Présentation de KHL 2014/15 (I) : division Tarasov

La KHL a allongé sa saison régulière à 60 matches entre septembre et février, ce qui la rend extrêmement condensée et astreignante pour les organismes, compte tenu de la longueur de voyages. Il faut en effet y ajouter 4 tours de play-offs, et une présaison où l'on joue souvent trois jours de suite dans les tournois, ce qui a conduit le syndicat des joueurs à suggérer un jour de repos obligatoire entre chaque rencontre. Les équipes alterneront de longues séquences à domicile et de longues tournées à l'extérieur.

Pour arriver à tenir cette cadence, on continuera à jouer pendant les trêves internationales, sauf pendant le tournoi moscovite de décembre : les rencontres internationales organisées à l'étranger sont évidemment moins importantes... du point de vue russe. La KHL jure ses grands dieux qu'elle respectera les règlements IIHF et que les joueurs seront libérés même en plein championnat, mais on peut en douter en pratique.

Surtout que cette saison régulière n'est plus sans enjeu : le titre officiel de champion de Russie sera attribué au meilleur club russe classé, sans attendre les play-offs. La Coupe Gagarine constituera un trophée séparé de vainqueur de la KHL. C'est le même système qui existait au milieu des années 90... L'équité du titre national ne sera cependant pas assurée, car dans ce nouveau format, les clubs rencontrent plus souvent les adversaires de leur propre division et n'ont donc pas le même calendrier.

Le plafond salarial a été réduit à 1,1 milliard de roubles (22,5 millions d'euros), mais les clubs pourront le dépasser à condition de payer 20% de taxe de luxe au fonds de développement de la KHL, utilisé pour les situations d'urgence, comme l'an passé pour permettre au Spartak Moscou (victime de la banqueroute de son sponsor bancaire et non partant cette saison) de finir le championnat. Autres changements : le quota de deux jeunes joueurs sur la feuille de match a été aboli, et les citoyens biélorusses ne sont plus considérés comme des étrangers.

 

TERESHENKO Alexei-130505-369Malgré l'élimination au premier tour, le Dynamo Moscou aimerait croire que rien n'a changé. Oleg Znarok a été appelé à prendre en mains l'équipe nationale, et son éternel adjoint Harijs Vitolins sort de l'ombre et débute comme coach principal officiel. Le traditionnel camp d'été à Pinsk mêle toujours quotidiennement cross, musculation et séances sur glace pour une charge inégalée ailleurs.

En plus de Martins Karsums, Vitolins peut maintenant s'appuyer sur un second compatriote letton en attaque, Kaspars Daugavins. Vu son intensité de jeu, l'ancien joueur des Sénateurs d'Ottawa puis de Genève-Servette est censée remplacer le principal partant, "l'agent provocateur" Leo Komarov, l'international finlandais qui est retourné à Toronto.

La recrue-phare, c'est Aleksei Tereshchenko. Il faisait partie des six joueurs piochés par Kazan dans l'équipe du Dynamo Moscou championne 2005, qui avaient permis aux Tatars de remporter le titre l'année suivante. L'international a donc passé ses meilleures années dans la Conférence Est, les poches bien remplies des pétro-roubles de Kazan et d'Ufa, mais est surtout riche d'un prodigieux palmarès de cinq championnats russes et trois médailles d'or mondiales. Le retour de Tereshchenko permet à son club formateur d'avoir trois centres de confiance avec le double champion du monde Konstantin Gorovikov et le fidèle Aleksei Tsvetkov.

La recrue la plus inattendue, c'est Nikolaï Zherdev. L'ex-espoir, dont les talents se sont plus déployés dans les tabloïds qque sur la glace, obtient une énième chance là où on s'y attendait le moins, dans un club sans star où le collectif prime toujours. Avec les deux Lettons, le meilleur marqueur de l'an passé Maksim Karpov et les finisseurs expérimentés Maksim Pestushko et Konstantin Glazachev, le Dynamo ne manque pas non plus de talent à l'aile. Sergei Soin et Denis Kokarev, les attaquants défensifs qui avaient été convoqués aux JO de Sotchi avant de se blesser, sont également toujours là. Le contingent bleu et blanc est donc resté homogène.

Le défenseur slovaque Dominik Granak a été remplacé par Mat Robinson, autre petit gabarit, qui tire en revanche de la droite avec un gros slap. Mais la nouvelle première paire Novak-Robinson n'est-elle pas trop attirée vers l'avant ? Le gardien Aleksandr Eremenko peut-il retrouver sa confiance perdue depuis le début de l'année ? Et les cadres champions en 2012 et en 2013 ne manifestent-ils pas des signes avant-coureurs de déclin ?

 

DA COSTA Stephane-120504-148Un déclin dynamiste pourrait coïncider avec une inversion du pouvoir dans la capitale. C'est ce sur quoi se bat le CSKA Moscou depuis la "démilitarisation" post-soviétique, mais l'ancien club de l'armée rouge n'est jamais parvenu à ses fins jusqu'ici.

L'an passé, l'espérance avait pour nom Aleksei Morozov, et elle a été déçue. Le club a mis fin à son contrat, et après un mois de réflexion, Morozov a mis un terme à sa carrière à 37 ans. Possible meilleur joueur du championnat de la dernière décennie, il restera dans l'histoire comme le capitaine qui a ramené la Russie sur le toit du hockey mondial après 16 ans d'attente.

L'expérience si controversée d'un coach américain a elle aussi été rangée au placard. Le nouvel entraîneur Dmitri Kvartalnov pourra mettre en place son style de jeu bâti sur une défense rigoureuse et des contre-attaques rapides. Un style qui pourrait ouvrir des espaces à Stéphane Da Costa. Son talent jamais vraiment exploité à Ottawa a été révélé au monde par le parcours de l'équipe de France en mai. Il a choisi la KHL et ne doit pas la regretter car il a été placé sur une meilleure ligne qu'il n'en a eu l'occasion en NHL : il a été placé sur le premier trio entre Igor Grigorenko et la star Aleksandr Radulov (capitaine en alternance avec le meneur défensif Denis Denisov).

La moindre erreur de Da Costa était observée à cette position de centre de la première ligne, car c'était celle du jeune espoir Nikolaï Prokhorkin l'an dernier (un Prokhorkin dont les lamentations publiques sur un soi-disant départ forcé en Amérique n'étaient comme on l'avait supposé qu'un moyen de négociation avant de resigner un contrat lucratif). Mais les journalistes suivant le CSKA, tout chauvins qu'ils soient, ont compris l'intérêt de développer une deuxième ligne autour de Prokhorkin, avec Jan Mursak : l'international slovène avait peiné à s'adapter en arrivant en pleine saison en janvier et n'avait pas mis un seul but, mais cette fois il a très vite fait trembler les filets dès la pré-saison.

Le recrutement offensif a été complété par une recherche de suprématie physique avec les 120 kilos d'Evgeni Artyukhin, recordman des pénalités de KHL depuis deux ans, et les 105 kilos de Ben Eager, recordman des pénalités de NHL en 2007 mais aussi vainqueur de la Coupe Stanley en 2010 avec Chicago.

Le CSKA recommence à faire peur, et le point faible dans les cages semble oublié. Ilya Proskuryakov, qui a joué la moitié des rencontres la saison dernière, n'est plus que numéro 3 après les arrivées de Stanislav Galimov, l'ex-titulaire de l'Atlant, et de Kevin Lalande, le Canadien devenu international biélorusse. Galimov a vite pris les devants, et le CSKA a commencé le championnat par trois victoires pour la première fois depuis la chute de l'URSS. Enfin le retour à la gloire ?

 

KRONWALL Staffan-130519-749Le Lokomotiv Yaroslavl a réussi à maintenir la deuxième meilleure défense de KHL (virtuellement la première car elle n'était devancée que par "feu le Donbass Donetsk"), y compris le duo de gardiens expérimenté Curtis Sanford - Vitali Kolesnik. Ces bases arrières sont un modèle de leadership et d'expérience avec l'excellent capitaine de 37 ans Ilya Gorokhov, l'ancien capitaine de la Suède championne du monde 2013 Staffan Kronwall, le Norvégien aux déjà neuf championnats du monde Jonas Holøs ou encore l'ex-international russe (formé en Ukraine) Vitali Vishnevsky.

Jusqu'ici, cependant, l'attaque ne valait que par la jeune ligne Plotnikov-Apalkov-Averin, pleine d'énergie à l'instar d'un Sergei Plotnikov exceptionnel en mai pour son premier Mondial. Cette année, Jiri Novotny et Martin Thörnberg, deux joueurs-clés habilement récupérés au Lev Prague, apportent leur expérience : eux aussi ont été champions du monde, et cette équipe fait une collection de médailles d'or.

Mais si on attend que le Lokomotiv Yaroslavl soit beaucoup plus fort offensivement, c'est surtout par un changement d'état d'esprit. Dave King n'était qu'une étape intermédiaire entre l'adepte de l'ultra-défense Piotr Vorobiev et le nouvel entraîneur Sean Simpson, l'homme qui a décomplexé la Suisse. Simpson a d'abord couronné les ZSC Lions champions d'Europe en battant Magnitogorsk (puis les Chicago Blackhawks en Coupe Victoria). Il a ensuite amené la "Nati" à une incroyable médaille d'argent au Mondial 2013. Son goût du forechecking devrait libérer le potentiel offensif de Yaroslavl, du moins si les défenseurs, plus âgés que les avants, arrivent à suivre le rythme de ce système plus exigeant.

 

NOKELAINEN Petteri-110513-364L'ancien gardien letton Peteris Skudra, jeune entraîneur déjà très coté, a dû modifier son staff au Torpedo Nijni Novgorod après le départ d'Andrei Skabelka au Sibir comme coach principal. Il l'a remplacé par un autre adjoint biélorusse, Aleksandr Makritsky, rencontré à un séminaire d'entraîneurs pendant les championnats du monde de Minsk. Il a aussi développé une vision du hockey commune avec Artyom Chubarov, côtoyé en NHL à Vancouver, qui commence sa reconversion : il sera envoyé en tribune pendant le match pour transmettre un point de vue différent.

Il y a donc plus de mouvement en coulisses que sur la glace, où le recrutement a été limité mais ciblé. Le Torpedo a renoncé à répondre à la surenchère d'Omsk sur Denis Parshin, car il considère que cette individualité peut être bien substituée par le Biélorusse Sergei Demagin, qui doit mieux s'intégrer au système. Les Finlandais (Jarkko Immonen, Sakari Salminen et le défenseur Juuso Hietanen) restent les piliers de l'effectif, et un quatrième arrive avec le centre défensif Petteri Nokelainen.

Skudra avait en fait une priorité dans le recrutement et a été entendu : il a obtenu Anton Babchuk. Que ce soit en NHL ou en KHL, ce défenseur n'a jamais joui d'une haute réputation de fiabilité dans sa zone, mais son slap surpuissant de la droite est connu de tous. Le calcul du Torpedo, c'est que l'agrandissement des zones offensives va donner plus de temps aux joueurs à la ligne bleue et faire d'un tel canonnier une arme fatale. Si le raisonnement est bon, Nijni Novgorod fera aussi bien que l'an passé et sera confortablement en play-offs.

 

STEPANEK Jakub-110513-020Éliminé des play-offs l'an passé, le Severstal Cherepovets a la ferme intention d'y retourner et a donc nommé comme entraîneur Nikolai Solovyov, qui officiait comme simple consultant la saison dernière. Parmi les cinq étrangers, seul le gardien tchèque Jakub Stepanek a été conservé.

Il n'y a plus que deux étrangers en défense, deux Suédois de 23 ans revenus d'Amérique du nord, l'excellent passeur Adam Almqvist et le physique Alexander Urbom. Les lignes arrières ont quand même perdu en expérience, malgré le retour du vétéran de 33 ans Andrei Shefer, qui revient une quatrième fois au club dont il n'est jamais parti plus de deux ans.

Par contre, en attaque, où Linus Videll était un peu seul, il y aura désormais deux renforts extérieurs, David Ullström et Marek Kvapil, pour amener un peu plus de technique. L'autre arrivée marquante est celle de Dmitri Kagarlitsky, parti de son club formateur à 17 ans et révélé seulement cinq ans plus tard à Novokuznetsk avant de rejoindre le Donbass Donetsk.

Mais le joueur à suivre, c'est la nouvelle pépite locale Pavel Buchnevich, très attendu par les New York Rangers qui l'ont apprécié à leur camp de prospects et espèrent le faire venir dès l'an prochain. Buchnevich a déjà la complainte facile du junior russe qui cherche à mettre une pression médiatique sur son club : pendant la tournée au Canada de l'équipe russe des moins de 20 ans, il s'inquiétait publiquement dans la presse de perdre sa place au Severstal et de se retrouver sur la "cinquième ligne" à son retour. En fait, il a au contraire été immédiatement sur le premier trio, comme il le sera certainement en sélection aux prochains Mondiaux juniors. Ses intéressants 18 points de l'an passé devraient se démultiplier.

 

GREBESHKOV Denis-100516-285C'est le plus jeune entraîneur de la ligue, Oleg Orekhovsky, qui a pour mission d'amener le Vityaz Podolsk dans ce monde inconnu depuis 2007 : les play-offs. Il a été flanqué d'un assistant expérimenté avec Ravil Yakubov, qui était l'adjoint de Vladimir Vujtek à Yaroslavl quand il était devenu le premier entraîneur étranger champion de Russie au début du siècle. Ce nouveau staff a commencé par mettre en place une préparation estivale très intense qui a beaucoup fait suer les joueurs.

Promu capitaine en milieu de saison dernière, Maksim Afinogenov a été confirmé à ce poste. Un autre trentenaire a été engagé en défense avec l'ex-international Denis Grebeshkov, qui - comme on le craignait - n'a pas réussi son retour en NHL, encore moins avec le handicap d'une blessure en présaison.

Pour le reste, la priorité a été donnée à la tranche d'âge 23-27 ans, qui doit franchir un palier, voire s'établir en élite. Incapable de s'établir chez lui à Ekaterinbourg, ni même en Extraliga tchèque lors d'une expatriation insolite, Dmitri Tsyganov a ainsi révélé ses qualités en "reculant" d'une division. En VHL au Titan Klin, il a épaté par ses 22 buts et saisit pleinement sa chance au niveau supérieur.

Dans cette équipe homogène, la principale arme offensive annoncée est Mario Kempe, le Suédois qui n'a pourtant jamais dépassé les 27 points dans son championnat. Il a désarçonné les journalistes russes lors de la présentation officielle de l'équipe en expliquant que, ayant grandi à Stockholm, il était content de vivre près de la capitale et saurait trouver les endroits où sortir à Moscou. Pas vraiment le discours politiquement correct attendu...

 

SAPRYKIN Oleg-090506-509C'était l'étape suivante annoncée dans la conquête du sud par le hockey russe. Pour que les grandioses installations olympiques ne soient pas totalement inutiles sitôt la cérémonie de clôture achevée, un club résident a été installé au Palais des sports Bolchoï : le HK Sotchi. Il est construit en partant de rien, comme les sites olympiques, sans la moindre histoire du hockey au bord de la Mer Noire.

L'entraîneur Vyacheslav Butsaev a eu comme première mission de former une équipe. Beaucoup de joueurs ont été mis à l'essai, et les lignes changeaient sans cesse d'un jour à l'autre pour trouver le fonctionnement optimal. Il y a aussi eu un contretemps : Mike Leighton, le gardien venu du Donbass Donetsk, a rompu son contrat pour "problèmes de santé"... et a signé aux Chicago Blackhawks. C'est le Tchèque Tomas Pöpperle qui le remplace.

Il n'y a pas que des jeunes qui ont été testés, bien au contraire. Se cherchant des cadres, Sotchi a semblé se faire une spécialité de récupérer d'anciens internationaux célèbres en fin de carrière, qui ont beaucoup décliné ces dernières saisons. Oleg Saprykin, 33 ans, peut-il au moins se rapprocher de son niveau de 2009 ? La question ne se pose même plus au sujet du défenseur Vitali Proshkin et du centre Sergueï Zinoviev, qui n'ont pas été conservés (de sa propre initiative selon Zinoviev).

En revanche, l'essai a été concluant pour Mikhaïl Anisin, qui n'a que 26 ans mais a bien failli lui aussi être jugé "fini". Huit mois après le scandale filmé de ses frasques à l'hôpital d'Ufa, le petit chanteur a fini de porter sa croix de bois : il peut entamer sa rédemption et tenter de devenir la figure charismatique du nouveau club.