HC Košice – Bílí Tygři Liberec (CHL 2014/15, groupe A, 4e journée)

Comme toujours en prélude d'une confrontation avec un club tchèque, la presse slovaque spécialisée a évoqué toute la semaine dernière le « derby » à venir en CHL entre le champion national Košice et les Tigres blancs de Liberec. Sauf qu'avant le match aller, disputé jeudi (3-2 pour Liberec), jamais les deux équipes ne s'étaient rencontrées, que ce soit en compétition officielle ou en confrontation amicale ! Une façon détournée, en fait, de comparer le niveau des deux championnats, qui faisaient jadis un seul, et de mettre la pression avant une rencontre dont l'enjeu premier est de montrer aux grands frères tchèques qu'ici aussi on sait jouer au hockey.

Si le doute pouvait être permis avant le début du raout européen, il n'est cependant plus de rigueur à l'issue de la première moitié de la phase de poules. Certes, Košice n'a pas gagné un seul duel ni marqué le moindre point jusqu'ici, confirmant en termes de résultats la préparation estivale peu convaincante. Pourtant, il convient paradoxalement d'admettre que les Oceliari ont leur place dans la compétition, les prestations offertes à Cologne (2-1), contre le champion finlandais Oulu (1-2) ou récemment chez les Bílí Tygři, prouvant qu'il ne leur manque pas grand chose pour faire jeu égal avec les ténors continentaux. Il suffirait notamment d'améliorer un jeu de puissance guère exploité jusqu'ici malgré maintes opportunités.

Dans les rangs du HC Košice, deux éléments présents en Bohême du Nord ne font plus partie du groupe au moment où les deux formations recroisent le fer dans la Steel Aréna : la recrue offensive Marek Zagrapan et l'expérimenté défenseur tchèque Tomáš Klouček ont été priés de faire leurs valises à l'issue de la troisième défaite en Ligue des Champions, en raison de performances en-deçà des attentes. Dušan Pašek – quatre ans au service des Cassoviens et deux titres nationaux glanés – est lui aussi sur le départ ; l'attaquant met trop de temps pour revenir au top de sa forme après son opération des disques intervertébraux en février dernier.

Ces trois licenciements cachent difficilement un début d'impatience des dirigeants locaux qui visent toujours l'objectif de se qualifier pour le tour suivant. Cela passe impérativement par un succès face aux Tigres blancs, dont le parcours estival est presque identique au leur, à l'exception près qu'eux ont plutôt réussi leur entame de CHL. Tout comme le début de match...

Pénalisé rapidement contre Kärpät Oulu, Košice est de nouveau contraint d'évoluer très tôt en infériorité après deux fautes successives d'Adam Lapšanský puis Miroslav Macejko. C'est d'ailleurs sur ce second avantage numérique que Liberec trouve la faille : Tomáš Bulík, arrivé chez les Tchèques en cours de saison dernière en provenance de… Košice, tente sa chance dans le cercle droit et son tir termine dans la lucarne opposée après que la rondelle ait été déviée dans le trafic par le « Top Scorer » Michal Bulíř (0-1, 7'13).

Brouillons dans les transmissions et dépassés dans la glisse, les Oceliari ont beaucoup de mal à faire circuler le palet au-delà de la zone neutre. Ce retard à l'allumage s'estompe progressivement et on s'aperçoit alors que le gardien Ján Lašák, l'enfant du pays, est toujours aussi fébrile dans ses sorties, comme il l'avait déjà pu l'être en ouverture à domicile contre Oulu (remplacé par Marek Schwarz après quatre buts encaissés sur neuf tirs !). S'il contient la tentative de Lapšanský dans le slot, il ne maitrise pas pour autant le palet qui flirte avec la ligne de but, et heureusement que Martin Škoula est prompt à dégager devant la meute. Le jeu s'équilibre et la rondelle passe d'un camp à l'autre sans réelle occasion jusqu'à la première pause.

Les joueurs locaux s'imposent dans le deuxième acte. En avantage numérique (accrocher de Škoula), Lapšanský, très en vue ce soir, transforme l'aubaine dans le cercle droit (1-1, 23'43). Visiblement, Anton Tomko a travaillé le jeu de puissance à l'entraînement : alors que c'est Michal Plutnar qui purge cette fois-ci sa peine en prison, le même Lapšanský signe le doublé en reprenant au vol un palet qui venait de longer la ligne de but et que Tomáš Hrnka n'avait pu que faire ricocher sur l'épaule de Tomáš Voráček (2-1, 28'25). Košice fait non seulement un pied de nez à ses statistiques déplorables en power-play, mais mène aussi pour la première fois en CHL.

Il n'en fallait pas plus pour mettre les supporters en transe. Le kop des Steelers lance même une ola alors que l'on atteint à peine la demi-heure de jeu. Il est vrai que les ouailles de Pavel Hynek sont au plus mal ; ils enchaînent encore trois infériorités en l'espace de quatre minutes trente. Et c'est alors qu'ils sont dans les cordes que Košice lève sa garde. Il n'y a rien de bien dangereux sur cette relance en fond de zone que tente d'amorcer Adam Drgoň mais le défenseur cassovien tergiverse pourtant avant de passer à son collègue, se fait chiper le puck et accroche en voulant rattraper son erreur. À quatre contre quatre, le robuste Martin Bartek, complètement oublié derrière la cage, se replace tranquillement en haut du cercle droit puis remet les compteurs à zéro en se retournant vers Hylák (2-2, 34'12).

Les champions de Slovaquie viennent de se tirer une balle dans le pied. Ils s'attaquent désormais au second. Alors qu'ils bénéficient d'un septième avantage numérique offert par Bulíř, ils semblent perdre soudainement leurs repères et lorsque le fautif reprend sa place sur la glace, il profite de ce cafouillage pour reprendre tranquillement dans le slot et redonner les rênes de la partie à son équipe (2-3, 37'01).

Pas le temps pour le speaker d'énumérer les noms des pointeurs que Matej Češík conclut au poteau gauche l'excellent fore-checking de Milan Kolena (3-3, 37'22). On en reste coi ! Le match s'emballe par de grossiers manques de vigilance des deux défenses.

Le dernier acte vaut aussi son pesant de sensations fortes. En infériorité dès la reprise (tiens, encore !), Liberec se voit pourtant rater une énorme occasion lorsque Vít Jonák s'échappe en compagnie de Petr Kica, mais la reprise de ce dernier est bien trop molle pour surprendre Hylák. Celui-ci, titulaire pour la première fois cette saison en CHL, rend plutôt une belle copie. Un souci de patin (ou de jambière) l'oblige pour quelques secondes à céder sa place à Marcel Melicherčík, l'une des recrues de Košice achetées aux… « Tigres Blancs ». Ce fait reste anecdotique puisque Hylák reprend sa place dans la cage sans aucune conséquence.  

Košice a le vent en poupe et Liberec une inquiétante tendance à la faute. Un énième jeu de puissance permet aux Cassoviens de faire monter la pression chez Lašák, mis plusieurs fois à rude épreuve. Lapšanský trouve joliment Marek Bartánus dans le cercle droit mais celui-ci loupe le cadre pour quelques centimètres alors que le champion du monde 2002 était battu. Le capitaine Jan Výtisk, en fond de zone, accroche Kolena, lequel en rajoute une couche, et on en est quitte pour un nouveau 4 contre 4. Le précédent avait profité à Liberec ; c'est Košice cette fois-ci qui en tire les bénéfices. Gabriel Spilar perce dans l'axe, entraînant avec lui les deux défenseurs, puis décale sur la droite pour le vétéran Peter Bartoš (41 ans depuis la veille) qui prend tout son temps pour ajuster Lašák (4-3, 48'35). Dans la foulée, Richard Jenčík se retrouve seul dans l'enclave mais gère mal sa tentative, repoussée par le portier visiteur, qui contient également le revers de Bartánus sur le rebond.

Comme sur sa première prise de commandes, les Oceliari se compliquent la tâche alors que leur premier succès en Ligue des Champions se dessine. Ils jouent presque les sept dernières minutes en infériorité numérique, et ce sur des fautes commises trop bêtement. C'est d'abord Radek Philipp qui se troue royalement sur sa relance en envoyant le caoutchouc dans le public et écopant malheureusement d'un retard de jeu (53'23), avant que l'équipe ne soit sanctionnée pour surnombre (55'40) et qu'enfin le capitaine Martin Štrbák accroche maladroitement dans son coin droit (57'26) ! Liberec décide alors de sortir son gardien et joue quatorze secondes à six contre trois puis le reste contre quatre. Rien n'y fait. Košice préserve sa courte avance, non sans d'ultimes sueurs froides, et maintient ses espoirs de qualification. Prochaine escale : Oulu.

Réactions d'après-match (hckosice.sk)

Anton Tomko (entraîneur de Košice) : « Ce match a été diamétralement différent de celui joué à Liberec. On a été, comme notre adversaire d'ailleurs, plus en mouvement, le jeu s'en est trouvé plus rapide et les joueurs plus actifs. Celui qui est venu aujourd'hui à la Steel Aréna a assisté, selon moi, à du très bon hockey. On a eu beaucoup de joueurs sanctionnés ; d'un autre côté on a inscrit deux buts en supériorité. Lorsqu'on a pris les devants au score, on aurait dû tenir notre avantage plus longtemps mais Liberec est parvenu à retourner la situation en peu de temps. (…) On aurait pu avoir un écart de deux buts, dommage que l'on n'ait pas su transformer nos occasions, notamment celle de Richard Jenčík. En toute fin de rencontre, on a peut-être essayé tous nos systèmes de jeu en infériorité. Rien que pour la combativité affichée par les gars pendant ces longues minutes en infériorité, on a prouvé qu'on mérite la victoire.»

Pavel Hynek (entraîneur de Liberec) : « Je pense que les spectateurs ont vu une rencontre attractive. De notre point de vue, je peux dire qu'on a fait un bon premier tiers-temps, durant lequel on pouvait être satisfait du jeu produit. En deuxième période, on a commencé à jouer trop académiquement et c'est de cela qu'ont découlé nos pénalités. On a d'ailleurs été beaucoup trop sanctionnés et je pense que c'est précisément par notre propre indiscipline que l'on perd le match. Les joueurs de Košice ont eu de la réussite en supériorité, et lorsqu'on est parvenus à retourner le score en notre faveur, on aurait dû conserver cet avantage et ne surtout pas encaisser un but juste avant la deuxième pause. En fin de match on a tenté le power-play, on a joué en avantage de six contre quatre pour arracher au moins un point mais on repart bredouilles. Au final, ce n'est pas tant la courte défaite qui me dérange mais notre indiscipline qui nous coûte la victoire. »

 

HC Košice (SVK) – Bílí Tygři Liberec (TCH) 4-3 (0-1, 3-2, 1-0)
Samedi 6 septembre 2014 à 17h30 à la Steel Aréna de Košice. 4144 spectateurs.
Arbitrage de Peter Gebei (AUT) et Jozef Kubuš (SVK) assistés de Marek Korba et Tibor Rovenský (SVK)
Pénalités : Košice 16' (6', 4', 6') ; Liberec 22' (2', 14', 6')
Tirs : Košice 26 (6, 8, 12) ; Liberec 20 (6, 6, 8)

Evolution du score :
0-1 à 07'31" : Bulíř assisté de Bulík et Valský (sup. num.)
1-1 à 23'43" : Lapšanský assisté de Philipp (sup. num.) 
2-1 à 28'25" : Lapšanský assisté de Drgoň (sup. num.)
2-2 à 34'12" : Bartek
2-3 à 37'01" : Bulíř assisté de Valský
3-3 à 37'22" : Češík assisté de Kolena
4-3 à 48'35" : Bartoš assisté de Spilar
 

Košice [2' pour surnombre]

Gardien : Alexandr Hylák [remplacé par Marcel Melicherčík de 44'40" à 45'08"].

Défenseurs : Adam Jánošík – Juraj Cebák (+1) ; Martin Štrbák (C, 2', +1) – Erik Černák ; Radek Philipp (2', -2) – Adam Drgoň (2', -1) ; Miroslav Macejko (2', +1).

Attaquants : Marek Bartánus (-1) – Tomáš Hrnka (2', -1) – Adam Lapšanský (-1) ; Richard Jenčík – Peter Bartoš – Gabriel Spilar (A) ; Jiří Bicek (A, +1) – Milan Kolena (2'+2', +1) – Matej Češik (+1) ; Peter Sojčík – Matúš Chovan – Václav Stupka ; Matej Hinďoš.

En réserve : Michal Šeda (D), Ladislav Zikmund (A), Denis Markuš (A).

Liberec [2' pour surnombre]

Gardien : Ján Lašák [sorti à 57'26"].

Défenseurs : Tomáš Voráček (2', +1) – Martin Škoula (2', +1) ; Jan Výtisk (C, 2') – Ondřej Vitásek ; Lukáš Derner (2', -1) – Petr Gřegořek (A, -1) ; Michal Plutnar (2').

Attaquants : Martin Bartek (A, +1) – Lukáš Krenželok (+1) – Tomáš Bulík ; Jakub Valský (2', +1) – Tomáš Filippi – Michal Bulíř (2'+2') ; Petr Vampola – Jaroslav Vlach – Tomáš Urban (2') ; Koba Jass – Vít Jonák (-1) – Petr Kica (-1) ; Petr Jelínek (2').

Remplaçant : Marek Schwarz (G). En réserve : Jiří Stejskal (G), David Krajínek (D), Petr Kolmann (D), Jiří Říha (D), Radim Šimek (D), Petr Ulrych (D), Lukáš Krejčík (A), Daniel Špaček (A). Blessés : Matěj Psota (A), Jan Víšek (A).