Brest - Chamonix (Ligue Magnus, 3e journée)

À cinq secondes près

Après la surprise face au champion en titre, les Brestois se sont fait calmer proprement face à l’autre finaliste 2014 trois jours plus tard dans une compétition qui est visiblement le cadet de leurs soucis. Rotation de l’effectif et aucune prise de risque en terme de blessure sont les maîtres mots des bretons en Coupe de la Ligue.

Mais ce que l’entraîneur Sébastien Oprandi n’avait sans doute pas prévu, ce sont les suspensions. Un stupide geste d’humeur (une gourde lancée) suspend Michal Dian pour la rencontre de ce soir. Une arme offensive dont les Albatros auraient bien eu besoin pour affronter l’équipe en forme du moment Chamonix.

Une défense de fer et une offensive efficace font des Chamois une équipe invaincue toutes compétitions confondues. On se souvient de leur net succès obtenu l’an passé au Rïnkla Stadium qui était sans doute la pire performance brestoise à domicile de la saison. Les supporters locaux espèrent que la donne sera différente ce soir, mais la tâche s’annonce au minimum aussi ardue que l’exploit face à Briançon.

Contrairement à la semaine passée, Sébastien Oprandi décide d’effectuer des rotations à 3 lignes. Son homologue Stéphane Gros en fait autant même si on peut signaler une présence du 4e bloc au premier tiers. Arnaud Hascoët, attaquant chamois mais sans doute d’origine (lointaine ?) bretonne, est pris pour faire trébucher à l’entame de match (2'26’’).

L’occasion est belle pour Brest d’effectuer un départ tonitruant. Vikhael To Landry travaille bien derrière la cage gardée par Clément Fouquerel. Sa remise devant le but est déviée par un patin et met hors position le cerbère visiteur qui ne peut rien sur le tir de Benjamin Breault tout heureux d’hériter du palet en position idéale (1-0 à 03’53’’).

Comme la semaine passée, Brest travaille fort, voire encore mieux ce soir. Le pressing prend à la gorge des chamoniards qui perdent des palets. Jérémie Romand se montre particulièrement adroit dans ce domaine (6’). Une contre-attaque fulgurante de Julien Tremblay rappelle toutefois que Chamonix peut-être redoutable (8’).

En supériorité après une prison de Jason Crossman (9’20’’), les visiteurs étalent leur jeu collectif léché qui permet d’obtenir un grand nombre de tirs qu’Arnaud Goetz écarte consciencieusement un à un y compris le pétard du redouté Kyle Hardy (9’32’’). Néanmoins le jeu défensif breton est pressant  et les Chamois se font piéger sur une contre-attaque de Breault. Le centre canadien avance sans être véritablement gêné par l’adversaire plus occupé à couvrir les joueurs représentant une solution de passe. Fouquerel ne peut que regarder le palet filer dans le haut de son but sur le tir décoché à bout portant par l’ex-spinalien (2-0 à 11’14’’).

Complètement incrédules, se sont des Chamois dégoûtés par la tournure des événements qui regagnent leur banc. Ils frôlent le 3-0 après qu’Alexandre Quesnel a éliminé Fouquerel, mais heureusement pour eux le lancer du revers est trop croisé (13’). Laurent Gras manque également une grosse occasion après un bon travail de Henric Andersén (13’25’’).

Un incident de jeu va alors complètement remettre à zéro la dynamique actuelle. Sur un jeu de puissance chamoniard, Clément Masson est sérieusement blessé (16’21’’). La blessure occasionne un saignement et donc l’intervention des services techniques de la patinoire pour nettoyer la glace. Le corps arbitral décide alors que la pause se déroule immédiatement et d’enchaîner les 3’39’’ restantes avec le deuxième tiers.

Ces faits de jeu vont profiter à Chamonix. Toujours aussi pressant sur leurs adversaires, les Albatros sont trop fougueux s’exposent à des pénalités. Ainsi le double buteur Breault écope de deux minutes en loupant sa charge sur Mathieu Jestin en lui accrochant la jambe. In-extremis avant le gong, Mathieu Beaudry concrétise la supériorité en rabattant à ras glace le tir mi-hauteur de son centre Matt Bissonnette (2-1 à 19’52’’).

Le temps d’échanger de côté pour entamer le tiers médian et revoilà les protagonistes en action. Graham Avenel, après avoir éliminé Hardy, se retrouve en bonne position de redonner un break d’avance aux siens. Clément Fouquerel dit non de manière spectaculaire en position semi-papillon et se saisit du palet avec sa mitaine (22’).

Après une nouvelle pénalité brestoise (22’17’’) et sous les broncas de la foule écœurée de voir ses protégés pénalisés régulièrement depuis la moitié du premier tiers, Kyle Hardy égalise d’un tir en hauteur (2-2 à 22’30’’). Les Albatros ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes. Leur indiscipline a remis leur adversaire en selle avec un taux maximale de réussite pour Chamonix sur les deux dernières prisons.

« Clément Fou qui ? Clément Fouquerel ! »

Bien que revenus à la marque, les Chamois sont archi-dominés territorialement dans ce deuxième tiers. Le nombre de tirs en témoigne (17 brestois contre 4 seulement pour les visiteurs). Chamonix laisse Brest s’installer et tente à leur tour de les piéger en contre. Un style de jeu d’ordinaire plutôt pratiqué par les Bretons. Cela n’est pas loin de fonctionner grâce au rapide trio canadien visiteur. Mais Tremblay perd son duel d’un arrêt autoritaire de la jambière droite de Goetz (25’30’’).

Les Albatros loupent le coche sur les prisons successives de Silvennoinen (34’53’’) et Payette (36’40’’). Leur jeu de puissance est trop lent et prévisible dans la circulation de palet et toujours trop peu pourvoyeur de lancers sur la cage du très solide Fouquerel auteur de plusieurs arrêts spectaculaires notamment sur Romand (38’15’’). Le deuxième tiers temps est donc paradoxalement remporté par Chamonix alors que la domination est clairement locale. Les Hauts-Savoyards peuvent dire merci à leur gardien qui les maintien dans le match.

De manière étrange les prisons brestoises ne sont pas assurément synonyme de bonnes nouvelles pour Chamonix. Certes elles leur ont permis de revenir dans le match mais la fébrilité des Chamois au niveau de la ligne bleue offensive est souvent proche de créer de dangereux revirement qui leur a déjà coûté un but… Et bientôt un deuxième puisque lors d’une pénalité de Reddick (42’54’’), Ben Breault (souvent bien placé) hérite du palet au centre de la glace dans le dos de tout le monde et s’en va tromper Fouquerel en glissant le palet entre les jambières (3-2 à 44’15’’). Un beau coup du chapeau.

Un nouvel exploit serait-il en marche ? La foule y croit plus que jamais mais est consciente que des frayeurs sont à venir. Elles ne tardent pas à se produire avec Jestin qui s’y prend à deux reprises à bout portant sans parvenir à tromper Goetz (45’15’’). Les deux gardiens offrent une prestation remarquable ce soir.

On ne sait pas s’il faut rire ou pleurer après la prison largement évitable de Quentin Berthon (55’21’’). But chamoniard ou but en contre de Brest ? Ni l’un ni l’autre. À défendre de manière acharnée, les Albatros y mettent trop d’agressivité et Nicolas Motreff est coupable d’une très mauvaise charge dans le dos sanctionnée logiquement d’un 2’+10’ synonyme de 1’20’’ à tenir à 3 contre 5 (56’03’’).

Stéphane Gros prend logiquement son temps mort suite à cette situation de jeu inespérée. Héroïques les Brestois le sont assurément puisque les deux pénalités sont tuées et que le plus dur semble fait. Fouquerel sorti (59’06’’) c’est donc à 6 contre 5 que Chamonix jette son va-tout. Les deux points échappent aux Albatros à … cinq secondes de la fin. Moment choisi par Tremblay pour reprendre une rebond inévitable laissé par une parade de Goetz après un gros lancer de Gras (3-3 à 59’55’’).

La consternation est totale dans la patinoire sauf bien entendu pour des Chamoniards miraculés et tout heureux de récupérer au moins un point. Euphoriques face à un adversaire groggy par ce cruel retournement de situation, la prolongation ne sera qu’une mascarade. Les visiteurs clôturent la rencontre sur un but semble t-il marqué du patin alors qu’une pénalité différée était appelée à l’encontre de Holik (3-4 à 60’37’’).

Chamonix reste donc invaincu et continue sa série de sept victoires consécutives. L’équipe reste donc dans le trio de tête. Mais à cinq petites secondes près, les Chamoniards repartaient bredouilles. C’est donc un petit miracle de les voir repartir avec les deux points de la victoire. De quoi rendre les 16 heures de bus nettement moins longues pendant le voyage retour. Clément Fouquerel a été l’auteur d’un très gros match face aux nombreuses tentatives brestoises qui pour une fois sont plus nombreuses que celles de leur adversaire (35 contre 31). La blessure de Masson a été un coup dur mais l’interruption du jeu a paradoxalement  remis l’équipe en ordre de marche. Le nouveau trio offensif canadien s’est démarqué, bien épaulé par le toujours très présent Hardy.

Auteurs d’un énorme effort bien plus conforme à leur potentiel que lors du match face à Angers, les Albatros sont récompensés d’un point toujours bon à prendre. Néanmoins au vue de la physionomie de la rencontre, l’issue du match n’en demeure pas moins décevante. Les deux points du match auraient pu sans contestation possible revenir intégralement aux bretons.

La rotation à trois lignes a bien fonctionné mais la fougue développée pour presser l’adversaire fait jouer toujours à la limite de la sanction. Les trente minutes de prisons concédées ce soir sont trop importantes même si bizarrement elles coûtent autant de buts qu’elles n’en apportent ce soir (deux buts pris et marqués en infériorité). Il faut trouver un juste équilibre dans l’intensité du pressing afin de défendre au mieux sans commettre de fautes.

Les supériorités numériques sont également peu satisfaisantes malgré un but marqué dans cette situation . Un meilleure gestion de ces phases permettrait de tuer ce genre de rencontre. La plus grande satisfaction vient d’Arnaud Goetz qui a offert une prestation aussi belle que son homologue Fouquerel. L’Isérois s’affirme comme l’incontestable numéro un de l’équipe en ce début de saison.



Brest – Chamonix 3-4 a.p (2-1, 0-1, 1-1, 0-1)
Samedi 27 septembre 2014 à 18h40 au Rïnkla Stadium. 916 spectateurs.
Arbitrage de Savice Fabre assisté de Jérémie Douchy et Charlotte Girard.
Pénalités : Brest 30' (6’,6’, 6’+10’, 2’), Chamonix 10' (2’, 8’, 0’, 0’).
Tirs : Brest 35 (8, 17, 10, 0), Chamonix 31 (12, 4, 14, 1)

Évolution du score :
1-0 à 03’53’’ : Breault assisté de To Landry et Hartung (sup. num)
2-0 à 11’14’’ : Breault (inf. num)
2-1 à 19’52’’ : Beaudry assisté de Bissonnette et Tremblay (sup. num)
2-2 à 22’30’’ : Hardy assisté de Hascoët (sup. num)
3-2 à 44’15’’ : Breault assisté de Greverend (inf. num)
3-3 à 59’55’’ : Tremblay assisté de Beaudry et Gras (joueur supplémentaire)
3-4 à 60’37’’ : Jestin assisté de Beaudry et Payette

 

Brest

Gardien : Arnaud Goetz.

Défenseurs : Vladimir Holik – Bryce Reddick ; Jason Crossman – Tim Hartung ; Aurélien Gréverend (A) – David Hennebert (A); Gaëtan Cannizzo.

Attaquants : Nicolas Motreff – Jaroslav Prosvic (C) – Jérémie Romand ; Vikhael To Landry – Benjamin Breault – Alexandre Quesnel ; Jonathan Avenel – Quentin Berthon – Graham Avenel.

Remplaçants : Léo Bertein (G), Jérémy Cormier, Dimitri Motreff. Absent : Michal Dian (suspendu), Sébastien Delemps.

Chamonix

Gardien : Clément Fouquerel (sorti de 59’06’’ à 59’55’’).

Défenseurs : Sébastien Payette – Mathieu Jestin ; Damien Torfou – Kyle Hardy ; Riku Silvennoinen – Arthur Cocar ; Clément Colombin.

Attaquants : Laurent Gras (Ares à partir de 16’21’’) – Clément Masson (puis Gras à partir de 16’21’’) – Henric Andersén ; Julien Tremblay – Matt Bissonnette – Michael Beaudry ; Joris Bedin – Matthias Terrier – Arnaud Hascoet ; Jérémy Ares – Patxi Biscard – Lou Bogdanoff.

Remplaçant : Victor Goy (G).