Brest - Lyon (Ligue Magnus, 7e journée)

Tout un symbole

Retrouvailles ce soir entre les deux protagonistes de la finale de Division 1 édition 2013 brillamment remportée par Brest. De quoi rappeler de bons souvenirs, contrairement à la venue de Caen la semaine dernière, aux spectateurs brestois. Et ils en ont bien besoin au vu de la séquence traversée actuellement par Brest qui enchaîne les succès dans les compétitions annexes (victoire 9-0 à La Roche sur Yon en Coupe de France) et défaites en championnat.

De l’eau a coulé sous les ponts depuis ce dernier affrontement entre Albatros et Lions, et le contexte a bien changé depuis. L’équipe de Lyon a fini par obtenir logiquement son ticket d’entrée en Ligue Magnus et possède de moyens conséquents, bien plus que son adversaire du soir.

En effet, quelle équipe peut se targuer l’année de sa promotion de compter des joueurs du calibre de Vincent Couture et Jens Eriksson (meilleurs attaquants de Villard-de-Lans) sur son troisième bloc ? Peut-être Brest justement, mais il y a de trop longues et trop lointaines années. De quoi affirmer que les Lions sont sérieusement armés pour réaliser ce qu’aucun promu n’est parvenu à faire depuis Caen en 2011, à savoir se maintenir sportivement en Ligue Magnus.

Les Rhodaniens sont privés des services de Matej Kristin et Radovan Trefny pour cette rencontre, tandis que le secteur défensif brestois est également amputé. Discret mais terriblement précieux dans le travail de l’ombre, David Hennebert n’hésite jamais à faire un sacrifice et donne à chaque rencontre son maximum. Mardi dernier, il a été victime d’une crosse haute yonnaise provoquant une blessure à l’œil. La durée de son indisponibilité n’est pas encore connue mais toute la patinoire effectue une standing ovation avant le coup d’envoi pour lui souhaiter un prompt rétablissement.

Profitant de l’absence de Kristin, c’est donc l’ancien Brestois Landry Macrez qui garde la cage lyonnaise. Ses suppléances ont été plutôt très convaincantes depuis le début de saison. Changement aussi du côté de Brest : Léo Bertein, sur une dynamique de plusieurs victoires en Coupe de la Ligue et Coupe de France, est titularisé pour la première fois en championnat. À lui de prouver qu’il peut livrer la marchandise dans la compétition la plus importante.

Départ de cheval, arrivée d’âne.

Le début de rencontre est repoussé d’une demi-heure suite à un plexiglas brisé pendant l’échauffement. Un retard qui perturbe peut-être la machine lyonnaise qui est littéralement prise à la gorge d’entrée de jeu. Nicolas Biniek est pris à la faute au bout de cinquante et une petites secondes. Une barre transversale de Jérémie Romand (1’25’’), un poteau de Jonathan Avenel (3’40’’), un palet qui roule sur la ligne de but de Macrez voir au-delà (3’40’’) : voilà le bilan des quatre premières minutes menées à un rythme d’enfer et où Lyon n’aura pas vu une seule lueur du jour.

À l’instar d‘une lampe en court-circuit qui brille de toutes ses forces avant de griller, l’équipe brestoise s’éteint après ce départ flamboyant alors que le diesel lyonnais se met en place. À mi-tiers, les débats se sont déjà nettement équilibrés et les actions les plus chaudes sont dorénavant à mettre au crédit des Lions même si ces derniers sont pénalisés par trois fois dans ce premier tiers.

Toujours bien placés, les Lyonnais profitent de leur bons gabarits nettement supérieurs à ceux des Brestois pour faire leur place dans l’enclave. Jonathan Laberge dévie victorieusement un tir peu puissant de Ben Parker qui troue Léo Bertein (0-1 à 19’33’’). La vilaine manie brestoise d’encaisser un but en fin de période est toujours présente.

Coupable d’une crosse haute sur Alexandre Quesnel juste avant le gong (19’59’’), Julien Correia donne l’occasion à Brest de se remettre sur de bons rails. Mais comme souvent cette saison, les Albatros en supériorité numérique sont comme des poules qui ont trouvé un couteau. Ils n’en font rien et surtout ils ne savent visiblement pas quoi en faire. À coups de transmissions lentes, de tirs non pris, de contrôles superflus et de patinage ultra mou, il n’est pas difficile pour un des meilleurs box-playz du championnat de tuer les pénalités.

Le fil de la rencontre est définitivement perdu par les locaux à l’approche de la mi-rencontre. Le 3e bloc lyonnais effectue un excellent travail en annihilant toutes tentatives brestoises de sortir de la zone défensive. Les locaux ne vont pas plus loin que la zone neutre et sont invariablement forcés de se replier pour tenter de stopper Couture, Eriksson et consorts. C’est d’ailleurs l’attaquant suédois qui à force de persévérance s’infiltre sans être réellement inquiété avant de placer un tir limpide dans la lucarne de Bertein (0-2 à 27’31’’).

Peu après Jonathan Laberge est sonné sur un télescopage avec un adversaire (28’03’’). Visiblement sonné, le Lyonnais reste quelque temps à terre avant de se relever. Cela ne freine pas son équipe qui profite de Brestois aux fraises pour placer un nouveau palet dans la lucarne de Bertein par l’intermédiaire de Julien Lebey (0-3 à 28’23’’).

Deux nouvelles supériorités numériques mal exploitées et un changement de gardien (Goetz prend place à  29’23’’) n’empêchent pas Lyon d’alourdir la marque sur un 2 contre 1 mené par Couture et conclu par Gadoury, bien que la table de marque inverse les protagonistes (à 0-4 à 34’31’’).

Les Bretons sont humiliés sur leur glace et n’émergent que timidement juste avant la pause, ce qui n’est pourtant pas toujours leur période la plus favorable. L’ancien Lyonnais To Landry effectue un bon tir (39’28’’) détourné du bout de la botte de Macrez (qui a bien progressé sur la manière de diriger ses rebonds). Michal Dian est plus précis et ouvre le compteur but de son équipe d’un tir laser dans la lucarne droite lyonnaise (1-4 à 39’44’’).

Un but qui est en fait un cache misère de ce qu’aura été ce deuxième tiers brestois où les Albatros n’auront été convaincants qu’une minute : la dernière. Sans doute (et on l’espère) sérieusement sermonnés dans les vestiaires, les Bretons se montrent plus entreprenants à l’entame du troisième tiers. Un travail récompensé par un but un peu chanceux de Jonathan Avenel sur un tir en angle fermé qui voit le palet passer par un trou de souris entre le poteau et la jambière de Macrez (2-4 à 45’09’’).

Deux buts coup sur coup qui sonnent un retour brestois ? Un feu de paille en réalité. Lyon ne semble jamais en panique malgré une indiscipline qui aurait pu leur coûter très cher face à une équipe efficace en supériorité numérique. Sur une prison de Hirvonen (et avec un peu plus de précision), Romand aurait ramené son équipe à un but des Lyonnais, mais à la place il échoue pour la deuxième fois du match sur la barre transversale (50’05’’).

Pour la seconde fois du match un Lyonnais est durement touché par un contact avec un Brestois. Une mauvaise charge contre la bande de Quentin Berthon, toujours prompt à jouer (trop ?) physique, sèche le talentueux Kevin Gadoury (51’44’’). L’ex meilleur pointeur de Division 1 se relève difficilement mais parvient heureusement à reprendre sa place.

Sans doute encore mal remis de son choc, Gadoury cherche à se venger de la charge subie en s’en prenant au mauvais joueur. Sébastien Delemps se retrouve en effet sans trop savoir pourquoi à se frictionner avec le Canadien. Il est vrai que l’ex-Grenoblois ressemble à s’y méprendre à Berthon. Les deux acteurs sont envoyés au cachot pour dureté excessive (58’59’’).

Entre-temps l’addition s’est corsée pour les Albatros. Les Lions leur font la démonstration de ce qu’est le meilleur jeu de puissance de la ligue (plus de 40 % de réussite) en concrétisant leur seule supériorité numérique complète de la partie par une remise intelligente de Laberge qui offre à Lebey un beau doublé (2-5 à 55’37’’). Un étonnant choix de coaching fait sortir Goetz (57’10’’) et offre le sixième but des visiteurs. Très altruiste sur le coup, Julien Lebey refuse le coup du chapeau en offrant face à une cage ouverte une passe à Biniek pour un but tout fait (2-6 à 57’24’’).

6-2 score final, la coupe est pleine et l’humiliation complète. Le promu a maîtrisé des pieds à la tête le repêché de Ligue Magnus. Brest a mal exploité des situations clés et s’est retrouvé à courir après le score alors que le trou aurait pu être fait dès l’entame de la partie. Certains parleront d’un manque de réussite en évoquant les nombreuses barres transversales et poteaux, nous préférerons parler ici d’un manque de précision.

Pas question ici non plus de se cacher derrière l’arbitrage comme certains spectateurs semblaient le faire en sifflant allègrement la sortie du corps arbitral. Les Lyonnais ont été sanctionnés à maintes et maintes reprises mais les Albatros n’ont rien fait des pénalités adverses. Ils peuvent même être heureux de n’avoir été sanctionnés que trois fois quand on constate qu’un geste comme la charge dangereuse de Berthon n’a fait l’objet d’aucune sanction. Quand on connaît la dangerosité du jeu de puissance lyonnais, l’addition aurait pu être plus lourde. Au sujet du palet ayant roulé sur la ligne de but en début de partie, très difficile voir impossible de dire à vitesse réelle et sans vidéo si le palet à entièrement franchi la ligne.

Le contraste entre les deux équipes est saisissant et offre un beau symbole. D’un côté, un promu qui semble avoir franchi haut la main le fossé séparant la Ligue Magnus de la Division 1 et qui maîtrise parfaitement les situations clés que sont les supériorités et infériorité numérique. De l’autre, une équipe repêchée qui a toujours une jambe de chaque côté de ce fossé et qui est très brouillonne dans ces mêmes situations où excellent les Lyonnais.

Certes les moyens ne sont pas les mêmes mais cela ne doit pas constituer une excuse. Étant un des plus petits budgets de la ligue, les Albatros n’auront d’autre choix que de battre plus gros que soi pour se maintenir.

Les Lions confirment qu’ils sont un sérieux candidats aux play-offs et peuvent même viser haut. Ils ont largement les moyens de leurs ambitions, contrairement aux Albatros. Le maintien des Rhodaniens ne sera à coup sûr qu’une formalité, tout le contraire des Brestois qui à ce rythme n’ont plus que cinq mois à patienter avant de disputer les play-down.

Tout ce qu’on souhaite aux Albatros est qu’un réveil salvateur intervienne entre-temps. La date limite de recrutement n’a pas encore été dépassée. Bien qu’hypothétique, une solution serait de faire des corrections éventuelles à l’effectif… Nous laissons votre malignité mettre des noms sur nos points de suspension.



Brest – Lyon 2-6 (0-1, 1-3, 1-2)
Samedi 25 octobre 2014 à 18h40 au Rïnkla Stadium. 1152 spectateurs.
Arbitrage de Savice Fabre assisté de Clément Goncalves et Jérémie Douchy.
Pénalités : Brest 6' (0’, 4’, 2’), Lyon 14' (6', 4', 4’).
Tir : Brest 59 (18, 21, 20) Lyon 46 (16, 19, 11)

Évolution du score :
0-1 à 19’33’’ : Laberge assisté de Parker et Ouellet
0-2 à 27’31’’ : Eriksson assisté de Vitton-Méa
0-3 à 28’23’’ : Lebey assisté de Biniek et Correia
0-4 à 34’31’’ : Couture assisté de Gadoury et Hirvonen
1-4 à 39’44’’ : Dian assisté de Hartung et Breault
2-4 à 45’09’’ : J. Avenel assisté de Greverend et Prosvic
2-5 à 55’37’’ : Lebey assisté de Laberge et Bikiek (sup. num)
2-6 à 57’24’’ : Biniek assisté de Lebey et Millerioux (cage vide)

Brest

Gardiens : Léo Bertein puis Arnaud Goetz [à partir de 29’23’’, sorti de 57’10’’ à 57’24’’].

Défenseurs : Vladimir Holik – Bryce Reddick ; Jason Crossman – Tim Hartung ; Aurélien Gréverend (A) – Gaëtan Cannizzo.

Attaquants : Alexandre Quesnel (A) – Jaroslav Prosvic (C) – Jérémie Romand ; Michal Dian – Benjamin Breault – Vikhael To Landry ; Jonathan Avenel – Quentin Berthon – Graham Avenel ; Sébastien Delemps (rotation sur le 3e bloc).

Remplaçants : Dimitri Motreff, Marlo Chapron, Sacha Grimshaw. Absents : David Hennebert, Nicolas Motreff.

Lyon

Gardien : Landry Macrez.

Défenseurs : Francis Meilleur – Ben Parker ; Jules Breton – Martin Milleroux (C) ; Victor Vitton-Mea – Pasi Hirvonen.

Attaquants : Dean Ouellet – Jonathan Laberge (A) – Kevin Gadoury ; Julien Lebey (A) – Nicolas Biniek – Julien Correia ; Vincent Couture –Jens Eriksson – Elie Raibon ; Thimothée Franck.

Remplaçants : Gabriel Lyant (G), Florian Portier, Mark Lukianoff, Thomas Lapointe, Noe Gersanois. Absents : Matej Kristin, Radovan Trefny, Mathieu Touveron, Leo Girod.