Épinal - Strasbourg (Coupe de la Ligue, poule B, 1re journée)

Vite fait, bien fait !

Essentiellement destinée à rallonger le calendrier, la Coupe de la Ligue s'ouvre, cette année, sur un grand classique du paysage hockeyistique français. Un "derby" maintes fois joué ces dernières années et qui aura particulièrement bien réussi aux Dauphins la saison passée. Mais rien ne dit que les Spinaliens, devenus GamYo cet été, resteront encore longtemps la "bête noire" d'une Étoile noire n'ayant plus battu son voisin vosgien depuis quasiment deux ans (soit six revers d'affilée, toutes compétitions confondues, amicaux inclus).

KURALTSystématiquement piégés, l'an passé, par des attaquants spinaliens ayant fait du contre leur arme préférée, les Alsaciens espèrent ne plus voir l'histoire se répéter. Aussi Daniel Bourdages a-t-il sensibilisé ses nouvelles recrues au danger représenté par les Petrák, Beron, Plch, Kuralt et autres Ograjenšek, les principaux atouts offensifs d'un adversaire fortement "francisé" cet été et assurément pas dépourvu d'individualités à surveiller comme le lait sur le feu.

Cet ultime test grandeur nature avant la reprise du championnat s'annonce donc riche en enseignements pour Daniel Bourdages, impatient de voir ses jeunes Nord-Américains passer au révélateur spinalien. Un premier défi, dans la ferveur de Poissompré, pour l'attaquant Preston Shupe et les défenseurs Matt Bruneteau, Jake Goldberg, Ken Peroff et Ben Danford, qui ont tous brillé, ces dernières années, en défendant les couleurs de leurs universités.

Les joueurs de l'Étoile noire, qui ont bouclé leur pré-saison sur une victoire à Colmar face aux Scorpions (4-1), s'attendaient à forte opposition. Mais peut-être pas à subir si rapidement la foudre des Vosgiens, qui auront multiplié les récupérations et patiné comme des avions tout au long d'un premier tiers-temps abordé de la meilleure des façons. Ken Ograjenšek travaille en fond de zone pour garder le contrôle du palet et le libérer en faveur d'Anže Kuralt, bien placé au premier poteau, dont la reprise à bout portant surprend un Gilles Beck pas tout blanc (1-0 à 01'19").

PLCHLa machine spinalienne est lancée. Plus rien, dès lors, ne pourra l'arrêter. Et surtout pas Gilles Beck, qui lâche un gros rebond sur le tir frappé de Grégory Beron (02'11") et se voit livré à lui-même par une défense trop souvent débordée. Voire totalement dépassée par l'intensité des GamYo, redoutables lorsqu'ils parviennent à combiner pour accélérer le jeu.

Le danger ne vient pas seulement des deux premières lignes à fort potentiel offensif (qui tournent bien et se trouvent presque naturellement), mais aussi des trios plus défensifs, qui bataillent aux quatre coins du terrain pour saper le moral des attaquants adverses et récupérer un nombre incalculable de palets. Matthieu Le Blond et Vincent Kara, flanqués de Peter Valier, patinant sans relâche à l'image d'un Anthony Rapenne survolté. L'ailier spinalien se bat comme un mort de faim sur tous les palets, suivi de près par un Yannick Offret lui-aussi impressionnant dans l'échec-avant.

Ne négligeant décidément aucun aspect du jeu sans les palets, les avants spinaliens apportent leur pierre à un inébranlable édifice défensif, dont Alain Goulet est l'un des piliers. Voire la clé de voûte tant l'ex-AHLer, intraitable dans les duels, dégage une énorme impression de sérénité dans ses interventions. Son association avec Martin Charpentier, tout aussi consistant défensivement, est en tout cas la meilleure des gardes rapprochées pour Andrej Hočevar, très peu sollicité, qui peut également compter sur l'inépuisable énergie d'un Aziz Baazzi surmotivé, qui prend beaucoup d'initiatives et n'hésite pas à se projeter rapidement vers l'avant.

BOZEn pleine confiance, les Spinaliens se conjuguent au presque parfait. Et asphyxient totalement l'Étoile noire, qui ne voit plus le jour. Chaque montée des Alsaciens se transforme immanquablement en contre-attaque des Lorrains, comme sur cette récupération permettant à Hordelalay de lancer Kuralt sur le flanc gauche. L'ailier slovène a la possibilité de jouer ce deux-contre-un avec Ograjenšek mais préfère y aller en solo, s'y reprenant à deux fois sans parvenir à la mettre au fond (04'30"). Un avertissement sans frais pour les visiteurs, pris de vitesse dans la foulée. Une rapide remontée orchestrée par Ján Plch et Maxime Ouimet débouche sur un rebond gagnant. Le tir d'Ouimet étant repoussé sur Petrák... qui passait par là (2-0 à 05'10") !

Les GamYo, aussi solides derrière qu'efficaces devant, travaillent à l'unisson, contrôlent les opérations et profitent à fond de leur rapidité de patinage et d'exécution. Aziz Baazzi se rappelle même au bon souvenir de Daniel Bourdages (qui l'avait lancé il y a quelques années) en se fendant d'une belle accélération parfaitement relayée par Anthony Rapenne. Une combinaison permettant au jeune défenseur né et formé à Strasbourg de couper, du revers, la trajectoire pour prendre Beck à contre-pied. Le troisième but spinalien n'est pas loin. Mais faute d'avoir pris suffisamment de vitesse, la rondelle s'en ira mourir sur la ligne fatidique (06'31"), s'y arrêtant sans la franchir totalement...

Les hommes de Daniel Bourdages, incapables d'élever leur niveau de jeu, vont retrouver un semblant de dangerosité en supériorité. Un surnombre (09'26") leur permet d'installer leur jeu de puissance, sans pour autant ébranler un Hočevar parfaitement secondé. La boîte spinalienne, bien en place autour de son duo Goulet-Charpentier, poussant le powerplay bas-rhinois à chercher la faille sans la trouver. Et à s'en remettre aux lointaines tentatives des artilleurs Peroff, Striz et Goldberg, toutes repoussées (ou bloquées) par Hočevar. Une toute petite éclaircie dans la grisaille d'une Étoile noire desservie par les approximations répétées de Sébastien Trudeau et l'étonnante maladresse de son habituel maître à jouer, l'éternel Ján Pardavý, que l'on a connu plus inspiré.

BERONPhilippe Bozon, qui se disait satisfait des progrès défensifs réalisés la semaine passée, peut se féliciter du travail effectué par ses protégés, qui se montrent aussi sérieux qu'appliqués. Le Boz', qui exige de ses boys un engagement de tous les instants, constate également l'homogénéité de son contingent, décliné en quatre trios partageant la même combativité et maintenant une certaine continuité dans l'effort et la performance.

Un temps de glace aussi équitablement réparti, c'est nouveau à Épinal. Et ce n'est assurément pas pour déplaire au meilleur joueur de l'histoire du hockey français, qui a pu constater le bien fondé d'aligner Pierre-Charles Hordelalay aux côtés d'Anže Kuralt et Ken Ograjenšek. Un trio tout près de tripler la mise sur un contre initié par Goulet et rondement mené par Hordelalay, passeur quasi-décisif pour un Kuralt s'avérant incapable d'en profiter (car gêné par un défenseur zélé, 12'23").

Le Slovène, très remuant, se venge en poussant le vétéran Ján Cibuľa à la faute (16'13"). Une pénalité lourde de conséquence pour l'Étoile noire, qui frise la correctionnelle sur deux gros lancers d'Aziz Baazzi (16'24") et Michal Petrák (16'58")... avant de céder sur un "boulet de canon" décoché par Grégory Beron ! L'ex-Amiénois, parfaitement décalé par Ján Plch, y va d'un contrôle-frappe enchaîné (sur son côté gauche) pour nettoyer la lucarne opposée (3-0 à 17'09"). Une reprise précise et puissante qui en dit long sur la qualité de ses lancers frappés.

Moins en réussite dans ses shoots, Alain Goulet n'a lui pas encore trouvé le chemin des filets. Mais cela ne saurait tarder. Le "blueliner" canadien, doté d'un gros lancer, sentant parfaitement le jeu. Profitant d'un boulevard, il va même s'essayer d'un tir rasant détourné (19'40") par la botte d'un Gilles Beck terminant mieux ce premier tiers qu'il ne l'aura commencé, en sortant une belle mitaine sur une tentative d'Anže Kuralt (19'50").

HOCEVARTrès volontaire, Kuralt se retrouve lancé dans la profondeur au retour des vestiaires sur une longue, très longue ouverture de Goulet. L'international slovène, aux prises avec David Stříž, obtient même l'incarcération du Tchèque (20'37"), sans qu'Épinal ne puisse véritablement profiter de cette supériorité. La dernière des GamYo avant de longues minutes passées en infériorité numérique. Une obstruction d'Aziz Baazzi (23'02"), presqu'aussitôt suivie d'un faire trébucher du capitaine Maxime Ouimet (24'10"), va jusqu'à pourvoir l'Étoile noire d'une cinquantaine de secondes en double supériorité. L'occasion, pour Pardavý, de trouver Trudeau, idéalement placé. Mais l'ailier québécois, pourtant à bout portant, voit son tir s'envoler (23'44"). Pas plus de réussite pour Danford, décalé par Pardavý : Hočevar ayant bien suivi (25'02")...

Forcés de plus défendre qu'attaquer, les Spinaliens font bloc devant leur gardien. Sans pour autant se priver d'une occasion de contre-attaquer, comme sur ce tir bloqué par Valier et récupéré par Le Blond, qui lance aussitôt l'ancien Dijonnais, suffisamment rapide pour s'échapper. Mais pas assez lucide dans la finition de son action, terminée par un tir excentré sans grand danger (25'46"). Preston Shupe, mis sur orbite par Sébastien Trudeau, contraint Alain Goulet à intervenir illicitement aux yeux des référés (25'59"), sans que le jeu de puissance alsacien n'arrive à ses fins. Andrej Hočevar essuie, sans trembler, tous les lancers, frustrant même Élie Marcos de près (27'41").

Quelques secondes seulement après avoir "court-circuité" un 2-contre-1 alsacien (entre Shupe et Trudeau), l'infatigable Aziz Baazzi (débordant d'énergie !) se signale d'une de ces remontées de palet dont il a le secret avant de prendre un lancer non cadré. L'arrière-garde strasbourgeoise est sur le coup mais la relance, ratée, atterrit sur Grégory Beron, dont le slap, repoussé par Gilles Beck, revient dans la palette de Ján Plch (4-0 à 29'13").

PLCH1Hordelalay, oublié dans le slot, a presqu'aussitôt l'occasion de corser un peu plus l'addition mais l'ex-Rémois ne cadre pas (29'42"), tout comme Beron, à la conclusion d'une belle combinaison initiée par Petrák et relayée par Plch (31'00"). Grégory Beron commence à développer d'intéressants automatismes avec les "P-P flingueurs"... qui vont passer à un poteau du 5-0 ! Michal Petrák tire sur réception d'une passe de Ján Plch... sur la base du montant (31'22") !

Puni pour une charge dans le dos d'Hordelalay (33'46") en zone offensive, l'ex-Rouennais Anthony Goncalves permet ensuite aux GamYo de bénéficier d'une nouvelle supériorité. Mais il faudra attendre les tous derniers instants de cette pénalité pour voir Ograjenšek, ne sachant plus trop quoi faire du palet, remettre sur Goulet, dont le slap se voit repoussé par Beck. Anže Kuralt, le plus prompt à prendre ce rebond, manque alors d'entrer dans le but avec le palet (36'02"). Vincent Kara, en deux temps (37'04") et Maxime Ouimet, sur un 2-contre-1 mené par Ján Plch (38'33"), se procurent quant à eux les dernières véritables occasions d'un acte médian fini tambour-battant par les nouveaux coéquipiers de Maxime Moisand.

Bien partis pour "facilement" l'emporter, les GamYo (parés de leur maillot noir et rouge spécial coupes nationales) reprennent là où il en étaient restés. En assaillant leurs hôtes et en déroulant un jeu léché, pour le grand bonheur de leurs supporters. Ken Ograjenšek, après s'être frayé un chemin en zone offensive (41'25") et Anže Kuralt (bien décalé par Hordelalay, 44'49") butent pourtant sur un Gilles Beck à nouveau inquiété par un "tic tac toe" initié et conclu par Ján Plch (après avoir combiné avec Petrák et Beron, 45'49"). Mais Preston Shupe, contre toute attente, parvient à s'échapper et à se jouer de Gašper Sušanj pour expédier la rondelle sous la barre d'Andrej Hočevar (4-1 à 46'00").

BECKL'Étoile noire reprend alors des couleurs et Ján Cibuľa (46'23"), puis Valentin Michel (46'52"), sur deux incursions bien senties, confirment aussitôt ce renouveau. De quoi pousser Philippe Bozon a prendre un temps mort pour remobiliser ses troupes, qui apparaissent subitement émoussées (ce qui n'a rien d'étonnant au vu des efforts consentis en début de partie).

Les GamYo sortiront renforcés de ce temps faible. Aziz Baazzi, bien servi en retrait par Grégory Beron, décoche un slap allant se loger dans le haut du filet (5-1 à 57'29") avant qu'Anže Kuralt (qui a bien suivi l'ultime montée d'Ograjenšek) ne passe la dernière couche en jaillissant au second poteau (6-1 à 59'50"). Jake Goldberg a auparavant vu son slap heurter la base du montant (58'30")...

Vainqueurs de pâles strasbourgeois, les GamYo ont parfaitement répondu aux attentes de Philippe Bozon. Ils ont même fait très forte impression. Mais gare à ne pas s'enflammer : la saison ne fait que commencer...

Réactions d'après-match (dans Vosges Matin et les Dernières Nouvelles d'Alsace) :

Philippe Bozon (entraîneur d'Épinal) : "Le système, c'est beaucoup de changement pour les joueurs. C'est toujours difficile. Ce match doit leur donner la volonté de l'appliquer et de voir que cela peut marcher. Je suis très content de la performance des joueurs mais il faut rester les pieds sur terre. Les pénalités ont un peu coupé le rythme à 3-0 mais on a fait un bon travail à quatre contre cinq. dans le troisième tiers, on a maîtrisé même si on a trop cherché le jeu parfait."

Daniel Bourdages (entraîneur de Strasbourg) : "Même à 4-0, on n'a pas abdiqué et ça, j'ai apprécié. Sur la deuxième moitié de match on n'est pas loin, sauf qu'on ne marque pas en power play et eux si."

 

Épinal - Strasbourg 6-1 (3-0, 1-0, 2-1)
Mardi 9 septembre à 20h15 à la patinoire de Poissompré. 700 spectateurs.
Arbitrage de Benjamin Gremion assisté de David Courgeon et Sébastien Geoffroy.
Pénalités : Épinal 14' (4', 6', 4') ; Strasbourg 10' (2', 4', 4').
Tirs : Épinal 30 (13, 9, 8) ; Strasbourg 25 (9, 7, 9).

Évolution du score :
1-0 à 01'19" : Kuralt assisté d'Ograjenšek et Petrák
2-0 à 05'10" : Petrák assisté d'Ouimet et Plch
3-0 à 17'09" : Beron assisté de Plch et Petrák (sup. num.)
4-0 à 29'13" : Plch assisté de Beron
4-1 à 46'00" : Shupe
5-1 à 57'29" : Baazzi assisté de Beron et Petrák
6-1 à 59'50" : Kuralt assisté d'Ograjenšek (inf. num.)

Épinal

Gardien : Andrej Hočevar.

Défenseurs : Maxime Ouimet (C) - Maxime Moisand ; Alain Goulet - Martin Charpentier ; Aziz Baazzi - Gašper Sušanj ; [Goulet] - Peter Slovák.

Attaquants : Vincent Kara - Matthieu Le Blond - Peter Valier ; Grégory Beron - Michal Petrák - Ján Plch (A) ; Anže Kuralt - Pierre-Charles Hordelalay - Ken Ograjenšek ; Anthony Rapenne - Maxime Martin - Yannick Offret (A).

Remplaçant : Pierre Mauffrey (G). Absent : Nathan Ganz (épaule).

Strasbourg

Gardien : Gilles Beck.

Défenseurs : Matt Bruneteau - Ben Danford ; Jake Goldberg - Ken Peroff ; Pierre Bougé - David Stříž.

Attaquants : Ján Pardavý (A) - Preston Shupe - Sébastien Trudeau ; Ján Cibuľa (A) - Élie Marcos (C) - Jordy Anglés ; Peter Bourgaut - Valentin Michel - Anthony Goncalves.

Remplaçants : Vladimír Hiadlovský (G), Julien Baeumlin, Julien Burgert, Pierrick Hoehe, n°44.