de Richard Martel sont de gros défis car avec Benoît Groulx, c'est l'un des meilleurs entraîneurs de banc. », le complimente un de ses confrères, André Tourigny (assistant coach de Roy à l'Avalanche de Colorado).

Richard Martel a changé, gagné en maturité, mais ses fondamentaux sont bien ancrés. En 2010, il expliquait que sa méthode reposait sur ce qu'il est : un « entraîneur d'intensité et de travail acharné ». « Toute la saison je parle à mes joueurs de travail acharné et de dévouement ». En Suède, il a demandé à ses joueurs : qu'ils « travaillent toujours plus fort et livrent un spectacle excitant à leurs partisans ». Même apaisé et assagi, il y a des choses qui ne changent pas ! On espère le contraire à Grenoble, que les Brûleurs de Loups gagnent.