Épinal - Ajoie (match de préparation)

Soir de première(s) à Poissompré

Après plusieurs semaines d'exil forcé, les hockeyeurs spinaliens ont (enfin !) repris possession de Poissompré. Une "rentrée des glaces" placée sous le signe de la nouveauté : le vent du changement ayant soufflé cet été, tournant la page des Dauphins pour ouvrir un énième chapitre de l'histoire du hockey spinalien. Une ère de succès, comme l'espèrent des dirigeants vosgiens désireux d'hisser haut l'ICE... et de voir leur club remporter un titre dans les six ans, fort du soutien financier d'un nouveau partenaire très particulier !

PETRAKPour nourrir de telles ambitions, il a donc fallu recourir à un procédé relativement courant à l'étranger, mais très peu répandu dans nos contrées. Aussi fallut-il se faire à l'idée qu'un studio de jeu vidéo s'associe à l'ICE pour engendrer le tout premier naming du hockey français, officialisé quelques semaines plus tôt lors d'une grande soirée ayant non seulement dévoilé le projet, mais aussi (et surtout) révélé les nouvelles couleurs, le nouveau logo et le nouveau maillot des GamYo.

Si l'indisponibilité prolongée de Poissompré eut raison des venues de Lyon et La Chaux-de-Fonds (initialement prévues jeudi et vendredi dernier), elle n'aura pas empêché ces GamYo couleur tango d'affronter le HCC. Mais défier, sur ses terres, une grosse cylindrée de LNB (déterminée, de surcroît, à laver l'affront subi deux ans plus tôt à Poissompré), s'avéra trop corsé pour les nouveaux coéquipiers d'Alain Goulet, loin d'être surclassés... mais tout de même défaits à l'arrivée !

Les GamYo étaient censés rallier Lyon dans la foulée. Mais rien se passant décidément comme prévu, des problèmes techniques survenus à Charlemagne ont entraîné l'annulation de leur cinquième match de préparation, qui aurait peut-être pu leur permettre de remporter une première victoire sous leur nouvelle appellation. À la défaite (2-5) ramenée d'Helvétie s'ajoutant les trois revers subis au tournoi de Vaujany, où quelques supporters spinaliens s'étaient déplacés. Trop impatients d'attendre la grande première de leurs protégés à Poissompré, où nombre de passionnés se languissaient de retourner. Des retrouvailles longtemps différées, mais très appréciées d'un public scrutant attentivement les nouveaux arrivants (les Baazzi, Kara, Moisand, Goulet, Ograjenšek, Beron, Le Blond et autres Valier)... tout en gardant un œil sur le banc, où le légendaire Philippe Bozon vit sa première expérience à la tête d'un club français !

Reste à voir si les boys du Boz' feront aussi bien les Ducs de Dijon, sortis vainqueurs de leur double-confrontation avec cette jeune troupe jurassienne appelée à jouer les "poils à gratter" en LNB. Un HCA porté par son prolifique duo étranger (les BARBEROCanadiens Thomas Beauregard et Keven Cloutier) et ses cadres emblématiques rompus aux joutes du paysage hockéyistique helvétique. Du défenseur Jordane Hauert au pointeur Steven Barras qui, flanqué de James Desmarais et Stéphane Roy, porta si souvent l'attaque d'Ajoie à bout de bras.

Seulement voilà, ni Steven Barras, ni Manuel Zigerli (qui, lorsqu'il n'est pas blessé, est l'un des tous meilleurs attaquants de LNB), ne sont de la partie, eux qui furent pourtant des deux dernières victoires du HCA, vainqueur des Allemands de Bietigheim (DEL 2) mercredi à Porrentruy (5-4) avant de réussir l'exploit d'aller battre Langnau sur ses terres (3-1).

Une vraie performance tant les SCL Tigers (où figurent un certain Kevin Hecquefeuille) paraissent taillés pour jouer les premiers rôles en LNB, dans cette deuxième division suisse qu'Ajoie prend le risque d'aborder avec deux jeunes gardiens aussi talentueux qu'inexpérimentés. Sandro Zaugg (20 ans) et le très prometteur Sascha Rochow (19 ans), sur qui Gary Sheehan fonde de très gros espoirs. Il faut dire que Rochow fit merveille l'an passé en contribuant largement au sacre des juniors-élite bernois (face à Lugano), remportant au passage son duel à distance avec Elvis Merzļikins (sûrement le prochain grand gardien letton).

Prônant l'alternance entre ses portiers, Gary Sheehan a cette fois choisi de reconduire Sandro Zaugg. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'Emmentalois va pleinement justifier la confiance accordée par l'ex-entraîneur chaux-de-fonnier, venu dans les Vosges avec sa toute dernière recrue, Rolf Portmann (sans club depuis la faillite de Bâle), qu'il affecte à son quatrième trio. Timothée Tuffet remplaçant Manuel Zigerli au-côté de Thomas Beauregard et d'un Keven Cloutier se montrant très rapidement menaçant. Une récupération du capitaine ajoulot, suivie d'un tir en coin (00'21"), posant les jalons d'une séquence finalisée par un tir à bout portant de Tuffet (00'29"), bien détourné par Hočevar.

Période propice à toutes les expérimentations, la pré-saison voit Philippe Bozon tester toutes sortes d'associations (notamment défensivement, où aucune paire n'est encore actée). Pas question, évidemment, de toucher à l'indémodable duo Plch-Petrák (de nouveau complété par Kuralt), ni même à cette ligne Valier-Hordelalay-Kara donnant pleine satisfaction dans les deux sens du glaçon. Ce trio est d'ailleurs le premier, côté spinalien, à avoir créé le danger en territoire jurassien, d'un débordement de Peter Valier (01'39") suivi d'un bon lancer signé du nouveau capitaine Maxime Ouimet (01'48").

Mais ne nous y trompons pas, c'est bien la quatrième ligne d'Ajoie qui va trouver le chemin des filets sur une entrée en zone de Stanislav Horanský, jeune slovaque prêté par Bienne (et jouant sous licence suisse). Une action débouchant sur une lointaine tentative de David Erard, dont le tir flottant (et légèrement dévié) filera par-dessus la mitaine d'Andrej Hočevar (0-1 à 03'25").

HOCEAVRFort d'un degré de préparation plus avancé, le HC Ajoie asseoit sa domination sous l'impulsion d'un Keven Cloutier déchaîné qui aura, ce soir, régulièrement pris le meilleur sur ses défenseurs. Bien lancé par Tuffet, le remuant québécois verra néanmoins sa tentative repoussée (03'55"), puis son centre échapper au premier nommé (04'08"). Mais surtout Cloutier, totalement démarqué dans la zone de vérité, ratera la cible à bout portant (04'21"), sur l'excellent service d'un Beauregard parvenu à récupérer, derrière la cage, un palet qu'Aziz Baazzi avait malencontreusement laisser filer. Le genre de mésaventure qui n'arrive pratiquement jamais au solide Alain Goulet, le nouveau taulier de l'arrière-garde spinalienne, monté aux avant-postes et parvenu à s'engouffrer dans une petite brèche... sans parvenir à faire trembler autre chose que le petit filet de Sandro Zaugg (05'31") !

Profitant d'un cinglage de Mike Vermeille (06'54") pour entrer en action, le jeu de puissance vosgien mettra de long instants à trouver la bonne carburation. De précieuses secondes sont perdues par Baazzi, coupable de ne pas avoir assez rapidement lâché le palet en zone neutre, pas rattrapées par un quatuor Beron-Petrák-Plch-Valier rentrant au banc sans avoir pu prendre le moindre lancer. La seconde escouade (réunissant Kuralt, Ograjenšek, Hordelalay ainsi que Moisand et Goulet) ne sera guère plus inspirée, aidant involontairement le HCA à tuer cette première pénalité.

N'allez pourtant pas imaginer que ces GamYo, un brin poussifs, soient totalement inoffensifs. Il s'en est même fallu de peu pour que Vincent Kara, bien lancé par Hordelalay, ne débloque son compteur sous ses nouvelles couleurs (10'48") et d'un petit rien pour que le revers excentré de Petrák n'aille se loger dans le haut du filet (11'10"). Et que dire de cette contre-attaque rondement menée par un Ján Plch combinant avec Anthony Rapenne pour décaler Michal Petrák à l'opposé (14e)...

La réussite, qui fuit les Vosgiens, sourie en revanche au gardien jurassien, solide de près comme de loin. Zaugg répondant présent en repoussant, un à un, tous les lancers dégainés par ces Spinaliens bénéficiant d'une nouvelle supériorité (après la deuxième incarcération de Vermeille, 13'15"). Pas vraiment inquiété par ce tir du poignet tenté par Michal Petrák (qui manquait de spontanéité, 14'05"), le cerbère formé à LangGOULETnau frustrera non seulement Vincent Kara (15e), mais aussi Grégory Beron en parant, du bouclier, son tir sur réception (15'02").

Si le powerplay ajoulot (né d'une charge illicite de Peter Valier, 15'53") cherchera la faille sans véritablement la trouver, celui des GamYo éprouvera, lui, les pires difficultés à se ré-installer, n'y parvenant que dans tous les derniers instants d'un premier tiers temps terminé en supériorité. Un dégagement inapproprié de Jordane Hauert (retard de jeu, 19'45") permettant même aux locaux de poursuivre sur leur lancée au retour des vestiaires. Non pas sur jeu placé, mais sur une transition bien orchestrée par Ken Ograjenšek qui, après avoir récupéré le palet dans sa zone, lancera Pierre-Charles Hordelalay en profondeur. L'ex-Rémois, lancé sur les rails d'un break-away, remisera dans son dos sur Kuralt, qui ne va pas manquer de remettre au second poteau, vers Ograjenšek. Un beau mouvement... mais là encore insuffisamment spontané, ce qui aura permis à Sandro Zaugg de se replacer pour fermer tout angle de tir au Slovène (20'34") !

Le manque d'automatismes et de répères est flagrant chez les Spinaliens, qui font souvent la passe de trop et peinent à transformer leurs bonnes intentions en belles actions. Mais ce collectif, encore balbutiant par moment, va se faire plus conquérant durant cet acte médian réduit, côté jurassien, à un enchaînement de pénalités. Une grosse charge de Cloutier (dans le dos d'Ouimet, 26'46"), suivie d'une crosse haute de l'inévitable Vermeille (occasionnant le saignement de Plch, 28'46"), offrant aux GamYo trois nouvelles supériorités.

Mais comme les boys du Boz', très perfectibles dans cet aspect du jeu (qu'ils travaillent d'ailleurs depuis peu), n'ont pas la gâchette facile, les hommes de Sheehan tueront ces pénalités sans concéder trop de lancers, ne laissant que des tirs ouverts ou trop excentrés (et jamais déviés, faute de présence dans le slot) s'avérant sans grand danger pour un gardien décidé à ne rien laisser passer. Le poteau est pourtant venu à la rescousse de Zaugg sur une tentative d'Ograjenšek (27'29"), avant qu'une passe contrée de Beron ne revienne sur Baazzi, dont le tir lointain sera bien bloqué par un gardien souverain (28'40").

De plus en plus consistants défensivement (à l'image d'un Baazzi laissant entrevoir d'excellentes possibilités ou d'un Goulet taille-patron, qui dégage une forte impression de sérénité et assure autant qu'il rassure dans ses interventions), les Spinaliens ont bel et bien pris le contrôle des opérations. Mais les Suisses, longtemps forcés de plus défendre qu'attaquer, entendent profiter de chaque opportunité.

Aussi Rolf Portmann parvient-il à s'échapper, sans pour autant résister au retour salvateur de Vincent Kara (30'27"). Stefan Mäder (35'02") et Stanislav Horanský (36'00") forcent quant à eux Andrej Hočevar à s'employer lors d'un temps fort abrégé par un retenir du défenseur Matthieu Tanner (36'07"). Les GamYo, sous pression, voient ainsi l'étreinte se desserrer... et leur gardien s'illustrer en repoussant, du gant, le break-away d'un Thibault Frossard ayant pris la tangente en infériorité (36'49") !

Pas encoreKURALT au meilleur de sa forme (comme bon nombre de ses coéquipiers), Anže Kuralt va finir par faire parler sa pointe de vitesse, grillant la politesse à Kevin Ryser et Miguel Orlando. Mais le Slovène, seul face au gardien, enlève trop son lancer (41'55"), imité peu après par un Michal Petrák à l'origine (et à la conclusion) d'une belle triangulation relayée par Ján Plch et Anže Kuralt. Le Tchèque, un poil trop court, ratant de peu la cage vide (45'29").

L'abatage d'un Yannick Offret se battant comme un mort de faim sur tous les palets et le culot d'Anthony Rapenne, remarquablement entreprenant, permettent au quatrième trio spinalien de parfaitement soutenir la comparaison avec son alter-ego ajoulot. De bon augure pour la suite des événements, surtout que les GamYo, qui se cherchent encore offensivement, ont trouvé le moyen de se procurer les meilleures occasions. Essentiellement en contre-attaques, domaine dans lequel Anže Kuralt excelle tout particulièrement. Mais l'international slovène, que l'on a connu plus inspiré, ratera l'égalisation en étant trop tardivement servi par Petrák (51'17"), puis en ratant sa reprise (malgré le "caviar" de Plch, 51'50").

Redoublant d'efforts pour égaliser, les Lorrains verront leur obstination récompensée : Ken Ograjenšek, à l'affût du rebond consécutif au slap d'Alain Goulet, ne ratant pas l'occasion d'arracher les prolongations (1-1 à 59'10"). Une mort-subite marquée par les ratés spinaliens en deux-contre-un (Plch à 60'42", puis Ograjenšek, sur une énième accélération de Valier, 61'44") et cette mitaine d'Hočevar à bout portant (face à Beauregard, tout près de profiter d'un palet mal dégagé, 61'27").

La victoire tardant à choisir son camp, c'est à la loterie des penalties que sera désigné le gagnant. Et à ce petit jeu, ce sont les GamYo qui auront le dernier mot. Ken Ograjenšek répondant à Timothée Tuffet en expédiant la rondelle sous la mitaine de Sandro Zaugg. Thomas Beauregard, parti s'enfermer en angle fermé, voyant ensuite Grégory Beron faire mouche, d'un tir sec à mi-hauteur. Le troisième et dernier tireur ajoulot, Keven Cloutier, ratant la cible pour sceller le tout premier succès de l'ère GamYo. Revanche samedi à Porrentruy...


Réactions d'après-match (dans Vosges Matin)
Philippe Bozon (entraîneur d'Épinal) : "Cela a été un peu mieux dans le jeu défensif car on n'a pas donné de surnombre, ni beaucoup d'occasions. Il y a eu des shoots sur le gardien mais ce n'était pas assez dangereux. A mon goût, on n'a pas mis encore assez de vitesse et d'intensité. On a eu des occasions mais on a trop cherché le jeu parfait. Il faut aussi que le jeu de puissance se développe."


Épinal - Ajoie 1-1 (0-1, 0-0, 1-0, 0-0) / 2-1 aux tirs aux buts.
Mardi 2 septembre à 19h00 à la patinoire de Poissompré. 500 spectateurs environ.
Arbitres : Damien Bliek assisté de David Courgeon et Sébastien Geoffroy.
Pénalités : Épinal 8' (2', 2', 4', 0') ; Ajoie 20' (8, 8', 4', 0').
Tirs : Épinal 25 (10, 8, 7, 0) ; Ajoie 29 (9, 7, 9, 4).

Évolution du score :
0-1 à 03'25" : Erard
1-1 à 59'50" : Ograjenšek assisté de Goulet

Tirs aux buts :
Épinal : Ograjenšek (réussi), Beron (réussi)
Ajoie : Tuffet (réussi), Beauregard (raté), Cloutier (raté)

Épinal

Gardien : Andrej Hočevar (sorti de sa cage à 59'03").

Défenseurs : Aziz Baazzi ; Gašper Sušanj ; Maxime Ouimet (C) ; Maxime Moisand ; Peter Slovák ; Alain Goulet ; Martin Charpentier.

Attaquants : Anže Kuralt - Michal Petrák - Ján Plch (A) ; Grégory Beron - Matthieu Le Blond - Ken Ograjenšek ; Peter Valier - Pierre-Charles Hordelalay - Vincent Kara ; Anthony Rapenne - Maxime Martin - Yannick Offret (A).

Remplaçant : Pierre Mauffrey (G). Absent : Nathan Ganz.

Ajoie

Gardien : Sandro Zaugg.

Défenseurs : Simon Barbero - Jordane Hauert (A) ; Miguel Orlando - Kevin Ryser ; Thomas Mettler - Mike Vermeille ; Matthieu Tanner - David Erard.

Attaquants : Timothé Tuffet - Keven Cloutier (C) - Thomas Beauregard ; Colin Loeffel - Thibault Frossard - Josh Primeau ; Reto Amstutz - Stefan Mäder (A) - Nicolas Leonelli ; Stanislav Horanský - Rolf Portmann - Jan Mosimann.

Remplaçant : Sascha Rochow (G). Absents : Steven Barras, Manuel Zigerli, Giacomo Casserini (infection au coude), Dario Kummer (déchirure partielle des ligaments de la cheville).