Présentation de la KHL 2014/15 (II) : division Bobrov

Depuis leur renvoi de l'équipe nationale en 2011, Vyacheslav Bykov et son adjoint Igor Zakharkin ont pris le temps de se faire désirer. L'idée de les réengager a germé dans bien des têtes, mais leurs exigences salariales ont dissuadé maints prétendants. Ils n'ont pas perdu tout contact avec le métier en s'occupant en passant de la Pologne. Ils ont attendu le bon moment, arrivé maintenant que leur successeur en sélection Zinetula Bilyaletdinov a connu à son tour un échec olympique.

KOVALCHUK Ilya-130504-250Le défi au SKA Saint-Pétersbourg ressemble à celui de la Russie en 2006 : un cimetière d'entraîneurs où personne n'a réussi à mener à la victoire suprême des joueurs talentueux individuellement. Quand la Russie reprise en main par Bykov est remontée sur la plus haute marche du podium (Québec 2008), l'auteur du but décisif se nommait Ilya Kovalchuk. Arrivera-t-il aussi à conduire le SKA vers son premier titre de champion ?

C'est spécifiquement pour la ligne de Kovalchuk qu'a été embauché Jimmie Ericsson, un tempérament de vainqueur : l'ancien capitaine de Skellefteå a conduit le club de sa ville natale de l'anonymat de la deuxième division jusqu'à deux titres de champion de Suède. Il est resté fidèle jusqu'à ce départ tardif à 34 ans pour un ultime défi. Il est aussi polyvalent que le troisième homme de cette première ligne Viktor Tikhonov, extatique aux derniers championnats du monde. Le trio étranger Thoresen-Mårtensson-Cervenka est toujours là, et Evgeni Dadonov arrive pour former une troisième ligne Panarin-Shipachev-Dadonov très créative et rapide dans ses passes.

La défense n'est pas en reste puisqu'Anton Belov, que Bykov a connu au CSKA, fait son retour en Russie après seulement un an en NHL et forme une paire potentiellement internationale avec Maksim Chudinov. Renvoyé du club au printemps après un retard coupable en équipe nationale, Evgeni Ryasensky a été pardonné et reste présent dans des lignes arrières qui ont elles aussi de la profondeur. Reste à gérer les egos pour former une vestiaire uni. C'est en cela que l'on compte sur la gestion humaine de Bykov.

 

AALTONEN Juhamatti-130503-455Le SKA Saint-Pétersbourg a récolté un rival à sa mesure avec les Jokerit Helsinki. Si le club finlandais est orphelin de sa rivalité face au HIFK, le derby le plus évident en KHL est celui qui l'opposera au club russe situé au fond du golfe de Finlande. Outre la (relative) proximité géographique, la confrontation aura un intérêt sportif puisque les deux équipes sont clairement les plus fortes de leur division.

La prise de contrôle par des investisseurs russes venus de Saint-Pétersbourg (Guennadi Timchenko et les frères Rotenberg) de 100% de la Hartwall Arena et de 49% des Jokerit a été bouclée l'an dernier, mais entre-temps, l'attitude de la Russie dans la crise ukrainienne a entraîné des mesures de rétorsion contre les oligarques les plus proches de Vladimir Poutine. Premiers visés dans les cercles intimes, Timchenko (par les sanctions américaines) et Arkadi Rotenberg (mais pas son frère Boris) qui est sur la liste noire de l'Union Européenne : l'Italie vient de geler 40 millions de dollars de biens immobiliers lui appartenant. Et c'est dans ce contexte de "guerre froide" que les Jokerit intègrent la KHL !

La KHL tient certainement avec les Jokerit, un des clubs les plus prestigieux du continent, sa plus belle prise : elle dépouille ainsi une des grandes ligues d'Europe, pour la ringardiser avant de la vassaliser. La Liiga a compris le danger mais n'a rien pu faire, sinon bloquer par pur esprit de revanche la participation des Jokerit à la Ligue des Champions, ce qui a donné un prétexte à la KHL pour snober une compétition qui échappe à son contrôle et à ses plans.

Dans ses projets de suprématie européenne, la KHL a un point faible : les affluences, où elle ne compte qu'un seul club dans le top-10 du continent, le SKA Saint-Pétersbourg (troisième). Aujourd'hui, elle en a donc acquis un second, les Jokerit (neuvièmes), qui disposent de la troisième plus grosse patinoire de KHL, derrière la Minsk Arena et l'Arena Zagreb. En plus, les recettes n'ont rien à voir : comme le niveau de vie du pays n'est pas le même, les billets à Helsinki sont les plus chers de la ligue, tout en restant tout à fait dans les normes finlandaises (25 euros en place centrale et 17,5 pour le billet moins cher pour le match de base). Mais les supporters suivront-ils et rempliront-ils sa patinoire ?

Le pari des Jokerit est d'avoir "retourné" l'opinion initialement hostile. C'est avec cet objectif qu'ils ont engagé l'icône absolue Jari Kurri comme manager, le sélectionneur national Erkka Westerlund comme entraîneur, et des internationaux finlandais bien connus tels que la première ligne Niklas Hagman - Niko Kapanen - Juhamatti Aaltonen. Il ne manque donc que l'adoré Teemu Selänne pour gagner instantanément les coeurs, mais les ponts d'or n'ont pas suffi à le faire renoncer à sa décision de retraite.

 

MASALSKIS Edgars-130505-637Dans le contexte de tensions entre l'Union Européenne et la Russie, le Dinamo Riga, qui a toujours le fessier posé entre deux chaises, n'a pas lui non plus la partie facile. Il est toujours accusé de faire le jeu de Moscou et d'être un simple pion dans la stratégie russe.

L'intersaison a été inquiétante car le club a connu des difficultés de financement. Il n'avait presque personne sous contrat, et la trentaine de joueurs qui a fait le camp de présaison était majoritairement à l'essai. Pour autant, le niveau des Baltes n'a pas varié : l'effectif se rapproche même plus que jamais de l'équipe nationale.

Il faut bien dire que les hockeyeurs lettons n'ont pas le choix : ils ne sont guère courus en KHL, où ils peinent à justifier un poste d'étranger. Mikelis Redlihs (8 points seulement à Yaroslavl) est ainsi rentré à la maison. Plus étonnant encore, le gardien Edgars Masalskis, qui avait attendu janvier pour décrocher un contrat la saison passée (en Extraliga slovaque), est revenu au Dinamo, quatre ans après, alors qu'on pensait les ponts irrémédiablement coupés. Même si le Dinamo ne roule pas sur l'or, cet entre-soi pourrait former un groupe plus soudé que jamais, dans lequel Aleksandrs Nizivijs a raccroché les patins pour rejoindre le panel des entraîneurs.

À première vue, on pourrait donc s'étonner de la présence de l'ancien capitaine de l'équipe nationale de Russie, le héros tragique des Mondiaux 2007 Piotr Schastlivy, sous le maillot grenat, a fortiori en ces temps troublés. Mais il s'agit là encore d'un lien affectif, et le plus fort qui soit : s'il est arrivé à Riga, c'est parce que son épouse n'est autre qu'Ineta Radevica, championne du monde du saut en longueur en 2010 pour la Lettonie, et depuis retraitée.

 

JANUS Jaroslav-130506-036Le Slovan Bratislava avait bâti son succès en KHL sur la tactique défensive de son entraîneur tchèque Rastislav Cada, mais cela n'avait pas suffi lors de la seconde année. On a ressenti comme un changement cette année : plus de mobilité, plus d'agressivité. Le coach est pourtant le même... Ah, pardon, était le même. Cada a remis sa démission après seulement six matches, trois victoires suivies de trois défaites. Petri Matikainen a été engagé pour le remplacer, et le Finlandais s'est rapidement orienté sur l'amélioration de l'attaque, surtout dans l'enclave.

Les nouveaux visages apparus à l'intersaison devraient aider à ce changement de stratégie. Le buteur-né Ladislav Nagy est évidemment la recrue-phare, qui apporte une bonne dose de talent offensif et remplace le meilleur marqueur Michel Miklík parti à Khabarovsk. Mais l'injection est aussi nord-américaine avec le centre créatif Matt Murley, l'ancien défenseur de NHL passé par Zagreb, Kurtis Foster, et de manière plus anecdotique Patrick White, un Américain méconnu révélé en Extraliga slovaque. Surtout, le club slovaque a réussi les deux tiers d'un gros coup en rassemblant deux des trois éléments de la ligne ultra-complémentaire de la Slovénie, Rok Ticar et Ziha Jeglic (le troisième larron Sabolic est au Sparta Prague). Leur énergie ébouriffante pourrait convenir au nouveau style.

L'attaque, qui ne comptait que deux Tchèques, en recense un troisième avec Vaclav Nedorost, privé de contrat en plein été par le forfait du Donbass Donetsk, en plus des quatre nouveaux étrangers cités. De fait, les Slovaques sont maintenant minoritaires en attaque, et on ne peut plus dire que le Slovan prépare une base pour la sélection nationale, à part dans le fait de rassembler les deux vétérans, Nagy et le capitaine Milan Bartovic, à qui on ne fait pas injure en disant que leurs heures de gloire sont derrière eux.

Dans le même ordre d'idées, Jaroslav Janus, titulaire dans la cage depuis deux ans, doit maintenant subir la concurrence de l'expérimenté gardien suédois Johan Backlund. Cela n'est pas non plus une bonne nouvelle pour une équipe nationale de Slovaquie aux choix restreints. Néanmoins, le Slovan n'a jamais vraiment prétendu incarner un projet d'intérêt national. Et il ne fait aucun doute qu'il redevient ainsi un candidat aux play-offs.

 

MedvescakFin avril, la KHL a publié sur son site internet une information selon laquelle trois des quatre meilleurs marqueurs du Medvescak Zagreb, Jonathan Cheechoo, Bill Thomas et Charles Linglet, avaient prolongé leur contrat d'un an. Cela pouvait paraître étrange car le club croate avait quant à lui diffusé le même jour la resignature de cinq joueurs, mais pas les mêmes. Et dix jours plus tard, Cheechoo et Linglet ont signé à Minsk ! La source la plus officielle qui soit, le site de la ligue, était donc trompeuse. Seul l'Américain Bill Thomas est resté.

Le Medvescak doit donc reconstruire, surtout que son entraîneur Mark French est rentré au pays. Un autre coach d'AHL, Chuck Weber, deux fois champion en ECHL en 2008 et 2010, lui succède. Il reste certes le gardien Barry Brust et pas mal de joueurs, mais les principales armes offensives sont parties.

Les Croates ont donc cherché des remplaçants, qui ont tous un point commun toujours aussi net : le défenseur Andrew Hutchinson, les attaquants Jason Krog et Pascal Pelletier étaient tous dans la première équipe-étoile d'AHL en 2007/08 (Krog étant aussi le joueur de l'année), Darren Haydar et Martin Saint-Pierre les avaient précédés un an plus tôt. La réputation du Medvescak - être un all-star-team d'AHL - ne se dément donc pas. La plupart de ces vétérans d'AHL ont cependant l'avantage d'avoir déjà l'expérience des glaces européennes. L'exception est Mike Hedden, décisif au printemps dans la conquête de la Coupe Calder par les Texas Stars.

Il s'agit dans l'ensemble d'attaquants de petit gabarit, assez techniques pour briller sur les grandes glaces russes, mais assez rompus au jeu nord-américain pour pratiquer du fore-checking sur le petite glace de Zagreb. Et s'il y a besoin de hausser le ton dans les mises en échec, les 105 kilos de l'ancien joueur de NHL Anthony Stewart sont là pour ça. Le Medvescak n'a donc rien perdu pour sa deuxième saison. Sauf une chose : l'effet de surprise. Le chien nord-américain dans le jeu de quilles russes est cette fois attendu, et un retour en play-offs ne sera pas si aisé.

 

KALYUZHNY Alexei-100516-716Le Dynamo Minsk est tombé à la dernière place de la Conférence Ouest la saison passée, et quand son manager a déclaré qu'il fixait à 800 000 dollars annuels le salaire maximum qu'il était prêt à donner à une recrue, on s'est dit qu'il aurait peu de chance de retrouver les play-offs.

On peut cependant douter que les Nord-Américains aient effectivement signé à ce prix-là. La ligne Charles Linglet - Ryan Vesce - Matt Ellison est connue comme le loup blanc dans toute la KHL. Elle a joué ensemble à Nijni Novgorod en 2010/11 (66 buts à eux trois) et à Zagreb l'an passé (32 buts). Sa complémentarité n'est un secret pour personne. Et même si les trois hommes avaient pu rentrer sous ce plafond auto-déclaré parce que leurs performances sont décroissantes, ce n'est assurément pas le cas de Jonathan Cheechoo, l'ancien meilleur buteur de NHL qui a prouvé sa valeur au Medvescak.

Cheechoo mène la première ligne aux côtés de son compatriote canadien Paul Szczechura (ex-Riga) et du capitaine Aleksei Kalyuzhny, qui est donc le seul Biélorusse sur un top-6 offensif nord-américain. Curieux alors qu'on a notifié au Dynamo Minsk qu'il devait préparer les joueurs à l'équipe nationale ? Non, car cette préparation peut revêtir plusieurs formes.

Tout en disant s'opposer aux naturalisations en masse, le club suit l'exemple de Platt et Lalande aux derniers Mondiaux et souhaite incorporer de nouveaux Nord-Américains : c'est pourquoi Charles Linglet fait son retour (il avait passé un an et demi à Minsk, insuffisant pour être sélectionnable), et c'est aussi pourquoi le petit défenseur américain Nick Bailen, révélé en Finlande avec Tappara, a accepté de prendre la nationalité biélorusse. Objectif donné aux deux joueurs : la qualification aux prochains Jeux Olympiques de 2018.

 

NEMEC Ondrej-140509-466C'est bien connu, le malheur des uns fait le bonheur des autres. En l'occurrence, le retrait du Lev Prague, en mettant vingt joueurs sur le marché en plein été, a fait beaucoup d'heureux. À l'échelle de ce bonheur, l'Atlant Mytishchi a sans doute occupé le barreau le plus élevé. Encouragé dans ses démarches par les dirigeants du Lev, il a engagé trois joueurs simultanément : le gardien finlandais Atte Engren, le défenseur Ondrej Nemec et l'attaquant Jakub Vrána. Même s'ils n'ont pas signé ensemble puisque les contrats ont été négociés par deux agents différents, Vrána et Nemec se connaissent depuis quinze ans et les deux Tchèques prendront donc du plaisir à se retrouver.

Sitôt les Tchèques embauchés, l'Atlant a mis fin aux négociations avec le vétéran un peu en disgrâce Aleksandr Frolov. Le club de la banlieue de Moscou a en effet subi une coupe budgétaire et doit négocier au plus juste. Il a trouvé un accord pour racheter la dernière année de contrat du colosse Evgeni Artyukhin, devenu trop cher pour ses moyens actuels.

La défense, qui tenait surtout par le gardien Galimov (partii au CSKA) et le pilier physique Rafael Batyrshin (parti à Magnitogorsk), a été notablement renforcée par deux recrues supplémentaires en plus de Nemec. Le défenseur américain de 30 ans Matt Gilroy, ancien joueur universitaire de l'année, a perdu sa place en NHL après une blessure fin novembre et a donc décidé de poursuivre sa carrière en Russie. Même choix pour le grand défenseur international biélorusse Dmitri Korobov, qui a appris à mieux utiliser son physique pendant deux ans en AHL, mais n'a été appelé que l'espace de trois rencontres en NHL par Tampa Bay. Il a donc décliné la proposition de prolongation et arrive au meilleur âge à 25 ans.

On n'en dira pas autant de Vyacheslav Kozlov, mais le double vainqueur de la Coupe Stanley a vite établi un record avec son nouveau club : l'attaquant de 42 ans et 4 mois vient de devenir le plus vieux joueur à marquer un but en championnat de Russie. De quoi faire patienter en attendant le retour de Vrána et Korobov, qui ont commencé la saison à l'infirmerie.