Un palet dans la mare (5) : Gap/Briançon

(Les questions de la ligue Magnus 2014/2015)

Gap va-t-il finir devant Briançon ?

L'enjeu entre le hockey des hauteurs et celui des plaines, symbolisé par des Grenoble-Amiens, n'est plus qu'un cliché (NB : il a existé une coupe critérium qui opposait une équipe montagnarde à une des champs). Les croustillants Dragons contrent Gothiques meurent à petit feu dans le tout-venant des rencontres de Magnus. Les communautés franchouillardes très opposées aux pro-canucks ont mis de l'eau dans leur vinaigre. Les sorties de route des bref essaims de Tours et de Mulhouse laissent respectivement Angers et Strasbourg sans challengers régionaux... Mais il survit dans un recoin de France une rivalité irréductible. Cela ne pouvait pas survenir bien loin de Marseille, juste au-dessus, dans le Dauphiné exactement.

Ha ! Gap et son complice Briançon, frères ennemis depuis 77 ans ! Le club de Briançon, c'est l'aîné des deux frérots. Il naît en premier, en 1934. À 85km de là, trois ans plus tard, Gap met au monde son organisation. Quand la légendaire "La Blache" se dote d'une glace artificielle en 1961, René Froger ouvre fin 68 ! Gap, conseillé par la fédération, a une longueur d'avance, monte en puissance, mute et demeure durant trente ans une équipe mythique du championnat de France. Grâce, entre autres, à la grande ferveur d'un public de connaisseurs et de "La Blache", sa patinoire ouverte aux courants d'air, construite autour d'un cèdre. Les arboricoles seront champions en 1977 et 1978, pendant que Briançon descend en Nationale B. Dans les années Top 50, les p'tits loups, Gap et Briançon se tirent la bourre en Elite. Mais Gap reste devant car Briançon manque une fusillade et le titre de 1988. Gap ne surenchérit pas à une situation financière passionnément dangereuse et déclare forfait en mettant fin au professionnalisme en 1989. Briançon ne résiste pas à la ligue fermée et suivra en 1992.

Depuis, le hockey haut-alpin se refait une santé. C'est Briançon qui s'en remet nettement mieux. Interne ininterrompu de l'Elite depuis 14 ans. Les Diables Rouges jouent les play-offs sans discontinuer depuis une décennie et raflent le dernier titre de champion de France. En matière de hockey du XXIe siècle, Gap c'est la banlieue de Briançon. Gap qui fantasmait sur sa légende, quand il n'était pas en Division 1, et qui, à l'exception d'une saison, est resté loin derrière le sempiternel rival.

Mais Gap a fait table rase, de son mythe, de l'antique "La Blache", en se dotant d'un outil de travail splendide et moderne, l'Alp Aréna. Et puis, Luciano Basile, celui qui a fait de Briançon la capitale du hockey dauphinois, puis du hockey français, arrive sur les bords de la Luye. Un petit pas pour l'Italo-Canadien, un grand pas pour le hockey gapençais qui est toujours monté d'un niveau avec ses équipements conjugués à la présence d'un homme fort à la tête du sportif. La glace artificielle et Camille Gélinas gagnent le premier titre des Rapaces (junior). La couverture de la piste et Zdenek Blaha gagnent deux titres de champion. L'Alp Aréna et Luciano Basile, c'est l'entame d'un irréversible inversement des trajectoires.