Épinal - Rouen (Coupe de la Ligue, poule B, 6e journée)

Une "finale" avant les quarts...

Il n'est plus question de connaître l'identité des deux qualifiés dans cette poule B, mais plutôt de savoir qui d'Épinal ou de Rouen terminera premier. Une victoire sur les Normands permettrait, en effet, aux Gamyo d'éviter les Ducs d'Angers au tour suivant. Un succès vosgien reviendrait, également, à prochainement devoir se coltiner un très lointain déplacement à Brest (en ballotage très favorable avant cette dernière journée), sur les terres d'adversaires plus abordables que les hommes de Réal Paiement.

KARA VincentFidèles aux valeurs chères à Philippe Bozon, les Spinaliens entendaient jouer le coup à fond. Mais encore leur fallait-il terrasser ces Dragons sous pression. Des Rouennais maintes fois titrés ces dernières années, jadis craints et redoutés, qui apparaissent aujourd'hui plus prenables que jamais. Les Thinel, Guénette et autres Desrosiers, déjà battus quatre fois cette saison, ne surfant plus vraiment sur la vague du succès... 

Un sursaut d'orgueil n'était donc pas seulement espéré, mais fortement attendu par Rodolphe Garnier (qui a exprimé son vif mécontentement dans les colonnes de Paris-Normandie en fustigeant le manque d'implication et de rigueur de ses joueurs), désireux de voir ses Dragons laver l'affront subi à Poissompré le 27 septembre dernier. Une défaite (3-5) infligée par des Spinaliens survoltés emmenés par d'excellentes individualités œuvrant au service d'un collectif bien rôdé.

Submergés, ce soir-là, par la déferlante orange des Gamyo, les patineurs des bords de Seine avaient pu constater toute l'opulence et la complémentarité d'un groupe comptant en ses rangs le meilleur attaquant français du moment en Ligue Magnus. L'étonnant Vincent Kara, dont on connaissait les qualités mais que l'on attendait pas à pareille fête en ce début de saison... où il n'en finit plus de marquer !

Confirmant match après match ses excellentes dispositions, ce monstre de combativité qui brille par son opportunisme dans la zone de vérité a encore impressionné ce samedi, à Poissompré, en y allant de son doublé. Mais ce soir, face à des Dragons revanchards et avides de se rassurer, rien n'y aura fait.

Le Chamoniard, sans jamais démériter, s'est pourtant démené sans parvenir à tromper la vigilance de l'éternel Fabrice Lhenry (42 ans), qui aura fait le métier devant le filet, craquant seulement sur deux "missiles" aussi précis que de puissants. Deux maîtres-tirs d'Ograjenšek, dLHENRY Fabriceouble buteur en supériorité, en expédiant tout d'abord la rondelle sous la barre, d'un slap dégainé du cercle d'engagement gauche (1-0 à 08'26"), puis en nettoyant le haut du filet d'un superbe tir du poignet (2-3 à 36'39").

Des Dragons à réaction

Gardien d'expérience par excellence, le vétéran n'aura, en dépit d'une défense resserrée, pas manqué d'occupation durant cette soirée placée sous le signe des lancers. Des tirs essentiellement lointains, comme ceux ayant rapidement sollicité Hočevar, vite mis dans le bain en repoussant successivement deux slaps de Manavian (02'59") et Coulombe (03'02").

Mais si l'international slovène a su se montrer solide en gardant longtemps sa cage inviolée, il se fera piéger, durant l'acte médian, sur une contre-attaque menée à la vitesse grand V. Un palet ressorti, dans sa zone, par Aurélien Dorey mettant sur orbite Patrick Coulombe, dont l'accélération côté gauche débouche sur une remise permettant à Maxime Lacroix d'égaliser contre le cours du jeu (1-1 à 25'59"). Hočevar paye là son poke-check raté, qui aura permis au Franco-canadien de marquer...

Un deux-contre-un se dessine dans la foulée, mené par un Dan Koudys parvenant à libérer le palet, sur sa droite, malgré l'opposition d'Alain Goulet. En se livrant ainsi, le défenseur canadien laisse toute liberté à Marc-André Thinel, qui ne n'est pas fait prier pour loger le puck sous la barre, d'un revers magistral (1-2 à 26'21").

La troisième couche est passée suite à une récuJANILpération de Koudys (à hauteur de la ligne médiane, suite à un palet égaré par Kloz) qui envoie Guénette passer la surmultipliée côté gauche. La voie, totalement libérée par la culbute de Moisand, lui permet de décaler imparablement Thinel au second poteau (1-3 à 34'54").

Le sniper Francis Charland, en position excentrée, profite quant à lui d'un jeu de puissance (et du bon décalage de Coulombe) pour marquer d'une reprise aussi limpide que lointaine (2-4 à 51'04"). Un one timer à mi-hauteur enterrant définitivement les espoirs de Gamyo visiblement émoussés. Et à qui la finition aura, ce soir, cruellement fait défaut...

Philippe Bozon, s'il n'a pu aligner Nicolas Leonelli (le nouvel attaquant suisse prêté par Genève-Servette), a pourtant tenté de donner un nouveau souffle à son offensive en repositionnant Pierre-Charles Hordelalay, Anthony Rapenne et Peter Valier. Des retouches ayant contraint Ograjenšek à s'improviser centre au côté de Kuralt et Valier, sans que cela n'ait véritablement altéré sa compétitivité. Le Slovène (qui a d'ailleurs fini meilleur compteur de cette première phase) a récupéré nombre de palets à l'avant tout en faisant apprécier toute l'étendue de sa dextérité en réalisant, notamment, un joli "café crème" (sans toutefois parvenir à cadrer son lancer)... juste avant son tout premier but de la soirée !

Prudents, les Dragons (privés de Loup Benoît, Léo Guillemain et Nicola Riopel), ont limité leurs prises de risques durant le premier tiers-temps, laissant leurs hôtes faire l'essentiel du jeu. Les Gamyo, dominateurs dans le jeu, n'auront pas manqué d'occuper le terrain, travaillant d'arrache-pied pour défendre leurs positions, histoire d'obtenir quelques bonnes occasions.

OGRAJENSEK KenJán Plch, sur jeu placé, a ainsi pu décaler Alain Goulet, parvenu à feinter Maxime Lacroix (qui s'était couché devant lui afin de contrer un éventuel lancer) pour faire parler ses redoutables poignets (04'56"). Une tentative bien bloquée par Lhenry, ensuite sauvé par une reprise trop croisée (bien qu'à bout portant) du même Goulet (07'25") durant les premières secondes d'une double supériorité suivant l'exclusion temporaire de Julien Desrosiers. Le Franco-canadien a bêtement frappé le palet (dans les patins de Petrák) après le coup de sifflet des référés (qui s'apprêtaient à sanctionner Saint-André, 06'33")...

Les filets rouennais vont ensuite trembler (08'26"), d'un shoot d'Ograjenšek ôtant toutes toiles d'araignées. Mais les hommes de Rodolphe Garnier, qui répondent parfaitement présent (et font de gros efforts défensivement à défaut de véritablement impressionner), se montrent de plus en plus menaçants.

Un slap de Guénette, repoussé sur la gauche du gardien (13'28"), manque d'ailleurs de profiter à Koudys mais l'insistance du petit gratteur canadien ne sera pas récompensée ; Hočevar s'était bien replacé pour verrouiller son angle droit (13'31"). Même cause même effet dans la foulée, sur un tir frappé d'Antonin Manavian générant un "chaud" rebond que Loïc Lampérier s'est avéré le plus prompt à récupérer (13'43"). Et que dire de cette incursion de Marc-André Thinel, arrivé lancé et parvenu à se jouer de Vojtěch Kloz pour se frayer un chemin dans la défense... sans pour autant réussir à cadrer (16'47") !

L'avantage d'Épinal est mérité, mais il ne tient qu'à un fil. Aussi Anže Kuralt tente-t-il de le consolider en s'en allant défier Aurélien Dorey en un-contre-un, avec l'idée d'utiliser le jeune défenseur de Rouen comme écran. Mais voilà, l'international slovène expédie son tir du poignet dans les nuages de Poissompré (21'27"). Une bonne occasion de ratée, pense-t-on... sauf que le rugueux Wes Cunningham (qui s'était signalé en chargeant durement Beron à la toute fin du premier vingt) s'est vu sanctionné sur cette action !

GOULET AlainDe retour aux affaires, le powerplay spinalien, comme à son habitude, se met rapidement en place et fait tourner. Baazzi, à la pointe, décalant Kuralt à mi-distance, qui tire sur réception. Fabrice Lhenry, sur la trajectoire, repousse de la botte (22'04") et récidive sur une reprise très sèche d'Aziz Baazzi (22'20"). Mais tout porte à croire que le vieux briscard aurait été battu si Peter Valier, totalement démarqué devant la cage, s'est montré plus spontané. Anže Kuralt, en feintant le lancer, a adressé un véritable caviar à l'ancien Dijonnais qui, au lieu de tirer, tenta un dribble malvenu (22'33")...

Essuyant, sans trembler, une véritable rafale de lancers (en repoussant inlassablement les slaps des Baazzi, Goulet, Ograjenšek et autres Moisand), le très expérimenté Fabrice Lhenry aura largement contribué à tuer cette fâcheuse pénalité. Et sitôt cet orage passé, Rouen marque sur deux contre-attaques rondement menées. Patrick Coulombe (dont la grande vivacité tranche avec l'infinie lourdeur d'Antonin Manavian qui lui est apparié) fait parler sa pointe de vitesse (ce dont profitera Lacroix, 25'59") avant que Marc-André Thinel ne s'en aille mystifier le gardien en plaçant son revers hors de portée d'Andrej Hočevar (26'21")...

Ce n'est dès lors plus tout à fait le même match, et il s'en faudra de peu que Rouen ne triple la mise en supériorité sur un bel enchaînement. Maxime Lacroix protégeant parfaitement son palet derrière la cage pour remiser sur Patrick Coulombe, lequel bascule aussitôt à l'opposé, sur un Francis Charland prêt à dégainer (32'05"). Une chance, pour Épinal, qu'Hočevar ait bien suivi. Une chance, aussi, que le Slovène ait paré tous les autres lancers... retardant l'échéance jusqu'à ce centre tendu repris, à la Brett Hull (c'est-à-dire genou à terre), par ce diable de Thinel (34'54") !

ManavianEn rattrapant très maladroitement sa perte de palet, Maxime Lacroix (quelle présence, quel abatage dans les coins, le long des bandes et dans les deux sens !) se fait sanctionner (35'59"). Et permet indirectement à Ken Ograjenšek de signer son premier doublé "français". Le talentueux Slovène propulse, depuis le cercle d'engagement gauche, la rondelle dans la lucarne opposée (36'39")...

Faisant preuve d'une incessante activité, Ograjenšek passe même à un poteau de s'offrir un retentissant triplé. L'intéressé finalise habilement son échappée en repiquant vers la cage, sur son revers... qu'il expédiera toutefois sur le montant droit (38'56").

Ce qui aurait pu totalement relancer les Gamyo va finalement conforter les Dragons de Rouen, qui vont prendre un très net ascendant. Les Spinaliens, qui ont laissé beaucoup de forces dans leurs précédentes batailles, ne vont bien sûr pas abdiquer. Mais sous l'impulsion de leurs attaquants vedettes (parmi lesquels le très habile Marc-André Thinel), les Normands (qui ont maintenant le match en main) impriment un rythme élevé et mettent la défense sans dessus-dessous, forçant Hočevar à plus d'une fois limiter les dégâts.

HOCEVAR AndrejDurement secoué par une charge appuyée d'Antonin Manavian, Michal Petrák (42'58") permet involontairement à ses coéquipiers de bénéficier d'une nouvelle supériorité. Un powerplay gangrené par l'approximation et qui ne donne strictement rien, au grand dam d'un public spinalien assistant, impuissant, à la démonstration des Dragons... tout près de corser l'addition avec ce diable de Thinel (47'18" et 47'25") !

Marc-André Thinel, décidément dans tous les bons coups, devra toutefois se contenter d'un doublé. Il ne sera même pas présent sur la glace pour le quatrième but rouennais, inscrit, d'un joli tir sur réception, par l'artilleur Francis Charland. L'ancien Chamoniard plantant un dernier couteau dans le dos des Gamyo (51'04")...

Vincent Kara, en reprenant son propre rebond pour contourner la cage, passe tout près de réduire l'écart (57'27"). Mais l'ultime soubresaut des Gamyo, qui n'auront jamais abdiqué, restera sans effet. Toutefois, relativisons : cette première défaite de la saison à Poissompré, synonyme de prochaines retrouvailles avec les Ducs d'Angers, devait bien finir par arriver...

Réactions d'après-match (dans Vosges Matin) :

Philippe Bozon (entraîneur d'Épinal) : "Émotionnellement, je savais que cela allait être difficile après le match de samedi contre Strasbourg. Au-delà de la fatigue physique, le match suivant est toujours difficile et on le voit à tous les niveaux. Les gars ont essayé mais on a fait quelques erreurs qui nous ont coûté cher. Surtout contre Rouen, qui est une équipe et qui sait en profiter."

Rodolphe Garnier (entraîneur de Rouen) : "On avait besoin de retrouver de la confiance et on devait enrayer notre spirale négative après deux défaites de suite. Au niveau de l'état d'esprit, on a été làet c'est ce que j'avais demandé aux joueurs. C'était important de terminer premiers dans un groupe avec de bonnes équipes. Maintenant, il faut redresser la barre en championnat."

 

Épinal - Rouen 2-4 (1-0, 1-3, 0-1).
Mardi 14 octobre à 20h15 à la patinoire de Poissompré. 1 500 spectateurs.
Arbitrage de Nicolas Barbez assisté de Yann Furet et David Courgeon.
Pénalités : Épinal 8' (2', 2', 4') ; Rouen (6'+10', 6', 6').
Tirs : Épinal 31 (7, 13, 11) ; Rouen 34 (9, 11, 14).

Évolution du score :
1-0 à 08'26" : Ograjenšek assisté de Moisand (sup. num.)
1-1 à 25'59" : Lacroix assisté de Coulombe et Dorey
1-2 à 26'21" : Thinel assisté de Koudys et Coulombe
1-3 à 34'54" : Thinel assisté de Guénette et Koudys
2-3 à 36'39" : Ograjenšek assisté d'Hordelalay (sup. num.)
2-4 à 51'04" : Charland assisté de Coulombe et Desrosiers (sup. num.)

Épinal

Gardien : Andrej Hočevar (sorti de sa cage à 58'26").

Défenseurs : Vojtěch Kloz - Maxime Moisand ; Aziz Baazzi - Gašper Sušanj ; Peter Slovák - Alain Goulet.

Attaquants : Anthony Rapenne - Matthieu Le Blond - Vincent Kara ; Anže Kuralt - Ken Ograjenšek - Peter Valier ; Grégory Beron - Michal Petrák (A) - Ján Plch (A) ; Pierre-Charles Hordelalay - Yannick Offret (C) - Maxime Martin.

Remplaçants : Pierre Mauffrey (G), Nathan Ganz. Absents : Martin Charpentier (commotion), Maxime Ouimet (déchirure à la cuisse), Nicolas Leonelli (en attente de licence).

Rouen

Gardien : Fabrice Lhenry.

Défenseurs : Patrick Coulombe (A) - Antonin Manavian (A) ; Raphaël Faure - Jonathan Janil ; Aurélien Dorey - Wes Cunningham ; Théo Lanvers.

Attaquants : Dan Koudys - François-Pierre Guénette - Marc-André Thinel (C) ; Julien Desrosiers [Saint-André de 08'33" à 16'33"] - Loïc Lampérier - Daultan Léveillé ; Fabien Colotti - Maxime Lacroix - Francis Charland ; Johan Saint-André [en infériorité].

Remplaçants : Tom Aubrun (G), Alexandre Lubin, Antoine Mony. Absents : Nicola Riopel, Léo Guillemain et Loup Benoît (malades).